Cri d'alarme de "Géo" pour sauver les Mascareignes


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L'archipel des Mascareignes possède une flore et une faune uniques au monde et il faut tout faire pour le préserver. C'est le cri d'alarme du magazine Géo qui consacre dans son édition de décembre 68 pages à Maurice, Rodrigues et La Réunion. Abondamment illustré, ce reportage se veut être un compte-rendu de la situation de l'écologie et de l'environnement dans ces trois îles de l'océan Indien.

La part importante du reportage est une visite guidée dans les trois îles. Prétexte touristique pour évoquer les problèmes d'ordre écologique et environnemental auxquels elles font face et les moyens déployés pour en venir à bout.

Pour Géo, l'origine géologique de ces îles semble incompatible avec la faune et la flore que l'on y trouve. Effectivement, au contraire de Madagascar, ces trois îles n'ont aucune attache terrestre avec un quelconque continent. Surgi des fonds marins, elles sont les parties immergées de volcans qui s'étalent dans les profondeurs de l'océan Indien. L'activité volcanique qui a duré pendant plusieurs millions d'années se serait éteinte il y a 25 000 ans pour Maurice et les pluies tropicales ont érodé l'île qui ne culmine plus qu'à 823 m. Comme La Réunion et Rodrigues, Maurice était nue à sa naissance.

La faune et la flore s'y sont développées " par d'incroyables aventures, d'improbables naufrages et d'époustouflantes épopées ! ".

" Spores de fougères, semences légères d'orchidées ou petits insectes emportés par des vents marins ; petits passereaux capturés dans l'il d'un cyclone ", entre autres, ont contribué à " l'implantation des espèces animales et végétales ", explique Géo.

Si Madagascar et l'Afrique ont contribué pour la grosse partie de notre patrimoine écologique, certaines espèces ont beaucoup voyagé pour arriver jusqu'à nos rives. Il en est ainsi du célèbre palmier bouteille de l'île Ronde qui nous vient de l'Amérique centrale. Le plus intéressant, constatent les journalistes de Géo, est que, coupées de leurs souches parentales, les espèces ont été contraintes de s'adapter à leur nouvel environnement avec à la clé de véritables révolutions génétiques.

Menaces

Mais toute cette richesse est très menacée. Les zones naturelles représentent 30 % des terres à La Réunion alors qu'à Maurice elles ne sont de 3 %. Sur Rodrigues, c'est la catastrophe avec seulement 0,1 % de zones naturelles. " La liste des espèces éteintes ou menacées s'allonge chaque année ", constate Géo : " conséquences des activités humaines non raisonnées ". Le magazine fait un état des lieux avec des organisations et associations internationales qui travaillent d'arrache-pied pour le sauvetage des espèces. Mais " la tâche est immense et urgente pour sauver les Mascareignes, l'un des paradis naturels les plus menacés au monde ".

À Maurice, Géo a pu constater qu'aujourd'hui la plus grande menace reste le développement touristique contre lequel peu de Mauriciens protestent en raison de la manne financière que génère cette industrie (trente-deux mille emplois, Rs 19 milliards de chiffres d'affaires). Les journalistes du magazine français sont allés à la rencontre de plusieurs associations comme le Mauritius Wildlife Foundation, mais aussi d'individus comme Ram Seegobin. Celui-ci dénonce le projet de développement de Bel-Ombre et la nouvelle loi " qui permet aux grands propriétaires terriens de construire et de vendre aux étrangers des chalets de luxe avec, en prime, le droit de résidence ".

Le reportage a bénéficié de l'apport de l'écrivain et de l'historien réunionnais Daniel Vaxelaire pour retracer l'histoire politique et économique de ces îles surgies de l'océan. Un rappel historique important pour comprendre la situation socio-politique contemporaine.

Le magazine aborde également le problème de la part africaine des îles, plus spécifiquement de " malaise créole " que l'on trouve tant dans le République de Maurice qu'à la Réunion. Géo relève aussi " le tabou qui vient de tomber à l'île Maurice " avec l'accession " pour la première fois " d'un non-hindou, non issu de la caste des Vaish au poste de Premier ministre. Pour Géo, Paul Bérenger ouvre la voie à toutes " les autres communautés minoritaires qui peuvent désormais rêver voir l'un des leurs accéder un jour au pouvoir ".

Le Mauricien 27 janvier 2004