Réactions mitigées de la société civile 12/08/2010

 

Quelques- uns des acteurs non étatiques du pays donnent leur appréciation du bilan de l’actuel gouvernement après ses 100 premiers jours.

LA société civile, à savoir les syndicalistes ou les membres d’organisations non gouvernementales et d’associations de bénévoles ont un rôle de premier plan dans le bon fonctionnement d’une démocratie. Quelques- uns de ses membres nous livrent leurs réfl exions sur le bilan social, environnemental et culturel des 100 premiers jours du gouvernement.

Création d’un ministère dédié à la lutte contre la pauvreté

L’une des mesures phare de l’actuel gouvernement a été la création du ministère de l’Intégration sociale et de l’ Economic Empowerment . Toutefois, l’action de ce ministère très attendu a été pour le moins discrète durant ces 100 premiers jours. Selon Radhakrishna Sadien, syndicaliste et président de la Government Servants Association, ce nouveau ministère se trouve encore dans une phase de mise en place et n’a pas encore initié de décision majeure.

« La création d’un ministère de l’Intégration sociale et de l’ Economic Empowerment est en soi une excellente initiative car l’on constate que les problèmes sociaux sont en hausse depuis de nombreuses années.

Je pense que ce ministère nouvellement créé est encore en train de cibler les secteurs prioritaires mais qu’il devrait bientôt commencer son action. » Le syndicaliste est aussi d’avis que le gouvernement devrait organiser des consultations plus régulières avec les membres de la société civile. « Nous sommes les plus à même à savoir quels sont les besoins de la population. Les politiques restent malheureusement trop souvent dans leur tour d’ivoire et ne sont pas toujours conscients de ce qui se passe sur le terrain. » Yousoof Dauhoo, président de l’organisation non gouvernementale SOS Poverty confi rme que, depuis son entrée en fonction, le ministre Xavier- Luc Duval s’est essentiellement attelé à visiter quelques- unes des régions les plus pauvres de l’île et à identifi er les problèmes qui doivent être réglés en priorité.

« J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le ministre Xavier- Luc Duval lors de sa visite à Vallée Pitot, peu après sa nomination.

Il a fait montre d’une certaine bonne volonté et a pris le temps d’identifi er les problèmes de cette localité, notamment au niveau des infrastructures. » Cependant, Yousoof Dauhoo regrette qu’aucune mesure concrète n’ait encore été enclenchée, ou même annoncée, en vue de lutter contre la précarité grandissante des couches sociales les plus démunies. Il déplore ainsi la lenteur d’action du ministère de l’Intégration sociale et de l’ Economic Empowerment et s’interroge sur la pertinence de la nomination de conseillers qui ont collaboré avec Xavier- Luc Duval à l’époque où ce dernier était ministre du Tourisme. « Je suis d’avis qu’il faille renoncer à cette vieille tradition qui consiste à nommer des conseillers en fonction de leur appartenance à un parti politique plutôt qu’à leurs compétences dans un domaine particulier. Il aurait été judicieux de nommer, par exemple, des travailleurs sociaux ayant une certaine connaissance du terrain ainsi que des attentes des personnes appartenant à des milieux défavorisés » , fait- il ressortir.

Cette connaissance du terrain est en effet essentielle pour que le ministère de l’Intégration sociale et de l’ Economic Empowerment soit en mesure d’agir effi cacement pour lutter contre la pauvreté. Selon Marcel Poinen, musicien et photographe, le gouvernement a du mal à faire face à l’augmentation de la pauvreté que subissent beaucoup de Mauriciens parce qu’il y a une méconnaissance de leur quotidien par les politiques. « Il est navrant de constater

que le gouvernement a souvent besoin que la misère des gens soit médiatisée pour réagir.

Il a par exemple fallu que les squatters de Dubreuil fassent la une d’un hebdomadaire pour que le gouvernement s’intéresse à leur sort » , dit- il amèrement.

Mesures environnementales intéressantes contre flou sur le MID

Selon Jacqueline Sauzier, présidente de la Mauritius Marine Conservation Society, l’actuel gouvernement n’est pas indifférent aux problèmes environnementaux et l’a démontré durant les 100 jours. « Nous sommes très concernés par la protection des dauphins et des consultations en ce sens ont déjà commencé avec le ministère de l’Environnement et du Développement durable. Celles- ci devraient, si tout se passe bien, donner lieu à un projet de loi. » Sachooda Ragoonaden qui est membre de l’Association pour le Développement durable abonde dans le même sens et souligne également que le gouvernement a apporté son soutien à divers projets tels que la prévention de l’érosion des côtes à Poudre d’Or et à la mise sur pied du plan d’alerte aux tsunamis. Le gouvernement a, de surcroît, innové en parvenant, à travers la Corporate Social Responsibility , à encourager le secteur privé à s’impliquer davantage dans la protection de l’environnement et le développement durable.

Karim Jauferally qui préside l’ Institute for Environment and Legal Studies est, quant à lui, plus critique envers le début de mandat de l’actuel gouvernement.

