Distribution au compte-gouttes et horaires cauchemardesques

 

"Pa enn lavie sa", se plaignent les habitants de Plaines Wilhems, excédés de la situation. Pourtant, l'eau c'est la vie, dit-on. Mais, actuellement, face aux robinets à secs, pas une seule goutte d'espoir pour beaucoup. La pénurie est sévère. Même chez ceux qui ont un réservoir. D'autant qu'outre une distribution au compte-gouttes, les fréquences sont plus qu'anormales, attisant la colère et l'incompréhension des abonnés.

L'eau est devenue une denrée de luxe réservée à quelques habitants de Maurice. Actuellement, les mieux lotis sont ceux de la région nord, car la pénurie touche principalement les habitants du Plateau central, de l'Est et du Sud. Mais dans quelque temps, au vu de la situation qui prévaut dans nos réservoirs qui accusent quotidiennement une baisse, toutes les régions de l'île seront affectées par les coupures. Les autorités concernées gardent toutefois espoir : les experts singapouriens sont enfin là. Ils devraient étudier la situation de l'eau de près cette semaine. En attendant qu'un rapport ne soit soumis et que des mesures soient enfin prises, la population continue de souffrir…

"Depizour nou pa gagn délo. bizin asté boutey pou lav lassiet. Manzé pa koné couma pou cui. Linz empilé. Na pli kapav" . Ce cri de détresse, plusieurs familles, le lance. Chez certains abonnés, principalement ceux des Plaines Wilhems, pas une goutte d'eau ne sort du robinet de la journée. Ce n'est qu'à 3h du matin et ce, uniquement pour quelques heures, que le raccordage est effectué.

"Nou bizin lev boner, dépi 3h dimatin pou kapav rempli délo". Paroles de ménagères qui s'en trouvent embarrassées quotidiennement par les coupures drastiques . Certes, les abonnés de la CWA sont conscients de la pénurie d'eau. Mais ils sont indignés du fait que le robinet ne coule qu'entre 3h et 7h, voire des fois 6h30. "Kouma pou fer ? 7h ou bizin al travay, délo coulé tipti tipti dépi 3h, pa mem kapav ramassé", s'offusquent-ils.

"Tank-la pa rempli"

Cette situation est insoutenable. "Enn vrai martyr. Touzour mem zistoir", dit une habitante de Vacoas. Cette dernière dispose depuis plusieurs années déjà d'un réservoir d'eau. Toutefois, ses difficultés pour être approvisionnée n'en sont pas moins. "Tank-la pa rempli. Délo-la coule tipti. Létan ou servi pou mett machine à laver, létan ou fer inpé dité, létan ou baigné, délo napa rempli" , raconte-t-elle. Même situation chez M.A, qui vit à l'étage. "Délo pa monté ditou", dit-il, indiquant qu'il est contrait chaque matin, à 3h, de descendre chez son voisin de pallier pour remplir quelques seaux d'eau pour sa famille.

Même propos d'une autre habitante de Curepipe : il s'agit d'un véritable calvaire. "Ce n'est pas évident de se lever à deux heures du matin tous les jours pour remplir les bidons. En outre, une heure d'eau n'est pas suffisante pour effectuer le stockage, faire la lessive ainsi que la vaisselle. Mes enfants ne peuvent plus revêtir leurs uniformes d'école, ils sont sales, il n'y a plus d'eau pour les laver". Sa voisine, une vieille dame de plus de 75 ans, peine chaque matin à remplir ses récipients. "Ou croire enn vué dimoun sa lage la kapav lévé 3h du matin pou saryé délo? Enn plis c'est enn dimoun malad. Pa koné ki CWA gagné pou larg délo sa ler la?", s'indigne cette ménagère.

D'autres abonnés racontent qu'ils ne dorment pas, uniquement pour attendre que l'eau coule. Et de déplorer que la CWA n'est pas ponctuelle dans sa distribution. Pour les habitants des Plaines Wilhems, chez qui la distribution d'eau se fait depuis quelques semaines entre 3h et 7h du matin, ces fréquences n'ont aucune logique. "Kan dimoun bizin dormi pou kapav levé ale travay, zot fer ou ramass délo. Kifer pa ouvert délo la entre 5h ek 9h?", demandent-ils. Certains disent avoir transmis leurs doléances à la CWA à maintes reprises mais elles ne sont pas prises en considération.

