INTERVIEW - François Odendaal, président du comité consultatif de Maurice, Île Durable

"Wake up and speak up!"

"Wake up and speak up!". C'est l'appel lancé par le Professeur Francois Odendaal, président du comité consultatif chargé d'élaborer une stratégie nationale dans le cadre du projet Maurice, île Durable. Les auditions ont débuté samedi au Centre social du Morne où les pêcheurs de la région ont eu l'occasion d'exprimer leurs points de vue sur la situation dans le village. Durant les prochaines semaines les réunions se multiplieront à travers l'île. Toutes les personnes intéressées par l'avenir de Maurice auront l'occasion d'exprimer leur point de vue sur le rêve qu'elles nourrissent pour le pays. " Nous voulons maintenant mettre l'intelligence de toute la nation derrière le processus d'élaboration d'une stratégie nationale. La population doit faire de ce processus sa propriété ", estime notre invité. " Ce qu'il faut, c'est le développement d'une politique qui tient compte des besoins et des aspirations de la population et qui serait validé par le gouvernement ", ajoute-t-il, estimant que la clé du succès de ce processus c'est la participation active de tous les citoyens mauriciens. L'apathie et l'indifférence nous mèneraient à l'échec, estime-t-il. Le Pr Odendaal se dit également confiant que l'accès la montagne du Morne sera possible dans un avenir très proche. Ce qui permettra alors aux autorités d'implémenter le management plan.

Professeur Odendaal, les consultations sur le projet Maurice, île Durable débutent à un moment où la population commence à manifester son impatience au sujet de la concrétisation de ce concept lancé en 2007. Certains commencent à parler de coquille vide. Quelle est votre évaluation du projet ?

Il nous faut prendre du recul et nous demander d'où vient ce projet de durabilité. Il n'y a pas de doute que la navette spatiale sur laquelle nous vivons, la planète Terre, connaît des problèmes. Elle souffre, ses moteurs commencent à tomber en panne, son carburant est sale. En fait elle commence à être à court de carburant. Son moteur surchauffe. Il nous faut trouver des remèdes à ces problèmes. Nous assistons à des tentatives au niveau global comme cela a été le cas à Copenhague. Cependant, chaque pays, en particulier les petits États insulaires et vulnérables, doit apporter sa contribution à son niveau. C'est ainsi que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et Joël De Rosnay ont imaginé le concept Maurice, île durable. Leur démarche est tout à fait appropriée et consiste à dire : " Quelque chose ne va pas. Il nous faut changer de trajectoire ". C'est une notion, une idée magnifique. Il importe maintenant que cette notion soit enrichie par la contribution de toute la population. Ce n'est pas au Premier ministre, qui nous a montré la voie, à le faire. Nous voulons maintenant mettre l'intelligence de toute la nation au service de l'élaboration de cette stratégie nationale. La population doit faire de ce processus sa propriété. Comment le faire ? Il est possible d'adopter une législation, par la nomination d'un consultant. Tout cela n'est pas très utile. Il faut le développement d'une politique qui tient compte des besoins et des aspirations de la population qui sera validé par le gouvernement. C'est également le résultat d'un dialogue nourri entre la société civile et le gouvernement. Nous avons réalisé que pour traduire cette idée géniale dans le concret et lui faire porter des fruits, il fallait absolument passer par la formulation d'une stratégie. C'est à la population de le faire. D'où l'initiative dans laquelle nous sommes engagés. Le gouvernement dit à la population : " Let's dialogue, let's interact and let's plan together and find the way together ". Il s'agira de développer une vision commune non seulement sur Maurice, île durable mais aussi sur le pays dans lequel nous voulons vivre, de telle ou telle façon. C'est le moment pour Maurice de se pencher sur son identité et décider de la voie à suivre.

Lorsque je suis arrivé à Maurice en 1978, j'avais vu un pays pauvre, qui luttait pour sa survie. Trente-deux ans plus tard, je vois un pays qui est beaucoup plus solide avec une économie florissante qui ne peut être comparée à aucun Etat insulaire. Maintenant, il est temps que le pays s'arrête et se demande où est-ce que tout cela nous mène ? Vivons-nous d'une façon durable ? C'est le but des consultations publiques. Nous ne pouvons pas travailler avec quelques ministères ou quelques grosses entreprises mais avec la population tout entière. J'ai eu la garantie du Premier ministre et du Premier ministre adjoint que la population peut parler librement, que tous ceux qui participent à ces consultations peuvent parler librement, les controverses peuvent surgir mais tout cela fait partie du processus qui commence maintenant.

