Apres CT Power, est-ce au tour d’Alteo de torpiller le MID (Maurice Ile Durable) et la NEC (National Energy Comission) ?

 

 

 

Le dur combat contre CT Power n’est pas fini, voila qu’Alteo pousse en avant la conversion de la centrale charbon/bagasse de Deep River Beau Champ (DRBC) en centrale à charbon uniquement. Le fermeture de l’usine de DRBC et le transfert des cannes à sucre justifient apparemment ce changement.

 

D’après le rapport EIA soumis, en 2013 Union Flacq et DRBC ont brulé 455,838 tonnes de bagasse et 165,415 tonnes de charbon. Par contre en 2014, les deux centrales bruleront 432,000 tonnes de bagasse et 185,160 tonnes de charbon. Donc 23,838 tonnes de bagasse en moins et 19,745 tonnes de charbon en plus.

 

Ce serait intéressant de savoir pourquoi le tonnage de bagasse brulé baissera et pourquoi il y aura une augmentation substantielle du charbon brulé suite à la fermeture de DRBC. N’oublions pas que la valeur calorifique de 19,745 tonnes de charbon additionnelles est presque le double de celle de 23,838 tonnes de bagasse. En ce faisant, il est clair que le pays s’éloigne un peu plus du MID et rends caduque le rapport de la NEC.  

 

Nous augmenterons donc notre dépendance au charbon qui devient de plus en plus cher ainsi que les nombreux impactes environnementaux du au charbon, notamment concernant le sort ultime des cendres répandues dans la nature. Et n’oublions pas que ces 20,000 tonnes de charbon additionnelles vont alourdir la facture énergétique dans un contexte international de prix élevés, plombant d’avantage l’économie du pays. Une augmentation du cout des importations d’énergies fossiles ne peut que freiner un peu plus la croissance économique tant désirée par nos élites économiques et politiques.

 

Il est de plus en plus irresponsable de la part des nos élites de continuer à nous enchainer au charbon et ainsi retarder toute transition hors des énergies fossiles vers les renouvelables. Nous avons encore une marge de manœuvre pour initier une réelle transition hors du charbon  qui pourrait s’étaler sur 20 ans par exemple.

 

Pourquoi ne pas saisir l’opportunité de l’arrivée à terme des Power Purchase Agreements en 2015 pour les renégocier en toute liberté et en accord avec les recommandations tant du MID que du NEC ? Il serait regrettable que cette occasion rêvée ne soit saisie par nos décideurs.    

 

Il faut dés maintenant indiquer clairement la voie à suivre pour les prochaines 20 années. Nous sommes d’avis que nous devrions : (1) graduellement fermer les centrales à charbon, (2) optimiser l’utilisation de la bagasse locale et offrir un prix acceptable aux petits planteurs, (3) instaurer sur toutes importations de charbon un « coal levy » (non déductible de la taxe) destiné à la promotion des énergies renouvelables, (4) promouvoir la conservation de l’énergie, (5) investir dans le solaire et l’éolien, (6) considérer l’introduction du gaz naturel (méthane) pour la génération électrique, (7) examiner la faisabilité de l’introduction du stockage de l’électricité par batteries, (8) mettre en œuvre le MID Action Plan, (9) pérenniser la NEC.

 

L’implémentation de ces mesures pourrait nous rendre moins dépendant des énergies fossiles nous permettant de bâtir un système économie moins polluant et plus résilient face aux incertitudes planétaires. Nous nous proposons dans les prochaines semaines de reprendre plus en profondeur les propositions (1) à (9) mentionnées dans le paragraphe précédant.

 

Karim Jaufeerally – Institute for Environmental & Legal Studies – iels.intnet.mu

 

Le Mauricien 7 fevrier 2014