PORT-LOUIS AU BORD DE L’ASPHYXIE Six voies pour sortir de la congestion routière


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On a laissé tellement pourrir le problème qu’il faut maintenant des solutions multiples pour s’en sortir. Le gouvernement s’apprête à introduire six mesures pour prendre au collet l’embouteillage à Port-Louis : l’introduction d’un système à péage ; le "flexitime" pour les fonctionnaires ; l’augmentation des tarifs de stationnement ; l’interdiction d’entrée aux heures de pointe dépendant de la plaque d’immatriculation ; la création d’une gare d’autobus à Coromandel, une utilisation optimale de l’autopont de Bell-Village. Les autorités n’abandonnent pas pour autant les grands chantiers. Pas le choix : dans vingt ans, c’est deux fois plus de voitures qui seront sur nos routes

Péage. L’introduction d’un système de péage – l’Electronic Road Pricing Scheme – vise à décourager les automobilistes à utiliser inutilement leurs voitures aux heures de pointe. L’aide d’un expert singapourien a été sollicitée pour étudier les modalités du projet. L’expert, qui est attendu lundi, a été à l’origine de l’introduction de cette mesure à Singapour.

Avec ce système, chaque véhicule est doté d’un gadget électronique. L’appareil est activé par une carte magnétique vendue dans les stations- service. La carte est débitée chaque fois que le véhicule passe devant un senseur ultrasensible installé à l’entrée du centre-ville.

Flexitime. L’introduction du flexitime est envisagée par le ministère de la Fonction publique pour aider les fonctionnaires à surmonter les problèmes causés par la congestion aux heures de pointe.

"Un document sur le flexitime est en préparation. A la fin du mois, il fera l’objet de discussions lors d’une session de brainstorming prévue en avril avec les syndicats. A la lumière de ces discussions, des recommandations seront faites au gouvernement", déclare Krishnasamy Ponnusamy, Senior Chief Executive au ministère de la Fonction publique.

Pour arriver au travail à l’heure, de nombreux fonctionnaires quittent leur domicile plus tôt, pour éviter les sanctions prévues par les nouveaux règlements en vigueur concernant les horaires de travail. Depuis le début de 2004, ils sont tenus de gagner leur poste à 8 h 45, conformément aux recommandations du rapport 2003 du Pay Research Bureau.

S’ils ne respectent pas ces dispositions, il leur faut rembourser les minutes de retard dans l’après-midi. L’heure à laquelle ces fonctionnaires quittent leur domicile coïncide souvent avec celle du transport des étudiants. D’où les congestions inévitables aux heures de pointe le matin.

Restreindre les entrées. L’autre mesure préconisée est basée sur la plaque d’immatriculation (Car Restriction Scheme). Elle vise à restreindre de 25 % le nombre de véhicules autorisés à pénétrer dans la capitale aux heures de pointe. L’introduction de cette mesure à travers un système pair-impair de la plaque d’immatriculation n’est pas jugée réaliste : cela réduirait l’accès à 50 % des voitures.

Limiter le parking. Les tarifs de stationnement dans le centre-ville seront révisés à la hausse. Ils passeront très probablement à Rs 20 pour une heure de parking. Une nouvelle législation sera introduite pour le contrôle des emplacements privés de stationnement, qui sont actuellement au nombre de 4 000. La croissance du nombre de parkings privés va à l’encontre de la politique gouvernementale qui vise à décourager le stationnement dans le centre-ville. D’autant plus que l’aire de stationnement de Les Salines, construite à grand frais par l’Etat, n’est utilisé qu’à 25 % de sa capacité.

En attendant la mise en œuvre de ces propositions, d’autres mesures sont déjà appliquées pour tenter d’éviter l’asphyxie de la capitale. Cette congestion routière aiguë est attribuée en grande partie à la saturation des infrastructures qui ne peuvent plus suivre la croissance du parc automobile, croissance estimée à 10 % par an.

L’extension de l’heure d’ouverture de la troisième voie le matin le long de l’autoroute est déjà en vigueur. A partir de l’entrée sud, il sera possible d’utiliser la troisième voie le matin pour emprunter l’autopont à Bell- Village. La possibilité d’avoir un couloir additionnel le long de l’autoroute tant à partir du collège Royal de Port-Louis jusqu’au rond-point de Caudan, qu’à partir de Cité Vallijee est à l’étude.

A partir de l’entrée nord de la capitale, on envisage également l’ouverture de la route Abattoir à Roche Bois à partir de l’autoroute. Moins sûre cependant sera l’interdiction faite aux poids lourds de circuler aux heures de pointe, en raison notamment de la contribution de ces opérateurs à l’économie du pays.

Gare routière à Coromandel. Une autre mesure concerne les autobus. A cet égard, la création d’une gare (Holding Area) pour les autobus à Coromandel a été proposée pour décongestionner l’entrée sud de la capitale et la gare centrale de Victoria. Avec cette mesure, on estime qu’un minimum de 30 à 40 autobus pourront s’arrêter à Coromandel au lieu d’entrer à Port-Louis avec la moitié des sièges vides. De Coromandel, ils s’en retourneront vers la route des Plaines-Wilhems. Une navette permettra aux passager descendus à Coromandel de poursuivre vers la capitale.

Les autorités veulent également freiner la tendance actuelle vers une utilisation accrue de la voiture privée. Une tendance confirmée par une étude récente de la Banque mondiale. Pour encourager le public voyageur à utiliser les transports en commun, les compganies d’autobus Rose-Hill Transport (RHT) et United Bus Service (UBS), ont décider d’emboîter le pas à la Corporation nationale du transport en introduisant sous peu un nouveau type d’autobus de luxe.

