Affaire Mauriplage à Wolmar Les travaux stoppés dans le lagon en attendant une décision de la Cour


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Nouveau développement au cours de la semaine écoulée dans l'affaire de la construction de l'hôtel The Sands à Wolmar. Suite à une action logée en Cour par un groupe de pêcheurs et de résidents de Tamarin, les travaux entrepris dans le lagon par la compagnie Mauriplage Ltée ont été temporairement interrompus en attendant que la Cour suprême se penche sur toute la question. Des travaux qui continuent à soulever de nombreuses questions, et qui ont fait notamment l'objet d'un rapport de la Mauritius Marine Conservation Society, qui recommande fortement qu'une étude approfondie et détaillée soit entreprise au plus vite pour éviter d'éventuels dégâts irréversibles.

Au cours de ces récentes semaines, de nombreux pêcheurs et résidents de la région ouest n'ont cessé de protester contre les travaux entrepris dans le lagon de Wolmar par la compagnie Mauriplage Investment Ltd, en vue de l'ouverture prochaine de son hôtel appelé The Sands. Des travaux qui concernent des modifications à la plage et l'aménagement dans le lagon, à l'aide de bulldozers, de barrières de roche. Travaux positifs et nécessaires selon les promoteurs pour contrer l'érosion qui affecte cette région. Travaux dangereux pour la balance écologique de la région et entravant la libre circulation des pêcheurs notamment, selon les détracteurs.

Ce n'est que tardivement que le ministère de l'Environnement réagira, soit deux semaines après que les premières dépositions contre ces travaux eurent été logées au poste de police de Flic-en-Flac par divers particuliers à compter du 4 juillet dernier. Ces personnes estimant que ces travaux vont à l'encontre des conditions de l'EIA accordé à Mauriplage.

C'est apparemment suite aux vives protestations de ce groupe de pêcheurs et de citoyens que le ministère de l'Environnement a finalement, le 11 juillet, effectué une visite sur les lieux, et subséquemment envoyé le lendemain une lettre au promoteur le rappelant à l'ordre et l'enjoignant de toute urgence de se conformer aux conditions de son permis EIA. Une deuxième lettre allant dans ce même sens sera à nouveau envoyée à Mauriplage la semaine suivante, mais celle-ci n'apportera apparemment pas de modification à son plan de travail.

C'est du moins ce qu'affirment ceux qui continuent à aller donner des dépositions contre ces travaux qui se poursuivent. "Mé au bout ène moman, nou fine remarké ki la polis mem ti népli oulé pran nou bane déposition", dit un de ces particuliers. D'où la décision de saisir directement la justice. Ce qui est fait le 17 août dernier par l'intermédiaire d'un affidavit entré par Me Joy Beeharry et A.O. Jankee au nom de Licman Aunand et d'un groupe de dix-sept autres pêcheurs de l'ouest. Ceux-ci demandent une injonction de la Cour pour l'arrêt immédiat des travaux, le retrait des roches mises dans le lagon pour constituer des "breakwaters" et l'obligation pour le promoteur de se conformer strictement aux conditions de son EIA.

Statuant sur cette affaire, le juge Ashraf Caunhye a décidé d'appeler les deux parties à se présenter devant lui mardi dernier 21 août. A cette occasion, il a décidé d'accorder aux deux parties jusqu'au 30 août prochain pour loger chacune son affidavit, suite à quoi le cas sera pris sur le fond dans le plus bref délai. Dans l'intervalle, Mauriplage s'est engagé à ne pas aller de l'avant avec ses travaux dans le lagon.

Par ailleurs, les détracteurs de ces travaux ont, il y a quelque temps, approché un biologiste marin, nommément M. Philippe Lahausse de Lalouvière, qui agit comme "scientific advisor" de la Mauritius Marine Conservation Society, pour lui demander son avis sur ces travaux. Dans un rapport en date du 12 août 2001, cet expert fait état de ses observations préliminaires après deux heures passées sur le site.

Il fait ainsi ressortir qu'il n'y a pas, en ce lieu, de barrière entre la houle et la plage. "This obviously is a danger for any construction on the littoral, as high seas could potentially damage buildings near to the shore. Also, beach sand movement is potentially more dynamic in such zones, than in reef-protected lagoons".

Ce scientifique émet en conséquence l'avis que "the hotel has been built too close to the waterline to be safe from episodic sea conditions". Ce qui a nécessité l'aménagement d'un "sea-wall" de pierre dans le lagon devant l'hôtel, pour contrer la force de la houle. Reste toutefois la question de savoir "why was construction allowed so close to the shore which now necessitates sea-walls ?"

Le "scientific advisor" fait ressortir, dans ses conclusions, que les six rangées de roches placées dans la mer sont "esthétiquement déplaisantes". La plage, elle, "has been bulldozed to a new, unnatural slope, which is compatible with the needs of visitors to the hotel, but does not approximate the former nor the surrounding existing slope of the shore". Ce qu'il qualifie de "unnatural beach sustained by an artificial rock barrier".

Par ailleurs, fait-il ressortir, ces barrières de corail créeront certainement un habitat pour la vie marine dans le lagon, ce qui peut toutefois constituer un problème pour les clients de l'hôtel "if scorpion fishes, eels or similar dangerous or frightening fishes establish populations, as they probably will".