« Le processus de Maurice île durable ( MID) n’est toujours pas clair et on a l’impression que ce projet qui semblait être l’une des priorités du gouvernement a été mis en veilleuse. » Notre interlocuteur déplore le fait que le gouvernement communique moins ses intentions. A savoir sur la façon dont il compte mener à bien ce projet. Karim Jauferally regrette également que le gouvernement n’ait pas renoncé au projet d’incinérateur à La Chaumière. Un projet qui est, selon lui, trop onéreux et qui risque à terme d’être préjudiciable à l’environnement.

Lenteur de la révolution culturelle annoncée

La coalition au pouvoir a eu l’immense mérite de proposer dans son programme électoral, chose inédite, un nombre important de mesures visant à promouvoir la culture et à offrir davantage d’occasions aux artistes locaux. L’île Maurice serait ainsi appelée à connaître un rayonnement culturel sans précédent. Parmi les projets culturels les plus ambitieux du gouvernement, l’on note la création d’une chaîne culturelle et de deux écoles, l’une pour le perfectionnement des artistes et l’autre pour les études de cinéma. Mais l’on retient surtout la promesse électorale d’aides fi nancières importantes pour encourager la création et pour permettre aux artistes locaux de proposer leurs oeuvres à l’étranger. L’on se souvient aussi du dernier discours budgétaire de l’ancien ministre des Finances Rama Sithanen qui accordait une place importante à l’art et à la culture et qui annonçait l’apport d’une partie des recettes de la loterie nationale pour fi nancer des projets artistiques.

Selon Krishna Luchoomun, président du collectif pARTage visant à promouvoir l’art à Maurice, il ne s’est malheureusement rien passé qui puisse nous permettre d’envisager que l’art et la culture fassent partie des priorités du gouvernement. « Le seul fait marquant de ces 100 derniers jours a été la commémoration de la bataille du Vieux Grand- Port. Cet événement a donné lieu à des activités culturelles et artistiques très réussies fi nancées par le gouvernement et a montré que le ministère des Arts et de la Culture dispose d’une très bonne capacité d’organisation.

Les intentions du nouveau ministre sont bonnes mais il faudrait qu’il soit un peu plus réactif aux besoins des artistes. » En outre, Krishna Luchoomun estime qu’il faut que le ministère des Arts et de la Culture aille rapidement de l’avant avec le projet d’apporter des subventions aux artistes. Un point de vue que partage l’artiste Marcel Poinen qui pense qu’il y a une certaine confusion au sein du ministère des Arts et de la Culture. « Les 100 premiers jours du gouvernement ont été particulièrement décevants en termes de politique culturelle. Les subventions qui sont censées être versées aux artistes tardent à nous parvenir à cause de la lenteur de la bureaucratie qui doit faire le lien entre le ministère des Finances et celui des Arts et de la Culture. » Il faudrait, selon notre interlocuteur, que l’actuel ministre des Arts et de la Culture, qui occupe pour la seconde fois ce poste, fasse montre d’un peu plus d’ambition et d’effi cacité. Des qualités indispensables pour mettre en chantier les projets artistiques et culturels cités dans le programme électoral du gouvernement auquel il appartient.

Kenneth BABAJIE

Patrick Assirvaden : «Au MID, les fonctionnaires n’ont pas le sens des priorités des politiques»

16/08/2010

 

L’ancien président du CEB donne son avis sur un rapport indiquant que Maurice souffrirait éventuellement d’un manque d’électricité. Il revient également sur le projet Maurice Ile Durable.

● Nous sommes en présence d’un rapport d’expert qui prévoit une série de black-out à partir de 2011…

L’expert a dit qu’on va enregistrer un déficit de 42 MW, sur une production d’une capacité totale de 400 MW par jour à partir de 2011. Mais, ce qu’il ne dit pas c’est que la centrale de Saint-Louis va continuer à produire 36 MW. Il ne tient pas compte non plus de nos réserves (Spining reserve) de 10 % des 400 MW, ce qui nous amène à 40 Mgw en réserve. J’affirmerai donc que le risque de manque d’électricité n’existe pas.

● Comment calcule-t-on cette question de réserve?

Prenez pour exemple une boulangerie avec une capacité de production de 2 000 pains par jour. Or, dans la région, la demande est de 1 500 pains seulement. Les 500 unités restantes constituent les réserves. C’est la même chose qui s’applique au CEB entre la demande et la capacité de production.

● Mais, si la demande excédait la production, ce serait inévitablement le black-out !

Cela ne peut arriver car la marge de manoeuvre est là.

Si jamais nous nous retrouvons dans une situation où la demande dépasse la capacité de production, cela provoquerait bien un black-out ?

Si cela se produisait – je dis bien «si» car un tel scénario n’est pas envisagé –, il y aurait un manque dans la production.

● Donc, le black-out total…

Non, des pannés isolées. Mais, pas de black-out.

● Il semblerait quand même que l’on soit en train de marcher sur la corde raide. Avec des projets d’envergure tels que Jin Fei, le parc informatique à la Tour-Koenig et la nouvelle ville de Highlands, sans compter les IRS à travers le pays, la demande sera inévitablement en hausse. Le CEB a-t-il entrepris des mesures pour parer à toute éventualité ?

