Le Mauricien 27/05/09

QUESTIONS À... - Dany Dietmann (environnementaliste français) :

 

" Il n'y pas de déchets mais des produits jusque-là non utilisés "

Dany Dietmann (58 ans) est professeur de Sciences de la Vie et de la Terre, maire de la Commune alsacienne de Manspach, et également cheville ouvrière de la mise en œuvre du tri des produits résiduels ménagers et de la "pesée embarquée" (*) dans la Communauté des communes de la Porte d'Alsace, France. Il était dimanche dernier à La Chaumière sur la Plateforme anti-incinérateur.

Quel est le but de votre visite à Maurice ?

Je suis venu à l'appel des Mauriciens qui sont préoccupés pour l'avenir de leur pays par rapport à un projet d'incinérateur qu'on se propose de construire sur cette île paradisiaque.

Et vous venez avec un message ?

Chez moi, je suis président d'une structure et on a beaucoup fait dans le domaine des produits ménagers, des poubelles et autres. Je viens dire aux Mauriciens : faites comme nous : nous avons réduit, en dix ans, la quantité de nos ordures de 400 kg à 85 kg, 4 à 5 fois moins que la moyenne nationale. Mais pour descendre à cela, il ne faut plus jamais mettre ce que vous appelez des "déchets" dans des poubelles. C'est fini tout ça. Tout ce qui est vert, tout ce qui vient de la terre, tout ce qui pousse, tout ce que l'on mange et qui pousse, tout ce que l'on coupe, il ne faut plus les mettre dans la poubelle. Il faut les retourner à la terre. Et pour faire ça, il faut, entre autres, composter. Aussi simple que ça. C'est la solution la plus simple.

Pourquoi ?

Parce qu'il appartient aux Mauriciens aujourd'hui de faire en sorte d'organiser le compostage individuel ou collectif par quartier. Cela en accord avec vos élus. Il faut comprendre que l'élu, il ne peut rien faire seul. Il faut qu'il ait une adhésion des Mauriciens à ce geste qui est une valeur ajoutée au geste du tri. Le compost ainsi obtenu va enrichir la terre, dont on aura besoin pour nourrir les générations futures.

On vous dit un opposant acharné des incinérateurs ?

À cause de cela justement. Les incinérateurs existent certes. Mais je dis : de grâce, n'en faites surtout pas de nouveaux. Nous ne sommes plus dans le siècle passé ; nous sommes dans un nouveau siècle, calé sur le développement durable. Sur cette planète on doit essayer de tout faire pour que des humains puissent y vivre jusqu'à la fin du siècle. Et ce n'est pas garanti comme on est parti.

Pour promettre un avenir rieur à nos enfants, on est obligés d'aller vers le développement durable. Mais surtout, ne détruisons pas les produits dans un incinérateur. La terre, dans sa générosité, nous donne des choses. On lui pique des choses. Mais ce sont toujours des produits. On ne pourra jamais m'expliquer que ce que l'on tire de la terre, c'est un "déchet". Non, ce n'est pas un déchet. C'est un "produit". Par conséquent, il faut rendre (à la terre) ce qui lui appartient. On doit le recycler, le réutiliser, le transformer pour le redonner à la terre.

Dans quel but ?

Retourner à la terre ce qui lui appartient, c'est maintenir son capital. C'est comme en banque. Si vous continuez à prendre des sous tout le temps sur votre compte, il arrive un moment où il n'y a plus rien. Il vous faut retourner sur votre compte ce que vous y avez pris, pour y trouver quelque chose quand arrive le moment où vous êtes dans le besoin. C'est ainsi que vous faites durer votre capital.

Jusqu'à présent malheureusement, on a toujours tiré sur la planète, sans rien lui retourner. Avec l'incinérateur, on détruit tout ; on ne retourne rien à la terre ; tout se volatilise. Le compte en banque de la planète et des individus (qui paient pour ces outils très coûteux à travers les taxes !) se vide, car petit à petit, durant ces 200 dernières années, on a tout bouffé de notre capital terrestre.

En quoi êtes-vous alarmé par ce projet d'incinérateur à Maurice ?

Moi, j'ai du souci pour ma planète. C'est petit. Moi qui suis scientifique, je suis effaré quand je vois la faiblesse de la petite couche autour de la planète Terre où la vie est possible. Au-dessus on ne peut pas vivre, en dessous non plus. Où que vous soyez dans le monde, vous ne pouvez pas porter atteinte à ce potentiel de vie, à ce capital qui nous permet d'être vivant. Les gens doivent témoigner là-dessus. Et c'est à ce titre que je viens témoigner à Maurice.

