Au-delà de la sauvegarde de la Vallée de Ferney, Autoroute du sud-est: flou persistant autour du nouveau tracé et Congestion routière: Faut-il s'attendre au pire ?


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Si la décision de modifier le tracé de l'autoroute du sud-est pour préserver la Vallée de Ferney annoncée par le gouvernement il y a dix jours a été saluée avec satisfaction par ceux qui s'étaient battus dans ce sens, un certain flou semble cette fois s'être installé autour des autres implications de cette décision. Notamment en ce qui concerne le nouveau tracé. La MCWO de George Ah Yan est ainsi montée au créneau cette semaine pour s'interroger sur la pertinence du nouveau tracé sur lequel le gouvernement ne se montre pas très précis. Alors qu'hier après-midi, à Kewal Nagar, une quarantaine de personnes ont manifesté en faveur du maintien du projet.

Y aura-t-il ou pas quelque chose qui portera le nom d'autoroute du sud-est ? C'est la question qui semble se poser après que le gouvernement a annoncé sa décision de modifier le tracé initialement prévu afin d'épargner la Vallée de Ferney. Ce choix, officialisé à l'issue du conseil des ministres du 14 octobre dernier, a dans un premier temps suscité la joie de tous ceux qui, au cours de ces derniers mois, avaient lutté contre la concrétisation de ce projet qui aurait entraîné la destruction d'une des dernières forêts endémiques de Maurice, berceau d'espèces végétales et animales menacées, voire uniques au monde. Une lutte menée par les ONG Nature Watch, Eco-Sud et Mahebourg Citizens Welfare Organisation (MCWO).

Mais un certain nombre de questions n'ont pas tardé à surgir par rapport au nouveau tracé de cette autoroute, face à un certain flou que laisse persister le gouvernement. Il fut en effet annoncé, il y a dix jours, que les travaux d'aménagement d'une nouvelle route allaient se poursuivre sur le tronçon reliant Plaine Magnien au rond-point de Ferney, pour ensuite éviter la vallée et rejoindre à la place la route côtière qui serait réhabilitée entre Mahebourg et Beau Champ. De l'autre côté de la vallée, les travaux prévus entre Kewal Nagar et Bel Air allient également se poursuivre.

Une autoroute ou deux routes sans lien ?

Or, ce tracé laisse perplexe ceux qui connaissent la région. Car le tronçon Kewal Nagar - Bel Air (qui existe d'ailleurs déjà), n'avait en fait de pertinence que dans la mesure où était aménagée, à partir de Ferney, la route devant traverser la vallée et percer la montagne Bambous d'un tunnel de 600 mètres ouvrant, de l'autre côté, sur Kewal Nagar. Cette partie du tronçon ayant été abandonnée, on ne se retrouverait donc plus avec une autoroute. Mais avec deux routes. L'une allant de Plaine Magnien à Beau Champ via le rond-point de Ferney et la route côtière partant de Mahebourg. L'autre, à l'intérieur, reliant Kewal Nagar et Bel Air. Ces deux routes n'ayant apparemment pas de lien entre elles.

Au cours d'une conférence de presse donnée mercredi dernier, George Ah Yan, tout en réitérant sa satisfaction de voir épargner la Vallée de Ferney, s'est interrogé sur ce nouveau tracé. Et sur la décision du gouvernement de ne pas retenir les deux propositions de tracé alternatif qu'il lui avait soumis. Tracés qui auraient permis d'aménager une autoroute reliant Ferney et Kewal Nagar tout en contournant la Vallée, pour passer à travers les champs de cannes suivant l'ancien Chemin Français. Lors d'une conférence de presse donnée le samedi 15 octobre dernier, le gouvernement faisait seulement savoir que ces propositions alternatives n'avaient pas été retenues " car elles coûteraient trop cher et toucheraient des régions auxquelles on ne veut pas toucher " pour reprendre les mots du Premier ministre. Un argument de cherté que George Ah Yan récuse, affirmant lui que son tracé coûterait nettement moins cher que le tracé initial, car ne nécessitant pas de construction de tunnel et de ponts. " Nous voulons savoir sur quelles bases exactes les tracés que nous avons proposés ont été rejetés ", déclare le président de la MCWO.