On ne peut se lancer dans l’installation de nouvelles stations alors que la demande n’est pas encore là. On pourra le faire lorsque les projets auront commencé à prendre forme. Il faut savoir que quelque 18 mois sont nécessaires pour l’installation d’une centrale.

● Quelles mesures aviez-vous prises lorsque vous étiez à la tête du CEB pour éviter tout risque de rupture dans la fourniture ?

Nous avons lancé les procédures pour doter la centrale de Fort Victoria de quatre nouveaux moteurs de 15 MW chacun. Nous avons opté pour différents moteurs pour des raisons de sécurité car la panne touchant un seul moteur de 60 MW est dangereuse. C’est un projet pour 2011 et 2012 et la capacité de production de Fort Victoria atteindra 90 MW La deuxième mesure a été l’écoulement de 1 000 ampoules économiques ayant permis une baisse de 10 MW de la demande. La troisième mesure concerne la construction de deux centrales hydro d’une capacité de 1,5 MW au total.

● Quid de l’énergie renouvelable ? Il n’y a rien de concret en vue…

Maurice Ile Durable (MID) est un concept révolutionnaire préconisé par le Premier ministre. Mais, le projet, lancé depuis trois ans, n’a pas encore décollé.

● Et pour quelle raison ?

MID est constitué de fonctionnaires qui n’ont pas le même sens des priorités que les hommes politiques. Or, rien n’a été fait.

● Qu’est-ce qui aurait pu être accompli, par exemple ?

Permettre aux Mauriciens de produire leurs propres besoins en électricité à travers les panneaux photovoltaïques et l’éolienne, comme c’est le cas à La Réunion. L’Etat devrait subventionner l’achat des équipements, ce qui permettrait au projet MID de décoller. De plus, avec un tel projet, le pays est gagnant en termes d’économies de devises.

● Vous avez un faible pour le charbon pour la production de l’énergie. Pourquoi ?

Il est prévu que les réserves mondiales de produits pétroliers seront épuisées dans les 50 prochaines années. Pour ce qui est du charbon, il y en a pour encore 250 ans. Puis, il a été prouvé qu’en termes de prix, le charbon est plus économique. Donc, adopter le charbon, selon la technologique appropriée, offre le moins de risque de pollution. Cela fait quatre ans que je dis que le charbon est inévitable. C’est un mal nécessaire qui devra cohabiter dans le bouquet de production d’énergie composé, en outre, de l’huile et des sources énergétiques propres comme le soleil et le vent.

Propos recueillis par Marc ATCHIANE

 

Le coût de l’énergie

 

Ludovic Agathe
08/10/10

 

Les coûts de l’énergie sont ce qu’il y a de plus relatif», nous dit, d’emblée, le Dr Khalil Elahee, expert en énergie. «La question doit être : qui sont ceux qui payeront les vrais coûts ? On peut facilement penser qu’il suffi t de les passer aux générations futures», déplore-t-il.

 

Dans la pratique, le coût de l’énergie dépend de plusieurs facteurs, comme nous l’explique Didier Philogène, Managing Director de Sotratech, société spécialisée dans les solutions énergétiques :

 

«Les coûts associés à l’énergie dépendent de plusieurs facteurs. Il faut tenir compte du prix de l’énergie fossile sur le marché mondial. Ensuite, le transport, qui dépend lui-même du coût du carburant fossile. Il y a enfin les charges prélevées par la State Trading Corporation (STC) pour le stockage et la manutention, pour ce qui est des produits pétroliers. Sans compter les taxes et divers coûts prélevés.»

 

«Si on considère le ‘wellto- wheel cost’, c’est-à-dire, le coût total de l’extraction à l’utilisation finale du carburant, on remarquera que les coûts sociaux et écologiques n’y sont pas intégrés directement. Par contre, toute une série de taxes, de surcoûts et de contributions vers d’autres projets s’ajoutent au CIF (Cost, Insurance and Freight). Le prix marginal inclut souvent une dose de spéculation », poursuit le Dr Elahee.

 

La relativité des prix implique que des subventions ou des mesures visant à promouvoir une source d’énergie au détriment d’une autre peuvent influer sur les prix. «Dans le but de recouvrir l’investissement lié aux renouvelables, des énergies naturelles comme le solaire sont en fait vendues à des prix plus élevés que les énergies fossiles», fait ressortir le Dr Elahee.

 

Le fait que le gaz soit subventionné est, selon Didier Philogène, une barrière à la progression des énergies renouvelables.

 

Il déplore qu’il n’y ait pas encore eu de déclic chez le particulier. «On voit la différence chez les touristes.

 

Leurs chambres paraissent plus sombres, par exemple, parce qu’ils ont pris l’habitude d’éteindre leurs lumières quand ils n’en ont pas besoin. A La Réunion, le prix de l’électricité est élevé, ce qui explique leur avancée en matière d’énergies renouvelables », fait-il remarquer.

 

Pour lui, c’est un constat mondial. «On assiste à une faible efficacité énergétique dans les pays où l’énergie est disponible en abondance. Par contre, dans les pays où les ressources sont rares, ils ont davantage recours au renouvelable, comme au Danemark ou en Allemagne, par exemple», dit-il.

