Le Mauricien 17 janvier2011

Khalil Elahee :

 

" Il faut maintenant privilégier la cogénération et la trigénération "

Que pensez-vous de l'abandon du projet de CT Power ?

Certainement, c'est une bonne nouvelle. Il faut saluer la clarté de la décision. Ce n'est pas cependant la fin de toute l'histoire. Il faut demeurer vigilant. Ce qu'il faut maintenant c'est exclure tout projet de centrale à base de charbon seulement. Si vous regardez les décisions qui ont poussé les autorités à disqualifier CT Power, vous verrez certains éléments qui s'appliquent à la région mais également à d'autres sites possibles de charbon seulement. Il faut résolument revoir notre politique énergétique en privilégiant la cogénération. On parle même de la trigénération, qui produit non seulement de l'électricité et de la chaleur pour les procédés mais également de la climatisation. C'est dans cette direction qu'on devrait se diriger dans les industries mais également, pour la survie de la canne, dans les flexi factories, à partir a priori de la bagasse et d'autres biomasses mais aussi du biogas. L'utilisation du charbon ne serait justifiée uniquement que comme substitut à la bagasse. Je pense qu'il y a lieu de relancer le secteur de cogénération bagasse/charbon avec plus d'équité par rapport à ce qu'on a connu dans le passé.

Devrait-on maintenant relancer les appels d'offres concernant une centrale

de 100 mégawatts ?

On a déjà lancé des appels d'offres pour 100 mégawatts. On a eu des propositions. Il faut maintenant faire le tri et choisir en fonction d'une politique énergétique définie et pas en fonction de ce que nous proposent les courtiers. Il faut intégrer tout ce projet avec une autre dimension qui est le bio-éthanol. La question de bagasse/charbon ou bio-éthanol a une implication pour le transport. Les éoliennes produiront autour de 40 mégawatts. On a lancé les sole independent power producers. Cependant ce que propose le gouvernement n'est pas suffisant. Il faut revoir tout le paquet d'incitations, donner un nouvel élan à la décentralisation que ce soit par rapport à la production d'électricité mais aussi par rapport à l'eau et la gestion des déchets. Cela va aider à la démocratisation de l'économie, à l'empowerment des différents stakeholders. Cela va donner une autre dimension à la démocratisation participative au projet MID.

Que voulez-vous dire par démocratisation dans ce cas particulier ?

La production d'électricité, d'eau, le traitement de l'eau, son recyclage pourraient se faire au niveau des collectivités locales au lieu des centrales. Pour aller plus loin, on peut imaginer que chaque hôtel, chaque établissement hospitalier, chaque unité industrielle devrait être en position de produire son électricité et son eau et de plus être doté de son unité de traitement des déchets. La priorité des priorités reste la gestion de la demande. On ne peut pas se laisser aller dans la surconsommation, le gaspillage, la mauvaise gestion des ressources. On a beaucoup à apprendre de la Réunion. La croissance de la demande a été aux alentours de 7 % annuellement et est descendue autour de 3,5 %. La gestion ne sera gagnée que si on joue la gestion de la demande.

Le Premier ministre, qui sera à la Réunion la semaine prochaine, a donc beaucoup à apprendre à l'île sœur…

Il faut jouer la carte de la coopération entre les deux pays. À la Réunion, on a même appris à apprivoiser la psychose du black out. Ils ont des plans. Ils impliquent les consommateurs, des industriels, bref tout le monde dans la gestion de la demande. À la Réunion, on est arrivé à la conclusion qu'il n'y aura pas de black out dû à un problème de demande. Si cela se produit ce serait dû à une faille technique sur une ligne. Nous devons nous inspirer de cette politique.

L'abandon du projet CT Power résout le problème de pollution mais pas celui de la fourniture d'énergie électrique… Que devrait-on faire maintenant ?

C'est vrai mais ce qui n'était pas prévu ce sont les 90 mégawatts à Fort Victoria. Je comprends qu'ils ont déjà 30 mégawatts et vont de l'avant avec 60 mégawatts. Ces installations peuvent travailler comme base load, semi base load et même nous aider à faire face à la consommation aux heures de pointe. Actuellement, on fait face au problème de la sécheresse. Je pense que dorénavant il faudra stocker l'eau et l'utiliser pour l'hydroélectricité uniquement durant les heures de pointe. Il existe même un système de pump hydro. C'est-à-dire qu'on pompe de l'eau hors des heures de pointe qu'on stocke pour être utilisée aux heures de pointe. Ce qui permet de réduire notre dépendance de la pluie. Encore une fois, la gestion de la demande est importante. Avec les investissements à Fort Victoria, avec encore une centrale bagasse/charbon, avec les Small Independent Power Producers et avec la maîtrise de la demande en énergie, je pense qu'on est parti pour un scénario qui est socialement acceptable, économiquement faisable et environnementalement propre, qui cadre parfaitement avec Maurice, Île Durable.

