Les scientifiques s'installent à l'île Ronde


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Quarante tonnes de matériel ont été transportées sur l'île Ronde pour y construire une base d'étude permanente. Cette réserve naturelle sera enfin sous étroite surveillance.

La faune et la flore de l'île Ronde ont désormais un ange gardien. La Mauritian Wildlife Foundation (MWF) construit une base qui lui permettra de veiller en permanence sur ses protégés, des espèces rares, voire uniques au monde.

Là, une centaine de pailles-en-queue piaillent sur les pentes escarpées d'une falaise.Tout près, quelques pétrels ont trouvé la planque idéale pour pondre : une cavité entre deux rochers de tuf volcanique. Des scinques et d'autres reptiles sautillent dans les lataniers bleus. Leur choix est stratégique : l'île Ronde est la réserve naturelle la plus riche de Maurice avec156 hectares de paysages à couper le souffle.

Evidemment, le néophyte qui débarque ici n'a aucune idée des trésors qui l'entourent. Pas plus que les braconniers qui errent dans le coin toute l'année, en quête de la chair "aphrodisiaque" du paille-en-queue. En fait, l'île Ronde, a été déclarée réserve naturelle stricte depuis 1965, en raison de sa riche biodiversité.

Dans les vestiges de la forêt de palmiers endémiques vit une population de reptiles qui se laisse facilement approcher : des scinques de Telfair et de Bojer, des geckos de Gunther, et des boas fouisseurs et arboricoles.

Les quatres expéditions annuelles de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) et du National Parks and Conservation Service du ministère de l'Agriculture sont insuffisantes pour assurer le programme de restauration démarré dans les années 70. Il était urgent de trouver un autre moyen pour mieux protéger le site.

Vendredi dernier, grâce à un financement de R1,6 million du Government of Mauritius Conservation Fund, la MWF a réalisé un pas de géant vers cet objectif. Quarante tonnes de matériel - ciment, sable, macadam, pin traité tôle - ainsi que des conteneurs de provisions et
5 000 litres d'eau ont été apportés grâce au Vigilant, patrouilleur des garde-côtes, et à un hélicoptère d'Héli Réunion. La MWF peut ainsi être présente sur l'île en permanence.

Cette base sera prête en février et comprendra deux salles de travail, une cuisine et une véranda. Elle pourra accueillir six personnes qui feront une rotation d'un mois.

Vikash Tatayah, Daryll Birch et Peter Haverson sont les responsables du projet. Du boulot, il n'en manquera pas. Par endroits, l'île est érodée et de profondes ravines sont apparues. Pour empêcher que la terre ne soit emportée lors des pluies torrentielles, des barrages de pierres doivent être installés. Les travaux de conservation comprennent l'arrachage de plantes exotiques, la mise en terre des espèces indigènes, le recensement de la faune à l'aide de bagues aux pattes des oiseaux et de puces sur les reptiles...

Un journal français s'intéresse à la flore rodriguaise

Décidément, il ne se passe pas un jour sans que Maurice ou Rodrigues ne soit mentionnée dans la presse étrangère. Dans son édition de mardi dernier, le quotidien français Le Monde a fait un survol des programmes de conservation de la flore endémique à Rodrigues.

Le travail de la Mauritius Wildlife Foundation et du Service des bois et forêts est mis en exergue par le journaliste Vincent Tardieu. Celui-ci évoque leur effort commun à sauver le "bois Pasner". Connu comme le Zanthoxylum paniculatum, cette plante possède des vertus calmantes. Malheureusement, il n'en existe que deux spécimens dans l'île et dans le monde.

L'article du Monde mentionne aussi la plantation de vingt-trois espèces rares, à l'instar du café marron dont il ne restait qu'une seule plante à un moment donné. Ce programme de conservation est une "urgence", note Vincent Tardieu, dans la mesure où "94 % des espèces endémiques de l'île ont disparu ou sont menacées d'extinction".

L'engagement des Rodriguais dans la protection de la flore est également mis en avant. C'est le cas de la culture du vacoas. Le Monde souligne toutefois le paradoxe au Service des bois et forêts qui replante dans l'île des essences exotiques telles que l'acacia, l'eucalyptus et le filao.

Le journal donne la parole au responsable local du service, Hugo Meunier, qui explique qu'il ne fait que combattre l'érosion. Le quotidien international fait aussi allusion à de nouvelles menaces pesant sur l'environnement de l'île : le rapide développement touristique.

20 Janvier 2002

L'Express