Les Nouvelles du 27 février 2005

Le PM: "la route côtière de St Félix déviée… pour raison de sécurité"

La World Conservation Union critique le projet d'autoroute du Sud-Est

Paul Bérenger sensible aux pêcheurs du Morne

Les agences des Nations unies réitèrent leur assistance à Maurice et aux Seychelles…


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Le PM: "la route côtière de St Félix déviée… pour raison de sécurité"

La route côtière de St Félix a été déviée vers l'intérieur des terres sur 3.3 kms non pour accommoder un nouveau parc hôtelier comme on a pu le croire, mais dans le souci premier d'assurer la sécurité du public. Et de lui fournir une plus grande plage publique. C'est en tout cas ce qu'a affirmé le Premier ministre lors d'une visite sur les lieux hier matin. Une nouvelle version qui n'a pas empêché des membres de Pa tous nou laplaz de manifester contre ce qu'ils considèrent eux, comme une nouvelle vente de nos rares plages publiques aux "intérêts capitalistes".

Commencée en juin 2004, la déviation de la route côtière de St Félix s'étend sur 3.3 kms. À partir de juin 2005, date prévue pour la fin des travaux, le public ne pourra donc plus emprunter, comme cela a toujours été le cas jusqu'ici, la route côtière de St Félix. À la sortie de Riambel, juste avant le petit hôtel de Pointe aux Roches, une nouvelle route qui se dirige vers l'intérieur des terres, a été aménagée pour ensuite ressortir plus loin, vers Rivière des Galets.

La construction de cette route, qui a été confiée à la firme Luxconsult, a démarré en juin 2004 et se trouve manifestement en bonne voie d'être complétée en juin prochain. C'est en tout cas ce qu'a constaté le Premier ministre qui effectuait hier matin une visite des lieux, en compagnie d'une forte délégation où se retrouvaient notamment les ministres Lesjongard, Bhagwan et Ganoo. La construction de cette nouvelle route aura, selon les estimations officielles, coûté quelque Rs 132 millions.

Le Premier ministre était aussi sur place, a-t-il précisé, pour faire le point sur le projet de plage publique étendue que cette déviation routière rend possible. Diverses aménités telles que terrains de jeux et de foot, centre de récréation pour les personnes âgées, aires de camping, toilettes, douches etc font partie de ce projet qui doit, en principe, être réalisé par l'établissement sucrier de St Félix, au niveau du kiosque de Pointe aux Roches. Un projet qui devrait, selon Paul Bérenger, offrir une véritable "plage-jardin" de très belle qualité aux Mauriciens. Le Premier ministre s'est ainsi déclaré très "happy" de ce qu'il a pu voir sur place et de la "win-win-win situation" ainsi créée.

Là où il a étonné bon nombre de ceux présents toutefois, c'est lorsqu'il a affirmé que le point de départ de cette déviation côtière était le problème de sécurité que posait la route à ce niveau. "Le devoir d'un gouvernement responsable est de penser à la sécurité de la population. D'où la décision de réaligner cette route qui était dangereuse en raison de sa proximité avec la plage" a déclaré le Premier ministre, qui a affirmé disposer de chiffres indiquant qu'il y avait à cet endroit un nombre extrêmement élevé d'accidents très graves.

"Bann prozé lotel ki finn kas nou somey"

Les projets hôteliers dont il est question à cet endroit seraient apparus "en même temps", d'où la décision d'aller de l'avant avec la déviation côtière. Invité à préciser ce point, Paul Bérenger a déclaré que ce sont les projets hôteliers "ki finn kas nou somey" et qui ont en quelque sorte amené le gouvernement à se rendre compte qu'il y avait là un grave projet de sécurité routière, ce qui l'a convaincu de la nécessité de dévier la route.

Pour ce qui est du développement hôtelier justement, le Premier ministre a affirmé qu'il y en a au moins un, Spa on the Beach, dont les promoteurs sont déjà à Maurice et sont prêts à démarrer leur projet "dans quelques jours". Deux autres établissements devraient suivre. Ce qui est présenté comme un atout exceptionnel de développement avec des investissements estimés à Rs 3 milliards, une création d'emplois chiffrée à quelque 600 postes directs et indirects, et une régénération économique et sociale pour l'ensemble de cette région du sud.

Tous ne semblent pas toutefois partager cet enthousiasme premier-ministériel. À St Félix hier, une vingtaine de personnes disant appartenir au mouvement Pa tous nou laplaz, ont manifesté pendant la visite de Paul Bérenger. Arborant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des slogans comme "Aret pran nou laplaz piblik" ou "Gouvernma courtier gro capital". À la tête de ces manifestants, Jerry Pierre affirme que les habitants du sud et les Mauriciens en général ont besoin de ces lieux pour venir se détendre le week end et que l'on ne peut pas tout vendre au développement hôtelier, au détriment de la population locale qui voit constamment se réduire son espace. À noter que 72 690 mètres carrés de plage publique seront "déproclamés" pour permettre le développement hôtelier. Ce à quoi le gouvernement oppose qu'une autre superficie de 66 456 mètres carrés sera en contrepartie proclamée publique. De son côté, M. Toofany s'interroge sur le coût de cette nouvelle route pour le contribuable, le gouvernement ayant finalement fait entièrement les frais de ce réalignement alors qu'il avait été affirmé préalablement que les hôtels concernés allaient participer aux frais. "Ce sont des gens du Parti Travailliste. C'est stupide et politisé" devait déclarer Paul Bérenger face à la manifestation d'hier..

