Développement durable et production d’électricité

Charbon pas charbon?

 

Le débat sur l’utilisation du charbon pour la production d’électricité continue de plus belle, et prend dans certains cas une tournure qui frise l’indécence alors qu’il demande une réflexion dépassionnée et raisonnée.  Il est impérieux de bien distinguer deux aspects de ce débat : le bienfondé de l’utilisation du charbon pour la production d’électricité à Maurice d’un côté et l’implantation de la centrale de 110MW dans la région de Pointe aux Caves de l’autre. Dans les lignes qui suivent, Platform Moris Lanvironnman (PML) explicite brièvement son analyse sur l’implantation à Maurice d’une centrale thermique à charbon d’une telle capacité.

Quelques constatations pour commencer :

1.       Le prix

§         Le seul « avantage » que comporte le charbon est son prix en termes monétaires : sur le marché il est moins cher que le pétrole et le gaz. Cependant, il faut savoir que le prix du charbon suit la même tendance que celui de produits pétroliers, ce qui signifie que quand ces derniers deviennent plus cher, le charbon le devient aussi.  Le graphique reproduit ici montre clairement la corrélation qui existe entre prix du charbon et prix du pétrole sur le marché mondial. A Maurice, où il faut prendre en considération les frais de fret et d’assurance, le prix de gros moyen du charbon a augmenté de 230% entre 2004 et 2011, (Rs 2 062 la tonne contre Rs 4 758 la tonne) tandis que celui des produits pétroliers a connu une hausse moyenne de 300%.

2.       Le coût

§         Le prix du charbon cependant ne prend pas en considération les coûts cachés, c’est-à-dire les coûts écologiques et sociaux. Le charbon est de loin la source d’énergie fossile la plus polluante. Pour cette raison, son utilisation fait courir à l’écologie et à la santé humaine des risques importants.

3.        Inflexibilité de la production

§         Les centrales à charbon sont conçues pour fonctionner une trentaine d’années. Ce qui signifie que construire une centrale à charbon de 110MW maintenant nous lie pour cette période de temps.  Dans une telle situation, les initiatives de production à une échelle significative d’électricité à partir de sources renouvelables recevront-elles dans les années qui suivront l’installation d’une telle centrale, un réel soutien ? De même, quel soutien réel et sérieux sera porté aux  initiatives visant à améliorer l’efficience énergétique dans tous les secteurs consommateurs d’électricité? En revanche, le renouvellement des stations thermiques de St Louis et Fort Victoria par le CEB récemment au coût de milliards de roupies peut pallier toute insuffisance éventuelle dans la fourniture d’électricité car le combustible utilisé, le diesel, permet de moduler la production, augmentant ainsi le facteur de sécurité. Dans ce cas, la transition vers un meilleur mix énergie renouvelable/énergie fossile (35% de renouvelables en 2025 contre les 18% actuellement) aura davantage de chances de devenir réalité.

Pour ces raisons donc, il est judicieux de se demander si le charbon est le bon choix.

Rappelons enfin que, pour augmenter la production d’électricité, le Groupe de travail MID Energie a  recommandé en août 2011 l’utilisation des sources suivantes, par ordre de priorité : biomasse, bagasse/charbon, gaz naturel (LNG), charbon pour le court/moyen terme.

Il est intéressant de noter  que le gouvernement entreprend actuellement une étude de faisabilité sur l'utilisation du gaz naturel pour la production d'électricité alors que le Long Term Energy Plan de 2009-2025 ne s’est pas intéressé à ce combustible.  On peut dès lors se demander si la stratégie énergétique exposée dans ce plan est valable.

 

La centrale de Pointe aux Caves

Le ministère de l’Environnement avait rejeté le projet de Pointe aux Caves en invoquant le principe de précaution. Dans ce contexte, les conditions imposées par le Tribunal d’Appel de l’Environnement (TAE) dans son jugement qui renverse la décision du ministère appellent certaines observations :

-          Les équipements de dépollution et le contrôle de la qualité de l’air à la sortie des fumées (stack emissions). La condition imposée par le TAE  indique que la nature hautement polluante de la fumée est reconnue. Comme les directives  du TAE ne sont pas les mêmes que celles prévues par le cadre légal actuel, ce cadre légal va-t-il être amendé en conséquence? Cela devrait être le cas. Quels moyens les autorités disposent-elles pour s’assurer que la centrale va respecter les niveaux d’émissions de gaz nocifs désignés dans la condition imposée par le TAE ? Quid des centrales à charbon déjà en opération, vont-elles aussi être tenues à respecter ces nouvelles directives? Cela devrait aussi être le cas.

-          Le stockage des déchets solides (cendres) dans un mono landfill, c’est-à-dire un seul bassin d’enfouissement. Où ce mono landfill sera-t-il construit ? A quelles normes de construction devra-t-il obéir ? Comment les cendres (qui en raison de la présence d’éléments toxiques sont considérés comme un Hazardous Waste) vont-ils y être transportées ? Il faut mentionner ici que le Mauritius Environment Outlook de 2010 avait prévu pour 2012 une loi-cadre pour le  ash disposal  des centrales à charbon et charbon/bagasse, mais qu’à deux mois de la fin de l’année, aucun projet de loi dans ce sens n’est disponible.

-  Les conditions techniques imposées par le TAE comportent des implications financières et confirment donc que le coût de l’utilisation du charbon est en fait plus élevé que ce qui est avancé. D’autre part, le ministère de l’Environnement sera amené à assortir le permis EIA délivré au promoteur de stipulations auxquelles ce dernier devra se soumettre afin de respecter les conditions du TAE.

