L'aménagement du parcours de golf de Kerzner International sur l'île-aux-Cerfs


Retour

L'aménagement du parcours de golf de Kerzner International sur l'île-aux-Cerfs a commencé, depuis bientôt trois mois. Peu de changements sont encore visibles, sur l'îlot, et les habitués continuent à vaquer à leurs activités habituelles. Kerzner International, connu auparavant comme Sun International, se veut rassurant sur les impacts minimum du projet sur l'environnement et l'espace public. Mais si une partie des marchands qui opèrent sur l'îlot sont optimistes, d'autres opérateurs ne cachent pas leurs inquiétudes. Et de nombreux touristes, friands d'îles désertes, disent franchement leur déception devant le changement irréversible qui s'opère à l'île-aux-Cerfs.

Mercredi 18 septembre. Il est midi sur l'île-aux-Cerfs et le soleil brille timidement derrière de gros nuages. Mais sur la plage, des dizaines de visiteurs, principalement des touristes européens et quelques Indiens se prélassent sur le sable fin. Ils sont venus, dans des catamarans ou des bateaux rapides qui se balancent langoureusement à l'ancre. La réputation paradisiaque de l'îlot n'est plus à faire et, malgré sa fermeture partielle les visiteurs continuent d'affluer. Ils ne se doutent pas que l'îlot est en train de subir un profond changement.

En effet, des clôtures de sécurité ont été érigées pour la rénovation de l'un des deux restaurants, aux abords de la plage principale, noire de monde à midi. Mais c'est dans la forêt que tout se passe. A quelques centaines de mètres vers le Sud-Est et surtout au centre de l'îlot, le sol a été retourné, les arbres ont été abattus et le parcours de golf prend forme. Les visiteurs qui s'aventurent sur la côte exposée au vent peuvent s'en rendre compte. Et cela les dérange considérablement.

« Je ne savais pas qu'il y avait un tel projet. C'est dommage ", lâchent Sylvia et Daniella, deux jeunes touristes suisses. Elle a découvert l'îlot et sa côte est,déserte et battue par les vents dominants. « Le parcours de golf va certainement gâcher cette nature magnifique et sauvage ", ajoutent-elles, déçues. Pour Karim et Kaina, un couple de parisiens en vacances, « un terrain de golf, sur cette île, n'apportera rien de bon ". « C'est une île sauvage et c'est ce que nous aimons. C'est très dommage pour la nature ", soutient Karim. Pour Kaina, il y a déjà des terrains de golf dans d'autres hôtels mauriciens. Elle s'étonne : « je trouve cela assez bizarre que quelqu'un sorte de son hôtel où il y a déjà un terrain de golf, prenne un bateau pour venir jouer au golf ici ".

Mais Kerzner International ne s'en émeut pas. Pour le groupe hôtelier une chose est claire : le projet a un côté « élitiste " indéniable. Pas de place pour les touristes à petit budget, donc. Et cela Ronald, qui vient d'Allemagne, l'a compris puisqu'il lance, un peu amer : « un terrain de golf laisse sous-entendre que l'île va accueillir une clientèle d'élite. Les riches seulement ".

Pourtant pour Cécile et Fabrice, de Nice, en France, le projet ne semble pas plus attrayant. Le golf, ils connaissent, cependant, eux qui habitent dans une des régions les plus chics et les plus touristiques d'Europe. « Le golf, ça n'est pas si mal, mais qui dit aménagement de terrain de golf, dit développement touristique derrière ", dit Cécile. Pour Fabrice, trop de développement touristique sur l'île-aux-Cerfs serait dommage. « Sur cet îlot, il vaudrait mieux qu'il n'y ait pas de construction ", note le Niçois.

Erick et Shania viennent eux du Pays de Galles, en Grande-Bretagne. Ils estiment qu'il y a suffisamment de parcours de golf à Maurice. « Il faudrait laisser cet îlot tel quel ", pensent-ils.

Elaine et Gary, d'Afrique-du-Sud, connaissent l'île-aux-Cerfs. « L'îlot devient de plus en plus commercial. Il y a cinq ans, nous sommes venus et c'était les plaisirs de la plage uniquement, mais aujourd'hui tout a changé et selon moi, un terrain de golf va contribuer à rendre l'île encore plus commerciale ". Pour Céline et Jean-Thomas, c'est même pire : « C'est notre première visite à Maurice et nous sommes très déçus par ce qui se passe sur cette île. Nous sommes venus par catamaran et c'est très commercial. L'agence en question nous a presque escroqués. Concernant le terrain de golf, nous pensons que ce n'est pas sa place sur cette île. Il faudrait interdire toute construction là ".

