Projet Follies à Blue Bay : Les ONG demandent au gouvernement de prendre "enfin" ses responsabilités


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L'incident survenu entre le promoteur du projet Follies et les ONG œuvrant pour la protection de l'environnement, le mercredi 4 juin dernier, lors d'une site visit du Tribunal de l'environnement à l'île aux Deux Cocos, a débouché sur un communiqué de dénonciations cette semaine. Les responsables de ces associations dénoncent les infractions de Naïade Resorts aux lois en vigueur et la passivité des autorités face à cette situation. Ils s'interrogent sur la volonté des autorités concernant la protection des ressources naturelles. « La préservation des ressources marines et de la biodiversité marine serait-elle devenue secondaire devant la conception touristico-prioritaire que pourraient en avoir certaines autorités ? " se demandent les signataires de ce communiqué.

Les six organisations non-gouvernementales connues pour leurs actions en faveur de l'environnement - Eco-Sud, Art-Jonction, MMCS, Friends of the Environment, IELS et l'association des pêcheurs professionnels de Mahébourg - ont commenté l'incident du 4 juin dernier lors d'une site visit du Tribunal de l'environnement. Malgré une invitation officielle du ministère de l'Environnement, elles soutiennent qu'elles avaient été interdites d'accès au site et ont été contraintes de "stationner, sous une pluie battante, sur la plage de l'îlot, en dessous du high water mark", en compagnie de Mme Soobron, Schedule Officer à la Environment Impact Assessment Division. Dénonçant la façon du faire du promoteur, les signataires de ce communiqué soulignent avoir relevé plusieurs observations depuis que le gouvernement a refusé d'accorder un EIA au projet Follies. "Des travaux sur l'île aux Deux Cocos et sur le littoral se sont multipliés en enfreignant les lois en vigueur et les conditions stipulées par les baux respectifs qui lient Naïade Resorts à l'État (…) Des bateaux à moteur font impunément la navette tous les jours entre l'îlot et leur base sur le littoral en traversant la zone la plus sensible du parc marin, son jardin de corail. Et pourtant le ministère de la pêche a la responsabilité de la gestion de ce parc marin et l'a découpé en diverses zones afin d'y contrôler les activités du public", font-ils remarquer, en s'appuyant sur les règlements du parc marin pour signaler le non-respect des règlements. "Pourtant, sur l'île aux Deux Cocos qui se trouve au cœur du parc marin, des fondations ont été creusées et des structures érigées. Sur le littoral, le site dévasté par des travaux illégaux du promoteur, en septembre 2000, a été transformé en petit port d'embarcation. Il est opérationnel depuis plusieurs semaines (…), sans que le ministère de la Pêche ne soit intervenu pour faire respecter la loi".

Faisant état des interrogations ayant émergé suite à la publication d'un article de Week-End rapportant l'attitude d'un haut fonctionnaire du ministère de la Pêche lors de cette visite et qui avait embarrassé plus d'un - le fonctionnaire s'était même permis de remettre en cause les arguments de ses techniciens -, les responsables de ces ONG soulignent que les boatmen de Naïade Resorts "violent les règlements" au nez et à la barbe des autorités, que ce soit les officiers du ministère de la Pêche ou ceux de la National Coast Guard.

Le ministère du Logement et des Terres en prend également pour son grade lorsque les signataires du communiqué évoquent le déboisement de "plus de 50%" de l'îlot et l'aménagement de sentiers et d'une route circulaire. "Le bail stipule que toute nouvelle construction doit se trouver à une distance de 30 m du high water mark. Ce qui n'est pas le cas pour les entrepôts fraîchement construits sur le côté ouest de l'île, et masqués derrière une clôture (…) Aujourd'hui, le terrain sur le littoral de Blue Bay a été de nouveau dépouillé de sa végétation et transformé en parking. Que fait le ministère des Terres ?", se demandent-ils, avant d'ajouter que le fond marin a également été dragué par une pelle mécanique raclant ainsi les coraux vivants.

Même s'ils saluent la démarche du ministère de l'Environnement de ne pas octroyer un EIA au promoteur de ce projet, les responsables de ces organisations soulignent néanmoins la passivité de ce ministère par rapport à ce qui se passe à l'île aux Deux Cocos. "En septembre 2000, Naïde Resorts a enfreint l'Environment Protection Act de 1991 en procédant à des travaux de développement sur le littoral, sans permis EIA. Il semble procéder de la même manière maintenant sur l'îlot. L'Environment Protection Act donne le droit au ministère de poursuivre le promoteur pour les dommages infligés à l'environnement : il n'en a rien fait. Le ministère peut aussi exiger que le site dévasté du littoral soit réhabilité et remis dans son état naturel. Là aussi, rien n'a été fait. Aujourd'hui, toujours sans permis EIA, le promoteur a aménagé un parking et une jetée sur son terrain du littoral et le ministère de l'Environnement ne réagit toujours pas. Aux ministères de la Pêche, des Terres et de l'Environnement, nous demandons donc de prendre enfin leurs responsabilités et de réagir afin de préserver notre héritage naturel pour les générations futures", réclament les signataires du communiqué.

Le Week End 23 juin 2002