 

Que faire ?

Face à cet état de situation, PML considère comme nécessaires:

1.       Des efforts concentrés et soutenus du côté de l’économie d’énergie électrique et de l’efficience énergétique dans tous les secteurs.

2.       Des mesures concrètes pour donner une réelle impulsion à la production d’électricité à partir de sources renouvelables.

3.       Une meilleure exploitation du gisement de bagasse du pays.

4.       En cas de nécessaire usage d’une source d’énergie fossile, la préférence devrait aller au gaz naturel à la place du charbon, car moins polluant. Le gaz naturel offre également  la possibilité d’une flexibilité de la production pour répondre aux pics de demande (peak demand), même quotidiens, et la disponibilité de sources d’approvisionnement à proximité.

5.       Une élimination du charbon à terme, en visant jusque-là une efficience optimale de son utilisation.

6.       La transparence au sujet des accords qui lient les IPP au CEB, car l’opacité qui entoure ces accords est génératrice de méfiance, et joue au détriment des citoyens. Que le CEB et les IPPs s’entendent pour le faire car ils sont les deux parties prenantes, l'acheteur et le vendeur.

7.       L’établissement de normes très strictes en termes d’équipement de dépollution de l’air et de contrôle de la qualité de l’air pour toutes les centrales thermiques de l’île (IPP, CEB et autres).

8.       Une loi-cadre pour la gestion des cendres de charbon dans les plus brefs délais.

 

Platform Moris Lanvironnman – novembre 2012

 

 

Maurice Iles Durables et Budget 2013

MID : Gone with the wind!

De deux choses l’une. Soit le gouvernement se propose de présenter un mini-budget Maurice Iles Durables (MID) dans un avenir proche, soit MID est déjà mort et enterré. Car d’une part, il n’y a absolument aucune référence à MID dans le discours du Budget 2013 de Xavier-Luc Duval, et le Premier ministre ne l’a pas évoqué non plus lors de sa conférence de presse immédiatement après le discours du budget. Et d’autre part, depuis le 2 juillet, les personnes ayant participé aux six groupes de travail MID n’ont reçu aucune communication au sujet de la tenue d’ateliers pour prendre connaissance et discuter des documents relatifs au « Policy, Strategies et Action Plan » du MID.

Pour rappel, la première version du « Policy document » soumise par les consultants internationaux Mott MacDonald avait été sévèrement critiquée, et les autorités elles-mêmes avaient exprimé leur déception. La communication du 2 juillet en faisait d’ailleurs mention. Cette dernière communication disait aussi que les participants allaient être informés « about the MID Process and the holding of future workshops ». Nous avons appris par la presse que les consultants Mott MacDonald étaient au pays début septembre. Ces consultants avaient été chargés en début d’année 2012 de préparer le MID Policy, Strategies & Action Plan à partir des recommandations des six groupes de travail MID qui s’étaient réunis en juin-juillet 2011. Des ateliers (workshops) étaient prévus au cours de ces derniers mois d’après un calendrier préétabli (MID Roadmap) afin que ceux ayant participé aux groupes de travail de l’année dernière puissent commenter d’abord le Policy, puis le Strategy, et enfin le Action Plan.

Cependant, aucune invitation à des ateliers n’a été reçue depuis le 2 juillet, et les participants ne savent pas si ces documents sont prêts et s’ils ont déjà été soumis au Cabinet.

Et maintenant, le discours du budget 2013 ne fait pas mention du MID. Il annonce quelques mesures sous la rubrique « A cleaner and green Mauritius » (où il est plutôt question d’embellissement que d’écologie), et dans quelques rares autres comme celles se rapportant à l’efficience énergétique.

En dehors de cela, il y a des références au recyclage et au compost. A propos de ces deux questions, à part des mesures de subvention au compostage et celle mentionnée plus haut, le budget mentionne le tri du papier dans les ministères. Pas une mention du tri de déchets et de la collecte de déchets triés à l’échelle nationale. Les recycleurs (anciens et nouveaux) devront continuer à se débrouiller comme ils peuvent pour se procurer de la matière première… Ce n’est certainement pas le papier trié dans les bureaux des ministères qui suffira à alimenter toutes les unités de recyclage, que ce soit de carton, de plastique et de déchets verts. Dans nos villes et villages en tout cas, grâce à une allocation de Rs 100 millions aux administrations régionales, les bennes à ordures à compacter (compactor lorries) seront plus nombreuses à bien compacter tout le déchet de nos poubelles pour les apporter à Mare Chicose 

Une gestion intégrée des déchets comme tant d’autres axes d’une politique de développement durable devrait se trouver dans le MID Policy, Strategy et Action Plan. Où ses derniers sont-ils passés ? Trois cent personnes se sont-elles consacrées à des milliers d’heures de travail bénévole (sans compter celles investies depuis avril 2010 à la préparation du MID Green Paper) pour se retrouver avec, par ci par là, quelques mesures sans aucune approche intégrée?

 Il est temps que ceux qui ont convié la société civile au processus MID viennent avec des explications sur ce qu’est advenu du MID. En l’absence de communication sur le sujet et à la lecture du discours du Budget 2013, cette société civile aura toutes les raisons de penser que ce qui devait être un « projet de société » devant insuffler un « paradigm shift » n’aura été qu’un feu de paille.

Platform Moris Lanvironnman – novembre 2012