Compost naturel, Les planteurs peu enthousiastes

LES planteurs prendront du temps avant d’adopter le compost naturel. C’est ce que soutient Sunghoon Kreepalloo, planteur, par rapport au projet de production de compost à grande échelle, à La Chaumière.

Alors que les travaux de construction de l’usine devraient s’achever en octobre prochain, cette usine convertira en priorité les déchets des plantations de légumes et de canne à sucre en compost. Pour rappel, le contrat du gouvernement avait été alloué à la compagnie mauricienne SolidWaste Recycling ( SWR) en octobre 2009.

Cependant, les planteurs se disent un peu dans le flou concernant ce projet. Selon Sunghoon Kreepalloo, la communauté des planteurs n’a pas été suffisamment formée sur les fertilisants naturels. Il confie que ni les planteurs de cannes, ni les planteurs de légumes – ces derniers encore moins que les premiers – n’ont eu de renseignements suffisants au sujet du compost. L’usage du compost par les planteurs prendra du temps à se mettre en place, soutient- il, car ils ne savent pas très bien les effets qui en découleront : « La plipar planter pa kone ki lefe sa compost la ena. Zot bizin trouv lefe la avan, lerla zot pou servi li. » Il souhaite ainsi que le gouvernement sensibilise les planteurs.

Sunghoon Kreepalloo, qui dit s’être renseigné sur la question, soutient que le compost naturel met plus de temps pour augmenter la production agricole.

Et d’ajouter qu’avec le compost naturel, la production est minime, comparé aux légumes traités avec des produits chimiques.

Lors de la signature du contrat, en octobre 2009, Patrick Maurel, directeur de SWR, avait souligné la portée économique du projet. Le compost, disait- il, sera moins cher que les fertilisants chimiques. Il faudra donc s’attendre à ce que le prix des légumes baisse. Or, Sunghoon Kreepalloo est d’avis que le prix ne dépend pas des coûts de production : « Kan nou al lankan ki nou fix pri. » Selon lui, le prix dépend, en fait, de la quantité de produits sur le marché.

« Si ena boucou, pri la li ba, si ena mwins, pri monte. » Le directeur de la SWR et Sunghoon Kreepalloo se rejoignent, toutefois, sur l’aspect écologique du compost. Patrick Maurel avait assuré, l’année dernière, que le produit était « 100 % naturel » . « Il cadre avec le projet Maurice Ile Durable. Les nappes souterraines seront protégées » , avait- il précisé.

De même, Sunghoon Kreepalloo a déclaré qu’à long terme, le compost sera bénéfique pour l’écosystème, car il ne « tue » pas la terre.

Sunghoon Kreepalloo fait, par ailleurs, ressortir que c’est en Inde que les composts naturels sont utilisés car la culture y est faite sur de grandes surfaces. Mais à Maurice, ce ne sont que les petits planteurs qui utilisent le compost naturel.

A l’heure actuelle, l’usine est toujours en chantier alors que le bâtiment administratif est presque complété, selon Patrick Maurel. Il est à noter que le compost portera le nom de « Ferrich » .

L’Express 5 juillet 2010