Le Canal du Grand Courant – Ile aux Cerfs – Photo : wikipedia

Ensablement accéléré

Le tuyau d'alimentation entre l'île-aux-Cerfs et l'îlot Mangénie illégalement installé

Une question parlementaire, mardi dernier, sur la situation à l'île aux Cerfs, révélée dans les précédentes éditions de Week-End, aura finalement fait réagir les autorités concernées. Les officiers du ministère de l'Environnement se sont rendus à l'île aux Cerfs vendredi dernier pour un constat de visu de l'ensablement accéléré dont est "victime" le passage Grand Courant, entre l'île aux Cerfs et l'îlot Mangénie. Après avoir recueilli des échantillons de sable et d'eau dans ce passage - aujourd'hui obstrué en raison de cet ensablement accéléré- les officiers du ministère se sont penchés sur l'installation d'un tuyau d'alimentation en eau potable entre les deux îles. Une installation, selon le ministre Deva Virahsawmy qui répondait à une question du député mauve Rajesh Bhagwan, "most probably illegal as laying of a pipe requires an EIA licence which I think that they have not received"

Si certains, dont Sun Resorts - détenteur du bail de l'île aux Cerfs -, estiment que l'ensablement accéléré entre les deux îles est dû à un phénomène naturel, ou d'autres encore qu'il est question de l'interdiction dans les années 2000 de draguer du sable dans le lagon, il n'en demeure pas moins que pour des spécialistes de l'écosystème marin, placer une structure dans le lagon, que ce soit un gabion, un mur, des sacs de sable ou tuyau, vient changer l'équilibre sédimentaire et créer des accumulations supplémentaires à un endroit et une érosion à un autre. Les plaisanciers de la région affirment avoir remarqué cette dégradation pendant ces quatre ou cinq dernières années, notamment à la suite de l'installation d'un tuyau d'alimentation en eau potable dans le chenal, afin que le Touessrock puisse approvisionner son restaurant situé sur l'îlot Mangénie. Ils sont catégoriques : "Se sa tuyau-la ki finn blok passaz Grand Courant." Selon eux, "en raison des sacs de sable placés dans le canal en vue de retenir au fond ce tuyau et ne pas le permettre de remonter à la surface, le sable s'est accumulé de ce côté de l'îlot Mangénie". Si bien que le chenal entre l'île aux Cerfs et l'îlot Mangénie s'est rétreci et s'est déporté vers l'île -aux Cerfs, à tel point qu'à marée basse, il n'y a plus de circulation d'eau.

Ainsi, vendredi dernier, des officiers du ministère de l'Environnement ont constaté de visu la dégradation de ce site, autrefois connu comme la carte postale maîtresse de Maurice. Cela fait suite à l'engagement qu'a pris le ministre de tutelle, Deva Virahsawmy, au Parlement mardi dernier, pour remédier à la situation. En effet, à l'ajournement des travaux parlementaires, le député de l'Opposition, Rajesh Bhagwan a interpellé le ministre de l'Environnement sur l'installation de ce tuyau entre l'île aux Cerfs et l'îlot Mangénie. Deva Virahsawmy a fait ressortir que "with regard to the pipe at Ilot Mangénie and Ile-aux-Cerfs, I must say that this is most probably illegal as laying of a pipe requires an EIA licence which I think that they have not received. I shall take action immediately on this".

Des officiers du ministère de l'Environnement ont recueilli sur place des échantillons de sable et d'eau. Une eau à grands courants, autrefois cristalline, mais aujourd'hui l'on note qu'un mince filet d'eau (recouvert de goémons noirâtres) duquel se dégage une insoutenable odeur. Ces échantillons seront envoyés en laboratoire à des fins d'analyses. Pour les plaisanciers de la région, le déplacement des officiers de l'Environnement sur l'île aux Cerfs est un pas positif. Toutefois, ils restent sceptiques quant aux mesures qui seront prises en vue de remédier à la situation catastrophique dans le passage Grand Courant. D'autant que, disent-ils, "le ministère est venu en compagnie de la direction de l'île aux Cerfs, celle-là même responsable des dégâts dans ce lagon".

Trou Viré : problèmes écologiques et sociaux en vue

Des dégâts écologiques qui seraient également irréversibles du côté de l'île Trou Viré, si les autorités persistent avec le projet de Barbecue Island. Cette question d'ordre environnemental sera d'ailleurs abordée au Parlement mardi prochain, avec notamment une question du député rouge de la circonscription Flacq-Bon Accueil, Dhiraj Khamajeet au ministre de l'Environnement. Le ministre devra répondre si son ministère a effectué des études relatives à l'impact écologique sur l'île avec le projet de délocalisation des opérateurs de grillades sur Trou Viré, et si la mangrove sera détruite à certains endroits à cet effet.

Selon nos informations, le plan architectural de ce projet a été présenté au ministère du Tourisme la semaine dernière. Jetée flottante, plusieurs sentiers pour circuler dans l'île, toilettes, eau potable, tables etc...seront les infrastructures proposées.

Mais là encore, les plaisanciers élèvent la voix, se sentant lésés par ce projet qui ne permettra qu'à une poignée d'entre eux de poursuivre leur activité de grillade. En effet, de sources concordantes, Week-End a appris que moins d'une dizaine d'opérateurs pourrait être logés sur Trou Viré, où trois zones ont été identifiées. Qui plus est, un problème lié au nombre de clients par service de table se pose déjà. Pour les plaisanciers de la région "minis-là (NdlR : Nando Bodha) pe rode rass nou boussé manzé. Kot tou lezot opérateurs pou alé ?". Selon eux, cela va créer une compétition malsaine parmi les opérateurs de grillades.