Si les abonnés des Plaines Wilhems, en raison de la situation qui prévaut à la Mare-aux-Vacoas, sont les plus affectés, les habitants de l'Est et du Sud parlent du même calvaire. Une situation qui risque de s'étendre à toute l'île si la tendance à la baisse suit son cours dans les réservoirs et nappes phréatiques autour de l'île. En effet, depuis deux semaines, la CWA note des signes de faiblesse au niveau des autres réservoirs et la région nord, jusqu'ici épargnée, devrait aussi connaître des coupures drastiques.

Situation préoccupante pour le textile et l'hôtellerie

Une situation préoccupante, non seulement au niveau domestique, mais aussi industriel, avec notamment le textile et le tourisme qui s'en trouvent affectés. En effet, si dans le passé une sécheresse prolongée n'affectait que l'agriculture, aujourd'hui, tout manque d'eau devient un sérieux handicap pour la bonne marche des usines et des hôtels.

Certains opérateurs font ressortir que si les usines textile, notamment pour l'unité de teinturerie, ont des réservoirs de grande capacité pour pallier les coupures de la CWA et qu'il existe également une politique d'entre-aide qui s'est créée entre les entreprises pour qu'elles arrivent toujours à respecter les commandes. Mais avec la situation qui persiste et l'éventualité qu'une fourniture d'eau qui risque de passer à quelques heures toutes les 48 heures, les entre­prises connaîtraient alors de plus gran­des difficultés pour le stockage d'eau. Dans laquelle situation, les opérateurs du textile compte sur la bonne gestion des ressources en eau de la part de la CWA, voire une distribution par camions-citernes aux entreprises en difficulté.


Baisse du niveau des autres réservoirs

Le pays entier bientôt affecté par les coupures drastiques

Si la tendance se maintient, toutes les régions du pays seront affectées par des coupures drastiques d'ici à quelques semaines. Une décision qu'étudie sérieusement la Central Water Authority (CWA), qui souhaite prévenir la crise dans d'autres réservoirs. La situation de l'eau est fortement préoccupante avec nos réservoirs et nappes phréatiques qui se vident graduellement. A hier, Mare-aux-Vacoas affichait un taux de 34, 8% de sa capacité, alors qu'à Piton du Milieu le pointage affichait seulement 74, 2 %. Midlands Dam était à 84,6 %.

Vendredi après-midi, si elle compte une capacité de rendement habituel de 22 000m3, la nappe phréatique de Hollyrood n'affichait que 12 000 m3 d'eau. À Mont Blanc, dans le Sud, le rendement était de 8 000m3. Alors qu'à Pierrefonds, qui alimente, avec une capacité normale 30 000 m3, toute la région Guibies , Port-Louis Nord, Vallée des Prêtes, Vallée Pitot, une baisse de 26 % a été notée.

Ayant enregistré une baisse du niveau d'eau dans les rivières du Sud et les autres sources d'eau qui se trouvent dans plusieurs endroits à travers l'île, la CWA veut parer aux catastrophes et éviter que la situation à Mare-aux-Vacoas ne se reproduise dans d'autres réservoirs. C'est dans cette optique, comme mesure préventive, que les autorités étudient actuellement une baisse de fourniture d'eau dans d'autres régions de l'île, dont le Nord, qui n'est pas encore affecté, pour gérer les ressources en eau afin de tenir jusqu'à la prochaine période des pluies…


Réservoir domestique : le must

Face à la distribution réduite de l'eau, la commercialisation des réservoirs domestiques a pris, ces derniers mois, l'ascenseur. Une situation qualifiée de quasi normale chez les opérateurs, qui indiquent que depuis plusieurs années, durant les mois secs, la vente des réservoirs est en hausse. Toutefois, la tendance a changé cette année, puisque même en hiver les ventes continuent de progresser.