 

Cette même relativité implique qu’il faut savoir quelle valeur nous donnons à l’air que nous respirons, à l’eau, à la mer, à la faune et à la flore.

 

En effet, l’utilisation de l’énergie a des impacts sur ceux-ci, qui doivent être intégrés dans les coûts. On parle aussi aujourd’hui de «cradle-to-cradle costs», avec l’internalisation complète des coûts de remplacement et de ceux d’ordre social ou écologique.

 

«On ne peut pas dire que le coût de l’énergie n’est pas assez élevé. Cependant, il faut reconnaître que pour le service et l’usage qu’on en fait, le coût est encore très raisonnable», estime Didier Philogène. «Il faut éduquer les consommateurs en ce qui concerne les vrais coûts de l’énergie», indique le Dr Elahee. Le sentiment naturel qu’il faut payer toujours moins n’est pas toujours le bon, alors que nous ne faisons que payer plus dans le long terme, selon lui. « L’Automatic Pricing Mechanism []APM], à défaut d’une politique de prix, crée, par exemple, ce sentiment qu’il y a eu des baisses dans les coûts des carburants.

 

Or, dans le long terme, le prix n’a fait et ne fera qu’augmenter », craint-il.

 

«Les coûts sociaux et environnementaux ne sont pas internalisés. Je pense qu’il faut surtout plus de transparence quant aux structures des prix et s’assurer que les taxes perçues soient efficacement utilisées», propose-t-il. «Je suis pour un système de subventions ciblées.

 

Les politiques ont souvent peur de faire souffrir les ménages par des ajustements tarifaires. Il est vrai que ceux au bas de l’échelle en pâtiront», reconnaît-il. D’où la nécessité de cibler et de mettre en place un système d’aide pour ceux qui en ont besoin. «Les industries aussi risquent de souffrir, mais elles doivent se rendre compte qu’elles peuvent adopter des technologies et des habitudes qui prônent une utilisation plus rationnelle de l’énergie», souligne-t-il.

 

La consommation énergétique baisserait-elle si la facture devenait plus salée ?

 

«C’est ce qui a été prouvé», dit le Dr Elahee, «mais à une condition : il faut encadrer les consommateurs dans la gestion de l’énergie. Sinon, l’effet ne sera que temporaire et sera suivi d’une inflation de prix et de la frustration sans jamais amener une vraie sobriété énergétique», fait-il ressortir. Selon lui, il est essentiel de taxer les énergies polluantes et de subventionner les énergies propres.

 

«Il faut, au lieu de l’APM, une politique de prix fondée sur une orientation intégrée d’un développement durable. Il faut aussi de la cohérence. On ne peut taxer les pauvres pour soutenir des investisseurs capitalistes», met-il en garde. Finalement, il faudra aussi responsabiliser les consommateurs au lieu de leur faire croire, par exemple, que l’énergie n’est pas chère et que les prix baisseront.

 

Faut-il toujours une crise pétrolière pour nous amener à revoir notre rapport à la consommation énergétique ?

 

Les faits, au fil des années, semblent démontrer que oui.

 

Pourtant, nous pouvons nous estimer heureux que nos factures d’électricité ou le coût de notre essence soient ce qu’ils sont. Il suffit de les comparer à ceux de l’île Soeur, par exemple (voir encadré). Cependant, cet état de choses est le produit de diverses circonstances socioéconomiques.

 

Celles-ci sont appelées à changer avec le temps. Nos habitudes devront suivre, qu’on le veuille ou non.

Nicholas RAINER
06/22/10

Le président de la Transport Industry Workers’ Union (TIWU), Hamrag Roy, a dénoncé hier «la menace» que représente le projet de métroléger pour les 1 400 employés de la Corporation nationale de transport (CNT). Rien de surprenant donc (même si certains seraient tentés d’arguer que la pire menace pour la CNT c’est la CNT elle-même). Ce projet que le gouvernement vient de dépoussiérer après l’avoir mis au placard pendant cinq ans, représente une des solutions durables à la congestion routière cauchemardesque qui asphyxie le pays.

Et puisque la CNT fait davantage partie du problème que de la solution, il est normal que son représentant syndical s’offusque de la simple évocation du nom de ce projet. Même si celui-ci ne verra probablement jamais la lumière du jour. Eh oui, car même si ce mode de transport semble être taillé sur mesure pour le cas mauricien, il est invraisemblable que nos décideurs (politiques et autres) fassent de suffisamment de vision et de discipline pour le mener à bon port. C’est bien dommage d’ailleurs. En effet, c’est tout l’aménagement du territoire qui en souffre.

«Il existe une relation très forte entre l’aménagement du territoire et les besoins du secteur du transport. D’un côté, les infrastructures de transport doivent répondre à la stratégie d’aménagement du territoire désirée, alors que, de l’autre, l’introduction d’infrastructures des transports nouvelles ou améliorées peut influencer le modèle d’aménagement du territoire. Le point de départ de la stratégie des transports passe donc par une révision du contexte d’aménagement et de développement du territoire», avait souligné à juste titre le rapport final sur l’Integrated National Transport Strategy de Halcrow Fox en 2001.