S'insurgeant contre les dégâts qui seront causés à l'écosystème marin, dont la destruction de la mangrove autour de l'île Trou Viré, ils appellent au bon sens des autorités pour qu'elles tiennent compte de leurs griefs. Certes, disent-ils, ils ne sont pas contre l'idée de régulariser leurs activités et d'opérer dans des conditions plus hygiéniques. Cependant, font-ils ressortir, l'îlot Mangénie est nettement plus grande et peut accueillir davantage d'opérateurs. Et d'ajouter que "si touris envi barbecue 5 étoiles, zot ena lotel pou alé. Nou nou conné ki touris ki vinn lor lil aux Cerfs, se sa kalité kiltir morisienne la ki zot envi conné. Enn ti grillade lor laplaz ek so ravann, ek so ti sega "

Le Week End 22 mai 2011

 

Ensablement accéléré du passage Grand Courant

Urgence à l'île aux Cerfs

Maurice pourrait bientôt être taxé de publicité mensongère. Et il y aura matière à blâmer quand on constate de visu ce qu'est aujourd'hui l'île aux Cerfs, comparée à la carte postale idyllique d'eau cristalline vendue par nos autorités touristiques à travers le monde. Comme dénoncé par Week-End il y a deux semaines, l'ensablement accéléré dont est "victime" le passage Grand Courant entre l'île aux Cerfs et l'îlot Mangénie, couplé d'un dépotoir d'algues et de bambaras pourris à l'odeur nauséabonde, confère à l'île aux Cerfs une image "écœurante" auprès des touristes et Mauriciens qui s'y rendent et s'en retrouvent "désillusionnés".

Il y a urgence à remédier à cette situation qui, pour certains, serait attribuable à un phénomène naturel, pour d'autres, à la main humaine, notamment avec l'installation d'un tuyau d'alimentation en eau potable placé dans le chenal pour raccorder le restaurant de Sun Resorts sur l'îlot Mangénie en eau potable, et pour d'autres encore, à l'arrêt de l'exploitation du sable dans d'autres régions. Cependant, malgré la mise en garde de Week-End, les autorités laissent perdurer la situation, préférant se concentrer sur la délocalisation des opérateurs de grillade de la région Est sur Trou Viré, une île vierge, entourée de mangrove, en dépit des dégâts irréversibles que provoquerait un tel changement. En attendant, l'île aux Cerfs perd de ses attraits…

Pas plus tard que vendredi après-midi, un touriste, qui visitait l'île aux Cerfs après dix ans, confiait à Week-End, son "dégoût de voir ce qu'est devenue l'île aujourd'hui". "Après dix ans, on revient avec l'image d'une eau turquoise où la baignade, comme vendue sur vos cartes postales, est plus qu'exceptionnelle, mais lorsqu'on arrive sur l'île, c'est infect et ça pue!", dit-il. Infect, c'est le cas de le dire. Pour cause, comme nous le dénoncions dans nos éditions précédentes, le passage autrefois cristallin - qui faisait la beauté de ce véritable joyau du patrimoine mauricien qu'est l'île aux Cerfs - est aujourd'hui pratiquement ensablé. Si bien que le courant ne passe plus entre l'île aux Cerfs et l'îlot Mangénie. A marée basse, les deux îles ne font qu'une. Et ce qui était autrefois le passage Grand Courant n'est plus qu'un mince filet d'eau recouvert de goémons noirâtres dégageant une odeur insoutenable. Les baigneurs délaissent cette zone autrefois connue pour son courant pour faire trempette du côté de l'îlot Mangénie où la vue est moins répugnante.

Pour la direction de Sun Resorts, l'ensablement accéléré entre les deux îles est dû à un phénomène naturel. Certains pêcheurs de la région estiment, eux, que cela fait suite à l'interdiction, depuis les années 2000, de dragage de sable dans le lagon. Les plaisanciers de la région, de leur côté, font ressortir que cette dégradation a été notée ces 4 à 5 dernières années, notamment à la suite de l'installation d'un tuyau d'alimentation en eau potable dans le chenal, afin que le Touessrock puisse approvisionner son restaurant situé sur l'îlot Mangénie. "En raison des sacs de sable placés dans le canal en vue de retenir au fond ce tuyau et ne pas le permettre de remonter à la surface, le sable s'est accumulé de ce côté de l'îlot Mangénie", dit un des opérateurs de bateau de plaisance dans la région. Et à marée haute, l'eau rogne le côté de l'île aux Cerfs au point de mettre en relief les racines de filaos bordant le canal.

"Placer un tuyau dans un lagon aussi sensible est inacceptable"

Faisant ressortir qu'"un ensablement est un phénomène naturel continu", l'océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppaymootoo explique, cependant, que "plusieurs facteurs - à l'instar du fait qu'il n'y a pas eu de gros cyclones ces dernières années affectant le pays - contribuent à accélérer le processus". Toutefois, dit-il, "il est clair que quand on place une structure dans le lagon, que ce soit un gabion, un mur, des sacs de sable ou un tuyau, cela vient changer l'équilibre sédimentaire et créer des accumulations supplémentaires à un endroit et une érosion à un autre". Pour notre interlocuteur, un tuyau sous-marin dans l'eau doit être placé à une profondeur adéquate pour éviter ce problème, "mais un travail tel quel dans un lagon aussi sensible est inacceptable."

Aucune étude EIA

Tous travaux effectués dans le lagon, ne serait-ce que pour la pose d'un gabion devant un campement, nécessitent un Environment Impact Assessment (EIA) Licence. L'étude faite au préalable selon l'Environment Act vise à déterminer les impacts sur l'écosystème, en ce qu'il s'agit du courant, de la granulométrie… Or, soutient l'océanographe, il n'existe au ministère de l'Environnement aucune trace d'un quelconque permis ou demande de permis en ce sens. Qui a permis à Sun Resorts d'installer ce tuyau d'alimentation en eau potable dans l'océan?, se demandent d'aucuns. "Si on avait fait une étude technique, on aurait vu que l'installation de ce tuyau n'était pas faisable et on aurait évité une telle situation", dit Vassen Kauppaymootoo. L'installation d'un tuyau dans le canal provoque un bouleversement des courants. "Le tuyau agit comme un barrage et qui dit barrage dit automatiquement ensablement accéléré", indique l'océanographe.

