Le Blue Penny Museum


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Un superbe bijou qui fait vivre un patrimoine mauricien

C'est un lieu de mémoire. C'est un lieu de découverte. C'est un lieu remarquable d'émotion. Le Blue Penny Museum créé par la Mauritius Commercial Bank au Caudan, qui a été inauguré jeudi soir par le Premier ministre, se révèle comme un véritable bijou. Qui fait vivre, avec une belle somme de passion, de talents et de moyens, une partie extrêmement riche d'un patrimoine historique et artistique mauricien. Où l'on peut voir, entre autres pièces uniques, la statue originale de Paul et Virginie réalisée au début du 19e siècle par Adrien d'Epinay et les fameux Post Office (Blue et Red Pennies), premiers timbres-poste émis à Maurice en 1847 et comptant aujourd'hui parmi les plus recherchés et les plus chers au monde.

Très bien situé dans l'enceinte du Caudan à Port-Louis, le Blue Penny Museum est une réalisation d'exception. C'est là que la Mauritius Commercial Bank a choisi de regrouper la riche collection d'œuvres historiques et artistiques qu'elle a acquise et constituée au fil des années, à partir de l'acquisition des plans originaux retraçant la conquête de l'île par les Anglais en 1810.

Aujourd'hui, moyennant Rs 80, le grand public peut donc avoir accès à cette extraordinaire collection jusque-là privée, dans un espace créé avec un professionnalisme et une qualité remarquable, propre à un espace muséal digne de ce nom. Lors de la soirée d'inauguration de jeudi soir, où un spectacle original de Patrick Pongahet ayant hélas souffert de défaillances techniques présidait dans une cour des arts éphémères à l'ouverture de ce musée de la mémoire qui perdure, Jean-Paul Adam, Chairman de la MCB, devait rendre un vibrant hommage à Yvan Lagesse "pour l'âme qu'il a su donner à ce musée". Ce entouré d'une équipe de professionnels de calibre, nommément le conservateur Alain Huron, la muséologue Claude Fauque, le scénographe Philippe Rambaud, la directrice du musée, Véronique Leroi et l'architecte Mico Giraud.

Une vie, c'est bien ce qu'il a ce musée. Cette chose rare, mystérieuse, difficile à atteindre, et qui n'en est que plus magique lorsqu'on la rencontre. Musée vivant dans la mesure où il est plein d'atmosphères, artistement recréées ou créées à l'aide de belles boiseries profondes, d'effets lumineux et d'éclairages savamment dosés et de bruitages divers faisant bruisser la mer ou résonner l'écho des calèches dans les ruelles pavées. Musée où l'ancien est mis en valeur par toutes les techniques et technologies modernes de l'art muséal, que ce soit en termes de présentation d'œuvres ou d'apports ludiques qui recréent ou font découvrir à travers le multimédia ou les bornes interactives.

Pour le visiteur, ce musée est divisé en sept parties distinctes à parcourir aussi bien successivement qu'indépendamment. Vient en premier lieu Les yeux de la découverte (la grande aventure des découvertes sur la route des Indes et des Mascareignes racontée à l'aide de globes terrestres, cartes marines, maquettes et instruments de navigation anciens); Une terre très convoitée (série de documents retraçant l'occupation successive de l'île par les Néerlandais, les Français et les Anglais jusqu'à l'indépendance, la colonisation, à travers les aspects d'occupation du territoire, activités des colons, peuplement, engagements militaires, aventures des corsaires, développement économique); Port-Louis, ville phare (cartes manuscrites, gravures et peintures anciennes qui font découvrir la capitale, de sa création jusqu'à la fin du 19e siècle); L'aventure postale (l'histoire de la poste mauricienne à travers les siècles, des messages laissés à travers un système d'amphores aux plis postaux); Mémoire gravée (toutes les premières émissions de timbres-poste mauriciens, dont les célèbres Post Office, bijoux de la philatélie mondiale; Paul et Virginie (l'émouvante aventure de ce couple légendaire évoquée par un ensemble d'éditions, d'estampes et d'objets, avec pour points culminants les vestiges du naufrage du Saint-Géran et la statue originale de Paul et Virginie sculptée au début du 19e siècle par Adrien d'Epinay, dont on découvre par ailleurs une galerie de remarquables sculptures); et enfin Beaux-arts/Expositions temporaires (tableaux et sculptures d'artistes disparus font découvrir certaines facettes et expressions de l'art mauricien dans un espace polyvalent destiné à accueillir périodiquement des expositions thématiques).

Cette visite, qui demande plusieurs heures si elle veut être complète, peut se terminer au rez-de-chaussée par un tour à la boutique du Musée, qui comporte un assortiment original et de belle qualité de papier à lettres, enveloppes, bloc notes, signets, pins et gravures diverses reprenant les principaux thèmes du Musée.

Le Blue Penny Museum est à voir absolument. Parce qu'il donne, à travers des pièces que l'on ne verra nulle part ailleurs, à découvrir de passionnantes facettes de notre passé commun. Parce qu'il montre ce que la passion, le talent et les moyens peuvent aujourd'hui permettre d'en faire. Parce qu'il devrait, au-delà du contentement présent, susciter des interrogations sur la responsabilité d'un Etat vis-à-vis de son patrimoine, faire prendre la mesure de la façon dont cette responsabilité est trop souvent mal ou pas du tout assumée chez nous, et de la pauvreté de certains musées dits nationaux. S'interroger, enfin, sur l'opportunité d'arriver à unir volontés et ressources pour que notre mémoire commune puisse ne plus être forcément fragmentée. En gardant à l'esprit que le Musée pourtant National de la Poste ne possède, lui, qu'une copie du Blue Penny…


Le Week End 25 Novembre 2001