Pour Philippe Lahausse, les travaux ont certainement affecté l'écologie naturelle du lieu. Un des aspects les plus dérangeants de ces travaux ayant trait aux "sea-grass beds which have certainly been damaged by the movement of machines, the turbid conditions which will certainly affect the fishes, dolphins, plants and the few corals in the area on a temporal basis. Whether such effects will persist is a question to be studied and is probably dependant on the duration of the works. It is also very important that any future works (boat lanes, dredging, etc.) be planned ecologically for all concerned". De fait, Philippe Lahausse recommande fortement qu'une étude plus approfondie soit entreprise immédiatement. Avec un suivi régulier de tous les travaux dans cette région : mesure toutes les semaines des niveaux de sédiments et de nutrients, ce qui indiquerait les dangers immédiats pour les écosystèmes; étude complète de la côte et de la bathymétrie (mesure des profondeurs marines); étude de la biodiversité au moins chaque trimestre; photographie de la plage chaque trimestre également afin de contrôler tout éventuel mouvement à ce niveau; et test régulier de la turbidité de l'eau à cet endroit.

Reste à savoir qui prendra en charge une telle étude…

Qui dirige Mauriplage ?

Créée en 1988 par Sir Kailash et Lady Ursule Ramdanee, la compagnie Mauriplage a également pour directeurs, actuellement, le fils du couple, Sanjiv Ramdanee, et sa fille, Kobita, épouse de Pravind Jugnauth et donc belle-fille du Premier ministre. Celle-ci, nommée en 1993, démissionne en 2000, mais est nommée, depuis juin 2001, comme "alternate director" à la fois pour les trois précités. Les autres directeurs sont Pierre Guy Noël, Couldip Basanta Lala et Kamal Taposeea.

C'est le 7 juin 1988 qu'est officiellement créée la compagnie Mauriplage Investment Ltd, devant le notaire Hughes Maigrot. Ses deux fondateurs ont pour nom M. Mookteswar Baboolall Ramdanee, aussi connu sous le nom de Sir Kailash Ramdanee, et Mme Ursule Jeannine Maunick, aussi connue sous le nom de Lady Ursule Ramdanee. Les objectifs de cette compagnie sont de "carry on trade and business in Mauritius and other places in the world namely : to carry on all or any businesses of operators, managers, exploiters and owners of hotels and restaurants; to set up organised tours for vacationists holiday makers and tourists generally to act as tour operators".

Le "share capital" est de Rs 100 000 divisées en 1 000 actions de Rs 100 chacune. Sir Kailash et Lady Ursule Ramdanee détiennent chacun 25 de ces actions. Les autres actions, stipulent les statuts, seront sous le contrôle du conseil de direction de la compagnie.

Subséquemment, le 20 juin 1988, Sir Kailash Ramdanee est nommé président du "board of directors" de la compagnie, et M. Joseph Yves Nadeau est nommé secrétaire de la compagnie. Poste qu'il occupera jusqu'à sa mort, survenue le 28 février 2000 à la Résidence de Retraite de Baie du Tombeau. Il sera remplacé, à partir de mars 2000, par Executive Services Ltd, représenté par Mlle Yee Foon Leung Dat Wan.

Entre 1988 et 2000, le rapport annuel soumis selon les procédures officielles au Registrar of Compagnies souligne à chaque fois que "the company has been dormant since its incorporation in 1988 and has not yet started trading". Entre-temps cependant, un certain nombre de changements sont intervenus au niveau de la direction de Mauriplage Investment Ltd. Ainsi, en juin 1993, le nombre de directeurs passe à quatre, avec la nomination, pour rejoindre Sir Kailash et Lady Ramdanee, de leur fils, Sanjiv Kailash Ramdanee et de leur fille, Kobita Ramdanee. En juin 1996, le rapport annuel signale une fois de plus que la compagnie "has not yet started trading", mais que ses directeurs "are actively trying to finalise a significant business deal".

Le 30 mai 2000, un nouveau "change in directors" intervient. Trois nouveaux directeurs sont nommés, à savoir MM. Pierre Guy Noël, Couldip Basanta Lala et Karl Braunecker, alors que Mme Kobita Ramdanee, épouse Jugnauth, démissionne. Toutefois, celle-ci est à nouveau, le 28 février 2001, nommée comme "alternate director to Sir Kailash Ramdanee", puis également, à partir du 14 juin 2001, comme "alternate director for Lady Ursule Ramdanee and Sanjiv Kailash Ramdanee". Par ailleurs, un autre directeur, M. Kamal Taposeea, est nommé le 24 mai 2001 alors que M. Karl Braunecker démissionne le 1er août 2001.

Entre-temps, les objectifs de la compagnie se sont, semble-t-il, précisés. Le rapport du 30 juin 2000 spécifie que "the main activity of the company will consist of operating a hotel". Cela alors que l'"authorised share capital" est, à compter du 12 juin 2000, passé à Rs 50 millions, avec l'addition de 499 000 actions de Rs 100 chacune. Ce qui sera à nouveau majoré à Rs 60 millions le 6 août 2001, avec la création de 100 000 actions supplémentaires de Rs 100 chacune.

Le Week End 26 Aout 2001