L'opposition propose la création d'une centrale à charbon utilisant des "state of the art technologies". Qu'en pensez-vous ?

Une centrale à charbon "state of the art" cela n'existe pas Qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce que cela veut dire carbon capture and storage ? Au niveau commercial cela n'existe pas dans le monde. Est-ce que cela veut dire l'utilisation de "super critical pressure boilers", c'est-à-dire des chaudières à très haute pression ? Ces chaudières ne sont performantes que dans des centrales de 1 000 mégawatts. Le cycle de production va toujours nous donner une efficience de 30 ou 35 %, au maximum 37/38 %. Par contre lorsqu'on utilise le charbon en cogénération ou en trigénération on a une efficience de 80 %. Il ne faut pas se tromper. Le charbon est ce qu'il y a de plus polluant. La seule façon de réduire cette pollution réside dans la "séquestration du carbone", une technologie qui n'est pas commercialement faisable. Une autre façon de le faire est l'utilisation de très grandes chaudières, qui ne s'applique pas dans notre cas car nous avons besoin de 100 mégawatts seulement. J'ai donc des doutes à ce sujet.

"State of the art" veut aussi dire le moins de pollution possible ?

Tout est relatif. Cela veut dire la moindre pollution possible par rapport au charbon. C'est ce que font la Chine et l'Inde en remplaçant des centrales à charbon. Nous ne sommes pas dans la même logique. Nous n'envisageons pas la construction d'une centrale de 500 ou de 1 000 mégawatts. Et nous n'avons pas de charbon. Par contre, nous avons le soleil, l'océan, le vent et bien d'autres ressources. Il faut être très clair sur la vision que nous avons de Maurice, Île Durable, la politique énergétique et le dessalement d'eau. Le dessalement se pratique dans des endroits désertiques, où il n'y a pas d'eau, dans des pays où l'énergie est extrêmement bon marché. De plus, ils ont un soleil très fort et peuvent produire le dessalement par la distillation ou le reverse osmosis process. Ce procédé demande beaucoup d'énergie. Je pense que dans le contexte mauricien il faut plutôt envisager d'aller vers la décentralisation et non vers des grosses centrales qui vont utiliser beaucoup d'énergie.

L'opposition est aussi favorable à l'introduction du photovoltaïque…

Le photovoltaïque sera utilisé pour la production d'électricité. Mais les prix demeurent très élevés. Pour l'immédiat, l'éolienne constitue une meilleure option. Dans cinq ou dix ans, il faudra se tourner vers le photovoltaïque. L'utilisation de la solar thermal power n'est pas applicable à Maurice.

L'abandon du projet CT Power et la mise en veilleuse du projet Gamma Covanta s'inscrivent dans la ligne préconisée par Joël de Rosnay…

Il faut saluer le courage du gouvernement, qui a rectifié le tir. Ce courage est signe que le gouvernement veut faire ce qu'il y a de mieux dans l'intérêt du pays. II faut souligner qu'il y a une prise de conscience citoyenne. Je fais référence à ce qu'a dit l'évêque de Port-Louis, dans son homélie prononcée le 1er janvier. Au niveau national chez les jeunes il y a une prise de conscience et je suis heureux que nos décideurs prennent compte de cela. Il y a ensuite le contexte global qui ne peut que nous pousser dans la bonne direction, tant mieux.

L'évêque de Port-Louis donne un soutien moral au projet Maurice, Île Durable…

Je pense qu'il n'y a pas que l'Église catholique qui a cette position. C'est la même chose avec le protestantisme, l'hindouisme et l'islam. Toutes les grandes religions pensent que l'humanisme n'a un sens que si on arrive à vivre en harmonie avec la nature. J'aime bien citer Gandhi qui dit qu'il y a suffisamment de ressources sur la terre pour nos besoins mais pas pour notre gourmandise. Il a mis en pratique ce qu'il a dit et il reste une des références du siècle dernier, un modèle non seulement par rapport à la philosophie mais aussi à la politique.

