INTERVIEW DE JEAN-NOËL HUMBERT, SECRÉTAIRE DE LA CHAMBRE DE L’AGRICULTURE
"La bataille se gagnera plus à Bruxelles que dans nos champs de canne"


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Maurice a été rejointe par certains états européens et par les betteraviers pour s’opposer à la baisse du prix du sucre. Bruxelles devrait fléchir. Sinon, toutes nos réformes n’y feront rien...

Au vu des réactions suscitées au sein de l’Union européenne (UE) par la proposition de réforme du régime sucrier, Maurice ne devrait-elle pas se sentir quelque peu réconfortée ?

Il est vrai qu’il y a déjà eu des réactions assez vives de certains pays, qui ont fait savoir qu’ils s’opposeraient aux propositions de réforme. Les pays du sud et de l’est de l’Europe – notamment l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Italie et la France – ont pris une position forte contre le projet de réforme.

La Finlande s’est prononcée contre, et comme je l’avais déjà dit auparavant, la Pologne s’inquiète beaucoup de ce projet. Et pour cause : un agriculteur européen sur trois est Polonais.

Les groupements européens de producteurs de betteraves ont aussi signifié leurs réserves. Parmi eux figurent la Confédération internationale des betteraviers européens, le comité européen des fabricants de sucre et le groupement français des betteraviers. Nous ne sommes donc plus seuls à nous opposer au projet de réforme, ce qui nous conforte dans notre analyse et dans notre réaction.

Nous nous rendons compte qu’il y a aujourd’hui une convergence de vues sur deux points parmi ceux qui s’opposent à la proposition de réforme : celle-ci va trop vite et va trop loin. Le délai est également trop court et l’ampleur de la baisse de prix trop importante.

En plus de cela, Maurice et le groupe ACP pensent aussi que le traitement prévu pour les pays ACP est nettement insuffisant et ne reflète pas les engagements pris par l’UE envers nos pays.

Aucune mention d’une compensation pour les pays ACP n’est faite alors que les producteurs européens obtiendront une compensation de 60 % et que les régions ultra-périphériques obtiendront, elles, un traitement spécial. Pour les pays ACP, on se contente d’évoquer des programmes "spécifiques" et des aides "taillées sur mesure".

Selon vous, des mesures pour aider l’industrie sucrière à se restructurer n’ont pas la même valeur qu’une compensation financière…

Il faut bien comprendre l’ampleur de la réforme dont on est en train de parler. Il y aurait une baisse de prix de 20 % dès l’an prochain, et de 33 % en 2007. Répercutée sur le sucre roux, la baisse sera de 24 % dès la prochaine récolte et de 37 % en 2007.

Dans la pratique, cela signifie que le petit planteur comme l’usinier planteur, qui obtiennent actuellement plus de Rs 15 000 par tonne de sucre, devront se contenter de Rs12000 l’an prochain et de moins de Rs 10 000 seulement en 2007. C’est une baisse considérable. A ce niveau de prix, il n’existe aucun producteur dans notre pays qui peut s’en sortir économiquement. Nous analysons ces chiffres actuellement et c’est à cette conclusion que nous parvenons.

Il est difficile d’envisager des mesures spécifiques de restructuration ou de réforme pouvant apporter des résultats suffisants pour compenser la baisse de prix proposée. Ces mesures spécifiques n’auront de sens que si la baisse de prix est moins brutale et moins importante que celle envisagée actuellement par la commission européenne.



En d’autres mots, même si nous réussissons notre plan de restructuration, cela ne servirait à rien si la baisse de prix est aussi soudaine et conséquente que la formule proposée…

Effectivement. Le prix moyen que nous obtenons aujourd’hui comprend un élément conjoncturel positif, à savoir un euro fort. Aujourd’hui, cette devise tourne autour de US$ 1,20. Si la monnaie européenne perd du terrain et se retrouve à parité avec le dollar – on se souvient même qu’elle était descendue à moins 90 cents – la baisse de 37 % proposée se traduirait alors dans la pratique en une baisse de prix de l’ordre de 45 %. Soyons donc prudents.



La mise en application intégrale du "Sugar Sector Strategic Plan "ne nous permettrait-elle pas d’absorber une baisse de prix de 37 % ?