Vous avez déjà rencontré quelques organisations, quelles sont vos premières impressions ?

Hier nous avons rencontré des pêcheurs de la région du Morne. C'était la première réunion de ce genre dans le cadre du processus que nous avons lancé. Nous avons expliqué aux personnes présentes ce que nous voulons et leur avons demandé comment ils souhaiteraient vivre dans trente ans d'ici. Nous avons eu l'impression qu'ils avaient soif de s'exprimer. Ils l'ont fait de manière éloquente. Ce n'est pas surprenant que des gens qui ne sont pas sous les feux des projecteurs aient une idée aussi claire. Les gens demandent souvent qui sont les initiateurs du projet ? Ce n'est pas le ministère du Logement et des terres, ce ne sont pas ceux du conseil de district les meilleurs organisateurs à Maurice, ce sont les mères de famille. Elles doivent prévoir l'alimentation, l'habillement et l'avenir des membres de la famille tout en préparant leurs propres agendas. Si elles ne le font pas c'est la famille qui en pâtit. Il est temps que ces " silent planners " commencent à parler et voir comment développer une feuille de route pour attendre le but désiré, c'est-à-dire la National strategy for sustainable Mauritius. Nous avons eu beaucoup de sessions préparatoires. J'ai eu de longues discussions avec, entre autres, le Dr Arjoon Sudhoo, qui est un scientifique. À la fin, il m'a dit. " N'oubliez pas que consacrer du temps à sa famille et à ses enfants fait également partie de la durabilité ". Nous avons entendu des interventions à la radio et les gens continuent à insister sur la production énergétique et la gestion des déchets. Maurice, île durable ambitionne d'aller plus loin que cela. Une personne a bien d'autres ambitions que la question énergétique. Il y a la sécurité alimentaire, des besoins culturels. J'ai assisté ce matin (dimanche, ndlr) aux débats sur l'importance de la langue créole à l'auditorium Octave Wiehe, j'ai vu comment les gens sont passionnés par la question de langue et combien ils ont une volonté sincère de trouver une solution. Pour moi, cela fait partie du concept Maurice, Île Durable.

Quelle est votre définition personnelle de durabilité ?

C'est très simple. Elle veut dire que la population doit pouvoir subvenir à ses propres besoins sans mettre en péril les chances des générations futures à satisfaire leurs besoins. On peut immédiatement se demander si l'actuelle génération peut satisfaire ses besoins. Elle peut largement le faire, comparé avec presque tous les pays africains. Vous êtes bien avancés. Toutefois, force est de constater que tous ses besoins ne sont pas satisfaits totalement. Je connais des gens qui sont très pauvres dans le village du Morne. Je connais d'autres qui ne peuvent nourrir leurs enfants convenablement avant d'aller à l'école. Cela m'est arrivé dans le village du Morne de me retrouver sous la douche et que l'eau arrête subitement de couler parce que d'autres personnes en amont faisaient leurs lessives. Dans un pays comme Maurice, on devrait pouvoir obtenir de l'eau partout sans problème. Maurice a bien fait mais " there is room for improvement ". Il nous faut penser à l'avenir maintenant. Nous savons que le réchauffement climatique et la réduction des ressources sur une échelle globale sont un fait réel. Ce n'est plus une prédiction, c'est une réalité. Nous savons que des temps difficiles nous attendent, en particulier les petits Etats comme Maurice qui, elle, est également loin de tout. En matière alimentaire seulement 3% de la viande de bœuf consommée à Maurice est produite localement. Vous dépendez des autres pays. Que se passera-t-il lorsque le réchauffement climatique commencera à affecter ces pays, même si l'île n'est pas particulièrement touchée ? La sécurité alimentaire ainsi que la sécurité énergétique sont des préoccupations majeures. Maurice est dans une position où elle peut se préparer à faire face à ces problèmes. Vous pouvez avoir accès aux finances internationales. Vous pouvez investir de l'argent dans certains alternatifs. Tout le monde doit comprendre cela.