L'industrie sucrière doit se frotter les mains…

Je pense que le gouvernement a parfaitement raison de s'assurer qu'il y ait une vraie démocratisation du secteur énergétique. Les "deals" qui ont été faits dans le passé et qui n'étaient pas favorables aux consommateurs et au CEB voire à l'environnement ne sont plus acceptables. L'industrie sucrière ne doit pas utiliser l'argument MID ou la politique d'électricité verte comme argument pour augmenter ses profits et garder le monopole sur ce secteur. Le gouvernement a parfaitement raison de chercher un "deal" plus équitable socialement sinon il manquera au développement durable une dimension : celle de l'équité. L'équité doit être au centre du projet MID. Il ne s'agit pas seulement " to be green " au profit de certains capitalistes.

Le gouvernement va de l'avant avec le projet de création d'une institution devant agir comme régulateur pour le secteur énergétique. Vos commentaires ?

Le régulateur est essentiel. Avant de conclure de nouveaux contrats, que ce soit avec le secteur privé ou un autre promoteur opérant dans le cadre du Public/Private Partnership (PPP), il faut que les régulateurs soient en place. C'est un élément essentiel avant d'aller de l'avant. Il faut revoir tout le package autour des Small Independent Power Producers. Valeur du jour aucun consommateur domestique ne voit l'intérêt d'investir dans le photovoltaïque ou les éoliennes. Il faut revoir les incitations.

Nous entendons de moins en moins parler du projet d'incinération. Mais on va de l'avant avec des projets comme les centres commerciaux qui poussent n'importe comment ou de nouvelles villes comme Neotown, Jinfei ou Highlands, sans mentionner les IRS, alors que nous ne savons pas combien et quels types de déchets nous produirons… Est-ce que nous ferons avec ?

Je pense que nous devons repenser notre modèle de développement. Il faut savoir si le concept de duty-free shopping paradise est compatible avec la vision MID. Déjà nous voyons que la surconsommation, notre dépendance sur les importations et l'endettement, ici comme ailleurs, nous poussent à une utilisation abusive de nos ressources naturelles. Pour revenir à la question des déchets, je crois fermement qu'il faut en réduire la production d'abord. Ensuite, il faut recycler et réutiliser. Toute une économie peut se développer autour de cette filière. Finalement, c'est la biométhanisation qui semble la plus appropriée pour la génération d'énergie dans le contexte actuel vu la composition humide de nos déchets, sinon la disponibilité abondante de waste water. Une approche systémique nous donnera aussi de l'eau traitée et recyclée, par exemple pour des besoins d'irrigation. Encore une fois, il faut privilégier la décentralisation de la gestion des ressources et des déchets, des solutions locales et une approche participative, voire citoyenne. Il revient aux autorités d'orienter cette démarche et le fait qu'on ne parle plus d'incinération n'est pas une solution !

En fin de compte, comment va se mettre en place tout ce grand chantier MID ?

Pour sauver l'économie, à chaque fois on nous propose des stimulus packages. Je pense que le projet MID mérite un package tout aussi conséquent, sinon plus. Ce sera aussi une occasion de renforcer sa dimension sociale tout en portant à un autre niveau notre lutte commune à préserver notre environnement. Il faut un mini budget cohérent, holistique et révolutionnaire même dans sa philosophie afin de faire décoller le projet MID. Cela concernera une nouvelle politique énergétique, la gestion de l'eau, le transport, l'industrie de la canne, l'économie verte, les déchets, l'aménagement du territoire, la pêche et l'agriculture durables, le bâtiment, l'écotourisme sans oublier l'utilisation sobre de nos ressources marines à Maurice, Rodrigues et dans les îles. L'éducation et la recherche s'intègrent aussi dans ce contexte, tout comme la dimension régionale de notre vision de MID. Au niveau de la diplomatie "écologique", nous avons là une réponse cinglante à l'hypocrisie que représente le parc marin des Anglais.


 

CT Power : Paul Bérenger se réjouit

Paul Bérenger s'est réjoui samedi de la décision du gouvernement d'abandonner le projet de CT Power. Il a félicité tous ceux qui ont mené campagne contre ce projet.

Le leader de l'opposition estime qu'il faut maintenant aller de l'avant avec le projet d'une centrale à charbon de 100 MW en utilisant des technologies state of the art, assortie d'une station solaire photovoltaïque et d'une station de dessalement de l'eau de mer.