Selon lui, pour remédier à cette urgence qui risque de ternir la réputation de Maurice en matière de plages de rêve, la première chose à faire et d'enlever ce tuyau et d'ouvrir un petit chenal afin que l'eau puisse à nouveau circuler. Hors de question d'avoir recours au dragage par équipements JCB pour rouvrir le chenal, précise Vassen Kauppaymootoo. "Cela provoquerait davantage de dégâts dans le lagon", suggérant que le sable soit être enlevé du chenal à la main, afin d'éviter des dégradations supplémentaires et laisser le courant reprendre son libre cours.

Délocalisation des opérateurs de grillade à Trou Viré : construction de 12 villas de luxe sur l'îlot Mangénie

Comment, alors, alimenter l'îlot Mangénie en eau potable? D'autant qu'outre son restaurant, selon nos sources, Sun Resorts lorgne un projet de construction de bâtiments sur cet ilot. De sources dignes de foi, il ressort que, depuis une dizaine d'années, un projet de construction de 12 villas de luxe sur l'îlot Mangénie est en gestation au Sun Resorts. D'où, selon nos informations, les pressions exercées ces derniers mois, après une première tentative en 2001-2002, alors que Nando Bodha était également ministre du Tourisme, pour que les opérateurs de grillade soient délocalisés.

Or, comme déplorés par les opérateurs de grillade, "Trou Viré est inapte à une quelconque activité". Si certains, qui ont récemment rencontré le ministre de tutelle, se sont laissés séduire par l'idée d'une régularisation de ce secteur d'activité, d'autres s'opposent vivement à leur délocalisation et à la destruction de la faune et la flore de Trou Viré. Vassen Kauppaymootoo souligne que "Trou Viré est un site inaccessible, notamment en raison de la mangrove qui l'entoure et dont la destruction est interdite par les conventions internationales dont Maurice est signataire". Il fait ressortir que "vu que Trou Viré est une île isolée, elle contient une biodiversité unique, avec un écosystème marin très riche, avec notamment des espaces pour que les poissons pondent, des abris pour les crabes et crevettes… En appliquant un impact humain sur une île isolée, cela équivaut à détruire cet équilibre fragile qui s'est établi au cours des derniers millénaires."

Destruction de l'écosystème marin

Ce projet de transformer l'île Trou Viré en Barbecue Island comprend, entre autres aménagements, l'installation d'une jetée qui engendrera certainement davantage de dégâts dans le lagon. Installation pour laquelle, selon la loi, il est nécessaire de disposer d'une EIA Licence. "Une jetée à Trou Virée sans étude technique va créer de gros problèmes écologiques pour les générations futures, comme on a pu le voir avec l'installation de gabions, mur ou jetée, dans le passé, par exemple à Pointe d'Esny victime de graves problèmes d'érosion", dit Vassen Kauppaymootoo. Il souligne qu'"installer une jetée aura pour cause de détruire la mangrove, même partiellement, et va donc à l'encontre des conventions internationales." Outre la mangrove qui sera affectée, il indique qu'une délocalisation des opérateurs à l'île Trou Viré provoquera des changements dans le mouvement du lagon.

"Ce serait une catastrophe de serrer tout le monde sur une petite île"

Selon notre interlocuteur, "aménagement est un autre mot pour destruction, car qui dit aménagement dans la mer dit aussi impact humain; outre l'installation d'une jetée, plus de circulation de personnes sur l'île, la création de sentiers pour que les visiteurs puissent circuler, de la nourriture qui attirerait des nuisances tels les rats, lézards et cancrelats et aussi des déchets". Il déplore que "les activités seront concentrées sur un petit territoire, contrairement à l'îlot Mangénie qui est nettement plus grande et peut accommoder davantage d'opérateurs. Ce serait une catastrophe de serrer tout le monde sur une petite île."

L'océanographe estime, par ailleurs, que "si les bruits que l'on entend concernant la construction de villas sur l'îlot Mangénie sont fondés, cela équivaut à faire d'une pierre deux désastres. Premièrement, détruire le patrimoine que représente l'îlot Mangénie et, deuxièmement, détruire la biodiversité de Trou Viré". Une situation qui, dit-il, fait partie d'un gros problème général concernant la gestion des pas géométriques et des îlots qui se fait au p'tit bonheur. Et de souligner que beaucoup de promoteurs et autres hauts gradés politiques voient en nos îlots des coffres d'argents: "Sous prétexte que pa kapav blok developma, nos terres sont bradées." Aujourd'hui, nos plages publiques sont réduites à des peaux de chagrin, les plus belles plages sont accaparées par les groupes hôteliers; de plus en plus, nos îles sont cédées à des promoteurs privés. A force de sur-développer, cela crée des problèmes environnementaux, sociaux et, très prochainement, économiques, car les dégâts écologiques irréversibles continuent…

Le Week End 15 mai 2011

 

 

ÎLE AUX CERFS & ÎLOT MANGÉNIE Plan d'action Bodha

Le relogement à l'îlot-Trou-Viré contesté

Des plaisanciers, regroupés au sein de la Federation of Pleasure Craft Operators (FPCO) et de la Trou-d'Eau-Douce Pleasure Craft Association (TDDPCA), contestent leur relogement à l'îlot-Trou-Viré, dans le cadre du plan d'action du ministre du Tourisme et des Loisirs Nando Bodha. Le vice-président de la TDDPCA, Jean-Claude Dardenne, fait un plaidoyer en vue de continuer à opérer sur l'île-aux-Coubas, située à proximité de l'îlot-Mangénie. Par ailleurs, l'intention alléguée d'un groupe hôtelier d'aménager des villas sur l'îlot-Mangénie est dénoncée.