Le secteur privé ne s'est pas beaucoup impliqué jusqu'ici dans l'élaboration du concept Maurice île durable. Qu'en pensez-vous ?

L'implication des entreprises du secteur privé est capitale pour faire du concept MID un succès. Elles disposent des moyens financiers. Leurs projets ont généralement un impact sur l'environnement et le social. Ce sont des catalyseurs dans de nombreux domaines de la société. Si le secteur privé continue à pratiquer le " business as usual ", tout le concept du MID risque de s'effondrer. Le rôle du gouvernement est essentiel parce qu'il guide le processus mais sans le secteur privé nous sommes perdus. Il est le moteur du processus. Nous sommes très conscients du problème. Nous avons récemment eu une longue conversation avec un grand groupe privé. Ce n'est pas un secret que de dire que Rogers possède de vastes portions de terre sur la péninsule du Morne. Elles veulent y lancer un important projet de développement. Many positive direction are now being taken. The CSR is now on the forefront. Je ne veux pas trop en parler parce que c'est un projet de Rogers.

Pensez-vous que l'hésitation du secteur privé à être partie prenante du MID découlerait du fait que les autorités gouvernementales tardent à approuver certains de leurs projets ?

Beaucoup de personnes m'ont parlé pour me dire que les choses ne bougent pas aussi vite qu'elles l'auraient souhaité. Il peut y avoir un problème dans la mise en application de certains projets. Je sais que le gouvernement a la volonté de faire fonctionner le projet mais on doit se rappeler que c'est une chose nouvelle. Une fois la politique définie, il y aura un encadrement dans lequel les initiatives pourront trouver leur place. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a lancé l'initiative de consultation afin d'élaborer une politique appropriée.

Faut-il avoir une institution centrale qui cordonnerait les projets associés au MID ?

Je voudrais préciser que lorsque le Premier ministre est arrivé avec la notion de MID, l'énergie était alors au centre des préoccupations de la population. Cependant, lorsqu'on prend connaissance de son discours prononcé à l'UNESCO, il y a deux ans, l'on se rend compte qu'il a parlé de la culture, du " way of life " et je pense qu'il a donné un sens de leadership en disant que le concept MID ne concerne pas seulement l'énergie. Cependant, en raison de l'importance qu'occupait la question énergétique, le MID Fund a été créé et a été placé sous l'égide du ministère des Services publics et des Energies renouvelables. Aujourd'hui, il y a le PMO Committee qui inclut tous les ministères et qui est destiné à superviser le processus. Le DPM et le ministère des Energies renouvelables soutiennent totalement le processus mais tous les ministères sont impliqués. La création d'une institution centrale est une question qui sera évoquée lors des consultations qui vont déboucher inévitablement sur une vision nationale. Cette vision, à son tour, va déboucher sur un livre vert qui sera un résumé des besoins des aspirations et des contributions du public, des groupes sectoriels et du gouvernement. Ce document sera suivi d'une étude spécialisée indiquant la meilleure façon de traduire dans la pratique les aspirations exprimées. Un des aspects sur lesquels les spécialistes devront se prononcer sera les arrangements institutionnels. Il s'agira de savoir s'il y a nécessité de créer une institution centrale ou si chaque ministère doit avoir un département consacré au MID pour s'occuper de sa participation dans le processus. Le ministère de l'Environnement aura un rôle important à jouer parce que l'environnement ne concerne pas seulement la flore et la faune mais de l'endroit où nous vivons.

La perception est que la dissémination des informations au sujet du MID n'est pas suffisante ?

C'est vrai et il revient au ministère des Services publics et des Energies renouvelables de résoudre ce problème. Nous ne sommes qu'au début du processus. Nous aurons bientôt un portail internet. Les uns et les autres pourront apporter leurs contributions. De la même manière, le programme des consultations et les lieux où elles se tiendront seront bientôt rendus publics et les intéressés sauront où se rendre pour apporter leurs contributions. Lorsque vous considérez la durabilité et l'île Maurice durable, la dissémination de l'information est capitale. Il n'y a pas de durabilité sans le partage de l'information. La durabilité est un état d'esprit qui commence dans la tête et cela ne peut se faire qu'à travers le partage d'informations. Les gens doivent pouvoir débattre librement.