Pour cause, les familles mauriciennes sont contraintes, dans cette situation difficile, de stocker de l'eau, car la CWA ne cesse de revoir à la baisse sa distribution. "Aujourd'hui, un réservoir domestique, qu'il soit d'une capacité de 500 litres ou 3 000 litres, est un must pour toute famille. Ce n'est pas en tant que commerçant que je parle, mais en termes consciencieux, car la pénurie d'eau est un véritable calvaire. Sans réservoir, les familles peinent à avoir un peu d'eau", explique un revendeur. Aujourd'hui, dit-il, disposer d'un réservoir à la maison permet au moins de pouvoir faire "une toilette de chat", la vaisselle et utiliser W.C. Et de faire ressortir que "si durant les mois d'été les ventes de sont bonnes, en ce moment elles sont très bonnes". Sans cette option, il y a longtemps que la population, principalement les habitants de Plaines Wilhems touchés drastiquement par la pénurie d'eau, aurait montré son désespoir.

Malgré la hausse des ventes, les opérateurs estiment que la population n'est pas assez conscientisée sur la nécessité d'avoir un réservoir. Ils déplorent le manque de communication relative à la subvention de l'État aux familles dont les revenus ne dépassent pas Rs 10 000. En effet, l'État a d'ailleurs fait provision pour une subvention de Rs 3 000 offerte aux familles dont les revenus ne dépassent pas Rs 10 000 pour l'achat d'un réservoir. Une somme globale de Rs 120 millions a été budgétée pour venir en aide à globalement 40 000 foyers ayant de faibles revenus afin de pouvoir conserver de l'eau en cas de coupures et de sécheresse. Déjà 7 000 familles et 2 500 à Rodrigues, identifiées comme ayant des revenus modestes par la National Empowerment Foundation, seront les premiers bénéficiaires de cette mesure budgétaires. Les familles doivent cependant répondre à d'autres critères établis par un comité réunissant des représentants le ministère de l'Énergie et des Utilités publiques, le Mauritius Standards Bureau, le ministère de l'Intégration sociale et le ministère de la Sécurité sociale. Selon nos informations, la CWA a reçu plusieurs centaines d'applications à ce jour.

Par ailleurs, pour ceux qui ont des réservoirs mais qui sont néanmoins affectés pour la distribution, faute de pompe, il est recommandé de faire la connexion d'une non-returning valve. Cela permettra à l'eau d'être dirigée dans une seule direction, et ainsi, lorsque la fourniture de la CWA est rétablie, c'est cette eau qui est utilisée. De ce fait, lorsqu'il y a coupure, l'eau du réservoir est toujours disponible.


L'espoir de l'expertise singapourienne

Pour résoudre le problème d'eau qui manque drastiquement à Maurice ces derniers mois, l'État mise sur les conclusions des experts singapouriens, à qui le Premier ministre a demandé leur aide. Ces derniers sont arrivés hier, avec la délégation singapourienne pour la visite d'État du président Sellapan Ramanathan. Ils devront dès demain après-midi rencontrer les responsables des différents organismes, la Water Ressources Unit, la Wastewater Management Authority et la CWA, s'occupant de la situation de l'eau à Maurice et déterminer au plus vite les solutions à apporter à notre système de distribution.

Dans sa réponse à la PNQ du leader de l'opposition la semaine dernière, le ministre des Utilités publiques, Rashid Beebeejaun, avait fait ressortir que des travaux sont en chantier au niveau de plusieurs points d'eau et stations de traitement. Toutefois, le gouvernement est sur le point de s'engager, suivant l'avis de Singapour, dans une réforme complète du système d'eau. Cela, même pour assurer le fonctionnement de la CWA, qui reste toujours sans direction.

En effet, la délégation du Singapore Public Utilities Board et de la Singapore Cooperation Enterprise, qui était à Maurice en octobre 2010 pour effectuer une évaluation des besoins en matière de gestion d'eau, avait, entre autres, proposé le développement d'une gestion totale de l'eau à Maurice (Total Water Management) afin d'arriver à une fourniture 24/7 en eau potable, réduire la non-revenue water, améliorer la gestion des ressources en eau et mettre au point un plan stratégique pour le secteur de l'eau qui réponde à des besoins accrus et en évolution. Ce rapport est à l'étude ainsi qu'une hausse du tarif de l'eau.