" Trois opérateurs, Robin Brosse, M. Oodith et moi, opérons à l'île-aux-Coubas, qui est d'une superficie de 3 à 4 arpents. L'île-aux-Coubas n'est ni l'Île-aux-Cerfs, ni l'Îlot-Mangénie. Si on veut l'aménager pour nous caser dessus, il n'y a aucun problème ", soutient Jean-Claude Dardenne. Et de rappeler qu'au cours de la période 2000-2005, alors que Paul Bérenger était vice-Premier ministre, une délégation ministérielle composée de Nando Bodha et Rajesh Bhagwan, entre autres, s'y était rendue et avait fait une promesse de relogement. " Paul Bérenger ek Nando Bodha ti dir nou pou amenaz enn lot lil pou nou, apre li pou tir nou. Me nou pa kone ki lil ki zot ti pou amenaze. Zot ti dir nou ki tan ki pa amenaze zot pa pou tir nou. Nou ankor pe atann amenaz enn lil pou nou ", dit M. Dardenne.

Abondant dans le même sens, le président de la FPCO et de la TDDPCA, Prem Beerbul, réitère son opposition au relogement des plaisanciers à l'Îlot-Trou-Viré. " L'Île-Trou-Viré, une réserve naturelle, est rocheuse. Recouverte de filaos, elle est ceinturée de mangroves. Seuls un ou deux plaisanciers expriment le désir d'y être relogés. Ils le font sans réflexion. Or, avec ce site de Trou Viré, on perdra beaucoup de clients, vu que les touristes recherchent les plages et le sable ", insiste-t-il.

Rappelant que des discussions sont en cours avec Nando Bodha - la dernière réunion avec ce dernier remonte au 9 mai -, M. Beerbul affirme que l'Îlot-Trou-Viré n'est pas assez grande pour reloger les plaisanciers et vendeurs de grillades. Avec 250 places, il n'y a pas suffisamment d'espace pour satisfaire tout le monde, d'autant plus qu'en période de pointe, il y a quotidiennement quelque 1 000 à 1 200 clients pour les grillades à l'Île-aux-Cerfs, l'Îlot-Mangénie et l'Île-aux-Coubas. " Nous proposons que les grillades se tiennent sur la plage de l'îlot-Mangénie et sur un restaurant flottant dans le lagon à l'Île-aux-Cerfs ", dit-il.

Privatisation

Vu que l'Île-aux-Cerfs a été louée à bail aux promoteurs du Touessrok en 1983 par le gouvernement d'alors, des plaisanciers de Trou-d'Eau-Douce dénoncent le projet d'un groupe hôtelier d'aménager des villas à l'Îlot-Mangénie. " C'est la raison pour laquelle on veut nous faire déguerpir de l'Îlot-Mangénie et de l'Île-aux-Coubas ", allèguent-ils.

Dans ce contexte, ils s'opposent à la privatisation de certains îlots comme l'Îlot-Gabriel, l'Île-Plate ou l'Île aux Deux Cocos. " À l'Îlot-Gabriel, on fait sonner une cloche pour demander aux clients Mauriciens de déguerpir. C'est scandaleux ! " soutiennent-ils. Abondant dans le même sens, Prem Beerbul déplore la dégradation causée à l'écosystème du parc marin de Blue Bay par des activités de restauration à l'Île aux Deux Cocos. " Aujourd'hui la flore et la faune se font rares dans le parc marin et aux alentours de cette île, vu l'utilisation de détergents pour laver la vaisselle. Le gouvernement doit bien réfléchir avant d'aménager quoi que ce soit à l'Îlot-Trou-Viré ", affirme M. Beerbul.

Par ailleurs, des plaisanciers insistent sur le fait qu'aucune décision finale n'a été prise concernant les activités de barbecue à l'Îlot-Trou-Viré. Selon les travaux d'un comité technique dans ce sens, il faut obtenir au préalable l'aval de plusieurs autorités, dont la Wastewater Management Authority, le ministère de la Pêche et celui de l'Environnement.

De ce fait, Jean-Claude Dardenne fait un pressant appel au Premier ministre Navin Ramgoolam afin qu'il permette la poursuite des activités de barbecue à l'Île-aux-Coubas. " Permettez-nous d'aménager cette île sur laquelle nous opérons depuis 25 ans avec l'installation de parasols de plage, chaises, transats et équipements de grillades ", dit-il. Soulignant que l'Île-aux-Cerfs est exploitée à 95 % par le Touessrok et 5 % par des opérateurs mauriciens, il déclare : " Nous demandons au PM de faire preuve de discernement et de bon sens. Nou oussi nou bizin viv. Fodre pa ki nou reste sans manze. Si zot pa les nou viv, kapav ena enn la guerre. "


" Enlevez le tuyau reliant l'île-aux-Cerfs à l'îlot-Mangénie "

Des plaisanciers réclament d'une seule voix l'enlèvement d'un conduit d'eau reliant l'Île-aux-Cerfs à l'Îlot-Mangénie, responsable, disent-ils, de dégâts à l'écosystème marin dans la région. " Bizin fer demars enlev sa tiyo ek debouss passage entre l'Île-aux-Cerfs ek l'Îlot-Mangénie. Sa pe provok enn erozion depi 3 ans. Disab pe kal ar sa tiyo la ", soutient Jean-Claude Dardenne. De son côté, Prem Beerbul indique qu'il s'y était opposé en 2005, alors qu'il faisait partie d'un comité préconisant l'interdiction du droit de passage entre l'Île-aux-Cerfs et l'Îlot-Mangénie ; " Informé d'un tel projet, j'avais mis en garde contre une catastrophe écologique. J'avais dit que l'arrêt des courants provoquerait des odeurs nauséabondes. Les autorités parlaient la nécessité d'une zone de baignade. Aujourd'hui, le gouvernement se rend compte de son erreur ! " Un banc de sable d'une couleur noirâtre s'est accumulé autour de ce tuyau, provoquant une odeur nauséabonde.