Jardin de Trou-d'Eau-Douce

L'île-aux-Cerfs est aussi le jardin des habitants de Trou-d'Eau-Douce, le village le plus proche. Durant des années les gens venaient y pique-niquer. Mais ils ne reconnaissent plus leur îlot. Ainsi, pour Tino Lacour, 64 ans, restaurateur, propriétaire de bateaux de Trou-d'Eau-Douce et ancien pêcheur, l'îlot et sa région ont drôlement changé. M. Lacour affirme que l'aménagement du parcours de golf constitue « un crime atroce que la nature est en train de subir ". Pour lui, la « destruction de plus de 3 000 arbres " va provoquer la disparition des oiseaux et des tortues et l'îlot va « perdre son cachet naturel ". Il dit que des arbres fruitiers qui se trouvaient sur l'îlot ont également été rasés. « C'est dommage qu'il n'y ait pas de sanction contre un tel saccage, c'est un dégât irréparable. C'est la nature qui est en train de payer le prix et nous, nous allons en payer les conséquences ", déclare-t-il avec amertume.

Randol Lacour est le fils de Tino Lacour et il est, lui aussi, propriétaire de bateaux. Il effectue des transferts en bateau rapide sur l'îlot. Il affirme que depuis que les travaux ont débuté sur l'île-aux-Cerfs, plusieurs agences de réceptifs ont cessé d'y emmener des clients. « Ils ne veulent pas que leurs clients soient dérangés par le bruit des machines. Mais il y a certains touristes qui se rendent sur l'île malgré tout, parce qu'ils ont beaucoup entendu parler de l'îlot ", dit-il.

Randol Lacour est cependant plus optimiste que son père, affirmant qu'il croit fermement dans le projet d'investissement pour l'aménagement du terrain de golf. « Je pense que c'est une bonne chose, il doit y avoir des développements et il y a un prix à payer pour le développement ", explique-t-il. Le président de la Beach Hawkers Association de l'île-aux-Cerfs, José Lebrasse, soutient, lui aussi, qu'il est « optimiste concernant le projet de golf et l'avenir des beach-hawkers de l'île-aux-Cerfs ". « Le développement sur cette île est à notre avantage. Il y a de la place pour les touristes qui veulent savourer le sable fin et les plages et il y a également de la place pour ceux qui veulent jouer au golf. Sans oublier, qu'il y a des gens qui aimeront faire les deux ", affirme-t-il.

Pour Jérôme Sarde, un autre marchand de plage, « le développement doit se faire ". « Tout le monde doit pouvoir tirer un bénéfice d'un tel développement ", affirme-t-il. M. Sarde soutient que plus de 90 % des familles de Trou-d'Eau-Douce et sa région ont des enfants ou des proches qui sont employés dans le secteur touristique et plus particulièrement par la société Kerzner International. « Si pas ti énan l'hôtel et pas ti-énan développements, couma nou ti pou faire pou gagne nou la vie ", laisse-t-il échapper.

Toutefois, M. Sarde reconnaît que, depuis quelque temps, il n'y a pas trop de touristes sur l'île. Selon lui, c'est surtout dû aux travaux (surtout ceux concernant la rénovation de l'un des deux restaurants) qui sont en cours. Selon Joël Cotte, un autre propriétaire de bateaux de la région, le travail n'est plus comme avant. Il estime que la situation se complique pour les beach -hawkers. « Trade Licence inn monté et nou péna touriste couma avant, situation pé vinne difficile pou nou. Lors 35 opérateurs bateaux, seulement 10 qui pé travaillent parcequi péna clients ", déclarent M. Cotte, ajoutant que l'île « sera probablement privatisée ".

Pour René Franchette, un propriétaire de quatre bateaux et qui doit dépenser environ Rs 24 000 mensuellement en divers frais, la situation s'avère également très difficile. « L'avenir pou très difficile. Nou métier pé alle teigne et manière pé allé, nou pou bizin vanne bateau et quitte l'île allé et sa même banne autorités pé oulé ", indique M. Fanchette. Avec les changements en cours à l'île-aux-Cerfs, il soutient que « les Mauriciens sont en train de devenir des étrangers dans leur propre pays ".