"Hausse inévitable", a indiqué Rashid Beebeejaun et nécessaire pour financer le système de distribution qui date de plusieurs décennies et qu'il faut remplacer pour économiser les fuites. Si les formules pour l'introduction de cette hausse sont déjà à l'étude - dont celle basée sur le principe de "plus on consomme, plus on paye", ou encore celle d'une hausse en fonction des saisons - cette décision se heurte à des protestations catégoriques des associations des consommateurs, qui déplorent que les usagers fassent les frais du manque de vision et de planification des décideurs.

Les observateurs du secteur indiquent pour leur part que l'expertise singapourienne est souhaitable. Mais pointent également du doigt la mauvaise gestion de l'État pour ce secteur. "Les projets prennent des années pour faire surface et, en attendant, c'est la population qui fait les frais d'une mauvaise gestion de la CWA pendant des années", disent les professionnels du secteur. Devrait-on attendre encore, comme pour le métro léger, des décennies, avant que le Total Water Management soit mis en place pour assurer une distribution équitable de l'eau ? s'interrogent ces observateurs. Parmi les solutions qui auraient pu avoir été apportées depuis plusieurs années déjà, disent-ils, le dessalement, qui continue de faire débat.

S'il y a de nouveaux moyens déployés, certes tardivement par la CWA, soit la mobilisation des ressources additionnelles, telle le raccordage de Mare Longue àMare-aux-Vacoas afin d'assurer une fourniture d'eau satisfaisante, les experts soutiennent que ce n'est pas suffisant. Il faut aussi investir dans l'agrandissement des réservoirs existants, la construction de nouveaux réservoirs et le captage de l'eau de pluie et des rivières là où il n'y a pas de réservoir, sans compter revoir la situation à Mare-aux-Vacoas.

Il serait aussi important de conscientiser davantage la population quant à la valeur de cette commodité essentielle, pour limiter toute consommation excessive et autre gaspillage.

Le Week End 5 juin 2011

 

La Balise Marina, Rivière-Noire

Désaccord entre les Forces Vives et ENL Property

Une bonne partie des travaux du projet de développement immobilier Integrated Resort Scheme (IRS), de la Balise Marina provoque la colère des Forces Vives et des pêcheurs. Ces derniers estiment que la flore et la faune marines de Rivière-Noire sont sérieusement menacées et que des médications ont été apportées sans une consultation publique en bonne et due forme. S'appuyant, par ailleurs, sur des renseignements qu'ils auraient glanés chez des professionnels, ils affirment que le village court un grand risque d'inondation en période de grosse pluie.

"Oui, nous avons été une première fois consultés avant le début de ces travaux. Mais nous avons, depuis, constaté que le plan initial a été modifié. La Balise ne nous a jamais fait part de cela. Nous avons fait nos propres recherches par nous-mêmes. Il a même été question de construire un hôtel à un certain moment", disent-ils. Au fil de la préparation du site, qui est actuellement en phase 1, ils ont constaté plusieurs "anomalies", dont disent-ils, un accès coupé de la Grande-Rivière-Noire quand le promoteur, ENL Property, a procédé au revêtement de pierre autour de la rivière.

"Nous avons aussi noté qu'un canal profond a été creusé pour le revêtement de pierres. Cela représente un danger potentiel pour ceux qui fréquentent cet endroit, riche en faune. Si quelqu'un y tombait, le risque de noyade est grand. Nous en avons fait part au promoteur qui s'est contenté d'apporter des changements à un seul endroit, pas à l'autre. Depuis, c'est avec la peur au ventre que nous allons à cet endroit. D'ailleurs, vous noterez que des lavandières y vont plusieurs fois par jour", indique Soopaya Veerapen, président des Forces Vives.

Le promoteur leur ayant remis une copie de tous leurs permis et licences, les protestataires ont noté que deux des Interference Permits octroyés par le ministère de la pêche ont d'ores et déjà été expirés depuis mars 2010. Il s'agit, document à l'appui, du "33 000 m3 of Access Channel Dredging in the Lagoon of the Black River Fishing Reserve" et du "Rock revetment Protective Works in the Lagon of the Black Fishing Reserve". Selon eux, le promoteur devrait obligatoirement refaire une consultation publique avant de renouveler ces permis.

