Sur le protocole de Kyoto Rajesh Bhagwan: "Maintenant, le temps est à l'action"


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Premier pays à ratifier le protocole de Kyoto en 2001, Maurice n'a officiellement aucune obligation d'y adhérer. Toutefois, diverses stratégies ont été adoptées sur le plan national ces dix dernières années, pour réduire la consommation des CFC et trouver des sources d'énergie alternatives. L'une d'elle, l'utilisation de la bagasse et du charbon dans la production d'énergie, aura déjà permis de réduire de moitié le recours aux huiles lourdes. "Maurice est fier de son engagement au niveau international", a déclaré le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, à Week-End, hier. "Maintenant, le temps est à l'action", a-t-il ajouté, en souhaitant que "les grands absents du Protocole nous rejoignent pour sauver la planète".

Aujourd'hui, le charbon contribue à 25% dans la production d'énergie à Maurice, et la bagasse à 18%. En dix ans, l'énergie générée par la bagasse a plus que quadruplé, passant de 70 GWh à 300 GWh. Ce chiffre sera multiplié par deux à court ou moyen terme, estime le ministère de l'Environnement.

Dans le secteur du transport, de même, les autorités veulent privilégier la bioénergie - bois, bagasse, éthanol. Dans ce contexte, deux entreprises indiennes, Chandni Oil Company Ltd et Euro Ethanol Ltd, ont soumis des propositions qui sont actuellement à l'étude. La production d'électricité à partir du méthane - gaz à effet de serre émanant du centre d'enfouissement de Mare Chicose - est également à l'étude.

Le gouvernement, qui veut également privilégier l'énergie solaire, a approuvé des mesures incitatives - prêts à faible taux d'intérêt à la DBM - pour encourager l'utilisation de chauffe-eau solaires. À ce jour, seulement 5% des foyers en sont équipés. Autre projet, mis en place sur une base pilote: l'usage de panneaux solaires pour alimenter les points de lumière et la climatisation ou même éclairer des routes. À leurs niveaux, le ministère de l'Environnement et celui des Services publics tentent de promouvoir l'usage ampoules à économie d'énergie dans les régions rurales. Les autorités veulent également encourager le recours au gaz pour les véhicules, les éoliennes, et même l'utilisation optimale de la lumière naturelle pour l'éclairage intérieur grâce à une architecture et des matériaux particuliers. Le gouvernement, enfin, planche sur deux projets concernant le Ocean Thermal Energy Convertion.

Pour le ministre de l'Environnement, interrogé hier sur l'entrée en vigueur de Kyoto, ce protocole "arrive à point dans le sillage de la conférence des SIDS". Après le tsunami meurtrier, la vulnérabilité des petits États face à la montée de la mer - "qui est directement relié aux changements climatiques" - est plus que jamais établie. "Maintenant, il y aura une prise de conscience de certains qui ne croyaient pas en la force catastrophique de la nature", a ajouté Rajesh Bhagwan. Sur le plan local, "je crois que la population est sensibilisée", a soutenu le ministre, en énumérant notamment les actions prises par le gouvernement en matière d'économie d'énergie et pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans la région, le jour même de l'entrée en vigueur officielle de Kyoto, les membres de la COI ont adopté une Déclaration pour "faire de l'océan Indien une zone d'application en matière d'adaptation et de lutte contre les effets des changements climatiques". C'était lors de la Rencontre du Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat, à St-Denis (La Réunion) à laquelle participait le ministre Bhagwan. Ce dernier se rendra demain au siège de l'UNEP (United Nations Environment Programme) pour participer à une réunion du conseil de l'Alliance of Small Island States.


Réchauffement climatique

Le protocole de Kyoto est entré en vigueur…

Le protocole de Kyoto, signé en 1997, est entré officiellement en vigueur, mercredi dernier. Ce traité fixe les normes de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 35 pays développés et la communauté européenne, sur la période 2008-2012. S'il marque un tournant important dans l'histoire de l'humanité - puisqu'il vise à prévenir un cataclysme climatique potentiel -, Kyoto reste toutefois affaibli par l'absence des États-Unis, qui, à eux seuls, émettent plus de 30% des gaz à effet de serre d'origine humaine…

C'est en 1992, lors du Sommet de la Terre à Rio, que la communauté internationale a véritablement pris conscience des enjeux posés par le réchauffement climatique. Cela avait donné lieu à l'adoption d'une convention fixant l'objectif de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêcherait une perturbation dangereuse du système climatique.

Cinq ans plus tard, le protocole de Kyoto était adopté. Ce traité engage tout d'abord les pays développés à réduire d'un montant précis - 5,5% - les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau atteint en 1990, pour la période 2008-2012. Il définit également les moyens à mettre en œuvre pour y arriver: entre autres, des mesures intérieures d'efficacité énergétique; la réduction des émissions dans les transports; des échanges d'investissements entre pays développés, dans le but de réduire les émissions de gaz à effet de serre en dehors de leur territoire national. Le traité prévoit, enfin, un transfert de technologies vers les pays du sud pour aider ces derniers à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L'une des mesures prévues dans le protocole de Kyoto, le système d'échanges, visera, dans un premier temps, les émissions de gaz carbonique dans les secteurs du verre et du ciment, dans le secteur énergétique et les raffineries, qui représentent à elles seules près de 50% du total des émissions de dioxyde de carbone de l'industrie.

Mais quels sont ces gaz si néfastes à la couche d'ozone ? Cinq gaz principaux ont été identifiés. D'abord, le gaz carbonique ou dioxyde de carbone, qui provient essentiellement de la combustion des énergies fossiles et de la déforestation. Il y a aussi le méthane, qui provient de l'élevage des ruminants, la culture du riz, les décharges d'ordures ménagères, les exploitations pétrolières et gazières. Les trois autres sont les halo-carbures (gaz réfrigérants et gaz propulseurs des aérosols); le protoxyde d'azote, que l'on peut trouver dans des engrais azotés et dans certains procédés chimiques; et l'hexafluorure de soufre, qui est utilisé, entre autres, dans les transformateurs électriques.

Le protocole de Kyoto est entré en vigueur peu après avoir été ratifié par La Russie, en novembre dernier. En effet, l'une des conditions de la mise en application de ce traité multilatéral était sa ratification par 55 pays, dont les pays développés, plus gros émetteurs de dioxyde de carbone. De son côté, bien qu'ayant effectivement signé le document et accepté une réduction de 7% des émissions de gaz à effet de serre, les États-Unis sont revenus sur leur position, en mars 2001… au lendemain de l'accession de George Bush à la présidence. Un retournement qui a porté un sérieux coup à ce traité, qui se fera désormais sans la plus grande superpuissance.

Aujourd'hui, alors que le Protocole de Kyoto est tout juste entré en vigueur, on parle déjà des discussions post-Kyoto, qui porteront sur les engagements à prendre après 2012. La communauté internationale espère une ratification par les États-Unis et la Chine, le deuxième grand absent de ce traité multilatéral. Enfin, les regards sont braqués sur les pays en développement qui auront un choix capital à faire quant au modèle de consommation qu'ils adopteront à l'avenir.

Le Week End 20 fevrier 2005