Après Capital de M6, Thalassa

Une nouvelle émission de télé française ébranle l'image de la destination mauricienne

 

 

Avec 270 000 arrivées touristiques en moyenne par an, la France est le principal marché touristique du pays. Malgré la crise financière l'année dernière, le nombre de touristes français n'a pas chuté contrairement à d'autres marchés émetteurs. Il faut croire que la campagne promotionnelle menée par les agences mauriciennes dotées d'un stimulus package de Rs 20M allouées par la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) a porté ces fruits, en sachant vendre l'image de Maurice. Mais cette image, si paradisiaque sur les affiches publicitaires, a, à deux reprises, pris un coup sur les écrans télés français. Deux émissions télés, extrêmement sérieuses ont montré une image peu reluisante de notre île Maurice et son tourisme haut de gamme. Déjà, en février dernier, Maurice a reçu une gifle Capitale. Le reportage du journaliste français dans l'émission Capital diffusé sur la chaîne M6, le 14 février avait décrit le pays comme une destination, avec des hôtels et tours opérateurs qui cassent les prix, comme "le nouveau paradis accessible à tous". La dernière diffusion sur France 3, de l'émission Thalassa parle, elle, "de développement économique à tout prix". Et la séquence interview du ministre du Tourisme, Xavier Duval, soit tant peu "légère", n'aura certainement pas convaincue les plus prudents observateurs, que le développement touristique à Maurice, se fait, dans les règles et le respect d'autrui. D'autant que les principaux bénéficiaires du développement touristique, à posteriori économique, soient les Mauriciens, se disent exclus de développement

"Lagons turquoises, plages de sable blanc, hôtels de luxe Tout est là pour attirer les touristes". C'est ainsi que la journaliste française de Thalassa, Anne-Corinne Moraine, débute son reportage sur Maurice. Un reportage, sous le titre "Maurice l'ange gardien de la côte", d'une durée de 12 minutes, censé parlé du développement touristique à Maurice. Mais au fil des images, le spectateur a droit à une autre image de Maurice, celle où, décrit la journaliste "les autorités mauriciennes sont prêtes à tout pour le développement économique". Anne-Corinne Moraine souligne d'ailleurs que le tourisme haut de gamme sur lequel mise le pays, est une source de devises étrangères importantes et que selon les estimations, ce secteur ferait vivre 14 % de la population active. "Toutefois, ce développement touristique ne se fait pas sans nuisance", indique la journaliste française. Aidée de l'océanographe et ingénieur en environnement, Vassen Kauppaymootoo, Thalassa met ainsi en exergue "les dérapages et dégâts engendrés contre l'environnement par ce développement touristique".

En premier lieu, cap sur le Nord, à l'île Plate, une des deux réserves naturelles de la région, qui ont une biodiversité marine unique au monde, précise Vassen Kauppaymootoo. La journaliste sera surprise d'apprendre que l'accès à l'île est payante. D'ailleurs, des agents de sécurité veillent au grain. En effet, si officiellement toutes les plages sont accessibles à tous, il s'avère qu'à plusieurs endroits, les Mauriciens, eux-mêmes, sont priés d'aller s'installer ailleurs, démontre le reportage, avec le témoignage de pique-niqueurs mauriciens qui déplorent la situation. À l'île Plate, les choses sont claires comme l'explique l'agent de sécurité. Cette réserve naturelle, louée depuis 2007 à une compagnie privée, est prise "par le boss", dit-il. Le gérant indique lui que sa compagnie "contribue au nettoyage de l'île pour la préserver, car il faut savoir qu'avant que nous ne prenions cette île, c'était devenu presque un dépotoir".

"Le secteur privé peut mieux gérer que le gouvernement"

Ce reportage aura aussi été pour les téléspectateurs l'occasion de voir et d'entendre le vice-Premier ministre et ministre du Tourisme, Xavier Duval, qui s'est même laissé aller à esquisser quelques faux pas de danse devant la caméra. Effectivement, le ministre donnait une réception sur l'île en l'honneur des journalistes étrangers de passage à Maurice dans le cadre du festival créole. Après quelques secondes d'hésitation, ou pour reprendre ses esprits devant la question de la journaliste de Thalassa, la privatisation de l'Île Plate, Xavier Duval l'explique comme tel : "Le gouvernement a décidé que ce serait approprié que l'offre touristique se fasse dans les conditions correctes. Il faut quand même qu'il y ait des promoteurs privés parce que le gouvernement ne peut pas tout gérer. Ce n'est pas le communisme ici, nous sommes dans un pays libéral, nous encourageons le secteur privé à développer de belles choses. Nous croyons fermement, en ce qu'il s'agit des affaires, le secteur privé peut mieux gérer que le gouvernement." A cela, Vassen Kauppaymootoo fait ressortir qu'au lieu que l'île soit une machine à sous aujourd'hui, il existe des groupes d'Ong qui auraient payer le prix afin de prendre la gestion de cette île et d'en préserver la biodiversité. "C'est à mon avis l'État qui démissionne de ses responsabilités, qui transfère ses responsabilités à une entreprise privée", déplore l'océanographe et ingénieur en environnement.

