Pollution de l'environnement: Bhagwan part en guerre contre Richfield Textiles


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"Enough is enough (…) Je demande à la direction de Richfield Textiles de prendre nos avertissements au sérieux. Mo espéré qui mo pa pou bizin agir brutalement. "Le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, a haussé le ton, hier matin, à l'égard des directeurs de cette usine, qui a une nouvelle fois fait l'objet d'allégations de pollution par les habitants de Terre Rouge, Le Hochet. L'épaisse fumée noire et les particules carboniques émanant des deux cheminées de sa teinturerie a même provoqué un vif mécontentement dans cette localité au point où les représentants des forces vives envisagent de prendre des actions légales contre le gouvernement et la direction de l'usine. "Sa situation là pas capave continué. Si bizin poursuive, nou pou poursuive tous les deux", déclarent-ils à Week-End. Dans la foulée, de nombreuses zones d'ombre ont refait surface quant à la fiabilité d'un projet de développement résidentiel - trois morcellements - autour d'une zone industrielle, occupée par Richfield depuis 1987.

Considérée comme un Habitual Criminal en matière de pollution de l'environnement, Richfield Textiles, opérant dans le Lai Man Bhai Industrial Zone, située au cœur d'une zone résidentielle, a une nouvelle fois été pointée du doigt, vendredi. Les fumées et particules de carbone, émanant de ses deux cheminées ont fini, d'une part par exaspérer les habitants de cette localité et d'autre part, poussé le ministre de l'Environnement de brandir la carte de la menace.

Le cas de pollution rapporté à la police de l'Environnement, vendredi, accusant la direction de l'usine de nuire à l'environnement représente l'énième doléance des habitants depuis le 5 mars 1999. Les habitants des morcellements Virasamy, Goolamaly et Raffray en ont ras-le-bol. "Ce n'est pas la première fois qui nous pé rencontre sa genre de problème là", explique Anand Ramnarain en montrant du doigt les traces de carbones sur ses murs, fenêtres ou encore voiture : "La Police l'environnement fine vini. Officier ministère fine vini. Avertissement fine donné. Mais nanien pas fine changé. L'usine là continué opérer 24 sur 24, alors ki li bizin arrête so banne activités à 23 heures. À une heure ou cinq eure du matin nous entend chaudière ronflé dans nou la tête ou pas koné qui ferraille zotte pé coupé. Nou la santé pé commencé affecté par sa."

Anand Ramnarain, secrétaire des forces vives de la localité, et Bye Ghorah, qui habite les lieux depuis sept ans, affirment ainsi que la situation a atteint le seuil de la tolérance. "Si personne pas capave fer nanien, nou pou alle plis loin. Sa situation pas capave continué. Dès lundi nou pou envisage banne actions légale contre gouvernement et directeur sa l'usine là. Nou pas contre ki l'usine là opérer, mais ène teinturerie pas capave fonctionné en plein centre résidentiel. Li capave là avant nous, mais bizin koné comment fine alloué permis développement résidentiel dans sa cas là", indiquent-ils.

De son côté, le ministre Rajesh Bhagwan ne mâche pas ses mots à l'égard de la direction de l'usine. Se disant suivre la situation de très près depuis qu'une nouvelle doléance a été enregistrée, le ministre a convoqué une réunion hier matin pour faire le point de la situation avec l'équipe dépêchée sur les lieux à plusieurs reprises et à la lumière des rapports déposés. "Enough is enough… S'il est vrai que l'usine est dans une zone industrielle depuis 89 et qu'il n'y avait pas de maisons à l'époque, j'ai l'impression que toute notre bonne volonté n'est pas tenue en compte par la direction de Richfield Textiles. Je suis conscient de l'importance des activités de cette usine et ce qu'apporte au pays en matière économique et social, mais je n'ai pas l'impression qu'elle est en train d'agir d'une manière responsable", fait-il ressortir avant d'indiquer qu'une Enforcement Notice lui a été servie depuis le 31 mai de cette année, et ce après plusieurs avertissements.

Pour le ministre de l'Environnement la réunion de lundi entre la direction de l'usine et le Directeur de l'Environnement sera déterminante quant à la position qu'adoptera son ministère. "Ministère de l'Environnement éna ène responsabilité difficile, embarassante, car ène l'usine contribué à l'économie et à création l'emploi. Mais nou bizin guette la santé population. Il existe plusieurs solutions pour remédier à la situation. L'utilisation du gaz pour faire fonctionner la chaudière en est une", souligne le ministre avant d'ajouter "je demande à la direction de Richfield Textiles de prendre nos avertissements au sérieux. Mo espéré qui mo pa pou bizin agir brutalement !"

Le ministre a également déploré la manière dont les autorités concernées ont approuvé le développement d'un projet résidentiel autour d'une zone industrielle. "C'est un exemple concret d'une absence totale de planification," dit-il en faisant référence au National Physical Developement Plan que le gouvernement compte mettre en application.


Trois années jalonnées de doléances et d'avertissements

Richfield Textiles était une usine "sans problème" durant ses sept premières années d'opération. C'est à partir de 1994 que la situation a commencé à se compliquer avec l'ouverture d'une teinturerie dans un bâtiment annexe. Malgré son permis d'Environment Impact Assessment (EIA), l'usine commença à faire l'objet de doléances pour cause de pollution à partir de mars 1999. Depuis, pas moins de sept doléances ont été logées auprès des autorités concernées accusant Richfield Textiles pour pollution sonore et pollution de l'air. Au centre de la controverse: une chaudière défectueuse et qui ne répond pas aux normes prescrites.