Pis encore, estime Soopaya Veerapen, les monticules de terres amassées sur les berges des deux barachois constituent un énorme danger pour la région de Rivière-Noire. "Certes, ENL Property veut protéger son terrain par cette élévation, mais cela représente un grand risque d'inondation. Toute l'eau sera déversée dans les villages", affirme le président des Forces Vives.

Plusieurs lettres ont été envoyées aux ministères concernés et au promoteur lui-même pour leur faire part de leurs griefs. A ce jour, disent-ils, seul le promoteur a daigné répondre points par points aux doléances avancées.

Un grand risque d'inondation

Contacté une première fois au téléphone, samedi dernier, le directeur de la Balise Marina, Dominic Dupont a contesté les propos tenus par les Forces Vives et pêcheurs. Il a, par ailleurs, donné la garantie qu'une visite de presse aura lieu pour rassurer les habitants de la région. Une promesse qui s'est effectivement concrétisée, mercredi, à la mi-journée. L'occasion pour le promoteur de la Balise Marina de présenter son projet IRS au coût de Rs 4,7 milliards, de rendre public le sondage effectué dans la région, par TNS Analysis quant à l'impact social du projet et de répondre aux questions de la presse.

"Tous nos permis sont à jour. Une consultation a déjà eu lieu et il n'y en aura pas d'autres. Les deux permis expirés ont déjà été renouvelés", soutient Dominic Dupont. Concernant les modifications apportées au plan initial, le promoteur ne dément pas expliquant : "Un plan est dynamique. Des modifications mineures ont été apportées. Elles concernent surtout la taille des résidences et nous avons déjà eu l'approbation du ministère de tutelle." Propos confirmés par un cadre autorisé du ministère de l'Environnement.

S'agissant du revêtement de pierre, le directeur de la Balise Marine déclare n'avoir creusé aucun canal, ni coupé aucun accès à la rivière. Dans la lettre adressée aux Forces Vives, la direction de la Balise se veut également rassurante. "Suite aux travaux de revêtement de pierres dans l'estuaire de la rivière, dont le permis a été dûment délivré par les autorités compétentes, nous sommes intervenus, il y a quelque temps déjà, afin d'éliminer tout danger possible (trous ou autres) pour la population de l'endroit. Nous vous confirmons ainsi que les travaux entrepris ne rendent pas plus dangereux l'état de l'embouchure de ladite rivière par rapport à la situation qui prévalait avant travaux", écrit-elle.

En dernier lieu, les monticules de terres sur les berges de la Grande-Rivière-Noire, explique Dominic Dupont, servira pour l'élévation du terrain pour protéger le site. L'élévation du site représente-t-elle un danger en saison de grosses pluies? A ce sujet, une autre source autorisée au ministère de l'Environnement rassure : "Non, puisque le promoteur a pris toutes les précautions. Un nouveau drain sera construit. Et que les pêcheurs et les Forces Vives se rassurent. Nous ne négligeons aucun détail", assure-t-elle.

Loin d'être satisfait avec cette explication sommaire, les Forces Vives et les pêcheurs demandent à ce que le ministère de la Pêche et de l'Environnement soient plus attentifs à leurs demandes. "Nous voulons voir les documents pour nous rassurer", insistent-ils.

Soulignons que ce projet immobilier IRS, construit sur une marina s'étend sur un terrain privé de 13 hectares. Ces 113 villas donnent sur les canaux, les quais de la marina ou de l'estuaire de Grande-Rivière-Noire. Il sera doté d'un espace commercial avec restaurants et boutiques, d'un centre de bien-être et d'installations sportives entre autres. A ce jour, le projet a entièrement été financé par Rs 450 millions de fonds provenant des principaux actionnaires, notamment ENL Limited, Investec Bank (Mauritius) Ltd, et MCB Equity Fund. Les travaux d'infrastructures ont débuté en novembre 2009 et ceux de la construction des unités en février 2011. Les premières unités seront livrées pendant le deuxième semestre de 2012.

