L’Express du 26/05/09

 

 

Tribune

L’incinérateur... un choix qui engage l’avenir

A. T.

Gamma propose au gouvernement un incinérateur avec, entre autres, force argumentations sur les questions du respect lié à l’environne - ment. A ce jour, le gouvernement, sans même avoir étudié différentes propositions venues d’autres sociétés, serait en passe d’accepter le projet.

Or, il apparaît que le projet en question est fortement contesté, sur d’innombrables points, et non des moindres puis qu’ils touchent aux principes de précaution dans divers domaines : santé, pollution et environnement, développement durable, efficacité... D’un point de vue éthique, il semble que la position qu’aurait dû adopter le gouvernement devait être le lancement d’un appel d’offres avec la logique et les garanties qu’il suppose. Comme cela n’a pas été le cas, eu égard à l’importance de l’enjeu pour les décennies à venir, il est essentiel de rappeler aux citoyens l’intérêt primordial d’un appel d’offres.

D’ailleurs cela expliquera ce pourquoi la plupart des pays démocratiques en imposent les règles dans le fonctionnement de leurs administrations. L’appel d’offres en effet ( ou appel à propositions) sous- entend que des entreprises mises en concurrence doivent se conformer à un cahier des charges hautement étudié en amont par ce même gouvernement afin d’avoir démontré en premier lieu qu’une réflexion a été menée et que tous les points ont été passés au crible de manière exhaustive.

Ce cahier des charges en serait donc le document de référence puisqu’il dénombrerait toutes les exigences et les questions auxquelles auraient à répondre les sociétés intéressées par un tel projet.

Mais n’est- ce pas là du temps perdu diront les profanes ? Non, la rédaction d’un tel document et un appel à concurrences digne de ce nom permettraient d’obtenir beaucoup plus de garanties quant à une offre de services de haute qualité.

La question : dans de telles conditions, la proposition de Gamma aurait- elle été identique ? Autre « détail » sur le problème de l’éthique.

Si on se réfère aux fondements de la démocratie, dans un système républicain, le chef d’un gouvernement est élu démocratiquement, par les citoyens. C’est en l’occurrence à ces citoyens qu’il doit avant tout rendre compte. En effet, n’a- t- il pas été choisi par rapport à l’attention qu’il démontrait à son électorat, à une certaine écoute, à une ligne de conduite, aux propositions qu’il leur a faites et aux engagements qu’il a prétendu vouloir prendre pour s’efforcer d’assurer à tous, au moins au plus grand nombre, plus de justice et d’équité. Il faut poser la question du respect que sont en droit de réclamer tous les Mauriciens : le gouvernement doit- il écouter avant tout une entreprise internationale qui n’a d’autres intérêts que les siens, à savoir ses profits, ses parts de marché et son rayonnement effectif sur cette planète... ? Ou doit- il considérer d’abord les intérêts de la population mauricienne, s’inquiéter de son bien- être durablement et envisager l’avenir des générations qui suivent ? Mais, ce faisant, tel un monarque de droit divin, en se prononçant pour le projet avant même que le tribunal de l’environnement ne dépose son rapport, le Premier ministre ne fait- il pas montre d’un certain mépris quant aux questions sensibles et tellement légitimes que soulèvent certains de ses sujets ? N’outrepasse- t- il pas ses droits et devoirs ? C’est un comportement politique contraire à l’éthique mais tellement répandu : le refus systématique des personnages politiques parvenus au pouvoir suprême de remettre en cause, à aucun moment, les décisions qu’ils prennent. N’est- ce pas là un péché d’orgueil ? Quel rôle doit jouer un personnage censé représenter au premier chef les intérêts de la nation qu’il représente ? Le principe de précaution est- il l’une des dispositions qu’il faut considérer ? La protection des concitoyens, de leur santé et la préservation du cadre de vie sont- elles des objectifs majeurs ? Doiton se référer uniquement aux multinationales et à leur cohorte d’experts pour prouver leur bonne foi ? Est- on dans l’obligation d’entendre les suppliques de ceux qui auront à souffrir des décisions et qui réclament plus de bon sens en demandant l’étude d’experts totalement indépendants ? Parce que les décisions et les conséquences qui en découlent sur les décennies à venir doivent logiquement s’envisager sur le long terme, à plus forte raison si l’on s’inquiéte de l’héritage que nous laisserons à nos enfants et les générations futures. Celle que s’apprête à prendre le gouvernement est- elle donc conforme à une réflexion clairement établie sur du long terme ? D’ores et déjà, face à autant d’incertitudes, pour le principe de précaution, la dangerosité des émanations, des résidus, le nombre important des questions soulevées par les opposants à ce projet ne devraient- ils pas faire reculer le gouvernement et que ce projet soit enfin soumis à une étude plus rigoureuse.