Ce document fort intéressant avait également identifié la nécessité de mettre en place un Mode de transport alternatif (MTA) «rapide et moderne», sous la forme soit d’un Guided Busway, soit d’un métro-léger, le long de l’ancienne voie ferrée reliant Curepipe à la capitale. Faute de quoi, les autorités n’arriveront pas à «réduire la congestion routière de façon significative». «L’argument majeur en faveur du MTA est qu’il n’existe aucune alternative acceptable. Les autres ‘solutions’ ne fonctionneront pas pour Maurice soit elles ne régleront pas le problème de congestion, soit elles créeront plus de problèmes que de solutions», avait constaté le rapport.

Selon les estimations du consultant, la facture du projet de métro-léger reviendrait à environ le double de celle de Guided Busway. Il reconnaît que ces deux modes de transport représentent des investissements très conséquents mais que ceux-ci sont justifiés «pour des raisons économiques ». Sans oublier que les avantages d’un MTA sont tels (moins de stress, de pollution, d’accidents, etc.) qu’on ne peut les mesurer en de simples termes financiers. Mais peut-être que nous allons un peu vite en besogne. Ceux qui ont suivi la politique gouvernementale autour de ce dossier ces dernières années, avec sa pluie de rapports d’experts et, surtout, une inertie à peine dissimulée, se retiendront d’espérer une réalisation imminente (ni même éventuelle d’ailleurs) de ce projet, malgré son inclusion dans le discours-programme du gouvernement. Déjà faut-il choisir entre les deux MTA possibles.

Dans Les problèmes liés à la congestion routière, un rapport publié en 2004, le National Economic and Social Council (NESC), avait jeté son dévolu sur le bus lane. Le NESC avait estimé que le projet de métro-léger serait trop onéreux et, lit-on entre les lignes, trop ambitieux pour un pays comme Maurice. «La création d’un bus lane semble plus efficace que le projet de métro-léger en raison de son coût inférieur et la possibilité de le mettre en oeuvre sans trop avoir à s’en remettre à l’expertise et au financement étrangers. Contrairement au métroléger, un échec éventuel du projet de bus lane n’endetterait pas le pays de façon massive. » Le NESC avait également lancé un plaidoyer pour l’identification «une fois pour toutes» de la meilleure option afi n que tout le monde puisse contribuer à sa réalisation.

Une chose est sûre, le processus de sélection d’un MTA devra impérativement prendre en considération toute une pléthore de facteurs, tels ses implications énergétiques (près de la moitié de nos importations d’énergies fossiles est destinée au secteur du transport).

Dans une interview accordée à l’express la semaine dernière, Khalil Elahee, chargé de cours à
l’université de Maurice et cheville ouvrière du projet Maurice : île durable, avait d’ailleurs souligné l’aspect multidimensionnel de la question. «Il faudra penser sur les sources d’énergie pour ce type de transport. Il n’y a pas que le biodiesel mais aussi l’option électrique. Celle-ci est crédible seulement si nous adoptons une approche globale. Cela implique de lier le transport à l’aménagement du territoire, l’avenir de la canne, la production d’électricité à partir de la biomasse et aussi la dimension sociale du projet MID. »

Quoiqu’il en soit, Hamrag Roy peut se rassurer : le projet de métro-léger ne représente pas une menace immédiate pour la CNT. Et, puisque les embouteillages resteront une réalité de la vie mauricienne pour des années à venir, les opérateurs de transport pourraient au moins faire en sorte que leurs bus polluent moins. De cette manière, peut-être qu’à l’avenir le public écoutera leurs craintes liées au métro-léger avec un peu plus de sympathie.

Nicholas RAINER

MID : faire durer le projet…

 

Kenneth BABAJIE
06/07/10

Pendant la précédente législature, le projet Maurice Ile Durable était présenté comme un choix stratégique personnel du Premier ministre. Un mois après les élections générales, on peut se demander si les ambitions n’ont pas été revues à la baisse.

Le projet Maurice Ile Durable (MID) a été lancé il y a un peu moins de deux ans. Cette politique nationale ambitieuse et novatrice vise à engager l’île Maurice sur la voie d’un développement durable. Le principal objectif du concept MID est de permettre à notre pays d’être moins dépendent des énergies fossiles. L’île Maurice paye en moyenne une facture de 2 milliards de dollars chaque année rien que pour le pétrole. Un chiffre qui peut être sujet à des augmentations importantes à cause de la raréfaction de cette source d’énergie. L’accent est donc mis sur une utilisation accrue des énergies renouvelables et un emploi plus efficient de l’énergie pour minimiser le gaspillage.

Joël de Rosnay, conseiller du président de la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette à Paris, et conseiller auprès du bureau du Premier ministre mauricien a été, on s’en souvient, sollicité pour étudier la faisabilité de ce projet. Selon le scientifique, l’île Maurice serait tout à fait en mesure d’atteindre à peu près 65 % en autonomie énergétique d’ici 2028. Cela, en développant la production d’énergies renouvelables et non polluantes telles que l’éolienne, le solaire, le bioéthanol et le biogaz pour ne citer que celles-là. Toutefois, MID ne concerne pas exclusivement la gestion des ressources énergétiques mais aborde aussi les questions environnementales telles que la pollution de l’air et de l’eau, la biodiversité ainsi que la gestion et le tri des déchets.