Le sondage d'opinion réalisé par TNS Analysis en mars 2011

Selon la direction de La Balise Marina, une étude de perception a été réalisée par TNS Analysis, agence de recherches, en mars dernier, auprès de 150 habitants et de 20 représentants des ONG de la région. Le but étant de mesurer la connaissance et les attentes des résidents par rapport au projet la Balise Marina. L'échantillonnage a été fait de manière à correspondre à la population de la région. Il ressort que :

-83% des sondés ont entendu parler du projet et la majorité se montre favorable.

-69% ont un avis favorable ou ne se prononcent pas.

- 58% y sont favorables.

-60% de ceux qui se prononcent en faveur pensent que le projet va permettre le développement de la région

Les jeunes âgés de 20 à 30 ans sont surreprésentés parmi ceux qui sont favorables au projet.

Les ONG estiment que le projet contribuera grandement au développement de la région en termes d'arrivées touristiques et d'amélioration des infrastructures. Le projet est aussi porteur d'espoir pour les habitants car il augmente les perspectives d'emploi

La Maison de la Balise

Plan social pour les besoins des habitants

Le budget social global représente Rs 24 millions, dont Rs 11 millions qui seront allouées à la formation, dans des métiers ayant un lien avec la Balise Marina.

Cette année, Rs 4 millions seront partiellement dédiées aux projets sociaux pour favoriser l'intégration sociale et économique des habitants de Rivière-Noire. Le plan social sera mis en oeuvre grâce à la collaboration d'une dizaine d'ONG déjà actives dans la région, du conseil du village et l'école primaire de la localité. Il est prévu qu'une centaine de personnes en bénéficieront.

Les grands axes du plan social se déclinent comme suit: éducation et formation, prise en charge parentale, emploi et employabilité, amélioration des infrastructures et lutte contre les fléaux de la société. Par ailleurs, un projet de formation de qualité a été élaboré par Advitam à l'intention des habitants de la région. Des formations agréées seront proposées dans les domaines de l'ingénierie et de l'hôtellerie, ainsi que sur le plan des activités en marina avant la fin de l'année.

La Maison de la Balise Marina sera, selon Mario Radegonde manager du département Corporate Social Responsibility (CSR) de ENL Foundation, un outil-clé de communication des promoteurs du projet dans la région. En s'implantant à proximité du site de la Balise Marina, estime les concepteurs, ce kiosque d'information, de rencontre et de formation, sera l'espace par excellence pour une communication de proximité et pour l'implémentation de certains projets sociaux.

Le Week End 5 juin 2011

 

Célébration aujourd'hui de la Journée de l'Environnement

Malgré les promesses, l'île Trou Viré en danger

On célèbre aujourd'hui la Journée mondiale de l'Environnement. Maurice ne dérogera pas à la règle. Certes, entre les expositions sur le sujet et les conférences sur l'île Maurice Durable, l'État et autres partenaires du privé prennent cette journée au sérieux. Néanmoins, lorsqu'on regarde autour de soi, les dégâts causés à notre environnement sont nombreux et irréversibles dans bien des cas. Des arbres sont abattus pour construire des routes, des espèces endémiques disparaissent en raison des activités humaines sur des sites de préservation, les projets de construction fleurissent sans tenir compte des avertissements contre la dégradation de la faune et de la flore.

Parmi les derniers exemples en date : la volonté du ministère du Tourisme de délocaliser les opérateurs de grillade de l'île-aux-Cerfs sur Trou Viré, une île encore vierge, et entourée de mangroves. Il y a quelques jours à peine, à l'occasion de la Journée mondiale du Tourisme, célébrée le 2 juin, les opérateurs du secteur plaidaient pour un Tourisme responsable et respectueux. Si l'intention est affichée, les actes eux en disent longs. Tant pour les opérateurs privés que pour l'État. Les permis accordés pour la construction des IRS, des restaurants sur les îles et autres projets de développement, souvent faisant fi des procédures pour l'obtention du permis EIA, témoignent de l'ambition réelle derrière les projets.

L'île-aux-Cerfs et l'île Plate sont des illustres exemples de la dégradation de l'environnement. Maintenant que le passage Grand Courant n'est plus, en raison de l'ensablement accéléré, et que la beauté de l'île-aux-Cerfs a été altérée, et que l'orange-tailed skink a disparu de l'île Plate, entre autres dégâts causés à ces îles, faut-il encore que Trou Viré connaisse le même sort ?