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CONFERENCE SUR L’INCINERATEUR A LA CHAUMIERE
Dany Dietmann : « L’incinération
des déchets serait catastrophique »

 

Patrick HILBERT

Pour le spécialiste du traitement des déchets qu’est Dany Dietmann, il n’y a pas de débat :construire un incinérateur à Maurice serait non seulement nuisible à la santé, mais aussi financièrement ruineux.

Construire un incinérateur de déchets à La Chaumiére aurait des conséquences désastreuses pour la santé et l’environnement. C’est le tableau sombre dressé par Dany Dietmann, professeur des Sciences de la Vie et de la Terre et maire de la commune de Manspach en France.

Conférencier respecté dans le domaine du traitement des déchets, il a fait un exposé axé sur les dangers d’installer un incinérateur à Maurice, hier soir, au Racing Club à Trianon, à l’invitation du Collectif des opposants à l’incinération des déchets.

Et il est catégorique. Construire un incinérateur pour se débarrasser de nos déchets aura de fâcheuses conséquences, et pour la population, et pour l’environnement. Concernant la génération d’électricité par ce biais, ce spécialiste prédit que cette alternative se révélera coûteuse.

Il s’appuie sur des expériences vécues ailleurs, des statistiques, des études et des normes internationales pour arriver à cette conclusion.

Pour Dany Dietmann, commencer à construire des incinérateurs maintenant serait suicidaire. « Cela ne fait plus partie de notre siècle. Les incinérateurs datent du siècle dernier et ils ne cadrent pas avec le développement durable. » Dany Dietmann va encore plus loin en affirmant qu’un incinérateur compromettra toute tentative future d’aller vers une gestion plus propre de nos déchets. « Non seulement c’est dangereux sur le plan sanitaire mais, en plus, c’est financiérement ruineux » , soutient- il.

Il fait le parallèle avec ce qui s’est passé ailleurs.

« On obligeait les collectivités locales à récolter un certain nombre de tonnes de déchets et si elles n’avaient pu arriver au quota requis, des pénalités leur étaient infligées. Cela décourageait le tri des déchets et le recyclage car la priorité des priorités était de respecter ce nombre, faute d’une amende. Il fallait avant tout nourrir la machine à brûler.

Maintenant, il est interdit d’établir ce genre de contrat d’engagement avec les communes. » Il ajoute que « dés que vous mettez le pied dans cet engrenage, vous ne bougez plus. On a vu cela aux Etats- Unis, en Angleterre ou encore en France » . Selon cet expert, un incinérateur de 300 000 tonnes de déchets tel que celui qui est proposé par Gamma Covanta produirait, entre autres, 360 tonnes d’oxyde d’azote, 90 tonnes de dioxyde de soufre et injecterait 270 000 tonnes de CO ² dans l’air annuellement.

Il serait également erroné de dire qu’il ne faudra plus de décharge d’ordures, du type Mare- Chicose, avec un incinérateur : « La première décharge, c’est l’atmosphère. La seconde est une décharge de classe deux comme vous en avez. Il faudra également une décharge de classe un pour les produits toxiques de fumée provenant de l’incinérateur. »

Un climat humide peu propice

Reste que les promoteurs soutiennent que le type d’incinérateur proposé pour Maurice n’est pas particulièrement nocif. « Faux » , rétorque le Professeur Dietmann. Car, selon lui, ce qui est émis dans l’air retourne à la terre. « Les nuages et la pluie récupèrent les déchets rejetés dans l’air et nous allons consommer tout ça d’une manière ou d’une autre. Et un pourcentage de ce qui entre dans notre corps de cette manière y restera. En conséquence, il y aura des dérèglements hormonaux et une augmentation d’allergies et de cancers » , fait- il ressortir.