Est-ce que les partis politiques, quelle que soit leur tendance, pourront apporter leur contribution ?

Il ne faudrait pas qu'à la fin du processus de consultation, certains viennent dire qu'ils n'ont pas été consultés et n'ont pu apporter leur contribution. Je ne vois pas pourquoi les partis politiques ne peuvent apporter leur contribution, notamment en ce qui concerne la bonne gouvernance, la démocratie, la transparence.

Lorsque nous parlons de MID nous pensons à l'île Maurice et pas à l'ensemble du territoire qui est plus vaste. Est-ce que ce n'est pas trop limitatif ?

Lorsque je me demande quelle est la couleur de Maurice, la première couleur qui me vient à l'esprit c'est le vert. Cependant, Maurice est verte et bleue. La partie bleue occupe 99% de votre territoire. Vous disposez d'une des plus importantes zones exclusives économiques au monde. Dans cette ZEE, il y a ce qu'on appelle le Mascarene Trench dont la richesse est encore méconnue. Il y a énormément de ressources marines, la pêche, le parc marin etc. Malheureusement l'accent est trop souvent mis sur la terre et l'on oublie les fertilisants de l'industrie sucrière et les effluents des hôtels qui vont à la mer, mettant en péril l'écosystème. Tout cela peut être évoqué dans le cadre des consultations qui ont été lancées.

Quelles sont vos attentes ?

Le processus de consultation a le soutien du gouvernement, du PNUD, l'AFD ; la seule chose qui peut faire échouer le projet c'est l'apathie, si la population ne se réveille pas et ne s'exprime pas. Ce n'est pas un privilège de prendre part dans ce processus de consultation, c'est une responsabilité. Mauritius, the floor is open. Now is the time to speak. Wake up and speak up.

Vous avez été étroitement associé aux efforts visant à inclure Le Morne sur la liste des patrimoines mondiaux de l'UNESCO. Etes-vous satisfait de l'exécution du management plan ?

Les gens m'interrogent souvent sur les " vested interest " du secteur privé et lors des consultations sur le MID, la question suivante m'est souvent posée : " What are you going to do about the small group of people with a lot of money and a lot of power ? ". La réponse est toujours la même : " They are also Mauritians but the interest of a small group can never stand in the way of a nation's future and we can encourage them, and many are showing positive signs like the Rogers Group that they want to contribute. "


 

" La valeur du Morne réside dans la mémoire de la population "

Parlant de la Montagne-du-Morne, le Pr Odendaal observe que depuis son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, plusieurs personnes estiment que ce qui a été réalisé est insuffisant. " J'étais au Québec lorsque l'inscription a été annoncée et je me souviens comment chacun des 25 membres du comité s'est mis debout pour soutenir le projet mauricien. Certains avaient les larmes aux yeux et ont demandé pourquoi cela ne pouvait pas se produire dans leurs pays. Il est évident qu'à ce sujet on peut attribuer 10/10 à Maurice. As far as inscription goes and recognition of the value, Mauritius could not have done better. Le problème aujourd'hui est la pauvreté qui existe autour de la montagne et l'entretien de ce patrimoine. Il faut souligner que le patrimoine n'est pas la montagne, c'est la légende de la résistance contre l'esclavage. Le patrimoine réside en fait dans la mémoire historique du site et dans la mémoire de la population. Si vous enlevez le village du Morne ainsi que les autres villages entourant la montagne, cette dernière ne sera qu'un rocher. Elle pourrait être un patrimoine mondial parce qu'elle est si belle mais il y a d'autres belles montagnes dans le monde. The value really lies in the memories, the legends, the stories, the belief system, the sega, the intangible heritage, the things that you can't touch, but a thing that touch you so deeply as a human being. Now these human beings need to eat, need to develop, need to flourish as human beings. Il est très difficile d'exploiter la montagne lorsque l'accès y est encore impossible. Je sais que le gouvernement fait de son mieux pour finaliser l'accès à la montagne. Maurice est un État de droit. Elle est polie. Les autorités ne vont pas forcer l'accès mais elles finiront par avoir l'accès dans un avenir très proche. Une fois cela fait, le management plan pourra entrer en opération et nous pourrons commencer à développer la montagne de manière appropriée, de manière à ajouter de la valeur à la montagne. En ce moment, nous sommes assis à Eureka, un tel environnement peut être recréé au Morne. En attendant cela, il y a quelque chose qu'on appelle "local economic development" qui va de pair avec l'accès à la montagne. Il y a encore beaucoup à faire dans le village du Morne. Le gouvernement a accepté de démarrer ce qu'on appelle un "local economic development planning process". Ce programme est élaboré en étroite collaboration avec les villageois et le secteur privé qui doit apporter sa contribution. Il ne faut pas oublier qu'un site bien géré bénéficiera à tous les hôtels, les communautés locales et la nation mauricienne. Si vous ouvrez le site sans protéger son environnement ou s'il continue à avoir de la pauvreté autour du site, il sera très difficile de revaloriser ce site. Lorsqu'on avait commencé à travailler sur le patrimoine mondial, il y avait une "guest house" dans le village. Aujourd'hui il y en a six, qui sont remplies. J'ai vu à plusieurs reprises des touristes venant des grands hôtels venir au Morne pour profiter de la vie du village.