A Balaclava, la construction de l'hôtel Intercontinental est pointée du doigt

Plus loin, Thalassa s'attaque à Anahita, à l'Est de Maurice, où les étrangers investissent pour s'installer à Maurice. "Pour créer ce paradis pour milliardaires, le promoteur a réalisé des travaux jugés inacceptables", indique la journaliste. Notamment avec la destruction des mangroves et des coraux. Idem au niveau de Balaclava, avec la construction de l'hôtel Intercontinental, endommageant avec les travaux dans le lagon, le récif corallien. Si au niveau du ministère de l'Environnement, la directrice a du mal à fournir des explications quant aux permis accordés, préférant d'ailleurs se taire sur la question, Vassen Kauppaymootoo va plus loin et indique que, "le poids de l'argent, le poids des promoteurs est très important à Maurice. On a tendance à être très facilitateur au niveau des autorités en ce qui concerne la mer". En conclusion, Thalassa fait ressortir que la volonté affichée des autorités mauriciennes pour un développement économique à tout prix, ne se fait pas sans nuisance. "Autant dire que les Mauriciens n'ont pas fini de voir leur littoral leur échappé ", laisse-t-on entendre.

En parallèle, l'émission Capital sur la chaîne française M6 en février dernier révélait également une autre facette d'une île Maurice paradisiaque. Une émission qui non seulement a entaché la crédibilité promotionnelle actuellement effectué en France et qui compromet également la stratégie gouvernementale pour attirer davantage de touristes à Maurice, voire atteindre 1 millions de visiteurs cette année. Là encore, les explications du ministre du Tourisme, n'ont pas convaincu les téléspectateurs. Il a fallu comme cette fois encore, après l'émission de Thalassa, un communiqué de presse. Mais les images ont parlé d'elles-mêmes et les téléspectateurs des quatre coins du monde, et plus particulièrement ceux de la France, notre principal marché touristique, auront vu ont une île Maurice et son tourisme haut de gamme, où non seulement les Mauriciens sont exclus du développement économique qui se fait à tout prix


Précisions du ministère du Tourisme

Xavier Duval : "Je suis fier de nos réalisations"

- Ile Plate : accès libre et gratuit pour tous les Mauriciens

Après la diffusion de l'émission Thalassa, le ministère du Tourisme, par le biais d'un communiqué de presse a tenu à préciser certaines choses. "La valorisation du patrimoine, le développement durable et la protection de l'environnement sont au cœur de la vision du gouvernement pour l'industrie touristique", dit-il. Et de faire ressortir que "l'accès à l'Ile Plate est libre et gratuit pour tous les Mauriciens". Dans le cadre de sa politique de valorisation du patrimoine et d'embellissement du pays, le ministère du Tourisme explique avoir favorisé l'aménagement des espaces publics sur l'Ile Plate notamment en procédant à la création : d'aires de pique-nique, de foyers pour grillades, de toilettes écologiques, d'un service de gardiennage et de ramassage de poubelles, d'espaces de restauration. Qui plus est, soutient le ministère, "il y a eu également reforestation avec l'introduction de plantes endémiques". Afin de protéger l'environnement marin, des zones de mouillage ont été délimitées avec la mise en place de nombreuses bouées. Ainsi, les familles mauriciennes et les visiteurs étrangers sont dorénavant assurés d'un environnement qui tranche avec l'état d'abandon, de quasi dépotoir, qui caractérisait l'Ile Plate il y a encore quelques mois, souligne les autorités. "Le ministère du Tourisme a œuvré à protéger notre patrimoine, comme cela a été le cas à La Citadelle et la Ferme des Rhums, dans le cadre d'une vision globale de valorisation. Je suis fier de nos réalisations qui ont contribué grandement à ce que l'île Maurice reçoive la prestigieuse distinction de Leading island destination in the World lors des derniers World Travel Awards", fait ressortir le vice- Premier ministre et ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval dans ce communiqué. Il rappelle que, contrairement aux insinuations faites dans le magazine Thalassa, le ministère du Tourisme, celui de l'Environnement et le Gouvernement ont à cœur d'assurer le développement durable de l'industrie touristique de notre pays. "Un secteur qui n'emploie pas moins de 75 000 personnes et dont l'avenir dépend notamment du respect et de la valorisation de notre environnement", précise le communiqué.

Le Week End 9 mai 2010