Le climat humide mauricien ne serait également pas propice. « Dans l’incinérateur, un produit sec s’enflammera tout de suite, mais s’il est humide, il ne s’enflammera jamais. Pour le sécher, il faut dépenser davantage d’énergie puisqu’il faut brûler 540 calories par gramme. » En ce qui concerne la production d’électricité à partir de l’incinération des déchets, cela ne serait pas viable économiquement. C’est du moins ce qu’affirme Dany Dietmann.

Aujourd’hui, l’avenir est au tri et au recyclage.

Maurice aurait ainsi sa carte à jouer dans ce domaine. En effet, alors qu’en France, seuls 29 % des déchets sont biodégradables, à Maurice, le pourcentage s’éléve à 68 %. Cependant, 21 % des déchets sont recyclés en France. Mais elle n’est pas particulièrement bonne élève en la matière. Les champions du recyclage et du tri, ce sont les Pays- Bas avec 65 % des déchets qui sont réutilisés, contre 32 % brûlés dans les incinérateurs.

Aux dires de Dany Dietmann, les ordures vertes rapportent gros. Prenant comme exemple sa propre région, il indique que la tonne d’aluminium se vend à Rs 40 000 et la tonne de fer à Rs 13 500.

Sans parler du papier et du plastique, entre autres.

Mais si les incinérateurs sont aussi néfastes, pourquoi Paris a- t- elle accepté la concrétisation d’un tel projet ? « Evitons de comparer Paris à Maurice. On n’est pas du tout dans le même contexte » , répond- il, en laissant entendre que les dégâts dans les pays tropicaux, de par leurs spécificités, sont bien plus élevés qu’ailleurs.

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Opinion « Les éléments factuels du projet Waste To Energy »

 

 

Nous nous référons à la contribution d’Ahken Wong parue dans votre édition du jeudi 20 mai 2009 et intitulée « Du Vietnam à La Chaumiére : le pire est toujours possible » . La prise de position de M. Wong vient s’ajouter à celles agitant la société civile ces dernières semaines autour du projet de traitement et de valorisation énergétique des déchets Waste to Energy ( WTE) prévu à La Chaumiére.

Nous notons que M. Wong, à aucun moment, ne vient de l’avant avec des faits scientifiquement documentés, encore moins démontrés.

Sans vouloir polémiquer, il nous paraît important de réitérer certains points importants à l’attention de vos lecteurs sur ce dossier. Pour l’information de vos lecteurs, permettez- nous de partager les éléments factuels de notre projet WTE qui répondent aux attentes légitimes d’information factuelle de la part de nos compatriotes qui ne demandent qu’à pouvoir eux- mêmes se faire leur opinion sur la question.

Compostage, recyclage et WTE sont complémentaires

Les pays où les niveaux de recyclage sont les plus hauts au monde – Allemagne et Japon – sont aussi les pays avec les plus hauts ratios d’incinération et les taux les plus faibles de mise en décharge. L’Union européenne ( EU) a décidé de phase out graduellement les centres d’enfouisse ment à compter de 2011. Ainsi, ces modes de traitement sont complémentaires dans l’objectif de réduire la mise en décharge.

La collecte sélective et le recyclage doivent être privilégiés. Les déchets résiduels qui ne peuvent être complètement réutilisés ou recyclés doivent être traités par la méthode la plus respectueuse de l’environnement.

Les Etats de l’EU qui ont le plus efficacement réduit leur dépendance à la décharge l’ont fait en combinant recyclage, traitement biologique (c’est à- dire compostage, méthanisation…) et WTE. En Europe, la contribution des usines d’incinération aux émissions de dioxines est de 0,07 %.

Une solution propre, sûre et durable

Nous connaissons les graves problèmes environnementaux qui existent à Mare- Chicose et les risques qu’ils représentent : contamination de la nappe phréatique et déversement irresponsable de « leachate » à Baie- du- Tombeau dans des conditions ne respectant aucunement l’environnement. Les coûts indirects liés à Mare- Chicose pour la restauration de l’environnement ainsi qu’à la santé des habitants sont aussi des aspects à prendre en considération.