Le Mauricien 16 mai 2011

 

 

Délocalisation des opérateurs de grillades

Trou Viré: l'île de la discorde

Si l'affaire du droit d'accès payant à l'île a été réglée, l'île aux Cerfs continue d'être au centre de la controverse. Il s'agit, cette fois, des grillades de la discorde. D'un côté, un groupe d'opérateurs farouchement opposés à leur délocalisation envisagée par le ministre Nando Bodha, qui réitère un vieux projet personnel, de l'îlot Mangénie à l'île Trou Viré. De l'autre, deux mouvements d'opérateurs de la région Est qui accueillent favorablement "l'idée de régulariser la situation des opérateurs de barbecue." Or ce projet, qui veut transformer l'île Trou Viré en Barbecue Island, interpelle plus d'un en raison des dégâts écologiques à l'écosystème, en particulier à la mangrove. Comme l'ensablement du passage Grand Courant, dévoilé par Week-End la semaine dernière, rapprochant inexorablement l'îlot Mangénie à l'île aux Cerfs et qui, outre une pollution olfactive, ternit tristement la beauté de notre patrimoine.

Un plan pour l'aménagement de l'île Trou Viré en Barbecue Island est déjà en chantier, selon le ministre Bodha, qui affirme qu'il a rencontré tous les opérateurs pour leur expliquer le projet. Le plan leur sera présenté dans deux semaines. Certains opérateurs mis au-devant de ce projet - qui comprend l'installation sur cette île de toilettes, d'électricité, d'eau potable, d'une jetée et d'autres facilités - se disent interessés. Durant la semaine écoulée, les deux groupes issus de la région de l'île aux Cerfs et de Grande Rivière Sud-Est, jusqu'ici silencieux, sont venus de l'avant pour accueillir favorablement "l'idée de régulariser la situation des opérateurs de barbecue".

Selon Dan Callar, secrétaire de l'île aux Cerfs Based Pleasure Craft Association, "en légalisant les grillades qui étaient jusque-là illégales, c'est un grand pas en avant pour les opérateurs". Il rappelle qu'en 2000-2002, cette question de régulariser les opérateurs de grillades s'était posée et que les structures de fortune installées par les petits opérateurs avaient même été détruites. "Zordi, pe donn nou enn plass kot nou tou pou réuni, kot nou tou pou dan la propreté, kot pou ena toilettes etc, kifer nou pa pou alé?", dit-il.

Même propos des plaisanciers de GRSE, regroupés au sein de la GRSE Pleasure Craft and Fishermen Association (GRSEPCFA), qui estiment que si toutes ces facilités mentionnées sont mises à la disposition des opérateurs, ces derniers en sortiront gagnants. D'autant que, selon les membres de cette association, les plaisanciers de GRSE opèrent actuellement sur un site à l'arrière de l'île aux Cerfs, considéré comme illégal, à l'instar d'autres endroits.

"L'île Trou Viré est impraticable"

Si cette semaine, ces deux voix, inconnues au bataillon jusqu'ici, se sont alignés à la position ministérielle, la question de délocalisation des opérateurs de grillades est - depuis l'annonce du 7 avril - farouchement pointée du doigt par les opérateurs de Trou d'Eau Douce. Ces derniers sont sceptiques et affirmant que "l'île Trou Viré est impraticable". Les opérateurs de Trou d'Eau Douce font ressortir que l'île Trou Viré, jusqu'ici vierge, est un site rocailleux et inutilisable. Ils estiment que si l'on va de l'avant avec ce projet, ce serait "avoy ti operater lor ross". Concédant qu'il faudrait certes une harmonisation de toutes les structures utilisées par les plaisanciers dans le cadre des grillades, dont les tentes, tables, bancs, etc, ainsi que des toilettes et de l'eau potable, entre autres, ces opérateurs déplorent néanmoins que le ministre "pe guett linteret gro rekins ek craz ti poissons". Déterminés à ne pas se laisser faire, ils estiment que ce projet de régulariser tous les petits opérateurs pourrait se faire autrement.

Implications écologiques

Un cadre du ministère de l'Environnement, qui a tenu à garder l'anonymat, fait ressortir les nombreuses implications d'ordre écologique que comprend ce projet de délocalisation des opérateurs de grillades sur l'île Trou Viré: "L'île est aujourd'hui vierge. Il n'y a aucune activité. On doit la préserver telle quelle. Si jamais il y a des mouvements autour, cela perturbera l'écosystème marin et mettra en péril la faune la flore, en particulier la mangrove qui est en état uniquement sur cette île."

L'accostage des bateaux dérangera la tranquillité du lagon, dit-il, ajoutant qu'au fil du temps, ces activités deviendront nocives pour l'écosystème marin. "Nous l'avons vu dans le passé, la création d'une jetée va perturber les courants et accélérer d'autres ensablements", fait-il ressortir, expliquant que l'établissement d'une jetée occasionne la création d'une barrière qui provoque des changements dans le cours d'eau, débalançant l'équilibre océanographique.

Outre les fouilles en vue d'aménager une jetée qui provoquerait inévitablement des dégâts dans la mer, il est aussi question de protéger la flore existante sur et autour de l'île, en tenant compte que l'île Trou Viré est entourée de mangrove. La destruction de ces plantes est strictement interdite par la loi (Fisheries Act).

La délocalisation à Trou Viré prend-elle en compte la lente procédure d'un EIA?

"Avant la mise en place de tout projet du genre, il faudrait effectuer un Environmental Impact Assessment (EIA)", indique ce préposé ministériel. Y a-t-on seulement pensé, s'interrogent les plus avertis. Même si cette question avait été évoquée lors des sessions ministres/opérateurs, on se demande si cette délocalisation programmée prend en compte la lente procédure d'un EIA, qui en fast track, impliquant différents stakeholders, requiert plus de temps.

