En opposition à un projet hôtelier Création d'un Collectif pour la Défense de l'île aux Bénitiers

 

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Annoncé il y a deux semaines, le projet du groupe FAIL de construire des villas touristiques haut de gamme sur l'île aux Bénitiers en bordure de la côte ouest provoque une levée de boucliers. Les opposants à ce projet annoncent, pour la semaine à venir, le lancement d'un Collectif pour la Défense de l'île aux Bénitiers. Qui s'appuiera sur un dossier déjà bien ficelé pour s'opposer à ce projet hôtelier, alors que le gouvernement semble le considérer plutôt favorablement.

Il y a deux semaines, le groupe Food and Allied Industries Limited (FAIL) présente au Board of Investment, maquette à l'appui, un projet qui vise à l'implantation d'une centaine de chambres regroupées en villas haut de gamme sur l'île aux Bénitiers. Selon nos renseignements, un premier projet impliquant la totalité de l'île avait déjà été évoqué précédemment, mais le gouvernement ayant fait valoir que tout projet de ce type ne devrait pas impliquer plus d'un tiers de la surface de l'îlot, le projet initial fut modifié pour ne plus porter que sur 50 arpents de terre sur les quelque 150 que couvre l'île.

Lieu phare de la côte ouest quotidiennement visité par de nombreux groupes de plaisanciers et vacanciers qui y sont emmenés pour pique-niquer, l'île aux Bénitiers est en fait louée à bail depuis de nombreuses années à la famille Maudarbacus de Vacoas qui y gère une cocoteraie. L'an dernier, à l'expiration de leur bail agricole, les Maudarbacus font une demande de reconversion en bail industriel. Requête que l'État refuse. Par la suite, des négociations auraient été entamées par le groupe FAIL avec les Maudarbacus, qui se retrouveraient associés à ce projet.

Pour un développement hôtelier "contrôlé"

Du côté du gouvernement, c'est d'un œil plutôt favorable que l'on semble considérer ce projet. Ainsi, au cours de la semaine écoulée, une réunion pilotée par le ministère du Logement et des Terres a eu lieu pour essayer de dégager un consensus sur les procédures à suivre par rapport à ce projet, en vue de l'octroi de sa letter of reservation au promoteur. À divers niveaux ministériels, on fait ressortir que le rapport de la task force sur les îlots aurait identifié l'île aux Bénitiers comme un îlot sur lequel on peut faire un développement hôtelier contrôlé. On parle d'une conservation area où viennent des oiseaux à être préservée dans le nord de l'île, d'un lieu réservé à l'accès et d'un autre dévolu au développement hôtelier, sur la base d'un tiers de la superficie de l'île pour chacun de ces trois grands axes. Est aussi soulignée l'assertion qu'il n'y a pas de biodiversité menacée vu que l'îlot, qui a servi de cocoteraie depuis des années, n'abriterait pas d'espèces rares. On met aussi volontiers en avant que la Banque Européenne d'Investissement figurerait parmi les financiers de ce projet, et que cet organisme est reconnu pour ses exigences en matière environnementale.

Tout le monde ne le reçoit toutefois pas de cette oreille. Ainsi, le conseil de district de Rivière Noire aurait déjà adressé une lettre de protestation au Town and Country Planning Board, soulignant que le Black River Outline Scheme ne mentionne pas le reclassement de l'île pour le développement hôtelier. De son côté, la SAPO (Solidarité Anti-Pollution Ouest) regroupant pêcheurs et plaisanciers de l'ouest, s'oppose également à ce projet. "C'est un lieu de détente naturel dont profitent aussi bien Mauriciens que touristes. Faire un projet hôtelier sur l'île aux Bénitiers revient à privatiser un nouvel espace de plage et de détente qui n'a cessé de se rétrécir au cours de ces dernières années", estime le porte-parole de la SAPO, Karl Lamarque.

Des voix auxquelles est venue se joindre celle de Tania Haberland-Von Schalkwyk, qui se présente comme "habitante du village de La Gaulette, citoyenne de Maurice et enfant de la Terre". Ayant pris connaissance de ce projet d'hôtel sur l'île aux Bénitiers par un article de presse il y a deux semaines, elle dit avoir été immédiatement interpellée au point d'enclencher une série de recherches, tant au niveau local qu'international.

Confusion et contradiction

Une de ses premières constatations, c'est qu'il existe "une grande confusion au niveau du gouvernement lui-même autour de ses propres documents". Elle cite ainsi le Mauritius offshore islands survey report de Bell, datant de 1994, qui stipule notamment qu'il ne doit pas y avoir de "overnighting", en d'autres mots pas de permission pour passer la nuit sur l'île aux Bénitiers, ce qui exclut de facto tout projet hôtelier. Par ailleurs, selon Tania Haberland-Von Schalkwyk, le Task Force report for islets de 2001 recommande le choix de l'écotourisme, dont les définitions internationales, selon elle, n'incluent pas des projets hôteliers ou résidentiels.

D'autre part, cette habitante de La Gaulette fait ressortir que le National Environment Action Plan de 1997-98 met clairement en avant la recommandation de "restore biodiversity of islets". "Il est clairement dit restore et pas seulement protect", insiste-t-elle. D'autre part, à l'argument mis en avant qu'il n'y a pas beaucoup de biodiversité à protéger sur l'île aux Bénitiers vu qu'elle sert de cocoteraie depuis des années, elle oppose que la biodiversité n'est ici considérée que du point de vue terrestre et pas du tout marin, comme ce devrait aussi être le cas lorsqu'on parle d'un îlot.

Tania Haberland-Von Schalkwyk affirme que les consultations qu'elle a menées au cours de ces dernières semaines lui ont permis de constater que beaucoup de personnes sont opposées à ce projet pour des raisons valables et fondées. "Et il est très important que le promoteur et le gouvernement écoutent leurs voix", insiste-t-elle.

Toutes ces personnes sont en tout cas déterminées à se faire entendre en lançant, cette semaine, un Collectif pour la Défense de l'île aux Bénitiers. Qui annonce d'ores et déjà de nombreuses actions, tant au niveau local qu'international, pour que l'île aux Bénitiers ne serve pas de champ pour un développement hôtelier.

Une nouvelle affaire qui laisse transparaître, encore une fois, l'absence d'une politique cohérente et suivie par rapport à l'utilisation de nos îlots…

24 fevrier 2002

Le Week End