Le GMO Bill débattu à l'assemblée nationale La "résistance" anti-OGM s'organise


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Huit associations ont signé, en fin de semaine, une Protestation commune réclamant le retrait immédiat du Genetically Modified Organisms Bill qui est débattu à l'Assemblée nationale, depuis mardi dernier. Il s'agit de Lalit, l'Institute for Consumer Protection (ICP), le Mouvement pour l'autosuffisance alimentaire, Ledikasyon pu Travayer, la Rodrigues Government Employees Association, le groupe ABAIM, le Muvman Liberasyon Fam et la Federation of Pre-School Playgroups. Moins radicale, l'Association des consommateurs de l'île Maurice (ACIM) demande plutôt le report des discussions parlementaires sur cette question en vue d'un "débat élargi" dans la société civile. Une lettre en ce sens sera adressée au Premier ministre et au ministre de l'Agriculture cette semaine, a indiqué Jayen Chellum qui espère rencontrer Nando Bodha, demain. L'Opposition souhaite, elle, la publication d'un Livre Blanc sur la question, avant de faire voter la loi.

"Jusqu'à présent, les débats ont été orientés principalement par le MSIRI qui n'est pas désintéressé", puisque déjà engagé dans des recherches sur la transgénèse, fait ressortir le porte-parole de l'ACIM. Ce dernier estime qu'il faut aussi entendre la voix des organisations non-gouvernementales, y compris des instances internationales qui n'ont pas d'intérêt dans la biotechnologie. Il y va, dit-il, de l'intérêt national, étant donné "l'impact énorme" de cette nouvelle technologie sur l'environnement et sur l'économie du pays. "Le plus inquiétant, c'est que les recherches sont déjà faites et que cette loi permettra aujourd'hui d'expérimenter la culture des OGM dans les champs", relève, par ailleurs, Jayen Chellum. Ce dernier craint l'impact, notamment de la pollinisation croisée, sur une île aussi petite que Maurice, d'autant que celle-ci n'est pas à l'abri de cyclones ou autres bouleversements climatiques. Pour conclure, le président de l'ACIM recommande au gouvernement de "jouer le principe de précaution dans ce débat" pour éviter un retour de manivelle sur ce dossier brûlant à l'avenir.

Du côté de Lalit, la position est plus radicale. Cette législation est « une invitation à la catastrophe ", soutient Lindsey Collen en égrenant les menaces de la biotechnologie. D'abord, sur le plan de l'agriculture. "De récentes études aux États-Unis indique la contamination des surfaces agricoles - à travers la pollinisation notamment - est plus important qu'on ne le pensait", dit-elle. Parmi les autres risques évoqués par la militante altermondialiste : l'infestation de la nature par les OGM et les conséquences "imprévisibles" de la consommation des aliments transgéniques sur la santé de l'homme. "Le problème, à la base, c'est que l'on n'applique pas de precautionary principles aux OGM, comme c'est le cas dans le domaine pharmaceutique, où il faut prouver la sécurité d'un nouveau médicament avant qu'il soit commercialisé", dit-elle.

MAA : "manque de volonté politique pour amorcer un débat avec la société civile"

Lindsey Collen évoque de même les risques politico-économiques, dénonçant "la prolifération de la technologie transgénique" par "une poignée de multinationales qui ne sont redevables à personnes". La clause de confidentialité prévue dans le Genetically Modified Organisms Bill laisse présager, selon elle, que le contrôle sur les recherches et la technologie, ne sera pas fait "de façon démocratique", Par ailleurs, "la plupart des OGM sont résistants à des herbicides ou à des insecticides", ce qui, soutient Lindsey Collen, favoriserait l'utilisation de plus de produits chimiques. Elle n'adhère surtout pas à l'argument humanitaire selon lequel les OGM permettraient de résoudre le problème de la famine dans le monde. "C'est un pur mensonge et complètement superficiel !" , soutient la porte-parole de Lalit. "En fait, il y a plus qu'il n'en faut pour nourrir le monde entier. Le problème est celui de la distribution alimentaire", ajoute-t-elle. Lalit regrette enfin que Maurice n'ait pas su saisir l'opportunité que lui offrait son insularité, pour s'affirmer comme une zone "GMO-free".

Même discours, avec quelques nuances, chez le Mouvement pour l'autosuffisance alimentaire. Celui-ci déplore surtout l'absence d'une volonté politique "pour amorcer un débat en toute légitimité avec la société civile pour arriver à un consensus sur la question". Dans un communiqué en date du 16 mars, cette association a exprimé par ailleurs de sérieuses réserves sur les OGM en général et a demandé l'inclusion, dans le GMO Bill, du principe de précaution. "Il est bon de rappeler que 70% des OGM produits ne sont pas conçus pour améliorer la valeur nutritive des espèces végétales. La recherche menée en 1999 par le ministère de l'Agriculture des USA sur les 8000 parcelles expérimentales, a prouvé que le soja génétiquement modifié de Mosanto produit moins de grains que les variétés traditionnelles et est plus dépendant des herbicides produits par les mêmes transnationales", cite Eric Mangar. Il a déploré "la totale dépendance des petits producteurs agricoles vis-à-vis des gros multinationaux", du fait que la plupart des plantes transgéniques ne peuvent produire des semences.