Le plan stratégique prévoit une réduction de 44 % au maximum du coût de production. Il s’agissait de ramener le coût d’une livre de sucre de 18 cents à 14 cents jusqu’à 2005 et, ensuite, de le réduire dans une fourchette de 10 à 12 cents à l’horizon 2008.

Sur ce sujet, nous avions identifié des mesures à prendre pour atteindre ce résultat. Parmi elles figurent la restructuration des ressources humaines, la centralisation visant à alléger les charges fixes par tonne de sucre, la poursuite de la mécanisation et l’irrigation.

La restructuration des ressources humaines a été réalisée. Elle nous a permis de réduire la masse salariale de 25 %. Mais pour atteindre ce résultat, l’industrie a dû appliquer un plan volontaire de retraite, lequel a coûté cher à cause du plan social qui l’accompagne.

L’opération aura nécessité Rs 3 milliards. Il était prévu que l’industrie puisse vendre des terres pour rembourser les emprunts contractés. La Sugar Industry Efficiency Act prévoit aussi que l’industrie puisse vendre des terres pour financer la modernisation et la centralisation.

Il y a malheureusement eu des problèmes administratifs qui n’ont pas permis de réaliser les ventes de terres commes espérées. Aujourd’hui, même si les procédures vont un peu plus vite, le temps initial perdu représente autant d’occasions ratées car, depuis, le marché foncier a évolué et il est devenu plus difficile de vendre des terres pour rembourser les dettes.

Sans compter que l’industrie a connu plusieurs mauvaises récoltes consécutives qui ont impacté négativement sur les résultats financiers.

La mise en œuvre du plan stratégique n’est pas terminée. On réalise qu’il faut aller toujours plus vite et plus loin. Mais tout ce que nous pourrons entreprendre au niveau de l’industrie n’aura de sens que si la baisse de prix envisagée par l’UE est moins drastique et étalée sur une plus longue durée.



Il faudra également trouver les moyens pour terminer ce qu’il reste à faire…

En effet. Tout cela nécessite des investissements très importants. Pour poursuivre cet effort, il est urgent de régler le problème de l’endettement. L’industrie sucrière a quelque Rs 5,5 milliards de dettes. Lorsque l’actuel plan de retraite volontaire sera complété, la dette s’élèvera alors à Rs 6,5 milliards. La charge financière de l’industrie a doublé en deux ans.

Il faut trouver une solution à ce problème. On pourrait créer des instruments spécifiques et un marché pour ces instruments afin de régler le problème de la dette.



Vous avez probablement en tête un marché de la dette. Mais qui voudra acheter des obligations de l’industrie sucrière alors que sa survie est menacée ?

Si on tient compte de la proposition de la commission, on a effectivement une difficulté majeure à envisager la poursuite des investissements dans ce secteur. C’est pour cette raison qu’il est important de continuer, dans les semaines qui viennent, de construire des alliances au niveau de l’Union européenne, des ACP et des pays les moins avancés. C’est là qu’il faudra gagner la bataille.

J’ai toujours dit que celle-ci se gagnera sur deux fronts : le front local et le front international. Mais avec les propositions de la commission européenne, il n’est pas envisageable de gagner cette bataille que sur le plan local. Il est donc primordial de s’allier aux états membres de l’UE qui s’opposent aux propositions de réforme du régime sucrier. Il faut aussi rappeler à la commission européenne ses obligations.

Le protocole sur l’accession de la Grande-Bretagne à la communauté européenne, en 1972, déclare : "La communauté aura à cœur de sauvegarder les intérêts de l’ensemble des pays visés au présent protocole, dont l’économie dépend dans une mesure considérable de l’exportation de produits de base, et notamment le sucre."

Cette obligation se réfère donc particulièrement au sucre. L’article 36 (4) de l’Accord de Cotonou s’engage à sauvegarder les avantages qui découlent des protocoles sur les produits de base, et en particulier le protocole sucre.

En lisant ces deux articles, il est clair que les solutions proposées par l’UE pour sauvegarder les intérêts ou sauvegarder les bénéfices doivent être envisagées dans le cadre d’une production sucrière, et non hors d’une production sucrière.