Du 8 juillet 99 au 2 avril 2001, la direction de l'usine a été sommée à quatre reprises de remédier à la situation à travers une sommation du ministère de la Santé et de la Qualité de la Vie (9 juillet 99) et des Programme Notices (17 mai 2000 et 8 décembre 2000), puis d'un Enforcement Notice (2 avril 2001) émanant du ministère de l'Environnement. La dernière Enforcement Notice a été servie le 31 mai de cette année suite à une nouvelle plainte, logée par le président des forces vives de la localité, M. Mootoojakan.


Selon la direction de l'usine: Des améliorations considérables apportées

Malgré les allégations persistantes de pollution à Terre Rouge, la direction de Richfield maintient que d'importantes améliorations ont été apportées pour remédier au problème de fumées et de particules de carbone émanant de la chaudière. Une série de mesures, indique-t-elle, auraient été prises en matière d'entretien et de suivi pour assurer un bon fonctionnement de la chaudière et de la cheminée. Une étude scientifique, commanditée par la direction de cette entreprise, aurait même été conduite en vue d'établir l'efficacité de la chaudière en question. Richfield Textiles a toutefois fait savoir au ministère concerné que sa teinturerie ne peut arrêter ses activités entre 23h et 6h. Quant à l'utilisation du gaz à la place du diesel, elle fait ressortir que cette solution serait envisageable si le gouvernement étudiait la possibilité de subventionner ce type de carburant. La direction de l'usine réfute également les allégations de pollution sonore et soutient qu'elle collabore avec les autorités pour éliminer toute nuisance environnementale.


Audit environnemental

Opération "peigne fin": un exercice à renouveler

Obstruction, terrain abandonné, amoncellement d'ordures, activités illégales, poubelles sans couvercle. Le premier bilan de l'opération "peigne fin", effectuée dans cinq villes et les quatre districts de l'île, avec le soutien des collectivités locales, en dit long sur le comportement de laisser-aller de nos citoyens. Mais le ministère de l'Environnement se réjouit de l'esprit de collaboration ayant régné entre toutes les parties concernées. Cette opération en appellera d'autres, promet le ministre Rajesh Bhagwan. Car au-delà des sanctions et des sommations, l'objectif est de sensibiliser et d'inculquer une nouvelle culture environnementale à la population.

De Port-Louis à Rose Belle, en passant par Flacq et Rose-Hill, les équipes constituées d'officiers du ministère de l'Environnement, d'inspecteurs des collectivités locales et de la police de l'environnement, étaient sur la brèche vendredi matin pour traquer et surtout rappeler à l'ordre les pollueurs de l'environnement. Cette première opération, s'inscrivant dans le cadre de la campagne de l'année de la responsabilisation nationale pour l'environnement, aura été riche en enseignements. Tant sur le plan organisationnel que sur le comportement des Mauriciens par rapport à l'environnement.

"Deux éléments importants émergent de cette opération. D'une part, il est intéressant de noter cet esprit de collaboration, voire cette synergie qui s'est développée entre le gouvernement et les collectivités pour mener cette opération. D'autre part, selon les observations notées par les différentes équipes, la population a compris le travail que nous entreprenons. L'accueil, le response et la coopération étaient très positifs. Il n'y a eu aucun obstacle", soutient le ministre Rajesh Bhagwan.

Les actions menées sur le terrain se sont en effet révélées très fructueuses, selon les statistiques dressées à l'issue de cette première opération. Plus de 500 propriétés privées ont été visitées et pas moins d'une centaine de délits ont été dénombrés. Les plus fréquents sont des amoncellements d'ordures, des terrains abandonnés servant de repaire aux drogués et surtout l'absence de portes ou de couvercles pour les poubelles.

Laisser-aller

À titre d'exemple, à Quatre-Bornes, au morcellement St Jean, 23 délits relatifs à des cas d'absence de puits d'absorption, de poubelles non-protégées, de cours non entretenues ou de dépôt de matériaux de construction sur la route, ont été recensés. À Rose-Hill (Stanley/Plaisance) et à Curepipe (route Pope Henessy), une vingtaine de cas analogues ont été dénombrés. Le problème de chiens errants a particulièrement été noté à Curepipe. Dans les régions rurales, des doléances ont été notées concernant l'inefficacité du service de la voirie. Des cas de dumping dans les rivières ont été notés. On a aussi constaté des barrages et d'autres installations considérées comme des formes d'obstructions.

Sur les neuf localités visitées, 61 sommations ont été servies et 99 pour différents délits devraient être émises après examen des dossiers. 389 maisons, 61 bâtiments commerciaux, 28 terrains vagues et 7 workshops ont été visités par les équipes composées d'inspecteurs municipaux, de membres de la Divisional Supporting Unit et de la police de l'environnement. Le ministre de l'Environnement a annoncé que l'opération "peigne fin" n'est pas une action sporadique. "Il est clair que nous ne nous arrêterons pas là. Cette opération démontre qu'il ne faut pas uniquement pointer les autorités, car les citoyens ont également un devoir à faire. Il faut mettre un terme à ce laisser-aller. Les résultats obtenus sont concrets. C'est un type d'exercice qui se fera désormais sur une base permanente", promet-il.

 

Le Week End 22 septembre 2002