Peut-on faire un premier bilan deux ans après la mise en place du projet ? Jean Pierre Hardy, membre du comité chargé de le réaliser, soutient qu’il s’agit d’un projet à très long terme et qu’il est difficile pour l’instant d’évaluer les progrès qui ont été réalisés. «Je comprends qu’il y ait une certaine impatience de voir arriver des mesures concrètes pour régler des problématiques telles que le traitement des déchets, la biodiversité, le transport ou la qualité de l’eau. MID est un projet de société sur au moins vingt ans. Cependant, ajoute t-il, la campagne de sensibilisation auprès de la population commence à porter ses fruits. Le gouvernement a réussi la première phase du projet qui consistait à éveiller chez les Mauriciens une conscience citoyenne sur l’écologie et les économies d’énergie.»

Adi Teeluck, militante de l’environnement, spécialement engagée contre l’incinération de déchets, pense également que la mise en oeuvre de ce projet prendra beaucoup de temps mais déplore que la situation sur le terrain soit en contradiction avec les mesures annoncées. «L’on parle de préserver la biodiversité dans nos lagons mais on continue à octroyer des permis de construction sur le littoral aux hôteliers. En plus, l’aménagement du territoire ne se fait toujours pas de manière à favoriser un développement soutenu. De vastes projets immobiliers qui ne respectent pas du tout les nouvelles normes de constructions sont en train de voir le jour, par exemple, dans la région d’Ebène.»

Le dossier du traitement et du recyclage des déchets semble être l’un des enjeux environnementaux les plus importants du moment mais les zones d’ombre quant aux intentions du gouvernement persistent. L’enfouissement des déchets, tel qu’il est pratiqué en ce moment, peut avoir des répercutions négatives sur la nappe phréatique. Il faut donc envisager très rapidement le recours à une autre alternative. Le compostage semble être la meilleure solution, selon Jean Pierre Hardy. «Les Mauriciens produisent en grande partie des déchets verts qui peuvent facilement être compostés. L’incinérateur n’était pas du tout le projet idéal et je suis certain qu’il ne verra pas le jour», pense-t-il.

Adi Teeluck est, quant à elle, beaucoup moins optimiste quant à l’abandon du projet d’incinérateur. «Le programme électoral de l’Alliance de l’avenir n’évoque à aucun moment une alternative au projet d’incinérateur. En fait, son programme électoral n’aborde pas du tout le traitement des déchets. On peut donc craindre que le projet d’incinérer les déchets soit encore à l’ordre du jour. Pour la journée de l’environnement vendredi dernier, le gouvernement s’est contenté de lancer une campagne pour sensibiliser les enfants à l’importance du tri sélectif. Cette mesure sera parfaitement inutile si le gouvernement ne se décide pas à mettre en place un nouveau système de collecte des déchets très rapidement.»

Le projet MID nécessitera vraisemblablement des investissements considérables. Des fonds importants ont déjà été alloués pour réduire notre consommation énergétique. Plus de 500 000 ampoules écologiques à basse consommation ont été achetées par les Mauriciens afin de remplacer un maximum d’ampoules traditionnelles, grâce à des subsides importants. De nombreux réverbères et feux de signalisation ont aussi été remplacés par des modèles à plus faible consommation d’électricité. Pour encourager les Mauriciens à profiter de l’énergie solaire, l’Etat propose également des subventions à hauteur de Rs 10 000 pour l’achat des chauffe-eaux solaires. En plus, les Mauriciens désireux de se procurer ces appareils peuvent bénéficier d’un prêt de la Banque de développement à un faible taux d’intérêt.

On estime à Rs 1,3 milliard la somme qui serait allée à la promotion du développement durable durant l’année financière 2008-2009. Ces premières mesures ont-elles donné des résultats encourageants ? Jean Pierre Hardy est catégorique : ces mesures ont incontestablement diminué le pourcentage d’augmentation de notre consommation annuelle d’électricité. «La consommation d’électricité augmentait chaque année de 5 %. Nous avons noté une augmentation de seulement 3 %.»

Les premières phases de mise en oeuvre du concept MID seraient donc assez prometteuses. Cependant, l’actuel gouvernement semble communiquer beaucoup moins sur le sujet qu’il y a deux ans. L’on se souvient notamment à l’époque de la grande exposition médiatique du conseiller du Premier ministre, Joël de Rosnay. La dernière campagne électorale n’a suscité que peu de débats sur les questions environnementales ou énergétiques.

Ce projet demeure-t-il une priorité pour le gouvernement? Jean Pierre Hardy est convaincu que c’est toujours le cas. Il accueille également la nomination du nouveau ministre de l’Environnent. «La nomination du ministre Deva Virasawmy, un membre important du Parti travailliste est, selon moi, un signe que le gouvernement veut aller au bout du projet MID. Le ministère de l’Environnement est appelé à prendre davantage d’importance. Cette posture intellectuelle qui consiste à inclure les considérations écologiques dans les politiques gouvernementales ne doit plus être l’affaire de quelques marginaux

Kenneth BABAJIE


Questions à Khalil Elahee,
Chargé de cours à la faculté d’ingénierie de l’université de Maurice

«Au moins 40 % d’énergies renouvelables dans 20 ans»

● Avez-vous constaté, depuis le lancement de MID, un progrès sur les questions ayant trait à l’environnement et aux énergies renouvelables ?