Il estime que le gouvernement a déjà perdu beaucoup de temps avec d'autres projets d'infrastructures concernant notamment le métro léger, l'eau potable, la production de l'éthanol, entre autres.

 

Le Mauricien 15 janvier 2011

SECTEUR ÉNERGÉTIQUE

 

CT Power out, décide l'Environnement

L'Environment Impact Assessment Committee (EIA Committee), qui s'est réuni jeudi, a entériné la décision de rejeter le projet de construction d'une centrale thermique d'une capacité de 2 x 55 MW à Pointe-aux-Caves. Cette instance avait tenu à avaliser une dizaine d'objections soulevées par le comité technique de l'EIA qui s'était réuni la veille. Avec l'abandon de ce projet, le Central Electricity Board (CEB) sera appelé à revoir sa stratégie pour la génération d'énergie électrique pour satisfaire la croissance dans la demande.

Dans ses conclusions, avalisées par l'EIA Committee, le comité technique soutient que " taking into consideration the location of the site, the inconveniences and disturbances with the traffic and operation of the plant to the residential areas as well as the likely health impacts associated with the operation of a 110 MW coal fired power plant at Pointe aux Caves, it was agreed that the precautionary principle be applied and the project be not recommended ".

Les principales objections contre la réalisation du projet de centrale thermique au charbon à Pointe-aux-Caves sont comme suit :

- le site : l'absence d'étude pour la sélection du site même si le ministère des Terres avait identifié Montagne-Jacquot comme une région potentielle pour accueillir un terminal pour le débarquement de charbon de terre ;

- le volume de trafic : le fait de se retrouver avec un camion chargé de charbon traversant la région toutes les trois minutes pour alimenter la centrale de 1 260 tonnes de charbon comporte des risques énormes pour le trafic routier sur le réseau dans cette partie de l'île ;

- les noise disturbances : la région d'Albion devait être encore plus affectée par le phénomène de nuisances sonores avec le comité soulignant que " the nuisances and inconvenience associated with the traffic will adversely impact on the highly residential area along the transportation route " ;

- le Ash Disposal : les autorités ne sont nullement satisfaites des dispositions prises en vue de déterminer " the leaching potential of the ash and that no provision has been made for an electronic leak detection system " ;

- la qualité de l'air : véritable menace pour la population de la région ayant des habitants souffrant de problèmes d'asthme, ceux-ci étant les plus vulnérables. Le comité est parvenu à la conclusion que " the projected health impact on the inhabitants of the vicinity of the proposed plants and on the inhabitants of the island as whole cannot be neglected " ;

- impacts socio-économiques : baisse de 3 à 5 % de la valeur immobilière dans un rayon de deux miles autour de la centrale avec des répercussions nuisibles pour les opérations du Club Med de la région ;

- le Carbon Footprint : l'EIA Committee fait sienne une recommandation d'experts selon laquelle " the proposed plant is expected to emit about 3 065 tonnes of carbon dioxide a day which is higher than the guideline values quoted in international literature " ;

- la température de l'eau de mer : hausse d'au moins 9° C de la température avec le déversement des effluents de la centrale thermique dans la mer ;

- Dégâts à la faune et à la flore : les travaux d'excavation pour la pose de conduits en mer, soit trois d'une longueur de 611 mètres auront des effets néfastes sur la faune et la flore matines ; " The impact associated with the pipelaying works is expected to have far reaching effects on the marine ecosystem which is presently in a healthy state ", note le rapport de l'EIA Committee.

L’Express 23 janvier 2011

Le Dr Khalil Elahee, chargé de cours du département d’Ingénierie de l’Université de Maurice, collaborateur actif au projet Maurice Ile Durable (MID), partage ses idées sur l’après-CT Power ainsi que ses propositions pour une meilleure gestion de déchets si le projet Gamma Coventa est également abandonné.

CT Power, un projet mort-né. Quelle est, selon vous, la meilleure solution en ce qui concerne notre politique énergétique et qui cadrerait avec le concept Maurice Ile Durable (MID) ?

D’abord, il faut maîtriser la demande en électricité dont la croissance était d’au moins 5% par an dans le passé. La gestion de l’énergie a fait ses preuves à La Réunion, par exemple, où elle est passée de 10 à 3,5% durant la dernière décennie.
Le gouvernement a déjà pris la décision d’investir dans 90 MW à Fort-Victoria à partir de l’huile lourde. Dans le cadre de MID, nous devrons graduellement remplacer cette dernière par du biodiesel, par exemple à partir de ressources locales comme l’huile de coco, les huiles usées ou encore à partir d’algues.

