Rodrigues :Les réserves d'eau au bord de l'épuisement


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L'approvisionnement en eau est sérieusement compromise à Rodrigues. Contre une demande de 7 000m3, une moyenne de 2 950m3 d'eau seulement est disponible quotidiennement pour les besoins domestiques. Avec la sécheresse, les réserves ne devraient pas tenir longtemps. Selon les derniers chiffres, celles de surface représentent actuellement une capacité de production de 650m3 par jour, alors que la nappe souterraine compte une moyenne de 2 300m3. Avec une telle baisse, les experts craignent le pire si les sept nouveaux bore holes ne sont pas opérationnels dans les plus brefs délais. Par ailleurs, la construction de deux unités de dessalement d'eau reste une option de choix pour pallier le problème. Il ressort qu'une société allemande, Fitchner Co. Ltd, aurait décroché le contrat de consultant.

Le cyclone Dina n'ayant pas été très généreux en terme de pluviosité - une moyenne de 50mm enregistrée -, Rodrigues risque de traverser une phase très difficile dans les semaines à venir. En effet, même si les experts ne veulent pas se montrer alarmistes, les compteurs indiquent néanmoins une détérioration de la situation depuis le début de ce mois. La capacité de production est passée à moins de 3 000m3, contre une demande de 7 000m3 quotidiennement, soit moins de 50% de la demande actuelle. "La situation s'est en effet agravée en ce début d'année. Contrairement à Maurice, Dina n'a pas vraiment apporté de la pluie à Rodrigues. Le faible taux de pluviométrie enregistré n'est pas pour arranger les choses, car la production quotidienne est condamnée à baisser au fil des jours", explique-t-on du côté de la Water Ressources Unit (WRU).

L'année dernière à pareille époque, et ce malgré une longue sécheresse, le taux de production était légèrement au-dessus de la moyenne, soit 4 000m3 d'eau. La moyenne actuelle est à 2 950m3, ce qui représente la moitié de la demande quotidienne, qui se situe à 7 000m3. En l'espace d'une semaine, le taux de production a baissé par près de 300m3. "Nous faisons actuellement face à un problème en ce qui concerne l'eau de surface, car la production est passée de 800m3 à 650m3 en une semaine. Au niveau de la nappe souterraine, une baisse de près de 200m3 a été enregistrée. Si cette baisse persiste, nous nous retrouverons face à une situation très difficile", indique un ingénieur de la WRU.

Avec de telles données, Rodrigues devrait compter uniquement sur l'exploitation de la nappe souterraine dans les jours à venir. Selon les dernières données, la réserve souterraine n'affiche pas de meilleures dispositions, car le pompage intensif de la nappe phréatique au cours de ces dernières années a graduellement causé l'épuisement du stock d'eau. Les parties sud et ouest de l'île, où la demande est de 3 300m3 quotidiennement, seraient les plus affectées. D'ailleurs, le bore hole de Baie Topaze n'est plus opérationnel depuis le début de ce mois. "Nous avons effectivement swith off ce bore hole, parce que nous ne pouvions plus prendre le risque de continuer à faire fonctionner le forage. Cependant, la suspension des activités à Baie Topaze a considérablement affecté les villages dans cette partie de l'île et il faudra trouver des mesures palliatives. La situation est également pénible dans le sud et l'ouest de l'île, car depuis l'année dernière les gens sont approvisionnés à travers des camions citernes, car les bore holes ne fonctionnent plus selon leur capacité maximale. Du reste, la majorité des bores holes fonctionnent en dessous de leur capacité actuellement", indique-t-on du côté de la WRU.

500m3 d'eau additionnels avec les sept nouveaux bore holes

Cependant, à la WRU, on insiste sur le fait que plusieurs options existent pour assainir la situation, dont la construction de sept nouveaux bore holes. Une production additionnelle de 1 500m3 est attendue dès la mise en opération de ces nouvelles unités, qui se situent à Gravier, Mont Lubin, Nossola, Baie aux Huîtres, Le Chou, Grand-baie et Camp du Roi. "Notre salut dépend dans une grande mesure de ces nouveaux bore holes qui seront prochainement mis en opération. Les appels d'offre ont déjà été lancés pour les équipements et d'ici août prochain, ils devraient permettre à la population de souffler. Avec le volume d'eau additionnel, nous devrions être en mesure de soulager certaines parties de l'île. À titre d'exemple, l'unité se trouvant à Mont Lubin devrait permettre d'alimenter le village de la Fouche Corail à travers le réservoir de Quatre Vent. Ce bore hole devrait avoir une capacité d'exploitation de 40m3 par heure", fait-on ressortir.

Cependant, si la mise en opération des nouveaux bore holes demeure une source importante pour pallier immédiatement la pénurie d'eau, par contre des interrogations subsistent quant au bon déroulement des projets de développement enclenchés depuis l'année dernière. Avec le développement du secteur touristique, les prévisions indiquent que la demande devrait s'accroître de manière considérable au cours de ces cinq prochaines années. Selon les experts, la construction de deux stations de dessalement dans l'île reste une option de premier choix dans la mesure où elle devrait pourvoir l'île en 4 000m3 additionnels.

"Ce projet de dessalement demeure un atout important dans la production de l'eau domestique dans l'île. C'est la clé même de la réussite du développement de Rodrigues", soutient-on au ministère des Administrations régionales et de Rodrigues. Pour expliquer le retard accumulé par rapport au lancement du projet, les techniciens du ministère s'appuient sur le fait que le projet représente une première pour le gouvernement mauricien et que, en conséquence, la prudence doit être de mise. "Nous évoluons prudemment, car notre objectif est de réunir toutes les conditions pour que ces stations soient une réussite. Rodrigues en dépend beaucoup et il nous faut étudier minutieusement les différentes options. D'ailleurs, nous sommes sur le point de nommer un consultant à la suite d'un appel d'offre international", devait-on indiquer.

Selon les informations disponibles, c'est la société allemande Fitchner qui devrait décrocher le contrat de consultancy. Cette compagnie devrait agir comme consultant auprès du gouvernement de Maurice dans le cadre de la construction de ces deux unités de dessalement, qui se situeront à Anse-aux-Anglais et Rivière Coco. Il ressort également que le gouvernement mauricien bénéficiera du soutien technique des pays du golfe qui, dit-on, ont une grande expérience dans le dessalement de l'eau de mer.

24 fevrier 2002

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