Ainsi, dans le cas de l'île Trou Viré, l'EIA Report devrait considérer les compte-rendus de toutes les parties concernées par cette affaire, dont les Fisheries, la Forestry Division, le District Council… A titre d'exemple, le projet de Bagatelle a pris une année avant que l'EIA Report soit élaboré et que le projet ne soit approuvé. Mais le ministre Bodha souhaite, lui, que les opérateurs de grillades soient délocalisés d'ici la haute saison. Une utopie... à moins que l''on ne respecte pas les procédures.

Ilot Mangénie ou l'île Trou Viré

Certains professionnels du secteur estiment que "l'île Trou Viré devrait demeurer vierge" et se demandent "pourquoi aller détruire une île alors que des structures existent déjà sur l'autre et que les opérateurs pratiquent sur deux autres îles avoisinantes?" A leur avis, si le besoin de regrouper tous les opérateurs sur une seule île se fait sentir, les autorités devraient plutôt considérer l'aménagement de l'îlot Mangénie, site déjà utilisé pour les grillades. "Certes, cela accentuera la compétition parmi les opérateurs, mais l'écosystème marin ne sera pas menacé, comme ce serait le cas avec la création d'une nouvelle jetée", dit le cadre du ministère de l'Environnement.

Erosion et ensablement : il y a urgence

Cependant, il existe aussi un problème d'érosion sur l'îlot Mangénie, indique notre interlocuteur. "D'un côté, côté vent, il y l'érosion. De l'autre, l'île se rallonge et s'ajoute progressivement à l'île aux Cerfs", dit-il. Une situation révelée dans nos colonnes la semaine dernière. En effet, Week-End faisait état de "l'île aux Cerfs qui perd ses attraits" en raison de l'ensablement du passage Grand Courant - canal sépérant l'îlot Mangénie de l'île aux Cerfs, et qui faisant autrefois la beauté de la carte postale maîtresse de Maurice. Aujourd'hui, le courant ne passe presque plus entre l'île aux Cerfs et l'îlot Mangénie. L'eau du chenal est stagnante, obligeant les baigneurs à faire trempette ailleurs, afin d'éviter l'odeur nauséabonde qui s'en dégage.

Un tuyau qui dérange

Selon les plaisanciers de la région, cette dégradation a été notée durant les quatre dernières années. Si certains estiment que cet ensablement fait suite à l'interdiction de dragage du sable dans le lagon, d'autres soutiennent que c'est un tuyau d'alimentation en eau potable destinée à l'îlot Mangénie, placé dans le chenal, qui aurait à la longue provoqué l'obstruction du passage et la dégradation du site. Selon eux, les sacs de sable placés dans le canal pour retenir au fond le tuyau d'alimentation ont fait que le sable s'est accumulé du côté de l'îlot Mangenie. Ainsi, à marée haute, l'eau rogne le côté de l'île aux Cerfs et met en relief les racines des filaos bordant le canal. Aujourd'hui, l'eau stagne dans la baie et dès que la marée baisse, le passage est obstrué.

"L'océan est toujours dynamique. Au gré du vent, les vagues font le va-et-vient. Et cela fait aussi voyager le sable. Le sable se déplace lentement pour se poser dans un endroit où il n'y a pas de turbulence", dit l'expert du ministère de l'Environnement. Il rappelle que le pays n'a pas connu ces dernières années de gros cyclones. Une raison qui pourrait expliquer l'ensablement, selon lui. Toutefois, notre interlocuteur fait ressortir que "s'il y a obstruction, cela attire automatiquement un dépôt de sable. C'est comme un aimant et, au fil du temps, le dépôt grandit et le passage est bouché". Rejetant fermement la thèse du changement climatique, notre interlocuteur souligne qu'un ensablement dans ces conditions prendrait de nombreuses années. Or les opérateurs de la région sont unanimes: "Cela fait quelque années seulement que le passage a commencé à rétrécir."

Arnaud Martin, directeur commercial de Sun Resorts, concède que "l'ensablement du passage Grand Courant est un autre problème qu'il faudra adresser au plus vite." S'il estime qu'"il s'agirait d'un problème d'ordre climatique et à ce stade, personne ne sait ce qui a causé cet ensablement", il fait ressortir que l'hôtel a mis le ministère de l'Environnement au courant de la situation. Selon A. Martin, ce problème nécessite le recours à l'avis d'experts en écosystème marin pour comprendre la cause de cet ensablement et y apporter une solution. Cela, dit-il, en prenant en considération que de l'autre côté, au niveau de la côte Ouest de l'îlot Mangénie, il y a érosion.

"Nous sommes en pourparlers avec l'Environnement pour remédier à la situation. Il va falloir la collaboration de l'Environnement, du Tourisme et de nous-mêmes pour y remédier", dit Arnaud Martin. Et de souligner qu'outre ce problème d'ensablement, il est nécessaire de revoir la situation à l'île aux Cerfs. "On ne peut pas continuer à opérer dans un désordre pareil. Aujourd'hui, il n'y a aucune facilité sur ces îles. Pas d'eau potable, pas de toilettes, etc. La situation ne peut perdurer. Qui plus est, ces opérateurs opèrent sur des terres louées à bail au Sun Resorts", rappelle-t-il. C'est pourquoi l'hôtel Touessrock, partie prenante du Steering Committee mis en place pour établir le plan d'action Bodha, soutient l'idée de délocaliser les opérateurs de grillades sur l'île Trou Viré. Ce qui pousse certains opérateurs de grillades à se demander à qui profiterait réellement cette délocalisation. "Pe rod avoye bann ti plaisanciers l'abattoir o profit bann gros operaters", disent-ils.

