Projet follies à Blue-Bay: La boue menace à nouveau le parc marin


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L'association écologiste Eco-Sud, qui milite pour la protection du parc marin de Blue-Bay, tire à nouveau la sonnette d'alarme. Elle affirme que des amas de terre envahiront le lagon si aucune mesure n'est prise. "La boue, c'est la mort assurée du corail", prévient Eco-Sud, lors d'une conférence de presse, ce matin, à Port-Louis. Ces terres proviennent des travaux préliminaires du projet hôtelier Follies du groupe Naïade Resorts, en plein parc marin de Blue-Bay. Le parc marin abrite un jardin de corail unique à Maurice et même au monde.

Depuis la fin du mois d'août dernier, une brèche a été ouverte sur la terre ferme, à Blue-Bay, pour la construction d'une marina. Selon Eco-Sud, ce chantier représente un danger pour le parc marin. Aux prochaines grosses pluies, la terre sera entraînée dans le lagon. "Il faut trouver une solution pour bloquer la boue", intervient Alain de Falbaire, président d'Eco-Sud.

Pour Véronique Leclézio, sympathisante d'Eco-Sud, il y a urgence. "Le problème arrive, on ne sait plus quoi faire. Rien n'a été fait malgré nos mises en garde", insiste Mme Leclézio. Eco-Sud a émis un communiqué, allant dans ce sens, le 13 novembre dernier mais sur lequel tout le monde a fait l'impasse. D'autre part, cette brèche est, selon Eco-Sud, contraire au règlement qui stipule que les travaux ne doivent pas modifier le littoral. "A cause de la clôture et du fossé, le passage public est désormais obstrué, à cet endroit", se plaint Eco-Sud.

Eco-Sud affirme aujourd'hui que les promoteurs du projet Follies ne respectent pas le bail de location de l'île des Deux-Cocos et du terrain sur la terre ferme. Ce bail prévoit dix-huit conditions pour la réalisation d'un hôtel sur l'îlot. Eco-Sud fait ressortir que des conditions spéciales rattachées aux baux et permis de développement n'ont pas été respectées

L'une de ces conditions concerne le déboisement. Celui-ci affecte aujourd'hui environ 50% de la superficie de l'îlot, alors qu'un déboisement minimum était prévu. Selon Hans Paupiah, le directeur du département des Bois et Forêts, les promoteurs ont eu leur autorisation en même temps que tous les autres permis. M. Paupiah précise que l'abattage des arbres doit se faire normalement là où s'élèveront les bâtiments de l'hôtel. "Or, en constatant aujourd'hui, photos aériennes à l'appui, l'étendue du déboisement doit-on conclure que près de la moitié de l'îlot sera "bétonné"?", s'interroge-t-on.

D'autre part, Eco-Sud fait remarquer que le non-respect de certaines conditions peut entraîner l'annulation du bail. "Le gouvernement peut reprendre le bail s'il le faut et cela sans aucune contrepartie", fait remarquer Doris Sénèque, membre d'Eco-Sud, en se basant sur les règlements. De plus, Eco-Sud fait également ressortir que les zones tampons de 30 mètres entre la mer et l'intérieur de l'îlot, ne sont pas, a priori, respectées. L'association se base une nouvelle fois sur les constatations faites à partir de photos aériennes du début des travaux de Follies.

Eco-Sud bénéficie aujourd'hui du soutien de l' Institute for Environmental and Legal Studies, une Ong mauricienne présidée par Karim Jaufeerally. "Il n'est pas normal qu'une association ait eu à dépenser Rs 50 000 et loger une demande d'injonction pour que la loi soit enfin appliquée", s'indigne M. Jaufeerally. Dans le même ordre d'idées, Yves Pitchen, un autre sympathisant d'Eco-Sud, estime que "si la société civile ne s'était pas réveillée, personne n'aurait rien trouvé à redire au projet hôtelier en plein parc marin".

Alain de Falbaire a profité de l'occasion pour se plaindre de la "tactique de désinformation" et de la "défocalisation" du débat, orchestrées, selon lui, par Naïade Resorts, alors que le véritable enjeu, c'est la sauvegarde du parc marin. M. de Falbaire s'élève contre ce qu'il appelle des "tactiques ridicules". Il désapprouve les rumeurs qui disent que le projet Follies est un fait accompli. "Il faudra laisser décider la loi. Nous attendons de pouvoir consulter l'EIA pour connaître enfin la vraie configuration de cet hôtel", explique le président d'Eco-Sud.

 

From: Le mauricien 20th of November 2000