Brainstorming, demain, sur la stratégie énergétique


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À la fin de la semaine écoulée, le marché international a retenu son souffle. Le baril de pétrole flirtait pour la première fois avec la barre des 50 dollars américains. Mais, ouf de soulagement ! Après trois semaines de hausses consécutives, le pétrole brut a terminé en nette baisse, vendredi, sur le marché de New York à 47,86 dollars. Mais les dégâts sont là. Personne n'y échappe.

À Maurice, l'on subit les contrecoups de cette flambée de prix sans précédent. Pour mieux se préparer à d'éventuelles retombées, le Premier ministre, Paul Bérenger, a pris la décision de convoquer pour demain une brainstorming session en vue de revoir la stratégie énergétique et d'établir de nouveaux paramètres d'opération. Le secteur le plus vulnérable demeure l'aviation commerciale, qui essuie les conséquences de plein fouet. Ce n'est pas Megh Pillay, Managing Director de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, qui dira le contraire.

Au-delà des mesures envisagées dans le domaine énergétique, la cruelle réalité est qu'au mois d'octobre prochain, les automobilistes et autres conducteurs de véhicules devront s'attendre à casquer la troisième majoration successive en six mois du prix de l'essence et d'autres carburants. Ceux qui avaient travaillé sur la formule d'ajustement automatique des prix de l'essence concèdent que ce scénario n'était nullement envisageable car personne n'aurait cru en une si longue durée de hausse soutenue du cours mondial du brut.

"Nou pé costé avec 50 dollars américains le baril de pétrole. Li sans précédent. So banne effets bien graves lors tous banne secteurs économiques du pays. Sa flambée de prix énan ène impact lors la balance des paiements, l'inflation, les prix des produits pétroliers, la zone franche, le secteur manufacturier mais aussi le tourisme et la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius", a constaté le Premier ministre, Paul Bérenger, lors de son tour d'horizon hebdomadaire avec la presse, hier.

Tout en se préservant d'adopter une approche alarmiste au problème, le gouvernement a pris la décision de convoquer une brainstorming de haut niveau en vue d'établir une stratégie énergétique. "Nous péna droit à l'erreur. Now is the time", a fait ressortir le Premier ministre, en annonçant qu'il présidera ces délibérations qui verront la participation du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, des ministres des Utilités publiques, de l'Agriculture, de l'Infrastructure publique, de l'Environnement, respectivement Alan Ganoo, Nando Bodha, Anil Baichoo et Rajesh Bhagwan, des responsables du Central Electricity Board, du Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI), du Mauritius Research Council, du Joint Economic Council et de la Chambre d'Agriculture, entre autres.

"Rethinking"

Paul Bérenger a défini en des termes très précis le mandat de cette session de brainstorming sur le secteur énergétique en soulignant que face à ces nouvelles donnes sur le plan pétrolier, la Thaïlande a pris la décision de multiplier par douze au cours de ces deux prochaines années sa production d'éthanol. "Besoin rethink la stratégie de production du sucre. Besoin revoir la production d'énergie électrique à partir du charbon et de la bagasse et besoin ène rethinking de la génération d'énergie solaire et éolienne", s'est-il appesanti. Il a même évoqué la nécessité d'une réflexion en profondeur sur l'énergie nucléaire. "Nous besoin revisit l'énergie nucléaire, même si pour l'instant, la production d'énergie nucléaire n'est pas on. Now is the time. L'heure de tous les dangers et des défis", a-t-il renchéri.

Pour le Premier ministre, il est important d'approfondir les études sur la production d'éthanol à la place du sucre. "Avec la réforme du Régime Sucre, l'Union Européenne se propose d'assurer le financement de projets présentés par les pays producteurs de sucre des ACP. Nous besoin établir ène stratégie à toute épreuve pour vine de l'avant avec banne projets pour décroche le financement de l'industrie sucrière et de la production d'éthanol", a-t-il fait comprendre à la presse. (Voir plus loin sur les détails d'un récent rapport officiel sur l'utilisation de la bagasse et de l'éthanol).

En prévision de cette brainstorming session et dans le sillage de la flambée du cours mondial du pétrole, le Top Management du Central Electricity Board (CEB) s'est déjà penché sur les différentes composantes d'une stratégie pour affronter la réalité d'un baril de pétrole à 50 dollars américains. Selon les recoupements d'informations effectués par Week-End, l'heure au quartier général du CEB est à la least cost production option.

Budget additionnel de Rs 275 millions

De ce fait, les techniciens du CEB se sont déjà engagés dans un exercice de réactualisation des coûts de production d'énergie électrique, avec une analyse comparative du marginal cost du kilowattheure d'énergie généré à partir de l'huile lourde, de la bagasse et du charbon. "Avec le CEB, qui a payé au cours de la semaine le prix le plus élevé jamais payé à la tonne pour une cargaison d'huile lourde, l'heure est aux décisions courageuses. Si la nécessité de réduire la production du CEB peut être compensée par une production accrue d'énergie à partir du charbon et de la bagasse à un prix moins élevé, il faudra accepter cette réalité", a indiqué à Week-End un responsable du CEB.