Selon Sanjeev Goburdhun, Managing Director de la RHT, le nombre croissant d’automobilistes a un effet désastreux sur le nombre de passagers voyageant dans les bus de la compagnie. Ce nombre a baissé de 3 à 4 % en un an. Pour les autres compagnies, la baisse du nombre de passagers varie entre 2 et 4%, comme l’indique un récent rapport du ministère des Infrastructures publiques. Il est vrai également que la concurrence illégale des opérateurs sans licence y est pour quelque chose. "Nombre de personnes préfèrent utiliser leurs voitures car elles trouvent déraisonnable que l’on prenne plus d’une heure pour couvrir un trajet de 15 à 20 km. Le service du transport en commun se dégrade et les coûts d’opération augmentent à cause des embouteillages", déplore Sanjeev Goburdhun.


STATISTIQUES

Ce que coûte la congestion

- Les embouteillages coûtent plus de Rs 2 milliards au pays par an. Un simple accident aggrave considérablement la situation, provoquant des bouchons sur plusieurs dizaines de kilomètres et … rallonge la note.

"Avec la croissance de la circulation, l’utilisation accrue des voitures privées, ce poids pèsera davantage sur l’économie", indique le "Master Plan" de la Mauritius Ports Authority. Car plus d’embouteillages aux ronds-points donnant accès au port, au Caudan et à Roche-Bois, veut dire retard dans le chargement des marchandises destinées à l’exportation et retard dans la livraison des commerçants et des fabricants.

L’accès au port et au port franc est particulièrement pénible durant la période de coupe, avec le sucre venant du Nord qui doit être acheminé vers les installations du vrac et les sacs de sucre placés dans des conteneurs vers le Container Terminal à Mer- Rouge. On estime que le nombre de véhicules entrant et sortant du port sera de 867 000 en 2005 et à 1,1 million en 2010. Ce nombre n’était que de 676 700 en 2001.

- 30 000 voitures à Port-Louis chaque jour

Près de 26 130 véhicules traversent la Place d’Armes chaque jour aux heures de pointe, soit 200 véhicules par minute. Mais entre 7 et 17 heures, 66 775 pénètrent dans Port Louis et 61 169 en ressortent. Le parc automobile avoisine les 280 000 aujourd’hui contre 191 000 en 1995. Elle croît au rythme de 10 % par an.




ÉTUDES

- Métro léger

Sept firmes sont en lice pour la gestion globale du métro léger. La firme retenue sera chargée de préparer les documents pour le choix du consultant qui étudiera la faisabilité du projet. Une réunion des firmes internationales intéressées par le projet est prévue le 29 mars. Outre le métro léger plusieurs options sont à l’étude. Le gouvernement a opté pour la solution métro léger pour résoudre les problèmes du transport en commun et de congestion routière sur le long terme. La 3e réunion du High-Powered Policy Committee a eu lieu lundi, en la résidence du Premier ministre.


- Ring Road

Une étude de faisabilité du projet de route circulaire (Ring Road) autour de Port-Louis avait été menée par une firme française d’ingénierie civile en 1980 mais le projet ne s’est pas matérialisé. En 1992, le gouvernement décide de revoir le projet en raison de l’asphyxie routière qui menace la capitale.

La construction d’une route circulaire, reliant l’autoroute à hauteur de Pailles jusqu’au rond-point de Roche-Bois sur l’autoroute du Nord, en passant par Vallée-Pitot et Vallée-des-Prêtres, a été envisagée depuis plus de vingt ans. Une étude a été commandité à DHV International, une firme britannique, en 1993. Elle a duré six ans. Elle a d’abord prévu le creusement de deux tunnels dans la Montagne-des-Signaux et la Colline Monneron pour ensuite ramener ce nombre à un.


- Port Louis- Moka Link Road

Alors que le "detail engineering design" du Port-Louis Ring Road était étudié par la firme britannique, l’option de relier Moka à Port-Louis, afin de créer une troisième voie d’accès pour la capitale a été envisagée. Cette tâche a été confiée à la firme indienne Consulting Engineering Services Ltd. Cette voie devait commencer à Bois-Chéri, non loin de St-Pierre, pour aboutir à la rue Volcy Pougnet, à Port Louis. L’étude a été achevée en décembre 2000.


- Pont sur la rade (Harbour bypass)

D’autres pistes de réflexion ont été envisagées, notamment la construction d’un pont sur la rade de Port-Louis. Une proposition a été faite pour étudier si le métro léger pourrait éventuellement emprunter ce pont.Ce sont les consultants sud-africains de Stauch Vorster Associates qui ont le rapport d’étude à ce sujet pour le compte de la Mauritius Ports Authority. Une option privilégiée, pour des raisons financières, par rapport à la construction d’un tunnel sous la rade. Le projet comprend la construction d’une route d’approche à partir du collège Royal de Port-Louis qui rejoindra les Salines, Cassis, où débutera le pont. L’ouvrage traversera la rade et la rivière Lataniers pour aboutir à l’autoroute du Nord, près de la station d’essence Shell. Le projet tient compte de la croissance du trafic portuaire et du développement intégré du front de mer à Les Salines. La superficie à développer y est cinq fois plus spacieuse que celle du Caudan avec ses hôtels, ses cinémas, ses restaurants et ses boutiques. La MPA compte y aménager une marina et un terminal pour paquebots de croisière.

L'Express 25 mars 2004