Les solutions doivent être dans le sucre, et non pas dans la diversification hors du sucre. L’obligation de l’UE est de s’assurer que les mesures qui seront prises seront des mesures de sauvegarde, l’objectif étant de permettre à la production sucrière de continuer dans de bonnes conditions économiques et de permettre à l’industrie de maintenir son rôle "multi-fonctionnel", qui va au-delà des considérations économiques et commerciales.



La première réaction à la proposition de baisse de prix a été d’"accélérer la réforme". Aujourd’hui, vous dites qu’il ne servirait à rien si Bruxelles ne fait pas un geste…

Nous ne sommes pas dans une logique de fatalité. Nous pensons que la proposition de la commission ne sera pas mise en œuvre telle quelle. Sinon, cela voudrait simplement dire qu’un certain nombre de producteurs, dont le groupe des pays ACP, n’aurait pas d’avenir. Selon nous, ce n’est pas le souhait de l’UE.

A notre avis, les états membres de l’union s’opposeront à ce projet et le parlement européen fera entendre raison sur ce dossier. Le conseil économique et social aura son mot à dire. En définitif, nous croyons que la proposition sera revue.

Dans ce contexte, nous estimons nécessaire d’accélérer la réforme. Il ne faut pas se méprendre. Nous ne nous sentons pas victimes d’une fatalité. Nous avons cru et nous continuons à croire dans l’avenir de l’industrie sucrière.

Grâce à la canne, nous avons pu diversifier. Nous avons fait beaucoup de progrès au niveau de l’énergie et nous devons persévérer.

Un groupe de travail a fait des propositions sur les produits dérivés de la canne à sucre, notamment l’éthanol, les produits "alco-chimiques" et "sucro-chimiques". C’est bien mais il faut continuer à explorer ces opportunités.

Encore une fois, restons prudents ! Là ne réside pas la solution à notre problème dans le sucre. Cela fait partie d’un ensemble, ce n’est pas la solution. N’oublions pas que pour que les produits dérivés soient viables, l’industrie de la canne doit l’être également. Il faut donc continuer à tout entreprendre pour réduire le coût de production de la canne.



Pourquoi cette mise en garde ?

On a tendance à considérer les sucriers comme étant conservateur dans son approche vis-à-vis de ces nouveaux développements. Cette perception n’est pas fondée. Notre industrie sucrière compte un nombre important d’opérateurs dans la production, couvre la moitié de notre territoire, comprend une machinerie industrielle importante… Elle explore aussi nombre de sous-produits, possède un centre de recherche, qui est un des plus réputés au monde, et a un encadrement institutionnel solide… Si nous avons réussi tout cela, c’est avant tout grâce à un marché d’exportation à un prix rémunérateur. Il n’y a pas d’autres réponses. S’il n’y avait que le marché domestique de 40000 tonnes, on n’aurait rien eu de tout cela.

Il y a aussi ceux qui se demandent pourquoi s’obstiner sur le sucre alors que l’on pourrait faire autre chose. D’ailleurs, on fait déjà autre chose. Mais pour créer des activités agricoles et agro-industrielles suffisamment solides et pouvant bénéficier des économies d’échelle importantes pour assurer une rentabilité sur l’investissement suffisante pour être réinvestie dans la recherche et le développement, à savoir un modèle similaire à la canne à sucre, il faut un marché.

Le marché local de la pomme de terre est de 20 000 tonnes, et non de 600 000. Sans un marché important et à un prix rémunérateur, je crains qu’il y ait peu de cultures pouvant être suffisamment compétitives pour rivaliser avec les grands producteurs agricoles mondiaux, tels que le Brésil, l’Australie ou l’Argentine.



Et rivaliser avec le sucre…

Evidemment.

L'Express 21 juillet 2004

LE SUCRE DEVIENT AMER
vive la canne ! 

La proposition Fischler, tout en étant un coup dur pour Maurice, pourrait bien être un « blessing in disguise ». On peut exploiter le potentiel de la canne à sucre autrement. Mais cela ne pourra se faire que si les bonnes orientations sont prises immédiatement. Et... si le financement de la diversification suit.

 

«La canne est une culture d’avenir, je le dis depuis de nombreuses années, » explique Jean Claude Autrey, le directeur de la Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI). L’affirmation paraît déplacée au moment où l’Union européenne (UE) boucle sa réforme du secteur sucre. Avec à la clé, une baisse de son prix d’achat de 37 % d’ici 2 007. Ce secteur à Maurice a-t-il donc un avenir malgré cette menace ? Certainement. Et son salut réside justement dans l’exploitation de la canne.

