Parc marin de Blue-Bay : Des ONG dénoncent les aménagements effectués sur l'île des Deux-Cocos


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Un collectif d'organisations non gouvernementales (ONG), regroupées autour de l'association Eco-Sud, dénonce les aménagements effectués depuis plusieurs mois sur l'île des Deux-Cocos, située dans le parc marin de Blue-Bay. Le collectif rappelle que les autorités avaient interdit tout aménagement sur ce site protégé et demande aux ministères de la Pêche et de l'Environnement de "prendre leurs responsabilités".

Le collectif note que "des travaux sur l'îlot et sur le littoral se sont multipliés". Le collectif s'appuie sur la Environment Protection Act, les Fisheries and Marine Resources (Marine Protected Areas) Regulations et les conditions d'octroi du bail de location de l'île des Deux-Cocos par l'Etat au locataire pour dénoncer cette situation. "Nous demandons aux ministères de la Pêche et de l'Environnement de prendre leurs responsabilités et de réagir afin de préserver notre héritage naturel pour les générations futures", insiste le collectif dans un communiqué émis le 14 juin dernier.

L'îlot est exploité par le groupe hôtelier Naïade Resorts. Ce groupe voulait y aménager un établissement de 72 suites mais le projet a été rejeté par le gouvernement en 2001, principalement dans le but de sauvegarder le parc marin de Blue-Bay. Outre Eco-Sud, principal opposant au projet hôtelier sur l'îlot, le collectif comprend la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS), Friends of the Environment, Art Jonction, Institute for Environmental and Legal Studies et l'Association des Pêcheurs Professionnels de Mahébourg.

Depuis 2001, Naïade Resorts a réhabilité un vieux bâtiment qui existait sur l'îlot, a aménagé un espace de pique-nique et a procédé au reboisement de l'îlot. Celui-ci sert surtout de lieu de détente aux clients du groupe hôtelier, lors d'excursions dans le lagon de Mahébourg. "Tout a été fait dans le cadre des travaux de réaménagement prévus", insiste-t-on chez Naïade Resorts. Mais le groupe hôtelier ne veut pas faire de plus amples commentaires arguant qu'il y un appel logé devant le tribunal de l'environnement.

Le 4 juin dernier, les ONG ont été invitées à participer à une visite sur les lieux, effectuée par le Tribunal de l'Environnement. Cette visite s'insérait dans le cadre de la procédure d'appel entamée par Naïade Resorts, auprès du tribunal, après le rejet de son projet. Des représentants des ministères de la Pêche et de l'Environnement, des représentants de Naïade Resorts et le président du tribunal et ses assesseurs ont participé à la visite de l'îlot. En revanche, les représentants des ONG n'ont pas pu accéder à l'îlot et ont dû attendre sur la plage, " sous une pluie battante ".

Bateaux à moteur

Mais les membres du collectif affirment avoir pu constater un certain nombre de choses. D'abord, selon les témoignages recueillis à Blue-Bay, des bateaux à moteur circulent tous les jours dans le parc marin, au dessus du jardin de corail, l'endroit le plus sensible. Ils affirment ensuite que des fouilles ont été effectuées sur l'îlot et des structures y ont été érigées. Les membres du collectif affirment également que l'îlot a été déboisé, qu'un chemin de 2 mètres de large en fait le tour et que des entrepôts, "masqués" par une clôture, y ont été aménagés. Sur la terre ferme, toujours dans le parc marin de Blue-Bay, un site a été aménagé pour accueillir des bateaux.

"La Environment Protection Act donne au ministère de l'Environnement le droit de poursuivre le promoteur pour les dommages infligés à l'environnement, mais il n'a rien fait", s'indigne le collectif. Celui-ci estime que le ministère de l'Environnement peut également "exiger que le site dévasté sur la terre ferme soit réhabilité, mais, là aussi, rien n'est fait". "La préservation des ressources marines sous le contrôle du ministère de la Pêche, serait-elle devenue secondaire face à la conception touristico-prioritaire des autorités", interroge encore le collectif. Pour Eco-Sud et ses alliés, l'inaction des autorités n'a que trop duré et elles doivent "enfin" réagir.

Le Mauricien 20 juin 2002