Le Week End 1 mai 2011

 

 

Accès payant à l’île-aux-Cerfs

Contraint à faire machine arrière

“Accès libre à l’île-aux-cerfs”. Les Mauriciens s’en réjouissent. Le ministre du Tourisme, Nando Bodha – qui voulait faire payer une somme de Rs 10 à chaque citoyen mauricien  souhaitant se rendre sur l’île – s’est heurté à de vives oppositions. Il a été contraint de faire machine arrière. Au Parlement mardi dernier, en réponse  à une question du whip de l’Opposition, Rajesh Bhagwan, il a concédé que le droit d’entrée fixé à Rs 10 ne sera finalement pas appliqué. De nombreuses voix s’y étaient opposées, dont les petits opérateurs de bateau de plaisance dans la région de l’Est. Ces derniers ont d’ailleurs organisé une Family Day dimanche dernier pour alerter l’opinion publique sur leur sort et celui des Mauriciens en général. Mais si  le ministre a cédé face aux mauriciens, il maintient la corde raide face aux opérateurs locaux: le plan de restructuration de la gestion des îlots, avec entre autres l’interdiction des grillades sur les îles, est maintenue. Ces derniers ne comptent cependant pas rester les bras croisés si le ministre du Tourisme ne revoie pas sa copie dans son intégralité car selon eux les décisions annoncées vise “à avoye bann ti plaisanciers l’abattoir”.

La somme “symbolique” de Rs 10 que le ministre voulait imposer aux Mauriciens visait, selon les informations qu’il a fournies à l’Assemblée nationale, à préserver le cachet naturel de ce patrimoine national qu’est l’île-aux-Cerfs. Cette décision faisait partie d’une série d’autres mesures dans le cadre d’un plan d’action pour la sécurité des visiteurs et la protection de l’environnement naturel de l’île et de revalorisation des îlots autour du pays. Face aux vives protestations, Nando Bodha n’a eu d’autre choix que de revenir sur sa décision concernant l’accès payant à l’Île-aux-Cerfs. “Cette contribution symbolique des Mauriciens devait servir à préserver notre patrimoine, mais je comprends les arguments de certains qui rejettent cette idée arguant que ces îlots appartiennent à tous les Mauriciens, mais aussi qu’à l’avenir, le prix d’accès risquant d’augmenter, l’île ne serait plus accessible à toutes les couches de la population. “, dit le ministre. Et d’ajouter que si au départ un droit d’accès de Rs 50 devait être requis des touristes voulant se rendre sur l’île-aux-Cerfs, comme pour les Mauriciens, aucun frais d’accès ne leur sera également réclamé.

Les plaisanciers se sont réjouis de ce développement positif annoncé au Parlement. Farouchement contre un quelconque droit d’accès sur les îles, Karl Lamarque, l’un des leaders fait ressortir qu’ “en tentant d’imposer un quelconque droit d’accès aux Mauriciens et aux touristes sur l’Île-aux-Cerfs en vue d’assurer sa propreté, le ministre a voulu se substituer à la direction de l’hôtel Touessrock - détenteur d’un bail sur l’île-aux-Cerfs et responsable du maintien en état et de la propreté de l’île et des îlots rattachés à ce bail, et au ministère de l’Agriculture, responsable de tous les îlots”.

Se référant à la Task Force sur les îles et îlots, instituée en 2001, le secrétaire de la FPCO affirme qu’il incombe aux locataires des îlots d’en assurer l’entretien. Le ministre du Tourisme maintient, pour sa part, qu’il assurera le nettoyage de l’île-aux-Cerfs. “Après discussions avec les tour-opérateurs de la région, l’on note deux options : la première est que les petits opérateurs se regroupent en association et assurent le maintien en état de l’île ; la deuxième est que la Tourism Authority s’en charge”, dit-il. Dans tous les cas, poursuit le ministre, le Touessrock sera mis à contribution.  Les plaisanciers ont confirmé leur collaboration sous condition : “Nou là pou collaboré. Me Touessrock ki ena bail, bizin respecté so contrat. Li bizin assim so responsabilité”. Week-End a, en vain, tenté de recueillir l’avis du Touessrock sur le sujet.

Pas de changement pour les grillades

Par ailleurs, le ministre du Tourisme maintient sa décision de déloger les opérateurs qui proposent des grillades sur cette île et l’îlot Mangénie.  Il se propose de délocaliser le service de barbecue offert par les organisateurs d’excursions vers  l’îlot Trouviré où des espaces spécifiques dotés des infrastructures requises seront aménagés. “Un architecte travaille sur le plan qui sera prêt d’ici deux semaines. Le relevé de la faune et de la flore de l’île sera prise en compte. A ce stade, d’après une première estimation, ce projet de reconversion de Trouviré, qui comprendra des toilettes, des douches, un aménagement pour 250 couverts, un espace de stockage devrait coûter entre Rs 16 et Rs 18 millions”, indique le ministère du Tourisme qui compte revoir les opérateurs pour leur soumettre le plan. “Dès que nous parviendrons à un consensus, nous dégagerons les fonds de la tourism Authority (TA) et demanderons une contribution de Sun Resorts. “, dit-il.

Dans cette optique, le nettoyage de l’Ilôt Trouviré devrait démarrer incessamment et les travaux d’aménagement sur le site suivront. Le ministre qui veut aller bien vite, sans visiblement tenir compte des délais qu’imposent, par exemple un EIA,mais aussi d’autres procédures administratives, entend convaincre les opérateurs en leur faisant bénéficier, entre autres, d’une formation de l’École Hôtelière en ce qu’il s’agit de la préparation des grillades.

Nouvelle opposition

Mais le ministre Nando Bodha n’aura pas la partie aussi facile que le plan qu’il a élaboré. Il se heurte déja aux nouvelles protestations des petits opérateurs de la localité. S’il assure qu’il a eu cette semaine une rencontre avec ces derniers -dont les plaisanciers de Grande-Rivière-Sud-Est, Belle-Mare, Ile-Aux-Cerfs, Trou d’Eau Douce - et que “tous les malentendus ont été éclaircis, nous allons ensemble vers ce nouveau projet, qui comprend aussi l’embellissement du village de Trou d’Eau Douce”, les plaisanciers demeurent très sceptiques par rapport au site de grillades. Après une rencontre avec le ministre hier, certains d’entre eux confient qu’ils attendent de voir le plan architectural qui sera établi pour faire part de leur opinion car selon les dires du ministre, “Trouviré deviendra un site 100% korek.  Me dan komié letan. Ki kalité korek, fodé gueté”.