S'ils sont partagés sur la pertinence du projet d'aménagement, la plupart des opérateurs voient plutôt d'un bon oeil le fait que l'îlot sera transformé. « Mais c'est dommage que l'on n'aura plus le choix d'aller se perdre dans la forêt en bonne compagnie ", plaisante un habitué de l'îlot.

Pas de choix

Et c'est justement cette absence de choix, mais aussi les implications écologiques du projet qui font l'objet des plus vives critiques. La construction du parcours de golf nécessite un déboisement d'environ 20 hectares des 87 hectares de l'îlot. Les espèces endémiques souffriront, même si, comme le dit Kerzner International, « elles seront autant que possible laissées intactes, et seront éventuellement déplacées si elles ne peuvent être intégrées à l'architecture du parcours ". Le groupe hôtelier donne des garanties : reboisement assuré, aménagement de la partie « inexploitée " de l'îlot, accès public garanti, mangrove inviolée, irrigation scientifique, etc. Mais le groupe avoue qu'il est « difficle de donner le dosage des fertilisants ".

Pour les moins optimistes, le doute demeure. Les parcours de golf, à travers le monde, utilisent, en effet, un important volume de produits chimiques pour la pousse du gazon. Ces produits peuvent constituer une menace pour l'environnement, notamment s'ils s'infiltrent dans le lagon. Or, l'îlot se trouve en plein lagon. En 1998, lorsque le projet fit surface, les experts du centre de recherches du ministère de la Pêche, à Albion, avaient émis de fortes réserves concernant le projet. Les pêcheurs de Trou-d'Eau-Douce et de Grande-Rivière-Sud-Est (GRSE) s'étaient fortement mobilisés, craignant pour leur zone de pêche. Les écologistes et de nombreux Mauriciens de tous milieux dénonçaient, eux, le recul de l'espace public. Cette année, le paysagiste français Gilles Clément, familier de Maurice, n'a pas hésité à qualifier le projet de parcours de golf sur l'île-aux-Cerfs d'« idée folle, coûteuse et dangereuse ". Entre-temps, les pêcheurs de Trou-d'Eau-Douce et de GRSE ont fait taire leurs critiques - à souligner qu'ils ont été rondement dédommagés. Les menaces pour le lagon et la pêche en général ont-elles disparu comme par enchantement ?


Un projet contesté dès le début

Le projet de parcours de golf sur l'île-aux-Cerfs a vu le jour en 1998 mais il a tout de suite été contesté, pour des raisons essentiellement écologistes mais aussi économiques, par de nombreux opérateurs de bateaux de plaisance, par des pêcheurs de Trou-d'Eau-Douce mais également par des experts et, sur le terrain politique, par le Mouvement Républicain (MR). Le projet a entre-temps obtenu son environment impact assessment (EIA) et a pu démarrer en juillet dernier.

C'est le MR qui s'est durablement opposé au projet de golf, à travers des manifestations géantes sur l'îlot mais aussi devant les tribunaux, pendant trois ans. Finalement, en 2001, le MR a perdu un appel effectué auprès du Tribunal de l'Environnement contre Sun International (aujourd'hui Kerzner International), ce qui a, techniquement, ouvert la voie à la réalisation du projet.

Rappelons cependant que, selon un document rédigé en octobre 1998, le Albion Fisheries Research Centre (AFRC) du ministère de la Pêche avait émis de profondes réserves par rapport à l'impact du projet sur l'île-aux-Cerfs. Les experts du centre d'Albion avaient surtout mis l'accent sur la protection du lagon, la fragilité du milieu naturel et les intérêts de la communauté de pêcheurs de Trou-d'Eau-Douce et de Grande-Rivière-Sud-Est. Le document mentionnait l'existence d'une fishing reserve à Beau-Champ Channel, à proximité de l'île-aux-Cerfs, où l'on trouve une grande diversité d'espèces marines, qui est une pépinière pour les crabes, les langoustes, les huîtres et qui, selon l'AFRC, souffrira de l'impact des travaux (tuyaux pour l'irrigation du golf…).