Il faut rappeler que l'année dernière, un groupe d'habitants de la région avait contesté les projets hôteliers et surtout la déviation routière projetée dans cette région. Une action entrée en justice devait ainsi permettre de faire apparaître de graves manquements au niveau des représentations publiques qui n'auraient pas été permises auprès du Town and Country Planning Board. Le gouvernement avait fait savoir sa colère face à ce fait, même qualifié de "sabotage", et avait annoncé son intention d'initier une enquête pour situer les responsabilités de ces manquements qui venaient entraver le développement hôtelier.

Quoi qu'il en soit, les Mauriciens ont encore "deux ou trois mois" pour emprunter l'actuelle route côtière de St Félix. Passée cette date, elle sera désaffectée.

 

Dans une lettre adressée au Premier ministre

La World Conservation Union critique le projet d'autoroute du Sud-Est

La World Conservation Union (IUCN), organisme des Nations unies en charge du contrôle et de la conservation des espèces rares à travers le monde, a fait parvenir, par le biais de son directeur général, une lettre extrêmement critique au Premier ministre mauricien au sujet du projet d'autoroute du Sud-Est. Un projet qui fait, ce dimanche, l'objet d'une site visit du Premier ministre.

Dans cette lettre en date du 23 février 2005, adressée au Premier ministre Paul Bérenger, le directeur général de la World Conservation Union (IUCN), Achlm Steiner, dit écrire au nom des membres, commissions et personnel technique de cet organisme "to voice IUCN's concerns about the design of the proposed South East Highway".

Tout en notant que l'objectif de ce projet est de fournir "efficient and effective road transport services so as to support the productive sectors of the economy and promote tourism", le directeur général de l'IUCN dit aussi noter l'engagement de la Banque Africaine de Développement (qui finance la réalisation de ce projet à travers un prêt de US$ 19.02 millions), à "protect the environment while implementing badly needed development projects".

Faisant écho à certains arguments formulés par des écologistes locaux, notamment l'association Nature Watch, Achlm Steiner écrit : "We understand that the new section of the road will pass through one of the few remaining fragments of native forests in Mauritius, compromising the survival of three species of plants unique to the world, half the world's population of the endangered Mauritius kestrel, and the forest as a whole. Given the tiny amount of good quality forest remaining on Mauritius, this developement can only be viewed as catastrophic to the native biodiversity that Mauritius has provided global leadership on conserving. It would also undermine an important tourist attraction, thereby achieving the opposite result from what is intended."

Le directeur général de l'IUCN poursuit en disant reconnaître que "different groups have different opinions on what is best for the country" et que cet organisme comprend la nécessité d'assurer un "sustainable development." Toutefois, il considère que le tracé prévu "is incompatible with the conservation values that Mauritius has been at the forefront of promoting (…) We are therefore hopeful that both the Government and the African Development Bank will take the necessary steps to rectify the errors that have led to this poorly designed project." Et de conclure en invitant le Premier ministre à prendre contact avec l'IUCN si jamais il pense que l'expertise technique de cet organisme peut aider à assurer que "development is made in the best interests of both the Mauritian people and the biodiversity that makes your nation unique in the world."

À noter que des copies de cette lettre du directeur général de l'IUCN ont également été envoyées aux directeurs exécutifs de la Banque Africaine de Développement.

Paul Bérenger sensible aux pêcheurs du Morne

Après sa visite à St Félix, le Premier ministre s'est rendu hier au Morne, non par rapport à la montagne cette fois mais pour une sortie en mer. A bord de vedettes de la National Coast Guard, il a parcouru la partie de la côte s'étendant entre les hôtels Indian Resort et Dinarobin, en passant par Les Pavillons et le Berjaya.

Lors d'un point de presse par la suite à l'hôtel Le Paradis, il a affirmé que cette sortie s'était faite suite aux représentations d'une centaine de pêcheurs de la région du Morne, de La Gaulette et de Case Noyale, qui s'étaient plaints de conditions de travail de plus en plus difficiles en raison des activités des cinq hôtels de la région, du va-et-vient des bateaux de plaisance et des conditions d'insécurité causées par la présence renforcée de kite surfers. A l'issue de sa tournée en compagnie de quatre représentants de ces pêcheurs, le Premier ministre a déclaré qu'il faudrait effectivement "faire un move" en leur faveur, selon des modalités qui restent à être définies.