Ziste Touessrok ki pou zouir ?

Les autres plaisanciers objectent fermement à leur déplacement de l’Ile-aux-Cerfs et l’Ilot Mangénie à l’Ilot Trouviré. Outre le point que ce site qu’ont retenu les autorités n’est pas approprié selon eux, “nou trouve ki li pe rod avoye bann ti plaisancier l’abattoir o profit bann gros operater. Li pe avoye ti posson dan laguel rekin”. Les plaisanciers de la région ne comprennent pas “kifer nou bizin alé, alor ki Touessrok li oussi li fer grillade lor laplaz ek li, pena restriction pou li”.

Ils concèdent qu’il faudrait certes une harmonisation et une meilleure qualité des infrastructures  utilisées par les plaisanciers quant aux grillades, à l’instar des tentes, tables, bancs etc. Toutefois, disent-ils, “il y a un cachet  local  qu’il faut maintenir pour garder la touche mauricienne...”

De même, avancent des plaisanciers de la région, si l’argument sanitaire est avancé par le ministère du tourisme, “ce raisonnement ne tient pas”. “Touessrok oussi fer grillade en plein air. Kot li oussi tourist assizé manzé en plein air. Divan levé parey, amène la poussière. kifer nou nou bizin délozé ?”, s’interrogent-ils. Qui plus est, font ressortir les opposants à ce projet : “Trouviré est un site rocailleux et impraticable. Il n’y a pas de plage. Ce n’est pas agréable pour les touristes et les mauriciens qui souhaitent jouir d’une belle vue en appréciant un bon barbecue”. La FPCO maintient que les pique-niqueurs doivent continuer à avoir accès à l’île-aux-Cerfs pour continuer leurs activités. “Si nou nou alé, ki sann-la ress lor l’île-aux-Cerfs ? Ki sann-la pou zouir l’île-aux-Cerfs ? Ziss Touessrok ? “, se demandent les membres de l’association.

Partie prenante des discussions

Karl Lamarque, secrétaire de l’association de plaisanciers, déplore également que le ministre du Tourisme ait eu des discussions avec l’AHRIM durant deux mois. “Une lettre en date du 14 février 2011 que nous avons adressée au ministre pour solliciter une rencontre est restée sans réponse. Nous sommes ignorés, laissés sur la touche”, dit-il. D’où les décisions unilatérales qui sont prises, estime-t-il. Arguant sur la nécessité que la FPCO soit partie prenante des discussions avec le ministère du Tourisme, Karl Lamarque réclame que tous les plaisanciers des différentes régions de l’île y soient convoqués tous ensemble pour des consultations et qu’il est impérieux que le ministre revoie sa décision concernant plusieurs îles, dont Îlot-Gabriel, Île-aux-Cerfs, Île-aux-Bénitiers…

L’association en question s’oppose également à la décision du Tourisme de ne pas régulariser les canvasseurs sur les plages. “Nou bann ti peser, nou finn reconverti nou dan métier plaisancier ek canvasseur. Aster zot pe anpes nou al koz ar client lor laplaz”, déplore Avinash Kistna, président de la Shandrani Pleasure Craft Association. Il confie que de nombreux plaisanciers ont contracté des prêts auprès des institutions financières en vue de s’acheter un bateau et survivre. “Si nou pa ale ver client, client pa pou vinn ver nou. Kouma nou fer pou trass nou lavi ? “, demande-t-il, faisant ressortir la crainte des petits opérateurs de perdre leur gagne-pain. Le ministre du Tourisme affirme qu’il a déjà eu des discussions avec les canvasseurs de l’île-aux-Cerfs, qui sont au nombre de 14.  Selon lui, cinq d’entre eux ont déjà fait une demande pour une nouvelle identité professionnelle.

“Pe avoy nou lor ross”

Malgré l’assurance du ministre du Tourisme selon laquelle son plan d’action est enclenché dans le dialogue, avec de nouvelles rencontres avec les partenaires concernés depuis la semaine dernière, les petits opérateurs, soutenus par d’autres organisations, le Forum des Citoyens Libres, la Plateform Sov Nou Laplaz, ainsi que l’Association of Tourist Operators estiment que “certaines décisions du Tourisme visent à exterminer les petits opérateurs”. Pour certains, le ministre Bodha aurait une constante : “en finir avec les petits”. Ils rappellent que lorsque Nando Bodha était ministre du Tourisme en 2000-2003 sous le mandat MSM-MMM, il avait un plan similaire de restructuration des îlots, dont l’île-aux-Cerfs principalement. “Ti rod ferm lil aux Cerfs pou nettoyé parey”, soutiennent nos interlocuteurs. Et de souligner dans ce contexte qu’il était question alors que plus aucun permis de pleasure crafts ne soit attribué pour les cinq prochaines années. Une Task Force (à laquelle faisait référence plus haut le secrétaire de la FPCO) avait été instituée. L’objectif étant, rappellent les plaisanciers de Trou d’Eau Douce, de “mett enn term lor seki li ti pe dir larnachi lor lil”. Selon eux, le dessein du ministre du Tourisme, dix ans plus tard, est le même : “Eradiquer les petits tour-opérateurs”. Mais ces derniers sont résignés à poursuivre leur combat. “Li pa kapav tou coup guett linteret gro rekin ek craz ti poisson. Nou oussi nou contribué dan leconomi pei”, déplorent-ils. Selon eux, “Kan touris vini, se sa kalité kiltir morisienne la ki zot envi conné. Enn ti grillade lor laplaz ek so ravann, ek so ti sega Zordi pe avoy nou lor ross”.

Le Week End 24 avril 2011