D'autre part, l'AFRC avait mis l'accent sur la « vulnérabilité " des 194 pêcheurs de Trou-d'Eau-Douce et Grande-Rivière-Sud-Est. L'AFRC mentionnait également l'importance des palétuviers qui existent autour de l'île-aux-Cerfs (jusqu'à 50 mètres à l'intérieur de l'îlot, sur le versant ouest). Selon le MR, des palétuviers uniques, des fougères et des veloutiers verts et blancs seraient directement menacés par les travaux pour l'aménagement du golf (le MR se base sur l'expertise de spécialistes mauriciens familiers des lieux), même si le groupe hôtelier affirme de son côté le contraire. En effet, Kerzner International a promis de sauvegarder la mangrove, dans son projet. Le MR se dit également inquiet des effluents, de l'accès à la plage ou encore du sort des pêcheurs de la région. Mais le MR insiste surtout sur le fait que le volume de produits utilisés pour obtenir un gazon aux normes internationales, serait très nocif pour l'environnement.

Outre celles du MR ou du AFRC, d'autres critiques se font entendre. Ainsi, le paysagiste français Gilles Clément qui avait, en 1999, rédigé un rapport sur le jardin de Pamplemousses, a dénoncé, fin juin dernier sur la chaîne française France-Inter, ce qu'il a appellé la « dévastation écologique " de Maurice. M. Clément n'a pas hésité à qualifier le projet de parcours de golf sur l'île-aux-Cerfs d'« idée folle, coûteuse et dangereuse ".

Mais aujourd'hui, tout le monde semble satisfait des garanties données par Kerzner International. Ainsi, les pêcheurs de Trou-d'Eau-Douce et de GRSE, sont impliqués dans le projet. Ils ont touché des indemnités. Le ministère de la Pêche avait, quant à lui, émis un avis favorable au projet du groupe hôtelier, dès septembre 2001.

Le groupe hôtelier avait donc, en février 2002 déjà, entrepris un premier survey technique sur l'île-aux-Cerfs dans le but de « délimiter le tracé du parcours de golf ". L'abattage des arbres a débuté en juillet dernier sur l'île-aux-Cerfs. Les premiers mille arbres ont été coupés sur les quelque 5 000 que contient l'îlot. L'un des deux restaurants de Sun Resorts sur l'île-aux-Cerfs est, quant à lui, fermé depuis le 1er juillet dernier. Mais le public continue toujours d'affluer sur les plages de sable fin de l'îlot.


La carte du golf

Le gouvernement a donné le feu vert à l'aménagement d'autres parcours de golf, dans le Nord, l'Ouest, le Sud, et l'Est de Maurice. Le ministère du Tourisme et des Loisirs a fait appel à l'expertise de spécialistes étrangers pour évaluer les projets de parcours de golf, à Maurice. Un rapport sera soumis d'ici à novembre prochain et une carte de Maurice du golf sera alors élaborée. Trois experts européens visitent les différents sites qui devraient accueillir les parcours de golf. Les sites déjà identifiés se trouvent au Morne, à Wolmar, à Bel-Ombre et dans le nord.


Kerzner Int. mise gros sur l'île-aux-Cerfs

L'aménagement, sur l'île-aux-Cerfs, d'un parcours de golf international de 18 trous, figure parmi les principaux projets de développement du groupe Kerzner International (auparavant appelé Sun International). Le parcours de golf s'étendra sur 6562 mètres. Ce parcours sera accessible uniquement par le lagon, « offrant à la fois un cadre paradisiaque et une architecture techniquement stimulante et promet d'attirer une clientèle élitiste séduite par son caractère exclusif ". Les travaux de construction devraient se terminer en septembre 2003 et le coût du projet s'élève à environ Rs 345 millions.

Ce projet coïncide avec le développement considérable que connaît le golf à travers le monde (9 millions d'adhérents en 2000) et, selon Kerzner International, « cette tendance se reflète dans les attentes de la clientèle des grands hôtels ". « En intégrant l'architecture du golf au paysage unique qu'offre l'île-aux-Cerfs, le parcours bénéficiera d'une énorme capacité d'attractivité susceptible de séduire les golfeurs à travers le monde ", estime également le groupe hôtelier.

Le site a été loué à bail par le groupe hôtelier au gouvernement mauricien. Le groupe se dit « conscient des appréhensions " et insiste sur le fait qu'une étude complète du site et des répercussions possibles du projet a été entreprise. Un programme de reboisement a été établi. Ce programme s'étendra sur deux ans et comprendra la réintroduction d'espèces endémiques sur l'île-aux-Cerfs. « Développé sur une partie jusqu'ici inexploitée de l'île, prévoyant même la construction d'une jetée totalement indépendante donnant un accès direct au parcours, le golf n'aura pas d'incidence sur l'accès du public à l'Ile-aux-Cerfs ", garantit Kerzner International.