Quels arguments emploierez-vous ?

Je suis désolé, moi quand on me dit qu'il y a un incinérateur dans une île, je n'y amène pas mes enfants passer des vacances, quand je sais que dans les légumes et autres nourritures, il y a un risque de trouver de la dioxine et autres substances cancérigènes.

C'est un argument qui devrait faire réfléchir ceux qui habitent cette île superbe qu'est la vôtre. C'est un endroit paradisiaque et dans un paradis on peut ne pas voir le mal qui vient. Cependant, il ne faut pas attendre que le mal soit là pour réagir. Nous sommes dans un nouveau siècle, il faut que les Mauriciens construisent un avenir de développement durable. Il vous faut faire attention avec votre île !

Un autre point extrêmement important. L'on sait pertinemment bien qu'un incinérateur crée un emploi pour chaque tranche de 10 000 habitants, tandis que le recyclage, le compostage et autres en crée 15. Ce qui veut dire que même socialement, on est complètement à côté avec un projet d'incinérateur.

Donc d'un côté on a un truc qui coûte très très cher (même aux citoyens à travers l'impôt) et qui crée peu d'emplois, sans compter l'atteinte à la santé et à l'environnement, et de l'autre on a des alternatives vertes qui ne coûtent pas cher du tout. Vous avez là une possibilité immense d'ouverture au développement durable pour assurer une bien meilleure qualité de vie pour vos citoyens d'aujourd'hui et de demain.

L'Europe a gagné la bataille anti-incinérateur. Comment gagner cette bataille à Maurice ?

Il faut d'abord que les Mauriciens, ensemble avec leurs élus, se disent et comprennent que l'avenir du sol, de la terre, est déterminant pour l'alimentation des gens dans les années à venir. Il vous faut donc militer pour le compostage, le recyclage et autres.

Si vous démarrez avec le compostage, c'est déjà 70% de ce qu'on prévoyait d'aller brûler dans l'incinérateur qui n'existe plus. Donc l'incinérateur n'aura plus sa raison d'être. Ce n'est pas plus compliqué que ça, alors que 70% de vos produits résiduels ménagers sont verts. Et ce qui en restera, ça ira au recyclage, à la transformation, entre autres. Et certains de ces produits recyclés pourront même vous rapporter (ndlr : de l'argent), alors qu'avec l'incinérateur il ne vous restera rien, et pour paierez cher pour cela !

Vous préconisez donc la valorisation des déchets ?

Pas des "déchets", mais des "produits" jusque-là non utilisés. C'est important de le dire. D'ailleurs chez nous, nous n'utilisons pas le mot "déchet".

Pourquoi ?

Pour les gens les "déchets", ça pue, c'est dévalorisant. Quand je demande aux gens chez moi de trier leurs produits (résiduels ménagers), ils y vont d'autant mieux parce qu'ils savent qu'ils vont faire un geste qui va aboutir à quelque chose de positif après. On redonne ainsi une noblesse à la poubelle, dans l'objectif de sauver la Terre.

* La "pesée embarquée" est une opération qui consiste à peser les ordures de chacun et à faire payer les ménages aux volumes d'ordures, comme l'eau au mètre cube, l'électricité au KWH et le téléphone à la minute. Ainsi ceux qui génèrent le plus de "déchets" paient le plus

 

MAURICE ILE DURABLE

Notre espoir pour notre pays

Nous étions dix.

Nous étions cent.

Nous étions mille.

Et hier deux mille.

À marcher de St-Martin à Camp-Levieux.

Jeunes, femmes enceintes, enfants, vieilles et vieux.

Des couleurs de l'arc en ciel.

À travers la nature, à côté d'une eau qui court.

De ce planteur arrosant sa terre.

Devant ce beau temple aux couleurs pastel.

Au pied de notre Corps-de-Garde.

Un peu étonné d'entendre s'élever au-dessus de sa tête

Avec les pigeons et les pailles-en-queue habituels

Des voix : " Insinerater nou pale ! ", " Covanta, deor ! "

Que même La Ferme au loin n'a pas pu faire taire.

Quelle joie d'être accueillis au bout d'une pente raide

Par des jeunes de quartiers à leurs échoppes.

Enfin de quoi étancher notre soif et calmer notre estomac !

Ensemble, nous avons été attentifs aux messages

D'autres voix, d'autres localités se joignent à nous.

Une autre voie est possible.

Les auteurs de diversion et de division n'auront pas raison de nous.

La raison finira par triompher.

C'est notre espoir pour notre pays.

Demain nous serons dix mille.

Vingt mille.

Cent mille…

Adi Teelock

25 mai 2009