Il y a incontestablement une plus grande prise de conscience chez la population mais beaucoup reste encore à faire. Il faut poursuivre cette sensibilisation afin d’avoir un engagement durable et cohérent chez les Mauriciens. Je constate que les médias, les forces vives et les jeunes répondent désormais plus facilement aux questions environnementales. Il y a également davantage d’engagement de la part de certains politiques sur ces questions. Les mesures qui ont été prises durant la première phase du projet MID, par exemple, les subsides sur les ampoules électriques et sur les chauffe-eaux solaires mais aussi la sensibilisation de la population, nous ont clairement permis de faire des économies d’énergie. La preuve en est que l’augmentation de notre consommation d’électricité l’an dernier n’était que de 3 % alors que cette augmentation annuelle était de l’ordre de 5 % durant les dix dernières années qui ont précédé la mise en place de ces mesures.

Malheureusement, la pollution, notamment celle de l’air, ne recule pas. En fait, les émissions de dioxyde de souffre et de dioxyde de carbone ont augmenté l’an dernier. Il faudra radicalement changer de politique par rapport à la pollution.

● Quelles sont selon vous les mesures qui doivent être mises en oeuvre en priorité pour mener à bien le projet MID ?

Je pense qu’il faut une meilleure coordination des initiatives qu’il y a autour de ce projet. Il faudra aussi clairement définir le rôle des Steering Committees et du MID Fund Committee. Le Pr François Odendaal doit également poursuivre son rôle de facilitateur au sein du MID Fund et il est essentiel de revenir très rapidement à la vision initiale du Pr Joël de Rosnay et de solliciter sa contribution immédiatement. Il faut également encourager la participation du secteur privé. Je déplore que des promoteurs privés ont dans le passé réalisé des projets sous le label MID alors qu’en fait, ces projets allaient à l’encontre de ce concept. Il devient indispensable que le gouvernement se prononce sur les innombrables projets immobiliers pour empêcher la réalisation de tout projet qui serait contraire aux standards de MID. Cela passe obligatoirement par l’élaboration d’un cadre institutionnel et régulateur cohérent. Je suis également d’avis qu’il faut rapidement lancer un Grenelle sur Maurice Ile Durable comme celui sur l’environnement qui a eu lieu en France. Il faut rapidement passer de consultations souvent stériles à une phase de négociation pour définir un plan d’action qui profiterait à toutes les parties concernées. On est en train d’empiler les rapports de consultants sur le projet alors que l’on sait que la meilleure façon de retarder une décision est de faire appel à davantage de consultants.

Les autres priorités sont, selon moi, la gestion intégrée des déchets, le développement de l’éco-tourisme et la création d’un cadre pour promouvoir l’agriculture durable.

● Pensez-vous que Maurice pourra dépendre à 65 % des énergies renouvelables dans vingt ans ?

Cela n’est pas impossible. Il faut commencer par gérer la demande en énergie. Nous avons réussi à faire reculer l’augmentation annuelle de notre consommation d’énergie à 3 %. Il faut continuer à aller dans ce sens au moins pour les dix prochaines années. Une utilisation plus efficace de la biomasse, notamment de la bagasse, pourrait contribuer à réduire sensiblement notre dépendance aux énergies fossiles. Il faudra une approche intégrée pour étudier l’avenir de la canne et la gestion des terres à Maurice. Il sera également nécessaire d’encourager les promoteurs de vastes projets immobiliers comme ceux des villes nouvelles à travailler sur des technologies qui leur permettraient de produire leur propre énergie. Il y a tout un travail de gestion et de sensibilisation à faire mais je pense qu’on atteindra sans trop de peine au moins 40 % en part d’énergies renouvelables dans les vingt années à venir.

 

 

Des nouvelles normes pour encourager les constructions écologiques

Estelle Bastien/Bertrand Hérisson
08/14/10

 

 

 

Des architectes veulent promouvoir les énergies renouvelables. Les autorités commencent à se rendre compte que les bâtiments ne sont souvent pas construits selon les normes. Des règlements seront bientôt  promulgués pour ce secteur précis.
Interrogé sur la construction écologique à Maurice, le Dr Khalil Elahee, de la Faculté d’Ingénierie de l’université de Maurice, souligne « Il y a lieu de s’inquiéter lorsque nous voyons des constructions émerger un peu partout alors qu’il n’y a aucune norme actuellement  en vigueur ».

En effet, les lois existantes en matière de construction datent de 1919. Anil Bachoo le ministre des Infrastructures Publiques, a, lors d’un forum le jeudi 12 août, avancé que le nouveau projet de loi devrait aussi avoir des caractéristiques écologiques. « Cette nouvelle loi aidera à réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière durable grâce à un re-engineering de l''efficacité énergétique des bâtiments et ainsi préparer le terrain pour l'adaptation au changement climatique », déclare Anil Bachoo.

