ENVIRONNEMENT Gestion des déchets Course contre la montre


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Les politiques nationales de gestion des déchets sont rarement une priorité dans les Etats insulaires. A Maurice, un consensus se dégage pour en faire un enjeu national.

Les petits pays ont d’autres champs d’intérêt que le traitement de leurs déchets. «C’est une caractéristique de ces Etats insulaires», explique un officier du ministère des Administrations régionales. A Maurice, au début des années 80, un premier Environmental Action Plan est dégagé. C’est un premier pas dans la bonne direction.

Mais ce n’est qu’un début pour un pays qui était obligé de surmonter les problèmes de sa vingtaine de dépotoirs et d’un système de gestion de déchets très archaïque. Avec tout ce que cela implique en matière de risques sur la santé et l’environnement. Toutefois, dès cette époque, les autorités prennent la décision d’éliminer les dépotoirs. Le processus d’assainissement de la situation est en route.

C’est ainsi que l’on se retrouve aujourd’hui avec le centre d’enfouissement technique de Mare-Chicose. Un site qui a fini par devenir source de controverses multiples. D’un côté, l’opposition réclame une commission d’enquête sur les dépenses de l’Etat envers le gestionnaire du site, la Société de traitement et d’assainissement des Mascareignes (STAM). En même temps, on attend toujours de savoir si un nouveau contrat sera alloué pour la gestion du site. D’un autre côté, d’un point de vue technique, le gouvernement envisage une extension du site. Mais déjà, l’emplacement existant suscite de nombreuses plaintes des habitants voisins. Un rapport a été d’ailleurs commandité auprès d’une firme d’ingénieurs britanniques, Carl Bro, pour analyser les implications des différentes options.


Un kilo de déchets par habitant

Le problème reste pourtant entier. Le site de Mare-Chicose recueille quelque 350 000 tonnes de déchets par an, soit environ 1 000 tonnes par jour. Ce qui donne un kilo de déchet par personne quotidiennement. Tous les ans, le chiffre annuel global connaît une hausse de 5 à 10 %. A ce rythme, en 2008, le site d’enfouissement technique de Mare-Chicose aura atteint son stade de saturation. La firme Carl Bro devrait présenter son rapport en décembre. Il sera accompagné d’un état des lieux et de propositions prenant en compte les différentes options qui existent.

Sont actuellement à l’étude : l’extension du site de Mare-Chicose, la création d’un nouveau site, le projet d’incinérateur et celui de compostage.

Le gouvernement, de son côté, encourage le compostage. L’incinération ne serait pas trop prisée, car le taux d’humidité des déchets verts est élevé.

Le projet d’un deuxième site d’enfouissement technique butera inévitablement sur la résistance des habitants des régions où il pourrait être mis en place. «Au vu de ce qui s’est passé à Mare-Chicose, il faudra s’attendre à ce que la population résiste à tout nouveau projet d’enfouissement des déchets. Partout à travers le monde, on enregistre le même type de réaction. A Maurice, ce rejet est accentué par le fait que nous sommes un petit pays et que l’espace est limité. D’un autre côté, les terrains disponibles sont davantage utilisés pour des projets hôteliers ou autres», fait-on ressortir au ministère des Administrations régionales.

Le gouvernement, pour sa part, travaille sur les différentes options. Quelque Rs 500 millions sont englouties annuellement dans la gestion des déchets. «Il est évident que le gouvernement souhaite que cet argent soit utilisé intelligemment. Au niveau de la population, le réflexe est : ‘not in my backyard’. Les Organisations non-gouvernementales ont ainsi un gros travail de conscientisation à faire, car la question de la gestion des déchets a des répercussions sur l’environnement, entre autres. A cet effet, l’Etat pourrait identifier des villages ou des quartiers pilotes pour démontrer l’importance de la séparation des déordures», explique le Dr T. Ramjeeawon, chargé de cours à l’université de Maurice et colla- borateur à l’étude que prépare la firme Carl Bro.

La question de la séparation des déchets est centrale aux projets de recyclage et de compostage. Encore faut-il étudier les implications rattachées à ces projets. «Le compostage implique un changement de nos habitudes. Il faudrait éduquer la population en ce sens», affirme le Dr Ramjeeawon.

CampagnES inutiles

Le changement d’attitudes deviendra inévitable à terme. On devrait finir par enregistrer une meilleure régulation des déchets. «Seule la législation peut contraindre la population à certaines actions. La taxe pour l’enlèvement des ordures devrait être rationalisée. La population ne distingue pas clairement la somme que l’Etat investit dans la gestion des déchets. Mais ce n’est pas qu’en soumettant la population à une participation au coût qu’on arrivera à une réelle sensibilisation nationale. Nous sommes dans une logique de ‘throw away society’. Il faut aussi savoir si la population a les moyens d’une telle participation. Ce sont autant d’éléments à prendre en compte avant de se lancer dans de nouveaux projets et initiatives», affirme un officier du ministère des Administrations régionales.

Les campagnes de sensibilisation ne serviront pas à grand chose si les moyens pour mettre en place le projet adéquat n’ont pas été identifiés. Quel qu’il soit, ce projet devra bénéficier d’un cadre législatif précis et de financements accrus.



L’incinération

L’incinération est le fait de brûler et de réduire en cendres les déchets. Ce traitement convient à toutes sortes de déchets. Mais aujourd’hui il est réservé aux déchets qui ne peuvent pas être recyclés. Ce traitement diminue beaucoup le volume, la place que prennent les déchets. L’incinération crée de l’énergie que l’on peut utiliser par la suite : chaleur, vapeur. Inconvénient : il faut absolument traiter les fumées qui sont produites lorsque les déchets brûlent, pour limiter les risques de pollution de l’air. Les déchets concernés sont notamment les ordures ménagères (sauf la part triée et mise de côté pour le recyclage) et les déchets industriels banals…

Le compostage

Le compostage est un moyen naturel de recycler. Il décompose et transforme les matières organiques en un produit qui ressemble à de la terre. Les restes alimentaires, les feuilles, les résidus de jardinage, le papier, le bois, le fumier et les débris agricoles sont d’excellentes matières organiques qui se prêtent bien au compostage.


Le CET de Mare-Chicose saturé

Qu’adviendra-t-il une fois que le centre d’enfouissement technique (CET) de Mare-Chicose arrivera à saturation? Dans un tel cas, il faut savoir que tout un programme de suivi devrait être mis en place. Il devra durer entre 20 et 30 ans. De la terre et d’autres matériaux seront utilisés pour recouvrir le site. Dans certains pays, d’anciens sites d’enfouissement ont même été convertis en terrains de golf. Durant la période de 20 à 30 ans, il faudra traiter l’émission de gaz et de polluants liquides qui sera enregistrée sur le site. On n’en est pas encore là. Tout d’abord, une décision devra être prise sur le centre de Mare-Chicose.

Précisons que le centre d’enfouissement technique est une décharge de déchets sous contrôle scientifique. C’est un mode de gestion de déchets très répandu.

L'Express 23 octobre 2004