Cette visite a aussi été l'occasion de voir de près les problèmes causés par certains "eyesores" de cette région, à savoir un treatment plant de l'hôtel Berjaya construit au bord de la plage et une surf station de ce même hôtel, structure qualifiée de "galimatias" par le Premier ministre, et qui devra être enlevé dans les mois à venir.

Paul Bérenger a aussi fait savoir qu'il comptait avoir une réunion prochainement avec le groupe Appavou, pour lui demander des explications sur l'absence de mise en application de la réhabilitation de la plage de la Pointe sud-ouest du Morne. Le promoteur de l'hôtel Indian Resort s'était engagé à financer et réaliser le projet d'aménagement de cette plage qui se trouve entre son établissement et le Berjaya, et qui est de plus en plus fréquentée notamment par des véliplanchistes et kitesurfers. "J'ai cru comprendre qu'une question de difficultés financières s'est posée, mais je compte revoir toute la question avec ce groupe hôtelier" a affirmé le Premier ministre.

Rappelons qu'en août 2003, le précédent ministre du Tourisme, Nando Bodha, avait annoncé qu'un "comité de gestion" avait été mis en place pour cette plage et que des travaux d'aménagement allaient y être entrepris et complétés d'ici octobre de la même année

Développement sous surveillance internationale

Les agences des Nations unies réitèrent leur assistance à Maurice et aux Seychelles…

Les chefs des agences des Nations unies opérant à Maurice et aux Seychelles, réunis en retraite de deux jours à Grand-Baie, mardi et mercredi dernier, ont pris l'engagement de soutenir les initiatives des deux pays en vue d'atteindre leurs objectifs d'égalité entre les hommes et les femmes, d'éradication de la pauvreté et d'un développement environnemental soutenable.

La retraite, présidée par le Resident Coordinator des Nations-Unies à Maurice, Mme Aase Smedler, a bénéficié de la participation des chefs - ou de représentants - du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (l'O.c.h.a), de l'Organisation internationale du travail (ILO), de l'UNICEF, de UNAIDS, de la FAO, de la Banque Mondiale, de l'Organisation Mondiale de la Santé (l'OMS) de l'UNESCO, du Bureau du Haut-commissaire pour les Droits de l'Homme (OHCRH) et de l'UNDP.

Durant leurs discussions, les participants ont mis l'accent sur la nécessité de concentrer leurs efforts sur le suivi des résolutions de la Conférence des petits États insulaires, qui s'était tenue à Maurice le mois dernier, sur l'évaluation des progrès enregistrés dans le programme dit de Millenium Development Goals (MDG) pour Maurice, Rodrigues et Les Seychelles et sur les efforts de réhabilitation infrastructurelle dans Les Seychelles après le passage désastreux dans ce pays du tsunami du 26 décembre.

Selon les engagements pris par Maurice et les Seychelles dans le cadre de ce fameux Millenium Development Goals, ces deux pays devraient avoir dégagé, d'ici septembre prochain, un plan concret pouvant démontrer comment ils vont atteindre des progrès substantiels dans l'éradication de la pauvreté extrême d'ici 2015 (dans dix ans) et cela tout en veillant à ce que l'égalité hommes/femmes devienne réalité et que l'Éducation, la santé et le développement de l'environnement soient accessibles à tous en conformité avec le nouvel ordre international. Les agences des Nations-unies ont promis toute leur assistance dans la réalisation de ces objectifs, mais il n'en demeure pas moins que le temps presse pour les deux pays concernés car, en septembre prochain ils auront aussi à rendre des comptes à l'Assemblée Générale de l'ONU quand lors d'un sommet de haut niveau, on passera en revue la situation mondiale dans ce domaine.

Lors de la retraite, il a beaucoup été question du soutien international que méritent Maurice et Les Seychelles, mais également d'autres pays de l'océan Indien, dans le domaine de la santé de qualité (notamment contre le sida et l'IVH), dans le combat contre la discrimination et pour la promotion d'une approche innovatrice de l'Éducation et de l'information.

Immanquablement, les agences des Nations unies se sont aussi préoccupées de la nécessité de consolider les systèmes d'alertes précoces contre les catastrophes naturelles et de la mise en place de mécanismes de gestion de ces catastrophes dans les îles vulnérables. Dans le cas particulier des Seychelles, les participants ont toutefois été bien obligés de concéder que, à ce jour, l'aide accordée à ce pays pour réhabiliter ses infrastructures détruites par le tsunami n'arrive même pas à couvrir la moitié des frais prioritaires tels qu'ils ont été mis en exergue dans le Flash Appeal des Nations unies lui-même. C'est-à-dire, pour ce qui est de la remise en état des routes, des logements, des écoles et du secteur de la pêche… Les agences des Nations unies ont toutefois promis d'assister le gouvernement seychellois pour la levée des fonds requis.

Le Week End 27 fevrier 2005