Le Dr Khalil Elahee indique qu’il y a des éléments simples que les Mauriciens négligent en construction. Il y a lieu de lancer une campagne de sensibilisation.  «Certes, il y a un intérêt à planter des arbres autour des maisons, mais cela peut coûter assez cher surtout lorsqu’on considère le cout d’entretien. Il faudra aussi éduquer les Mauriciens au choix des matières lors d’une construction. Une approche globale est nécessaire » a-t-il ajouté.

Le bâtiment de la Mauritius Commercial Bank à Saint Jean, est l’un de ces édifices construits selon les normes écologiques, déclare le Dr Khalil Elahee. 120 ouvriers de General Construction y travaillent. Il souhaite que d’autres constructeurs devraient s’inspirer de cette initiative. 

 

Développement durable : Quand on n’a que l’amour…

 

Nicholas RAINER
07/27/10

Le projet Maurice: île durable (MID) est un peu comme le monstre du Loch Ness: on meurt d’envie d’y croire mais jusqu’à présent, rien ne prouve qu’il existe vraiment. Pourtant, certains éléments d’information tendent à indiquer qu’il y a des raisons d’espérer que la philosophie du développement soutenable prenne un jour racine dans les us et coutumes de l’île. Une fois n’est pas coutume, positivons donc.

Le très pratique livret regroupant les différents indicateurs de la consommation et de la production durables publié récemment par le ministère de l’Environnement et du développement durable est une véritable mine d’informations. On y apprend, par exemple, que l’intensité énergétique a chuté depuis 1990. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie? Selon le ministère, cela veut dire que «moins d’énergie est utilisée pour produire la même mesure de croissance économique. » C’est une bonne nouvelle, non ?

Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Toujours concernant le volet énergétique, vous serez heureux d’apprendre que la consommation d’énergie par habitant a baissé en 2008 après avoir atteint un pic d’environ 0.7 tonne d’équivalent d’huile par personne en 2006. Ceci dit, le niveau de consommation d’énergie en 2008 (0.65 tonne d’équivalent d’huile) est bien supérieur à celui de 1990 qui se chiffrait à un peu moins de 0.55 tonne d’équivalent d’huile. Selon le ministère, cette hausse peut être attribuée à la croissance du parc automobile (le nombre de véhicules par kilomètre de route a presque triplé depuis 1990), à l’émergence de certains secteurs industriels et à l’amélioration du niveau de vie des Mauriciens.

En ce qu’il s’agit des émissions de gaz à effet de serre (GES), mesurés par rapport au Produit intérieur brut (PIB), notons que ceux-ci ont baissé de façon continue depuis 1995. Les autorités sont d’avis que les émissions de GES par rapport au PIB continueront à diminuer à l’avenir avec le développement d’un secteur agricole organique et la «décroissance projetée» du nombre de déchets devant être enfouis (une référence à peine voilée au projet d’incinérateur ?).

Ce chiffre mérite toutefois d’être mis en contexte. En termes absolus, les émissions de GES, dont la composante principale est le gaz carbonique, ont accusé une hausse de 115% entre 1995 et 2008. Etant donné que les autorités semblent déterminées à aller de l’avant avec le projet de centrale à charbon de CT Power, cette tendance ne risque pas de s’infléchir dans les prochaines années, voire décennies. Et tant pis pour la planète.

Autre bonne nouvelle, la consommation domestique d’eau a considérablement diminué entre 2006 et 2008 (d’environ 167 litres par habitant par jour, à 160 litres). Difficile à dire si cette baisse est attribuable à une utilisation plus judicieuse de nos ressources hydriques ou à la force des choses (coupures quand vous nous tenez !). Le ministère de l’Environnement avance que la consommation domestique continuera à baisser avec «le développement de systèmes de récolte d’eau de pluie et une réglementation plus stricte». Tout n’est pas rose pour l’or bleu, toutefois. Les autorités reconnaissent que la «demande totale» en ce qui concerne l’eau augmentera en raison du «développement additionnel» (quoi que cela puisse bien vouloir dire). De quoi laisser perplexe.

Pour terminer ce petit tour d’horizon aux accents optimistes, soulignons que la quantité de déchets par habitant a légèrement diminué par rapport à 2006 (même si celle-ci a doublé depuis 1990). Les locataires du Ken Lee Building attribuent cette baisse à la popularité croissante du compostage et du tri sélectif. Et, fi nalement, l’utilisation de pesticides et de fertilisants est tombée depuis 1995. Est-ce parce que les cultivateurs privilégient une agriculture organique ? Oh que non ! Cette baisse peut, en fait, s’expliquer par la hausse du prix des produits chimiques et, malheureusement, l’amenuisement des surfaces destinées aux activités agricoles. Une bonne nouvelle peut donc en cacher une mauvaise.

Si la plupart des informations citées plus haut peuvent donner matière à réjouissance, il mérite d’être noté que le livret du ministère contient son lot de contre-performances aussi. A titre d’exemple, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique a baissé de moitié depuis 1990. Nous y reviendrons ultérieurement. Pour l’instant, toutefois, on peut éprouver une certaine satisfaction en sachant que le tableau n’est pas complètement sombre. Avec un peu d’amour, on peut le rendre plus attrayant encore.