 

Le Mauricien 22 fevrier 2010

 

 

Interview of Francois Odendaal, General Facilitator of the National Consultation on MID

 

 

It’s been a long time coming but the national consultation on Maurice Ile Durable (MID) fi nally kicked off yesterday. What is it and why is it important?

 

Let’s step back momentarily. Worldwide fi sheries stocks are being depleted. Land degradation has already scarred large areas in Africa, and the carrying capacity of the land is falling. Biodiversity is being lost at a faster rate than ever before. Forests are shrinking. The atmosphere is heating up, a phenomenon known as global warming. Climate change is already ravaging parts of the planet, and the worst is still to come. This is not longer a prediction, but a calculation.

It is not only the magnitude of the changes, but the speed at which they are occurring. Ecosystems that took millions of years to evolve are being degraded in a matter of decades. Nations across the globe need to respond, and so do local communities. Islands are particularly vulnerable, and Mauritius is no exception. We are far from other countries and if we overexploit our resources then we are in deep trouble. Also, diminishing food security elsewhere may affect us, because we import so much of our foodstuffs. Not to mention fuel and energy sources. In the case of Mauritius, sustainability also requires self-sufficiency, or at least a large degree of it. The response of Mauritius comes in the form of the MID initiative. All sectors of society must now participate in the formulation of a National Vision for the country, where we want to be as an island and as a nation. That’s why there is a national consultation.

Who will participate in the process? How long will it last?

The future of Mauritius is at stake, and therefore all Mauritians need to take part in the process. Stakeholders include government ministries, NGOs, Community-Based Organizations, local communities, the private sector and civil society at large. Meetings are being organized with university students, all economic sectors and interest groups, NGOs and so on. Even secondary school students, the group probably most affected by what is happening now, are bringing their part. A schedule of consultative meetings to be held over the next two months is now available.

How will the views of those who participate in the consultation be used to inform policy?

The views of the people are central to the process. Let’s not forget that policy can be described as the needs and aspiration endorsed by government. These needs must be supported and elaborated through specialist consultations and expert views, so that our National Vision and the actions to follow are rooted in reality and best practice.

One of the main criticisms leveled at MID is that it lacks a shared vision on the way forward. Do you believe that the consultation process will solve this shortcoming?

The survival of Mauritius and quality of life in this wonderful country is everyone’s business. This is not the time for partisan ideas or vested interests if ever there was a time for Mauritians to be united, it is now. An incomplete or poor national Vision, or one that serves only part of the population, will get us nowhere. And here lies the responsibility of the Mauritian people: you need to participate to make your views heard! Bring your ideas, and let us focus on the interests of this country, of all Mauritians, from now to far into the future.

The results of the consultation will be included in a green paper&nbspand then, finally, a white paper that will drive policy. Could you tell us a bit more about the purpose of the white paper and the timeframe in which it will be formulated?

