Projets touristiques à St. Félix, Oui aux hôtels mais non à la déviation de la route côtière


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"Pas touche nou la plage !" : cette fois, ce sont des habitants de Chemin Grenier, de Rivière des Galets et de Surinam qui lancent le slogan d'usage dès qu'un projet hôtelier est en gestation. En l'occurrence, c'est le prochain développement touristique de St. Félix qui mobilise les habitants du sud. Lors d'une réunion tenue le vendredi 20 juin au centre social de Chemin Grenier, le porte-parole du Mouvement Pas Touche Nou la Plage, M. Armougum Appendi, a précisé que ce n'est pas la construction de deux hôtels qui pose problème mais la déviation de la route côtière qui limiterait l'accès à la plage, unique lieu de loisir de la région. "Nou bann planteurs, nou bann ti dimounn, nou pas enn village prêt pour l'hôtel pas vinn dérange nous !", s'est-il écrié, tout en annonçant une prochaine action légale sous forme d'une injonction devant la cour suprême, culminant ensuite en une manifestation le 20 juillet prochain.

C'est devant une salle comble - où on notait la présence du Dr Vasant Bunwaree du Parti Travailliste et de M. Ahmed Rajabally du Mouvement Solidarité Nationale - que les orateurs ont, tour à tour et selon des arguments différents, décrié la métamorphose prochaine du littoral entre Rivière des Galets et Pointe aux Roches.

Mme Doris Sénèque, de l'association Ecosud, qui milite pour la préservation du parc marin de Blue Bay, est ainsi venue prêter main forte à ses voisins du sud et a insisté sur l'étape décisive du projet de St. Félix, à savoir la soumission par les promoteurs d'un rapport pour le permis EIA. C'est sur la base de ce rapport que devra s'articuler la mobilisation contre ce projet qui peut mettre à mal l'écologie marine du lagon.

M. Olivier Tyack de la Mauritius Marine Conservation Society s'est lui aussi appesanti sur l'impact écologique en exprimant une inquiétude basée sur le fait que c'est sur ce site qu'on observe le plus grand taux de vitalité des coraux, soit plus de 80%. Pour sa part, M. Appendia a critiqué le ministère de l'Environnement dont le website pour la consultation des projets soumis dans le cadre du permis EIA est un fiasco total. Selon lui, des travaux de dragage dans le lagon seront indispensables si on veut y implanter un tourisme de plage de qualité, et la vente du sable qui sera extrait fera le bonheur financier des promoteurs.

M. Appendi s'est longuement interrogé sur le sens du terme "intégré" dans le développement touristique que propose St. Félix avec l'appui du gouvernement, alors que les personnes les plus concernées, à savoir les habitants de la région, ont pris connaissance du projet à travers la presse. Il a incité l'assistance à ne pas croire dans le mirage économique en terme de création d'emplois que susciterait la construction d'hôtels car il lui suffit de constater les poches de pauvreté dans les parages des grands hôtels du littoral pour affirmer que cet argument est un leurre pour les habitants de la localité. "Quand pou énan cours de formation pou l'hôtellerie pour les jeunes de l'endroit ?", a-t-il demandé. Il a invité le leader de l'Opposition, le Dr Navin Ramgoolam, à jouer pleinement son rôle: "Pas reste assisé dans salon, nou pou faire li bouger". Un appel pressant a été aussi lancé à sir Anerood Jugnauth, à Paul Bérenger ainsi qu'au président du district council pour revoir le projet de St. Félix, en gardant la route côtière telle qu'elle est.

Les plages de Pointe aux Roches constituent les seuls lieux de détente pour toute la région sud et le "troc entre le gouvernement et St. Félix sur les Pas Géométriques est à notre détriment", s'est insurgé M. Appendi. Les hôtels peuvent être construits sans qu'on touche à la route côtière, assurant ainsi à la population de Maurice l'accès à ce coin magique, parce que non développé. "Nous ne voulons pas de ces plages aménagées avec des pavés de béton comme à Grand-Baie. Le sud est différent et doit garder son cachet", a-t-il insisté.

Pour rappel, la route côtière devra être déviée sur une distance de 2,3 kilomètres entre Rivière des Galets et Pomponette au coût de Rs 80 millions dans le cadre du Integrated plan for Tourism and Leisure Development à St. Félix. Une route d'accès à la plage est prévue sur le plan, entre les Villas de Pointe aux Roches et le site qui abritera l'hôtel de Pomponnette. Deux plages publiques totalisant 38 arpents, un centre social, un espace commercial et une fish landing station font partie de ce plan de réaménagement dont le point de mire reste la construction de deux hôtels sur deux sites regroupant 68 arpents. Tant du côté gouvernemental que de l'état-major de St. Félix, aucune réaction n'a pu être obtenue par Week-End par rapport à l'opposition exprimée contre ce projet qui est en voie de finalisation et qui sera bientôt présenté devant le conseil des ministres

Le Week End 22 juin 2003