En effet, un exercice de simulation avec le cours mondial du pétrole en vigueur, mercredi, démontre que le CEB devra prévoir des dépenses additionnelles de l'ordre de Rs 275 millions en une année. "La hausse du prix du pétrole au cours de la période couvrant le mois de juillet et les trois semaines du mois d'août a fini par engloutir tous les bénéfices que le CEB aurait dû encaisser avec l'augmentation de 5% des tarifs d'électricité. Nous devons également constater que nous passons par une période exceptionnelle car jamais jusqu'ici le cours du pétrole n'a été aussi haut pendant aussi longtemps", rappelle-t-on au CEB.

De son côté, le ministre des Utilités publiques, Alan Ganoo, avait commenté l'urgence de la situation, lundi dernier, lors de l'inauguration d'un nouveau Customer Service Centre à Bambous. "Zotte trouvé qui qualité catastrophe lors banne petit pays kouma Maurice. Pou chaque augmentation prix pétrole lors marché mondial de 1 dollar américain, nous pou besoin débourse Rs 200 millions en plus par banané. Kouma zotte trouvé, li pas ène situation facile, surtout à ène période cotte gouvernement pé faire tout qualité zefforts pour améliore le développement socio-économique dans pays. Malgré tout sala, nou gouvernement dire besoin continué développement", devait-il soutenir.

Pour le CEB, la survie à cette passe extrêmement difficile demeure la réduction du coût de production, en privilégiant la bagasse et le charbon dans la mesure du possible. D'autre part, le management du CEB travaille également sur une campagne de sensibilisation de la population en vue de réduire la consommation d'énergie électrique aux heures de pointe. Interrogé sur l'importance des mesures d'économie d'énergie, le Premier ministre a déclaré que "plus nou garde prix électricité bas, moins la consommation pou diminué", en rappelant qu'à chaque majoration des tarifs, le gouvernement prend le soin d'épargner ceux au bas de l'échelle socio-économique.

Essence: + 37% en six mois ?

Tout semble indiquer qu'avec la flambée du prix du pétrole sur le marché mondial, la State Trading Corporation (STC) sera appelée à appliquer la majoration maximale de 15%, soit le plein tarif, sur les prix d'essence et autres produits pétroliers en octobre prochain. Le litre d'essence se rapprocherait de la barre des Rs 28. Force est de constater que ce sera la troisième majoration consécutive des prix des produits pétroliers sur le marché local au cours des six derniers mois.

La première hausse avait été de 7% en avril, alors que la deuxième a été de 15%, en attendant celle à venir. Dans les milieux de la State Trading Corporation, cette série de majorations consécutives des prix pétroliers n'avait pas fait partie des scénarios à l'étude lors de la mise à l'épreuve de l'automatic pricing mechanism. La conjoncture internationale est venue bouleverser les données.

Par ailleurs, la majoration du ticket d'autobus pourrait intervenir avant le prochain ajustement des prix des produits pétroliers par la STC. En effet, le comité institué par le gouvernement pour étudier la situation financière des opérateurs du transport en commun devra soumettre ses recommandations cette semaine. Tout retard dans la mise en application des nouveaux tarifs d'autobus aura un compound effect avec la prochaine majoration pétrolière qui pourra être difficilement évitée.

Dans certains milieux bien informés, on avance que chaque 15% d'augmentation du prix des produits pétroliers représente entre 3 et 5% des coûts d'opération des compagnies d'autobus. L'Association of Bus Owners Operators (AOBO) a déjà soumis une demande de majoration du ticket d'autobus de l'ordre de 25% au gouvernement vu que la dernière révision remonte à plus de deux ans. Le principal porte-parole de l'AOBO avance que la situation financière des compagnies d'autobus est plus que critique et que cette augmentation ne peut plus être repoussée.

Billet d'avion: Fuel surcharge préférée à la hausse de 7%

Le Board of Airlines Representatives (BAR), qui regroupe les représentants des compagnies aériennes internationales, est, semble-t-il, retourné sur une décision entérinée, mardi, en vue d'une majoration du ticket d'avion de l'ordre de 7% à partir du 1er octobre. Pour des raisons pratiques, une fuel surcharge pourrait être appliquée dans le meilleur délai possible; soit presque sur le champ si elle est acceptée. Ainsi, la fuel charge pourrait être le double de celle qui est perçue sur chaque billet d'avion. Actuellement, une surcharge de 14 euros est réclamée pour les billets d'avion pour de longs trajets et de six euros pour les dessertes régionales.

La formule de fuel surcharge a été l'une des premières mesures retenues par les compagnies aériennes, dont la British Airways, suivie par d'autres compagnies internationales. Le budget du carburant est la deuxième composante la plus importante pour les compagnies aériennes. Ce qui justifie la rapidité avec laquelle la fuel surcharge est mise en vigueur.

La compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, n'est pas une exception à la règle. "Si le budget du carburant représente entre 14 et 17% des importantes compagnies aériennes, il est de 20 à 22% pour Air Mauritius en raison du profil de nos dessertes long haul. Ainsi, la surcharge adoptée devrait être le double des 14 euros en vigueur pour les long haul, alors qu'elle ne devrait être que symbolique pour les vols régionaux", a fait comprendre à Week-End le Managing Director d'Air Mauritius, Megh Pillay. Dans sa dernière analyse de la situation, l'International Civil Aviation Organisation (ICAO) reconnaît l'importance de la surcharge, car sans cette mesure, de nombreuses compagnies aériennes se trouveraient déjà dans le rouge.

Avec la flambée du cours mondial du pétrole, Air Mauritius doit prévoir un additional burden de 23 millions de dollars pour faire face à la situation, malgré les mesures de hedging prises dans le cadre de la gestion financière et stratégique planifiée. "La hausse vertigineuse du prix du pétrole représente un reminder que le cost cutting demeure un aspect primordial de la gestion de la compagnie aérienne nationale. Il y a encore la nécessité d'améliorer la profitabilié des opérations. Nous n'avons pas attendu la hausse du prix du pétrole pour mettre l'accent sur des opérations de cost cutting. C'est ce qui explique les précédentes décisions de retrait de certaines routes non-profitables ou encore de revoir tout le concept de représentations permanentes d'Air Mauritius à l'étranger", a encore fait ressortir le Managing Director d'Air Mauritius.

La compagnie aérienne compte revoir à l'avenir ses opérations sur des secteurs jugés non-profitables ou encore de transformer les représentations permanentes à l'étranger en des General Sales Agents, avec des coûts d'opération moins élevés. "Savez-vous que le coût d'opération du bureau de Malaisie représente 27% des revenus ? Nous allons procéder à une restructuration et une optimisation des ressources disponibles au sein de la compagnie pour accroître notre marge de manúuvre dans une situation qui s'annonce difficile. Mais je dois rassurer les stakeholders que ces décisions ne remettront nullement en question la capacité d'Air Mauritius à accompagner la croissance envisagée dans l'industrie hôtelière. Nous allons accroître le nombre de vols sur des destinations considérées comme porteuses, tout en favorisant le développement du concept de la desserte des hubs comme Paris, Londres, Johannesbourg et Bombay, où nous prévoyons bientôt pas moins de sept vols par semaine", devait conclure Megh Pillay.

Cinq centrales bagasse /charbons envisagées

Au chapitre de l'utilisation de la bagasse pour produire de l'énergie électrique, un rapport technique soumis au gouvernement avance que le target de production peut être doublé. Actuellement, quelque 300 GWh sont exportées annuellement par les centrales thermiques à bagasse de l'industrie sucrière sur le réseau du Central Electricity Board.

"Hence, there is room for investment in additional power plants. The task force maintained its recommendations to exploit to the maximum bagasse for electricity generation and export to public grid subject to agreement of all stakeholders", note le rapport technique. Pour atteindre l'objectif visant à doubler la production d'énergie électrique à partir de la bagasse, le pays aura besoin de quelque "175 MW installed capacity additional", soit l'équivalent de cinq centrales thermiques additionnelles du calibre de la Central Thermique de Belle Vue (CTBV) à être installées principalement dans le sud et l'ouest de l'île.

"It can be concluded that the erection of five power plants similar to CTBV at other factory sites in line with the Sugar Sector Strategic Plan coupled with centralization of the cane milling activities would be a sound strategy for further optimising the use of bagasse in Mauritius within the next decade", souligne encore le rapport.

Par ailleurs, une stratégie visant à augmenter la part de la bagasse dans la production d'énergie rapportera également des dividendes sur le plan économique et notamment sur le plan de la balance des paiements. "From a financial point of view, each unit of energy generated from bagasse corresponds to a saving of some one rupee on the balance of payments of the country as fuel oil displaced. In fact, the increased use of bagasse enables a forex saving of the order of some 10 million dollars annually. Each unit generated from coal generates a saving of 40 cents when compared to fuel oil alternative. A total generation of 415 GWH in 2001 on coal therefore corresponds to saving to the tune of 5,5 million dollars for that year. The existing bagasse cum coal power stations contribute to a saving to the tune of 15,5 million dollars annually, when compared to the alternative of using fuel oil for electricity generation", note le rapport de la task force.

Une autre composante majeure de la stratégie de ce qui peut être considéré comme "the inexorable price decrease" concerne l'utilisation industrielle de l'éthanol. À cet effet, Maurice mise sur l'élaboration d'un Fuel Ethanol Programme calqué sur l'expérience d'autres pays comme le Brésil principalement. "Brazil has been able to build up a very robust and performing sugar-cane industry by co-producing sugar and éthanol". Le Brésil, qui exporte actuellement quelque 700 millions de litres d'éthanol, se propose d'augmenter sa production à quelque quatre milliards de litres annuellement.

Tout en s'appuyant sur le modèle du Brésil, Maurice se prépare à atteindre des objectifs beaucoup moins ambitieux. Avec une production annelle de quelque 150 000 tonnes de mélasse, Maurice se propose de transformer quelque 100 000 tonnes en vue de produire suffisamment d'éthanol pour remplacer quelque 20% de gazoline importé pour les véhicules sur les routes.

Le Week End DIMANCHE 22 AOUT 2004