Quelles seront les stratégies à long terme ?

Il faudra favoriser l’éolienne, le stockage d’énergie, le biogaz et, surtout, la cogénération. Il faut préserver la canne car elle nous donnera la bagasse qui, avec d’autres biomasses, doit être exploitée avec une meilleure efficacité. Le charbon sera nécessaire mais il faut l’utiliser en cogénération avec une efficience de plus de 80%, contre seulement 35% pour une centrale ‘‘coal-only’’.

Finalement, il faut revoir tout le package des Small Independent Power Producers (SIPPs) afin d’atteindre une vraie décentralisation au niveau de la production et de la gestion de l’électricité. Après cette période de transition, nous pourrons envisager d’autres options comme les photovoltaïques, la géothermie, la bio-méthanisation des déchets ou encore la gazéification de la biomasse.

Après le « timide » constat du conseiller spécial du Premier ministre, Joël de Rosnay en novembre dernier, quelles sont les évolutions du projet MID, deux mois plus tard ?

Deux mois, c’est peu avec surtout l’interruption de la fin d’année. Toutefois, l’atelier sur MID au début du mois de décembre 2010 nous laisse espérer que l’année 2011 sera cruciale et décisive. Le ministère de l’Environnement et du Développement durable commence à s’activer après avoir pris en charge le MID Fund. La décision concernant CT Power n’est nullement un fait du hasard.

Est-ce à dire que ce sont les finances qui font défaut ?

Je pense que, comme pour l’économie, il nous faut un Stimulus Package sur MID, un mini-budget qui intègre de manière holistique dans le cadre d’un programme les projets d’énergie, de transport, d’aménagement du territoire et aussi des solutions durables aux problèmes de l’eau, des déchets, de l’agriculture, de la pêche ou encore de la pollution. La consultation nationale doit se poursuivre afin d’élaborer une loi-cadre sur MID. Le secteur privé doit s’impliquer dans la mise sur pied d’une vraie économie verte. Bref, un grand chantier nous attend.

Où en est la participation de la population jusqu’à présent dans le concept MID ?

Les citoyens, en tant que consommateurs et décideurs avec un pouvoir limité, peinent à avoir un rôle participatif dans le nouveau projet de société. Nous vivons en ce moment cette pénible et dure transition où certains hésitent, d’autres ne semblent pas être convaincus. Les différentes crises que nous connaissons poussent beaucoup à un repli sur un modèle qui n’a pas marché, celle de l’économie dominante et de la société de consommation. Il faudra être patient et faire preuve de courage.

Après CT Power, est-ce que la voix de Joël de Rosnay sera-t-elle aussi prépondérante en ce qui concerne le projet d’incinérateur Gamma Coventa ?

C’est le gouvernement  qui décidera. Là encore, je pense qu’il ne suffit pas de s’opposer à un projet qui n’est pas MID-compliant. Il faut élaborer les options qui existent à la place du projet d’incinérateur. Il revient au gouvernement de définir une politique claire, cohérente et consensuelle concernant une gestion intégrée des déchets. A la lumière de celle-ci, les promoteurs doivent proposer en toute transparence, et sur un level-playing field, des projets qui cadrent avec MID. Il nous faut des propositions économiquement fiables, socialement équitables et acceptables sur le plan environnemental. Il s’agit beaucoup plus que d’entendre la voix de Joël de Rosnay.

Si c’est aussi le cas, quelle serait la proposition concrète pour la gestion des déchets et qui serait en règle avec le nouveau projet MID 4E (éducation, emploi, énergie et environnement) ?

Pour vous répondre autrement qu’en élaborant une option technique, la gestion des déchets est d’abord une affaire citoyenne. La meilleure proposition viendra seulement lorsqu’au lieu de penser pour la population, nous faisons l’effort de penser avec elle. Le rôle des spécialistes est d’accompagner la population dans cet exercice en apportant des faits et des données sur les options disponibles.

Certes, il revient au gouvernement de trancher, mais cela doit se faire par le biais d’une vraie démocratie participative. Les autorités doivent jouer un rôle, au préalable, de facilitateur aussi. L’ensemble de la population doit pouvoir chercher la meilleure solution et nous aurions ainsi la garantie que toute la population saura comment participer concrètement dans la gestion des déchets, individuellement et aussi collectivement.