The Green Paper is a step in the policy formulation process. It will summarize the inputs of the people. Not only the issues confronting Mauritius, but also the results of scientific and other specialized studies will be made public. With a good Green Paper, and sufficient consultation, the country will now be in the position to develop policy, and the next step will be the White Paper. The White Paper will be shorter and written in legal language. Options will be clearly outlined, and who has responsibility for what. This White paper goes to Cabinet, and when it is endorsed it will become the National Policy for a Sustainable Mauritius.

Sustainable development is a journey rather than a destination. How do you instill that sort of mindset in this age of instant gratification?

Economic growth is of the utmost importance. We need a strong economy to afford the steps that this more sustainable trajectory for the country will require. It is much more diffi cult for a poor country without any means to make the switch to a more sustainable trajectory. At the same time, the vested interests of a few cannot stand in the way of the long-term interests of everyone else. And this is precisely why it is so important that everyone takes the opportunity to give their input, no matter what walk of life you come from. It may then be easier to convince all business interests to do all their power to improve this country’s chances of becoming an île durable.

You’re a fervent believer in the MID project. How do you conciliate this enthusiasm with the reality on the ground, such as absence of renewable energies, excessive development of the coastal zones, no integrated transport strategy, etc.?

This is precisely why we need a National Policy for a Sustainable Mauritius. Change seldom happens of its own accord. It is more comfortable to maintain the status quo. This policy will be a guiding document for government to take action and put the right frameworks in place – with the support of the people and all interest groups. The policy will improve coordination and coherence in the pursuit of sustainability, and will assist us in taking the real-life steps that are necessary to protect our island, and to benefit all the people living on it.

Nicholas RAINER
(L’express Weekly – Friday 19 February)

 

 

Le gouvernement annonce une loi-cadre pour la réalisation du concept Maurice île Durable

 

Pendant deux mois, toutes les composantes de la société mauricienne seront invitées à soumettre leurs réflexions et leurs propositions sur la question de développement durable. La consultation a été lancée ce jeudi 18 février.

La consultation nationale sur le projet Maurice île Durable (MID) a été lancée ce jeudi 18 février, au Domaine les Pailles. Les opinions recueillies serviront à la rédaction d’un livre vert qui sera rendu public, dans quatre mois environ. Le document sera vulgarisé et les commentaires seront utilisés pour  la préparation du livre blanc et la rédaction finale de la politique nationale sous forme d’une loi-cadre.

C’est le professeur François Odendaal, celui qui avait aidé à l’inscription du Morne sur la liste de patrimoine mondial, qui sera responsable de mener à bien cette réflexion nationale. Il a été officiellement nommé facilitateur pour le projet. A noter que, François Odendaal, qui n’a jamais caché sa proximité avec l’île Maurice, vient d’obtenir la nationalité mauricienne. C’est donc en tant que Mauricien qu’il participe au projet Maurice île Durable (MID).

La politique nationale prendra la forme d’une série de directives et d’actions accompagnées du cadre légale nécessaire explique le professeur Odendaal. Ce dernier souhaite voir dans cette politique, une vision nationale qui sera comme une constitution pour le pays. Il ajoute que la population doit jouer un rôle central dans son élaboration.

Le plus grand danger, estime le professeur Odendaal, est que le public ne participe pas à la réflexion et développe une antipathie pour le projet. « Aucun Mauricien ne doit pouvoir dire qu’il n’a pas eu l’occasion de donner son avis dans ce grand projet. Et si c’est fait de la bonne manière, il représentera une nouvelle page dans l’histoire de Maurice », affirme le coordonnateur du projet.

Lormesh Bundhoo, le ministre de l’Environnement, pense pour sa part, que l’aboutissement de ce projet ambitieux jettera les jalons pour faire de Maurice une île écologique.

Le Vice-Premier ministre et ministre des énergies Renouvelables et des Utilités Publiques, Rashid Beebeejaun, également responsable du dossier MID a lui aussi plaidé pour l’adhésion du plus grand nombre au concept. «Le projet Maurice île Durable n’est pas seulement une question de développement durable, mais aussi une question d’unité nationale. Il faut que chaque communauté puisse se mettre débout l’un à côté de l’autre. Le développement ne doit exclure personne», a déclaré Rashid Beebeejaun.