Mardi dernier, à une question du député Dhiraj Khamajeet portant sur les études écologiques pour la délocalisation des opérateurs de grillades de l'île-aux-Cerfs à l'île Trou Viré, le ministre du Tourisme, Nando Bodha, a fait ressortir qu'une fois le plan conceptuel de ce projet prêt, son ministère s'assurera que d'autres études soient faites, incluant une demande pour un permis EIA. Si dans sa réponse le ministre soutient avoir à cœur la préservation de l'île-aux-Cerfs mais aussi des autres îles telles que l'île-aux-Bénitiers et l'île d'Ambre, "which also have high touristic potential and which need to be preserved", reste que les exemples de développement dans le passé ont montré les dégâts que peuvent engendrer de tels projets à l'environnement. L'île Plate, dont le bail a dû être résilié en raison des nombreuses infractions commises par les promoteurs, Discover Mauritius Ltd, en témoigne encore aujourd'hui. Malgré les mises en garde, l'île Plate a été louée et a connu dégâts irréversibles. Pour l'océanographe Vassen Kauppaymoothoo, "les préservation et exploitation du potentiel touristique ne sont pas compatibles." "La preuve en est le projet éco-touristique de l'île Plate qui a causé la disparition du orange tailed skink". Louer des îles, à forte biodiversité pour des projets d'éco-tourisme constitue un danger à l'écologie. "Ce sont des opérations purement commerciales à but lucratif qui ne font que détruire la faune et la flore de nos îlots tout en y restreignant l'accès aux Mauriciens", déplore l'océanographe.

Trou Viré = Île Plate No 2 ?

Comme révélé par Week-End, Trou Viré est un îlot entouré de mangrove, isolé de tout impact humain jusqu'ici. "Chaque kilomètre carré de mangrove absorbe près d'une tonne de carbone chaque année. Il s'agit par ailleurs d'un lieu de nidification pour les poissons, les crustacés et les mollusques, et tout le monde connaît bien les huîtres qui poussent sur les racines de mangroves", rappelle Vassen Kauppaymoothoo. Y installer une plate-forme pour les opérateurs de grillades équivaudrait à vouer cette île au même sort que l'île Plate, estime-t-il.

En effet, si le ministre assure qu'aucune mangrove ne sera déracinée, l'accès à l'îlot demandera l'installation de structures (flottantes ou non), un trafic incessant de bateaux, de touristes, des eaux usées, de la nourriture, des rats, l'apport d'espèces exotiques, des risques de pollution avec l'essence des bateaux

La réalisation d'un tel projet c'est aller à l'encontre de toutes les conventions internationales pour la protection de cette biodiversité qui est en fait la garantie de la survie des humains sur terre, indique notre interlocuteur. "Cela prouvera encore que nous n'apprenons pas de nos expériences passées, ou que nous ne voulons pas apprendre de nos leçons passées car le tourisme rapporte... sur le court terme, et puis tant pis pour nos enfants", estime-t-il.

S'ils sont d'accord avec le principe d'une restructuration de leur secteur d'activités, les opérateurs de grillades sont eux contre toute éventuelle relocalisation sur Trou Viré. "Cette île doit demeurer vierge", disent-ils, réclamant qu'ils soient installés sur l'îlot Mangénie pour les besoins de ce projet de Barbecue Island. Néanmoins, malgré l'assurance donnée par le ministre du Tourisme à l'effet que la délocalisation des opérateurs de grillades ne relève pas d'un besoin de rendre l'accès libre sur l'îlot Mangénie en raison de la construction de villas sur cette île, les rumeurs persistent sur les intentions de Sun Resorts. Un projet dont les premières tentatives datent, selon nos informations, de 2001-2002, alors que Nando Bodha était également ministre du Tourisme, et que les mêmes pressions étaient faites pour que les opérateurs de grillades soient délocalisés.

Aujourd'hui, protéger l'environnement demande la mobilisation de la population pour sauver son patrimoine et ses îlots. Avant les grands discours, les autorités concernées devraient songer à revoir leur stratégie de développement économique qui se fait au détriment de l'environnement...

 

Le Week End 5 juin 2011