POLLUTION À VALENTINA


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Des habitants réclament leur déménagement. Lasses de subir les aléas d'une pollution causée par la zone industrielle de Phoenix, une cinquantaine de familles de Valentina veulent être déplacées. Poussières, odeurs et bruit nuisent à leur santé, affirment-elles.

Assam Lallmahomed, un habitant de Valentina, montrant sur la paume de sa main l'accumulation de poussière noire. Celle-ci a un effet corrosif sur les structures métalliques des portes et des fenêtres.

"Faire ène lotte Valentina pou nou ek laisse nu allé. Pareil kouma zotte ine faire ène lotte village pou banne habitants La Pipe ", lance Saffick Budaly avec une rage mal contenue.

Ce père de famille n'évoque pas le cas de La Pipe fortuitement. Quand il a fallu construire le barrage de Midlands, il y a quelque temps de cela, les autorités avaient transféré les habitants du village à Midlands, dans un village nouvellement construit, Anoska.

" Ici, à Valentina, depuis plis ki 15 ans, nou pé lutté même contre sa pollution-là ki pé touffe nou, mais nou pa pé trouve ène lizour ", s'indigne Saffick.

Ils sont une cinquantaine de familles de la petite agglomération à partager son exaspération. Depuis qu'une zone industrielle s'est installée, en 1986, derrière leur village, à Pont-Fer, Phnix, les villageois vivent un calvaire quotidien.

Une poussière noire s'accumule dans tous les coins et recoins des maisons, une odeur suffocante empeste le village et le bruit assourdissant des machines garde les villageois éveillés toute la nuit.

Depuis 1992, les protestations se multiplient, ainsi que les promesses d'une solution au problème. " Toute sorte qualité promesses gouvernement ine faire nou, tou sorte qualité l'études ine faire, nou encore pé attanne ", lance Rashid Gopaul, travailleur social très connu qui habite l'endroit depuis 1975.

Autrefois un verger

" Valentina ti ène verger, relate-t-il. Li finne vinne ène désert. Non seulement narien na pas poussé, mais même ferraille ek tôle pourri. "

Autrefois le village n'était qu'un immense verger. Une vieille dame, prénommée Valentine, y cultive des arbres fruitiers sur un terrain de
100 arpents, tout près de la rivière Mesnil. Plus tard, elle morcelle le terrain pour le vendre en divers lots. C'est ainsi que naît Valentina en 1917.

Quand les usines s'implantent dans la région dans les années 1980, c'est le début des malheurs. Avec " le progrès " ces unités apportent avec elles leur lot de poussières, de bruit, de gaz toxiques.

L'an passé, l'Etat a commandité une étude sur l'impact de la pollution industrielle sur les habitants de Valentina et sur ses environs. Les premières conclusions de l'étude, qui n'ont pas encore été publiées, sont accablantes.

Outre la pollution, ce qui exaspère le plus les villageois, c'est l'ignorance la plus totale dans laquelle on les maintient sur cette affaire. Les réunions régulières avec les représentants du ministère de l'Environnement n'y changent rien. " Nu finne faire toutes sortes qualité test médical, mais nou pas finne gagne aucaine résultats ", affirme un membre des Forces vives de l'endroit. " Est-ce parce que l'incidence des maladies est plus élevée à Valentina que la moyenne nationale, comme veut le faire croire une rumeur ? " s'interroge-t-il.

Saffick est convaincu que cette pollution industrielle a sérieusement affecté la santé des habitants, même si jusqu'à présent nul n'a pu établir, scientifiquement, une relation de cause à effet entre la détérioration de la santé et la pollution de l'environnement.

Saffick explique que ses trois enfants sont tout le temps malades. Rudwan, cinq ans, et Tabrez, trois ans et demi, souffrent de constipation chronique. La benjamine, Muntaha, un an et demi, connaît des problèmes respiratoires aigus. " Mo finne bizin quitte mo tifille kotte mo belle-mère. Kouma ou expliqué ki la-bas li pas gagne problème respiratoires ? "

Des maladies inconnues

Pour ses fils, Saffick ne sait plus à quel saint se vouer : " Doctère dire ki si mo oulé soigne constipation mo banne garçons, mo bizin alle la Réunion. Kotte mo pou kapav trouve cash pour paye tout sa frais-là ? ", désespère ce modeste receveur d'autobus. Quand une odeur de soufre flotte dans l'air, les enfants sont pris de vomissements. " Mone déjà faire chips pou zotte mais quand zotte finni manzé, zotte alle vomi. "

Outre les enfants, les personnes âgées sont victimes de cet environnement souillé. Depuis bientôt un an, Taleb Lallmohamed, retraité, fait le va-et-vient entre son domicile et l'hôpital. Les médecins n'ont pas identifié son mal : " Mo figure gonflé, mo vinne kouma ène ballon ", dit-il. Les docteurs pensent qu'il s'agit d'une allergie, sans pouvoir déterminer l'agent allergène.

Le membre des Forces vives cité plus haut affirme qu'aucun habitant n'est épargné. "C'est peut-être pour cela que les autorités hésitent à publier les conclusions de l'étude sur les effets de la pollution sur la population de Valentina ? "

Le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, assure qu'il n'en est rien et que l'on attend le rapport final d'un des consultants pour le rendre public. " C'est une étude exemplaire. Les données recueillies permettront d'établir des paramètres pour atténuer les effets de la pollution dans les autres zones industrielles situées à proximité de lieux habités ", dit le ministre.

L'étude sera publiée aussitôt que le Conseil des ministres en sera avisé. " Li pa facile, en ène trait plume change ène situation ki finne persisté depuis des années. " Selon Rajesh Bhagwan, la solution du problème implique un investissement technologique. " Ce qui ne peut se faire sans l'écoute de toutes les parties. "

Patrick YVON


La zone industrielle empoisonne Valentina

La pollution émanant de la zone industrielle de Vacoas-Phoenix a un impact sur son voisinage, plus particulièrement sur le village de Valentina. C'est la principale conclusion d'une étude, qui a coûté
Rs 1,5 million, menée de mars à octobre 2002, pour quantifier les types de pollution affectant les villages de Valentina et Petit-Camp, situés derrière la brasserie de la Mauritius Breweries Ltd à Pont-Fer, Phoenix. Cette étude, dont le rapport est en cours de finalisation, selon le ministre de l'Environnement Rajesh Bhagwan, a été commanditée par le Programme des Nations unies pour le développement, le ministère de l'Environnement et l'Unido.

La pollution est surtout provoquée par des particules et l'anhydride sulfureux (sulphur dioxide), l'odeur et le bruit. L'étude déplore l'absence d'une zone tampon entre la zone industrielle et la population voisine, l'utilisation d'huile lourde à forte teneur de soufre comme source d'énergie, ainsi que la hauteur des cheminées d'usine et leur proximité avec la zone habitée. L'absence d'équipements de contrôle de la pollution de l'air est aussi critiquée.

L'étude recommande la formation des entrepreneurs et des travailleurs à des technologies de production plus écologiques, l'adoption de mesures pour atténuer le bruit dans les usines, réglementer la hauteur des cheminées et le recrutement de Health and Safety Officers. Elle propose des facilités centralisées de production d'énergie pour les usines et le contrôle intégré de la pollution.

 

23 mars 2003, L'Express