L'histoire en métal de Siegi Scherrer


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La blonde Marylin, Gwen et Betty les brunes, et leurs compagnes, ont de plus en plus de mal à cacher les effets du temps… Dans le hangar au toit troué du Suisse Siegi Scherrer, à Trou-aux-Biches, les voitures de diverses époques - toutes dotées d'un prénom féminin, comme la belle Triumph GT6 des années soixante " Marylin ", en voie de restauration et peinte en jaune - subissent depuis des années les assauts de la pluie, et peuvent difficilement retrouver leur lustre d'antan, avec leur seul propriétaire pour mécanicien, tôlier, peintre et soudeur… Depuis le début des années 1990, Siegi Scherrer tente de faire revivre une partie du patrimoine mauricien, avec les véhicules de son " Musée de l'Automobile et du Transport ". Mais les sponsors jouent toujours aux abonnés absents, et les contraintes à l'importation pour les voitures et les pièces de rechange rendent les choses encore plus difficiles, se plaint-il…

Le terrain et le hangar où Siegi Scherrer entrepose les pièces de son musée, ne paient pas de mine. L'ancien hangar d'aviation - au toit hémisphérique couleur acier, fermé aux deux bouts par des murs peints en jaune - a eu des panneaux percés pendant le cyclone Dina, et ce qui semble être de la " vieille ferraille ", traîne à divers coins du terrain herbeux alentour… Mais derrière les carcasses de voitures et de camions - et les bennes toutes rouillées qui étaient tirées par les trains de " létan longtemps " - se trouve toute une histoire. Ou, plutôt, toutes sortes d'histoires, liées à des activités passées de notre île, et à des gens, célèbres ou anonymes, qui ont fait partie du développement économique, social et culturel du pays…

Dans le hangar on retrouve, de même, des voitures et des camions en plus ou moins mauvais état. Ce que certains pourraient considérer comme de vulgaires " carcasses ", mais dans lesquelles le passionné d'automobile et de patrimoine qu'est Siegi Scherrer voit des reflets d'une époque, d'un savoir-faire, d'une histoire.

Fils d'un champion européen de course de côte (Siegi Scherrer senior, couronné en 1949 sur BMW), ingénieur automobile, ce Suisse semble avoir été vacciné à l'essence et au cambouis. Après avoir roulé sa bosse dans divers pays, il atterrit à Maurice, épouse une fille du pays, et tente de revivre sa passion pour l'auto d'époque (de toutes les époques) dans sa nouvelle demeure à Trou-aux-Biches. Quelques vieux camions, quelques voitures à l'abandon ou remisées dans un coin sans possibilité d'entretien régulier et offertes au musée… Siegi Scherrer dit ainsi avoir constitué peu à peu sa petite collection locale. Pour lui, il s'agit avant tout de faire redécouvrir les moyens de transport du passé, et sans lesquels notre île Maurice d'aujourd'hui ne serait pas ce qu'elle est.

Collection locale

" Gwen ", l'Austin datant de 1927, est la plus vieille voiture entreposée dans le hangar. Elle côtoie une Morris de 1939, une Wolseley de 1956 (celle ayant appartenu à SSR, nous est-il précisé), un camion de 1950, une Porsche 914 de 1971 et d'autres bêtes de puissance des décennies passées, telle la " Marylin ", Triumph GT6. Le travail fait sur la carrosserie de cette dernière montre le savoir-faire du passionné. Passionné esseulé : la petite équipe de mécanos féminins qui l'assistait dans la restauration des véhicules, et dans la fabrication des répliques de la Lotus Super7 des années 50 (petit bolide décapotable), n'est plus là.

Faute de moyens et de personnes, le projet de musée du Transport piétine, dit Siegi Scherrer. Et les contraintes (notamment les taxes douanières) pour l'importation d'autres voitures, déjà restaurées - et de pièces spécifiques pour ces voitures d'époque - ne facilitent pas les choses et une belle collection de voitures des années 20 aux années 60 attend en Suisse, se plaint-il.

Le site du musée accueille des visiteurs, parfois, les après-midis : des écoliers, et d'autres visiteurs, payant un droit d'entrée. Ce qui ne permet pas d'obtenir les fonds nécessaires pour donner aux lieux et aux pièces qui s'y trouvent, les caractéristiques d'un véritable musée. Les véhicules attendent donc patiemment leur tour pour faire peau neuve, quand le temps de l'unique animateur du site, et les moyens requis seront disponibles.

Le Mauricien 23 janvier 2004