L'influence des multinationales dénoncée

En fin de semaine, un mouvement de résistance s'organise sous l'impulsion de Lalit, avec l'élaboration d'une Protestation commune contre les OGM. Celle-ci a été signée, à ce stade par huit associations, dont la MAA qui durcit ainsi sa position par rapport au projet de loi. Parmi les arguments mis en avant par les signataires pour demander le retrait du GMO Bill : la contamination de l'agriculture non-OGM par les cultures transgéniques, les risques de modification de l'écosystème, les effets imprévisibles des OGM sur la santé de l'homme, le monopole des multinationales sur les semences. De manière générale, les associations s'inquiètent pour la sécurité alimentaire dans le monde et craignent les effets multiplicateurs des cultures transgéniques sur l'environnement. Concernant Maurice, le document fait état du risque d'un "boycott populaire" de notre sucre par les Européens en raison des recherches sur la canne transgénique. "Etan donné ki Repiblik Moris konstitye par enn seri Lil ek Arsipel, nu ena posibilite enn lagrikiltir vreman GMO-free avek enn gran valer komersyal", soutiennent ces signataires. Celles-ci demandent, au contraire, que seuls les produits étiquetés "GMO free" soient autorisés à l'importation. Enfin, toute recherche en biotechnologie, doit être entreprise par l'État, et ce, "sans aucune influence et sans aucun financement du secteur privé ou des multinationales", insistent les militants anti-OGM.

Bhagwan : oui à la loi, mais il ne faut pas sous-estimer les risques…

À l'assemblée nationale, de même, les avis sont plutôt mitigés sur la question des OGM. Si le ministre de l'Agriculture et le ministre de l'Environnement ont défendu le projet de loi en insistant sur l'urgence de réglementer ce secteur, ils n'ont pas non plus nié qu'il y avait des risques associés à la culture trangénique. Le GMO Bill, a expliqué Nando Bodha, a pour objectif, avant tout, d'assurer la sécurité des consommateurs, à travers un contrôle de l'importation des aliments transgéniques. Par ailleurs, un étiquetage approprié des produits importés permettra au public de faire des choix avisés, a-t-il ajouté, en annonçant une campagne d'information sur les OGM. Il a rappelé que Maurice étant un "net food importer", des aliments génétiquement modifiés étaient déjà présents sur le marché local notamment, à travers enzymes dérivés d'OGM utilisés dans les produits de consommation courante. Le ministre de l'Agriculture a enfin répondu à ses détracteurs en soutenant que ce projet de loi n'était pas "pushed forward so as to promote commercial interests and large-scale cultivation". Son collègue de l'Environnement, Rajesh Bhagwan a également mis en avant le potentiel de cet outil de biotechnologie en arguant que Maurice ne pouvait se permettre de "lag behind in taking advantage of a technology which could revolutionarise our agriculture". Bien que soutenant le projet de loi, il a reconnu qu'il ne fallait pas sous-estimer les "risks to health, biodiversity and the environment". D'où l'importance d'appliquer le principe de précaution dans ce domaine, et la nécessité d'élaborer des plans d'urgence pour parer à "any potential risk linked to activities involving GMO's".

Trois autres députés ont exprimé leur opinion sur le projet de loi, mardi dernier : Sunil Dowarkasing, de la majorité et les travaillistes Arvind Boolell et James Burty David. Ces deux derniers orateurs ont insisté sur les risques liés aux OGM et ont mis en garde contre la mainmise des multinationales dans ce marché, en arguant qu'il n'y avait pas lieu de se précipiter pour voter ce projet de loi. "En raison des propos les plus divergents de la communauté scientifique internationale, nous devons faire preuve de grande prudence en la matière et non pas livrer le pays aux multinationales qui veulent contrôler l'agriculture et l'économie", a déclaré James Burty David, en fin de semaine. L'Opposition demande, par ailleurs, au gouvernement de publier un livre blanc sur la question "afin de susciter un large débat avec les planteurs, les scientifiques, les consommateurs avant de prendre des décisions en tout état de cause". La manipulation génétique, dit-il est "trop jeune pour que l'on ose risquer ainsi la santé, l'environnement et l'économie en jouant à la roulette russe". Les débats parlementaires sur le projet de loi se poursuivront mardi prochain, avec une dizaine interventions dont celle du ministre de la Pêche, Sylvio Michel, réputé pour être opposé aux OGM…


Le Week End 21 mars 2004

 

OGM Ils sont parmi nous...