La réalisation de ce projet nécessitera la construction d'un parcours de 18 trous, mais aussi d'un Club House, avec un restaurant de 50 couverts ; des vestiaires ; un système de transfert d'eau d'irrigation et un système d'irrigation dont le dosage sera contrôlé par ordinateur. Conçu par Brit Stenson, de la société IMG, basée à Cleveland aux Etats-Unis, le parcours de golf portera la signature de Bernhard Langer, joueur professionnel, considéré comme un des meilleurs golfeurs européens. Le promoteur et le concepteur seront assistés de plusieurs spécialistes dont Top Turf et Outdoor Total, agronomes et paysagistes sud-africains, spécialisés dans les parcours de golf, Sigma Ove Arup, ingénieurs conseil ou encore Carex Environnement, experts marins français.

Le parcours de golf, d'une superficie de 38 hectares, se situera sur un espace actuellement inexploité et peu fréquenté par le public. Quatre hectares de la partie nord de l'îlot sont déjà occupés par deux restaurants du groupe, pouvant servir jusqu'à 400 couverts, des prestataires de services en sports nautiques, des salles de bains, toilettes, kiosques

et une importante activité commerciale liée au tourisme.

Dans leur projet, les concepteurs ont opté pour une perturbation minimum. « La mangrove située sur la côte ouest de l'île demeurera intacte ", précise Kerzner International. L'enlèvement de roches interviendra uniquement pour des raisons liées à l'aménagement du parcours de golf et il n'y aura pas de terrassement. Quatre étangs supplémentaires seront construits pour les besoins du projet (stockage d'eau et caractéristiques supplémentaires du parcours de golf).

L'eau pour l'irrigation proviendra des effluents de la propriété sucrière Deep-River-Beau-Champ. Préalablement traitée, elle sera acheminée vers un étang avant d'être transférée pour stockage à l'Ile-aux-Cerfs à travers un pipeline. Celui-ci sera un tuyau de 250mm de diamètre qui traversera les fonds sous-marins. Un double écran géotextile sera érigé autour de la zone de travail, lors de la pose du pipeline, pour minimiser la turbidité pendant les travaux.

« La qualité de l'irrigation est considérée comme étant un des facteurs clés de la réputation et du succès d'un parcours de golf ", note par ailleurs Kerzner International, « et s'il est vrai que les sols sablonneux sont perméables, ils ne font pas non plus beaucoup de rétention d'eau ". Il est donc prévu d'irriguer fréquemment mais à petites doses. Idem pour les fertilisants dont le dosage est calculé scientifiquement par rapport à la capacité de rétention d'eau du sol. Un réseau très complexe de drains souterrains et de drains à la surface du sol a été prévu pour la récupération du surplus d'eau. Ce surplus sera redirigé vers les étangs prévus à cet effet. Ainsi, le système d'irrigation a été pensé pour utiliser l'eau de façon efficace, uniquement aux endroits et aux moments requis.

Quant à l'utilisation de fertilisants, il est difficile, selon Kerzner International, de donner la quantité exacte de fertilisants que nécessitera le golf. Toutefois, des chiffres sont déjà cités : 80 kg à 100 kg par hectare et par an pour les nitrates, 20-25 kg/ha/an pour les phosphates et 90-120 kg/ha/an pour le potassium. Il est donc prévu d'utiliser de très petites doses de fertilisants. En outre, Kerzner International explique qu'un gazon dense et bien établi fournit un filtre naturel des plus efficaces aux impuretés de l'eau et surtout que « le pouvoir filtrant d'une herbe dense et saine assure que tout produit potentiellement polluant n'atteindra pas les nappes d'eau souterraines ou cours d'eau rejoignant la mer ". Seulement 2 % du parcours sera aspergé de pesticides.

Pour Kerzner International, le parcours de golf de l'île-aux-Cerfs n'est certainement pas unique. Des cas similaires existent, selon le groupe hôtelier, sur d'autres îlots coralliens, notamment à l'est de l'Australie, près de la Grande Barrière de Corail, au cœur même d'un des parcs naturels les plus protégés du monde. « L'Australie se permettrait-elle de compromettre le Great Barrier Reef avec des golfs s'il y avait le moindre risque ", se demande, pour conclure, Kerzner International.

Le Mauricien 21 septembre 2002