De leur côte, des habitants de la région Est sont à nouveau montés au créneau hier, après s'être fait une première fois il y a deux semaines, pour dire leur rejet de la décision du gouvernement de ne pas aller de l'avant avec ce projet. Une quarantaine de personnes s'étaient ainsi rassemblées, vers 15h, près du centre communautaire de Kewal Nagar, pour marcher vers le lieu où les travaux déjà entamés ont été stoppés, quelque 800 mètres plus loin. Sunil Bhantoo, Ravind Ramassamy, Kailash Ramtohul, Rajendra Kumar Baboolall et Keswarduth Bundhoo unissent leurs voix pour faire entendre leur mécontentement face à la récente décision gouvernementale. " Nou bann abitan de l'Est, nou santi nou délésé. Nou atristé par lefet ki ti donn nou enn rev ek finn fek ras sa rev la ek nou pou bann rézon ki paret bien drol ", disent-ils.

Des intérêts non déclarés ?

Pour eux, cette autoroute aurait sorti l'Est de son isolement, leur aurait permis de rallier l'aéroport en 25 minutes au lieu de 1h30, aurait donné des perspectives d'emploi dans les hôtels de la côte aux jeunes de la localité " ki péna lavenir ". Ils estiment également que le passage de touristes aurait pu amener un plus à leur localité. Ce même si l'argument officiel pour justifier la création de cette autoroute était de permettre aux touristes de rejoindre plus rapidement leurs hôtels en arrivant et pas du tout de " perdre du temps " en chemin. " Tou manièr zot ti pou passe par isi ek zot ti kapav intéresé pou gété ki éna isi ", arguent-ils. D'autres déceptions, moins ouvertement affirmées se font également entendre par rapport à des développements commerciaux qui tombent à l'eau avec l'abandon du projet.

" Pé gaspiy nou larzan é pa pé donn nou okenn dévlopman, tou sa la pou fer plézir enn dizaine dimoun " accusent-ils. Sans vouloir toutefois préciser leur pensée à ce sujet.

L'argument de protection écologique ? Ils disent ne pas y être insensibles. Mais disent aussitôt ne pas comprendre comment, dans les chassés avoisinants, on déboise tous les jours, on fait du quad biking, on se déplace en 4x4 ou on tire des coups de feu sans que cela émeuve qui que ce soit. " Sa ou pa trouv persone vinn dir ki sa déranz lanatir. Mé kan pou koup dé troi pié pou fer enn larout ki pou profit ti dimoun, sa zot dir li déranz lanatir " accusent-ils.

" Nou ousi nou kontan lanatir. Mé avek labandon sa prozé la, dimoun res dan l'Est pé vine loser party dan sa zafer la. Nou bizin trouv enn solision pou ou dimoun kapav sorti gagnan, pou sey fer chemin la tout en protézan lanatir ", disent-ils.

Une position qu'ils comptent mettre à nouveau en avant lors d'une autre manifestation sur les lieux dans deux semaines, avant d'aller manifester devant l'Hôtel du Gouvernement si le Premier ministre ne prend pas la peine de venir sur le terrain écouter leur point de vue.

Le dossier de l'autoroute du sud-est n'est donc pas clos. À l'Assemblée nationale également, la question devrait être remise sur le tapis mardi prochain par le biais de trois questions parlementaires des députés Gunness

et Dookun-Luchoomun. Qui demanderont au ministre des Infrastructures publiques si une route alternative a été identifiée, si l'accord de la Banque Africaine de Développement à ce sujet a été obtenu, et si un nouvel exercice d'appel d'offres devra être effectué pour sa construction. Peut-être y verra-t-on alors un peu plus clair.

Le Week End 23 octobre 2006

 

Autoroute du sud-est

Les habitants de l'est intensifient leur mobilisation

Si la Vallée de Ferney semble sauvée, la question de l'autoroute du sud-est, elle, est loin d'être réglée. Récusant l'abandon du projet, dont ils estiment qu'il signifie aussi l'abandon des habitants de l'est à un triste sort, des habitants de Kewal Nagar ont organisé hier une nouvelle descente des lieux. En attendant une grande manif projetée dans deux semaines si le Premier ministre n'accède pas à leur demande de visite sur place.

"Nou pa kont lékolozi. Nou ousi nou kontan lanatir. Nou konpran ki li kapav inportan pou sov la valé Ferney. Mé nou dir ki ti bizin trouv enn lot tracé. Pa abandonn prozé lotorout du sud-est la net. Parski nou, bann abitan de l'est, nou retrouv nou dan bwa dan la plenn". Ces propos résument l'état d'esprit qu'ont tenu, hier encore, des habitants de Kewal Nagar rejoints par d'autres habitants de la région est. Pour eux, la décision annoncée par le Premier ministre il y a deux semaines de laisser tomber la partie de l'autoroute du sud-est devant relier Ferney à Kewal Nagar pour préserver la faune et la flore uniques de la Vallée de Ferney, est venue sonner le glas des espoirs d'ouverture et de développement que ce projet avait fait naître dans la région.