 

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OGM ? On gère mal. Qui dit transgénique suppose inconnu. Faut-il s’en méfier ? Quels en sont les bienfaits ? Questions légitimes pour ne pas ingurgiter à tout vent.

C’est un fait. Les Mauriciens consomment des produits issus d’Organisme génétiquement modifié (OGM) à leur insu depuis belle lurette. Les aliments dérivés de ces produits ont envahi les supermarchés depuis des années. Le Dr Jean-Claude Autrey du MSIRI (qui a déjà produit une canne transgénique) se joint aux politiciens pour l’affirmer.

Toutefois, chercher à identifier les produits à base d’OGM sur les rayons s’avère aussi difficile que chercher une aiguille dans une botte de foin. Seuls les producteurs européens sont tenus d’indiquer, sur la liste de leurs ingrédients, s’ils en ont utilisé. Les notices d’indication d’OGM ne peuvent être trouvées que sur des boîtes de biscuits ou de barres céréalières venant d’Europe. Encore s’il s’agit d’une denrée rare car le consommateur européen boude les OGM et le producteur ne compte donc que sur la possibilité que la liste des ingrédients ne soit pas consultée.

Pour les producteurs d’autres pays, incluant l’Amérique, éviter d’en faire mention s’avère plus judicieux. Ceux qui ne veulent pas des OGM dans leur assiette se retrouvent donc face à un problème insoluble : comment s’assurer que les aliments à base de maïs, de colza ou de soja qu’ils achètent n’en contiennent pas ? Eviter les produits qui ne viennent pas des pays de l’Union européenne n’est pas une précaution suffisante. A titre d’exemple, un boulanger mauricien qui utilise de la levure OGM ne l’indiquera pas sur le pain qu’il vend ! Pour ce qui est des fruits et légumes, ils ne contiennent pas d’OGM mais on ne peut pas ne consommer que ça.

Les OGM se trouvent aujourd’hui presque partout et la plupart du temps de façon cachée. Comment savoir si la boisson alcoolisée importée ou fabriquée localement ne contient pas des OGM ? Il peut y en avoir dans les enzymes du type amylase utilisées pour la fabrication de bière, d’alcool, de pain, de sirops de maltose et de glucose. Souvent, le fabricant lui-même l’ignore. Sa matière première peut provenir d’un pays qui n’indique pas l’emploi des OGM.

Le gouvernement a déjà promulgué des réglementations, à travers le Food Act, pour que tout produit alimentaire importé indique s’il a été produit à base d’OGM. Mais Maurice ne dispose pas de laboratoire pour identifier les produits qui en contiennent. Elle compte toutefois s’équiper afin de prévenir la commercialisation de produits étiquetés comme non-transgénique alors qu’ils ne le sont pas. Mais l’entrée en opération du laboratoire n’est pas prévue pour bientôt.

Quoi qu’il en soit, le problème reste entier car la plupart des Mauriciens ne savent pas ce que veut dire OGM. Pour corser le tout, ces produits ne sont ni moins chers, ni de meilleure qualité que les produits «normaux». Les aliments OGM n’ont, jusqu’à preuve du contraire, tué personne. Leur nocivité n’a d’ailleurs jamais été prouvée.



Qu’est-ce qu’un OGM ?

Qu’est-ce que ces OGM dont on parle depuis que le Parlement a adopté un texte de loi pour réglementer sa production à Maurice ?

Ce sont des êtres vivants (plantes ou animaux) ayant subi l’introduction, le retrait ou la réparation d’un gène supplémentaire. Cette manipulation génétique a pour but de rendre la plante plus résistante aux maladies et aux herbicides. Elle peut aussi la rendre plus productive.

Pour les grands laboratoires, c’est le besoin d’un plus grand rendement face à l’accroissement de la population mondiale qui rend nécessaire le développement des plantes transgéniques.

Du maïs OGM a été mis sur le marché, surtout en Amérique et au Canada, depuis des années sans qu’aucun incident fâcheux quant à sa consommation ne soit dénoncé. Malgré tout, la méfiance née en Europe gagne maintenant l’Amérique. Cela, à cause de certains incidents qui ont fait la une de la presse internationale.

En 2000, la compagnie franco-allemande Aventis CropScience créé le maïs transgénique Starlink. Le gène introduit dans ce maïs, le Cry9C, est un allergène et le Starlink est interdit à la consommation. Il ne sera utilisé que pour la préparation de nourriture animale.

Trois ans plus tard, le scandale. Le Cry9C est retrouvé dans des aliments préparés à partir de maïs transgénique autre que le Starlink. On ne s’explique pas cette contamination. La méfiance s’amplifie quand on apprend que des champs de plantes tansgéniques ont «contaminé» des champs non transgéniques. Un problème de bio-sécurité énorme.

Les protestations vont jusqu’à la destruction des champs de légumes ou céréales transgéniques. Les Etats-Unis arrivent difficilement à exporter ces produits vers l’Europe et parlent de boycott commercial.

L'Express 27 mars 2004