Bien qu’entouré de champs de canne à sucre, le Mauricien connaît mal le potentiel de la plante. Car, au-delà de la seule production de sucre, elle peut servir à fabriquer éthanol, énergie, alcool, plastique biodégradable, protéines unicellulaires et produits pharmaceutiques et chimiques. Il faut aussi exploiter cette énorme biomasse d’environs 5 millions de cannes générées annuellement.


L’éthanol : carburant de demain


Cela se fait déjà depuis des années. La bagasse, sous-produit de la canne, est utilisée par la totalité des usines sucrières pour générer de l’énergie pendant la coupe. La centrale thermique de Belle-Vue, opérationnelle depuis 2000, en a fait l’un de ses deux combustibles principaux, avec le charbon.

Mais cette utilisation reste peu développée. Jean Claude Autrey, le directeur du MSIRI, foisonne d’idées sur l’évolution dans ce domaine. « À côté des cannes à haute teneur en jus et en saccharose, dites high quality canes, on va également devoir élaborer des variétés qui auront des taux de fibre de 19 % ou plus. Des energy canes. Celles-ci permettront non seulement de produire du jus mais également plus de bagasse pour produire de l’énergie ». Une variété de canne, disposant de jusqu’à 30 % de fibre, pourrait même être introduite d’ici 5 ans pour augmenter la production d’énergie à partir de la bagasse. Cette variété ne servira pas à faire du sucre mais de l’éthanol et du rhum.

La fibre est utile mais le jus de la canne est un produit bien plus précieux qu’on ne l’imagine. Car elle sert également à fabriquer un carburant écologique : l’éthanol. « Il faut remettre en question la thèse qui consiste à dire qu’il n’est pas économique de produire de l’éthanol à Maurice. Si le Brésil peut le faire, nous pouvons le faire », pense Kailash Ruhee, partner chez De Chazal Du Mée.

Le coût de production est pour le moment prohibitif à Maurice. Un litre d’éthanol coûte environ Rs 11 alors que les producteurs les plus compétitifs au monde le font pour Rs 4. Mais les perspectives d’avenir dans le domaine sont alléchantes.

En 2010, l’Europe devra se conformer au protocole de Kyoto, contraignant les voitures européennes à utiliser 20 % d’éthanol comme carburant non polluant. Si, entre-temps, les États-Unis signent le protocole, la production d’éthanol pourrait connaître un autre boom assuré et trouver instantanément un nouveau marché très porteur. C’est la matérialisation de l’énergie verte.

Mais déjà, bien avant 2010, le jus de la canne peut trouver d’autres utilités. Comme matière première pour la fabrication de rhum agricole. Ceci n’a rien à voir avec le rhum local que nous connaissons. « Notre rhum n’est même pas classé comme tel en Europe. Le vrai rhum agricole se vend plus cher qu’une bonne bouteille de whisky. C’est un marché potentiel de 450 millions de personnes », explique Kailash Ruhee. Le secrétaire général de la Chambre d’Agriculture est moins enthousiaste. « Trop niche » comme produit.


Utopique de concrétiser ces projets maintenant


À côté de ces produits assez conventionnels. D’autres productions pourraient naître. « Les solvants issus des distilleries d’éthanol et l’energie de la bagasse permettront la fabrication de bio-plastique et de produits pharmaceutiques », s’enthousiasme Jean Claude Autrey. Les outils de biotechnologie, dont le génie génétique, feront avancer ces projets. Ils pourraient d’ailleurs être mis en oeuvre vers 2010 ou 2 012.

Concrétiser tous ces projets semble toutefois utopique pour l’heure. Car rien ne se fera sans les moyens financiers appropriés et une recherche adaptée. Sans oublier une volonté commune de l’État et du secteur privé de se lancer dans une vraie réforme en profondeur de l’industrie du sucre.

Le Sugar Sector Strategic Plan (SSSP) suit son chemin, à petit pas. Mais les développements notables sont intervenus presque exclusivement dans l’amélioration de la productivité des usines et la compression du personnel. Plus grave encore, certains dossiers stagnent.