"Nou pa pé dir ki bizin pass a traver la valé Ferney, nou pé dir ki bann travo inn déza ariv bien loin dé koté la valé, ek ki bizin trouv enn moyen pou relié Ferney ek Kewal Nagar. Li posib, ek li bien inportan pou nou", disent ces habitants de l'est.

Pour eux, leur région est complètement laissée pour compte du développement. Et la création de cet axe routier facilitant le lien entre la région sud-est et le centre de l'île d'une part et l'aéroport de l'autre, pourrait aider à désenclaver leur région et lui ouvrir d'autres perspectives économiques. "Gouvernman dir li pou réabilit la rout kotièr, mé sa la rout la li trouv bien loin ar nou, ek li enn la rout danzéré dan bann périod kot éna la koup ek tou so bann gro gro kamion sarié kann".

Indignations sélectives ?

Par ailleurs, ces habitants de l'est s'insurgent contre ce qu'ils considèrent comme une indignation sélective de certains par rapport aux atteintes à l'environnement. "Komié ékolozi inn détrir isi ek ankor pé détrir tou lézour san ki personn pa dir narien", dit Rajendra Kumar Baboolall, en donnant l'exemple de plusieurs "chassés" et "domaines" alentour où des quantités d'arbres sont tous les jours abattus et où certains se livrent à des activités de quad biking notamment. "Sa li pa déranz lanatir sa ? Kifer zot trouv sa zis kan pé fer enn lotorout ki pou profit bann dimoun maléré ?", interrogent ses compagnons.

Des arguments qui n'ont apparemment pas laissé insensible Georges Ah Yan de la MCWO, qui a été un des fers de lance du combat pour la sauvegarde de la Vallée de Ferney. Au cours de la semaine écoulée, il s'est rendu à Kewal Nagar en compagnie de Vina Ballgobin et de Robert Maujean, pour discuter avec les forces vives de cette région. Rencontre à l'issue de laquelle il leur a assuré le soutien de son association dans leur demande pour qu'un nouveau tracé soit trouvé en vue de ne pas laisser de côté les besoins et aspirations des habitants de l'est.

Pour l'heure, ceux-ci poursuivent leurs activités de conscientisation et de mobilisation à travers des exercices de porte à porte dans les villages de la localité. Ils prévoient à terme d'organiser une grande manifestation dans deux semaines, si entre-temps, le Premier ministre n'a pas répondu positivement à leur demande de venir, là aussi, sur le terrain, pour constater de visu les problèmes existants et écouter leurs doléances et suggestions.

Rappelons que le ministre des Infrastructures publiques, Rashid Beebeejaun, en réponse à des questions parlementaires, a fait savoir mardi dernier à l'Assemblée nationale que des études étaient en cours pour évaluer le coût de la réhabilitation de la route côtière, et qu'un rapport à ce sujet devrait être soumis à la Banque Africaine de Développement (qui finance le projet) au plus tard le 15 novembre prochain.


Port-Louis

Congestion routière: Faut-il s'attendre au pire ?

L'automobiliste en route pour Port-Louis aux heures de pointe continue à prendre son mal en patience. Mais le cauchemar continue de plus belle. Ceux qui ont emprunté l'autoroute de Pailles jeudi matin aux environs de 9h30 ont une nouvelle fois subi les caprices de nos routes. Deux à trois heures. C'est ce qu'il a coûté aux automobilistes pour se rendre à Port-Louis. La raison ? Un accident entre deux camions à hauteur de Camp Chapelon. Le temps que les autorités policières passent à l'action, dégagent les véhicules et orientent la circulation sur une seule voie, l'embouteillage, lui, avait déjà pris des centaines de mètres d'avance. En moins de quinze minutes, des kilomètres d'embouteillage. Cela va de soi lorsqu'on sait que la moyenne de véhicules entrant à Port-Louis entre 6h et 18h quotidiennement se situe autour de 120 par minute. Soit deux par seconde. Faut-il s'attendre au pire des scénarios pour que les autorités réagissent ?