Notre projet apportera une solution environnementale sûre, propre et durable aux problèmes de gestion de déchets à Maurice.

Aucun risque de cancer

En l’an 2000, le Comité de cancérologie anglais a publié une étude sur l’incidence des cas de cancer à proximité des usines d’incinération du Royaume- Uni. Cette étude a conclu que « le risque potentiel de cancer dû à la proximité des incinérateurs municipaux était extrêmement bas et probablement pas mesurable par les techniques épidémiologiques les plus avancées » . Une étude récente réalisée par l’Institut de médecine préventive de l’université de Lisbonne a conclu que l’incinération des déchets n’a pas d’impact sur les taux de dioxine dans le sang des personnes du voisinage. Nous invitons M. Wong et vos lecteurs à consulteur notre site internet www. gammaenergy. mu et les sites de l’Agence de l’environnement et de la santé de la Grande- Bretagne notamment.

Prévention du risque climatique

Notre projet est considéré comme un « Clean Development Mechanism » sous le protocole de Kyoto dont Maurice est signataire. La valorisation énergétique des déchets évite les émissions de CO 2 et de méthane provenant des décharges ( le méthane étant 23 fois plus contributif que les émissions de CO 2 équivalentes). La valorisation énergétique des déchets contribue aussi à la protection du climat par la substitution aux énergies fossiles dans les centrales énergétiques classiques. Comparées aux centrales charbon ou fuel, toutes les usines WTE, même celles produisant uniquement de l’électricité, produisent moins d’émissions fossiles de CO 2 .

Déchets = source d’énergie renouvelable

Le WTE est l’une des plus fiables alternatives de production d’énergie pour réduire les émissions de CO 2 et limiter le recours aux énergies fossiles.

L’énergie produite à partir des déchets se substitue à l’énergie fossile importée, utilisée par les centrales thermiques. L’UE a statué de manière sans équivoque sur les centres d’enfouissements : les pays membres doivent activement phase out ces centres à partir de 2011. Le WTE de Gamma- Covanta se conformera aux normes imposées par l’EU dans un souci de protection de l’environnement.

Réduction de l’émission de CO 2

Pour la première fois à Maurice, un Continuous Emissions Monitoring System sera utilisé afin de « monitor critical emissions and provide a permanent record for Government regulators to assess project performance against standards » . L’ Environmental Protection Agency des Etats- Unis décrit le WTE comme « a clean, reliable, renewable source of energy with less environmental impact than almost any other source of electricity » . A travers le monde, il existe plus d’un millier d’usines semblables à celle envisagée à Maurice.

Dans le cas de Singapour, ces usines brûlent parfois jusqu’à 90 % des déchets ménagers du pays. Plus de 130 millions de tonnes de déchets ménagers sont incinérés annuellement dans plus de 600 WTE qui produisent de l’électricité et le chauffage Le 18 avril 2007, le Financial Times écrit : « Waste to Energy has a double benefitthey get rid of waste and also act as a substitute for fossil fuels, thus cutting green gas emissions. » A Maurice, le projet WTE réduira l’émission de carbone d’environ 150 000 tonnes de CO 2 par an.

Il contribuera également à la réduction considérable du taux d’émission de dioxines en provenance, entre autres, de déchets médicaux qui sont aujourd’hui incinérés, sans aucune précaution, à l’air libre.

Une solution d’avenir

Nous croyons vital que notre pays développe une nouvelle approche par rapport à sa politique environnementale. Avec Maurice île durable, les autorités lancent un message clair afin d’assurer l’avenir de nos enfants. Gamma Energy , à travers son projet WTE, rejoint cette vision au niveau de la gestion des déchets. Nous sommes convaincus que notre pays a besoin d’une révolution des mentalités favorisant une approche moderne, globale, durable et sûre de la question des déchets dans son ensemble. En proposant le WTE, nous nous y sommes engagés en tant qu’entreprise et citoyens responsables.

La Direction de GAMMA ENERGY