Il a aussi souligné la difficulté majeure d’adopter des sources d’énergie renouvelables. C’est selon le Vice-Premier ministre, le coût de production qui est huit fois supérieur au coût de production actuel, soit Rs 40 par unité l’électricité.

Rashid Beebeejaun a déclaré que le processus s’inscrit dans les recommandations que le gouvernement avait faites l’année dernière pour une grande consultation à l’image des assises de l’environnement en France et qui a abouti à l’élaboration d’une loi cadre. Selon lui, il faudra s’assurer que le secteur privé participe pleinement à l’exercice. Les médias également auront un rôle essentiel à jouer pour assurer le succès de la consultation.

Dans le but de vulgariser le projet et de susciter un maximum de participation, une campagne nationale sur le sujet sera bientôt lancée et culminera avec la semaine MID en avril.

L’Express 18 février 2010

 

 

 

 

 

MID: Le gouvernement devrait approuver une politique nationale d’ici six mois

 

 

Il faut une politique nationale- exhaustive et ciblée- pour faire de Maurice une île durable, tendant vers l’autosuffisance. C’est le défi que le comité de Maurice Ile Durable (MID) est déterminé à relever, afin que dans un délai de six mois, à compter de fin février, l’Etat approuve un «MID policy».

Ce comité a présenté sa stratégie, en ce 3 février, lors d’une conférence de presse à l’Air Mauritius Centre, à Port-Louis.

Pour réaliser cette politique, la contribution de chaque «stakeholder» sera sollicitée, celle des secteurs public et privé, de la société civile et de la population. Surtout de la population, qui sera sensibilisée à travers une vaste campagne. Des débats seront aussi orchestrés.

Le comité chargé du projet MID croit fermement que Maurice tout entier doit se prononcer sur l’orientation que prendra le pays pour les années à venir. Une vision nationale. Cela implique, d’abord, de savoir sur quels secteurs économiques le pays se focalisera. Ensuite, de développer une politique durable ajustée à ces ambitions, et vice-versa.

«The time is now, affirment ce comité. Le processus sera lancé le 18 février 2010.

Donc, ça s’active au niveau du «Steering Committee on Maurice Ile Durable and Land Based Oceanic Industry Projects» et du comité organisateur de MID, lequel s’occupe de l’aspect opérationnel de ce projet. En présence du facilitateur général de la politique nationale pour une île Maurice durable, le Prof. François Odendaal a animé des réunions de consultation. Des réunions avec les représentants de tous les ministères, les «chief executive» des mairies et conseils de districts, les organisations non-gouvernementales (ONG) et les responsables d’établissements pédagogiques de troisième cycle.

Il est convenu, qu’à fin février, les ministères soumettent leurs stratégies, suggestions et contraintes. Les mairies et conseils de districts disposent du même délai pour trouver la méthode appropriée en vue de recueillir, au niveau régional, l’opinion des membres de la population sur MID. Plus particulièrement, sur les questions liées à l’énergie, l’environnement, le transport, l’agriculture, la pêche, l’éducation et la gestion des terres. Pour que la population soit apte à donner son avis sur ces sujets, les autorités organiseront une importante campagne de sensibilisation.

Suite à cette campagne et une fois l’avis de la population recueillie, la vision nationale par rapport au MID sera formulée. Des débats publics seront organisés. Les points de vue seront quantifiés. Puis, un «green paper» sera produit. Il résumera tout: la situation de Maurice sous l’angle durable dans les domaines énoncés (plus haut) et la vision nationale. A partir de ce «green paper», une ébauche de la politique de MID sera dessinée, le «white paper». Ce document sera étudié par le Conseil des ministres. Finalement, après étude, il sera approuvé par le gouvernement et deviendra une politique nationale. Ce sera un document structuré, avec des lignes directrices, comprenant également un plan d’action ciblé et un plan budgétaire.

Par ailleurs, le comité chargé du projet MID a promis, en ce 3 février, qu’il donnera un maximum d’ouverture à la presse durant tout ce processus.

L’Express

3 février 2010