La congestion routière est aujourd'hui un fait inhérent à la vie des usagers de la route, principalement ceux transitant à Port-Louis ou s'y rendant aux heures de pointe. La population l'a sans doute compris. Mais quand un simple accident routier vient se greffer à une circulation déjà dense, il y a de quoi se ronger les ongles et s'interroger sur la volonté des autorités à mettre un terme à ce problème. Au risque de le repéter, les autorités responsables ne semblent pas avoir tiré les enseignements nécessaires du passé, ni cerné les risques d'une paralysie de nos routes sur des kilomètres de distance au niveau des trois principales entrées de la capitale. Pourtant, le pays a été témoin de ce genre d'événements à plusieurs reprises.

Mercredi matin, des milliers d'usagers de la route ont une nouvelle fois fait les frais d'un accident impliquant deux camions à hauteur de Camp Chapelon. Conséquence: tous les véhicules qui se dirigeaient vers Port-Louis ont été paralysés pendant un quart d'heure avant que la circulation ne comment à évoluer à pas de tortue. Le résultat: ceux faisant le trajet Réduit-Port-Louis ont pris plus de deux heures pour arriver à destination.

Si les autorités policières ont fait le nécessaire pour débloquer la situation, le temps de réaction pour intervenir est discutable. La situation est telle que, valeur du jour, une simple perturbation dans la circulation peut coûter un retard important sur la durée du trajet. Un arrêt d'une minute en amont peut, selon les experts, coûter cinq et dix minutes de plus à l'automobiliste par rapport aux temps qu'il aurait pris pour arriver à destination en temps normal.

Le principal problème, selon eux, reste les goulots d'étranglement ou les ralentissements aux entrées de Port-Louis - rond-point de Terre Rouge, rond-point de Caudan et à partir de Grande Rivière - dont les répercussions sont ressenties en amont. "Ce qui explique qu'un simple accident survenu sur ces principales routes influence systématiquement la circulation. Prenons l'exemple de mercredi matin. Les autorités ont pris entre dix et quinze minutes pour libérer la route. Ils ont fait suffisamment vite. Mais le problème, c'est qu'il y a eu un deuxième point de ralentissement sur ce trajet hormis celui du rond-point de Caudan. Donc, les véhicules qui viennent en amont sont ralentis ou bloqués à un certain moment. À mesure que les secondes et les minutes passent, la situation s'aggrave parce qu'en haut, les véhicules s'entassent. Il ne faut pas oublier qu'une fois la situation débloquée à Camp Chapelon (site de l'accident), la circulation subira un deuxième ralentissement à Caudan et un peu plus loin à la Place d'Armes. Donc, le ralentissement se poursuivra en amont pendant un moment, même si la situation a été débloquée plus tôt. C'est inévitable !", expliquent-ils.

À quand une unité spéciale d'intervention ?

Les statistiques illustrent encore mieux la situation. Selon la dernière étude réalisée sur la circulation routière, 92 000 véhicules se rendent à Port-Louis chaque jour entre 6h et 18h. En gros, ils sont 7 600 à se diriger vers Port-Louis par heure; soit 2 voitures qui entrent ou qui passent par la capitale chaque seconde. Le même rapport d'étude indique que le volume du trafic venant du nord est plus conséquent que celui du sud - 25% contre 21%. Ce qui signifie qu'entre 6h et 18h, 22 884 véhicules venant des Plaines du Nord transitent par Port-Louis quotidiennement, alors que 19 223 viennent des hauts plateaux ou du sud de l'île. Mais il n'établit pas l'origine des 50 000 véhicules qui entrent à l'intérieur de Port-Louis. Si l'on se base sur l'hypothèse que la moitié des véhicules, indépendamment de leur destination finale, viennent du nord et l'autre du sud, une moyenne de 46 000 provient des deux régions. Ce qui ramène la moyenne à un véhicule par seconde à l'entrée sud et la même moyenne à l'entrée nord.

En prenant le scénario "accident à Camp Chapelon" et se basant sur cette moyenne - même si en période de pointe, elle est forcément plus importante -, un arrêt d'une minute au rond-point Caudan ou à Camp Chapelon équivaudrait à l'arrivée de 60 véhicules additionnels sur le point d'arrêt. En dix minutes, 600 véhicules additionnels ! Nous ne pouvons nous empêcher d'appréhender le pire si jamais deux accidents se produisaient au même intervalle - ou à quelques minutes près - sur l'autoroute du nord et celui de Pailles, voire sur l'ancienne route à Cassis ou Grande Rivière. Que se passera-t-il aux entrées et dans les artères de la capitale ? Que se passerait-il si par malheur la pluie et une chaussée glissante se mettaient de la partie ?

Nous laissons le soin aux experts et aux autorités concernées de réfléchir sur ces possibles scénarios. En attendant, la situation va de mal en pis…


Le Week End 30 octobre 2005