Le rapport de la Task Force sur les produits de la canne dort quelque part dans un tiroir du ministère de l’Agriculture depuis mars 2003. Occupé à d’autres tâches, le ministre Nando Bodha, semble l’avoir oublié.

Autre turpitude ou volonté de trop faire. Les investissements massifs - Rs 360 millions - dans un centre de biotechnologie. « Je trouve cela aberrant qu’on mette en place un centre de biotechnologie quand le MSIRI a déjà un centre de ce type que tout le monde considère comme ayant un potentiel certain », questionne Kailash Ruhee.

Encore une mauvaise idée. Le feu vert donné au projet de centrale thermique de St Aubin, fonctionnant uniquement au charbon. On dit une chose dans le SSSP : « générer le plus d’énergie possible à partir de sources renouvelables, en particulier la bagasse », mais on fait le contraire. « La prochaine centrale thermique aurait dû utiliser exclusivement de la bagasse », pense le secrétaire général de la Chambre d’Agriculture.

À côté d’un gouvernement par moment mal appliqué sur les idées concrètes de diversification, on trouve un secteur sucrier très préoccupé par la question d’une éventuelle compensation que l’UE distribuerait aux producteurs de sucre lésés des pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Ce secteur omet d’accorder l’importance et le lobbying qu’il se doit à l’obtention d’une aide maximale à la restructuration et à repenser l’industrie de la canne à Maurice.

La réforme proposée par l’Union européenne prévoit des programmes d’aide, avec des financements du Fonds européen de développement, pour permettre « d’améliorer la qualité et la productivité des secteurs sucriers et aider à la diversification, dans les cas où l’amélioration de la compétitivité n’est pas possible ». Maurice a énormément besoin de financement pour traduire tous ces projets de biomasse et de co-génération en réalité.

Ils permettront d’abord à la recherche de trouver les moyens de mieux adapter les technologies les plus intéressantes au contexte local. Mais l’évolution passe également par des alliances stratégiques.

« On doit multiplier les partenariats stratégiques qui nous permettront de nous associer à ceux qui maîtrisent soit la technologie ou alors les filières pour faire connaître et commercialiser les produits que nous fabriquerons à partir de notre industrie de la canne », augure Kailash Ruhee.

C’est valable pour le marketing et la vente d’un nouveau rhum agricole que Maurice pourrait lancer, comme pour les produits pharmaceutiques qui pourraient sortir demain des usines mauriciennes. Les partenaires sont même déjà identifiés dans certains cas. « Depuis 1998, nous avons pris contact avec la firme Metabolix, aux États Unis, pour la production de plastique biodégradable qui peut être entrepris par un transfert de technologie dès qu’on le jugera nécessaire », explique le directeur du MSIRI qui préside également le comité de recherche sur le sucre des pays ACP.


Donner de la valeur ajoutée


Et le sucre dans tout cela ? Et bien, il ne disparaît pas de l’histoire. Car il serait irrationnel de cesser la production de sucre tant que l’apport conjugué de quotas garantis, de prix préférentiels et de coûts de production contrôlés permettent encore au secteur d’être compétitif à l’exportation. « Il faut lui donner de la valeur ajoutée », pensent Kailash Ruhee et Jean Claude Autrey. L’exportation de sucres spéciaux, organiques ou biologiques, est plus rémunératrice; cette production pourrait donc prendre de l’essor.

Prenons donc un horizon pas si lointain, disons 2020, pour savoir ce que pourrait alors ce secteur . La canne sera cultivée sur une plus petite superficie totalement épierrée et mécanisée, aux endroits les plus propices et les plus productifs. Les espaces libérés étant dédiés à d’autres cultures : horticole, plantes médicinales, huiles essentielles, production mixte de cerfs et d’autres plantations, comme le palmier, sur les mêmes espaces.

L’imprévisibilité ambiante et la conjoncture internationale complexe dissuadent Jean Noël Humbert de faire des prévisions. Alors que d’autres prédisent l’avènement d’une « industrie biotechnologique viable basée sur la canne à sucre comme matière première principale ».

Toutefois pour que cette vision se traduise dans la réalité, les bonnes orientations doivent être prises dès maintenant.


L'Express 18 juillet 2004