Le Sud, l'association des pêcheurs de Mahébourg clame son existence


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L'Association des pêcheurs professionnels de Mahébourg est une organisation structurée dont la création date de l'année 2000. À ce jour, elle regroupe une majorité de pêcheurs sur la totalité approximative des 500 pêcheurs qui exercent dans le sud de l'île. Lors d'une récente rencontre avec des dirigeants de l'association au siège au Conseil de village de Mahébourg, sur la côte de la petite localité surnommée Rémy-Ollier, ces derniers nous ont exposé les nombreuses difficultés auxquelles ils sont confrontés chaque jour pour gagner leur vie. Entre autres thèmes abordés, une compensation gouvernementale qui n'a pas fait que des heureux parmi les pêcheurs…

Parmi nos interlocuteurs : Manfred Apollon, le président de l'association ; Christian Hang Hong, le secrétaire ; ils sont également, et respectivement, vice-président et secrétaire de la Fédération des Associations des Pêcheurs Professionnels de l'île Maurice. Puis, les membres suivants : Droovnath Seetaloo, Sylvio Telva, Elie Telva et Marcy Magon. Ce dernier, un vieux pêcheur de 74 ans, continue malgré son âge avancé, continue à braver le grand large, chaque jour. La moyenne d'âge des interlocuteurs est d'environ cinquante ans. Ils ont commencé à prendre goût au métier de la mer dès leur tendre enfance car leurs parents et grands-parents ont tous été des pêcheurs. Citons un cas édifiant, celui de Christian Hang Hong : détenteur d'un 'School Certificate'en 1971, il a très volontiers suivi la trace de son père et de son grand-père en épousant le métier de pêcheur artisanal.

Venons-en au fait : nous sommes en 2002 ; l'association en question apprend que le gouvernement projette de créer, dans un proche avenir, un parc marin d'une superficie d'environ 4 km2 dans la baie de Blue-Bay en vue de préserver les espèces rarissimes qu'on y trouve. Promptement, le secrétaire de l'association écrit au ministère de la Pêche pour lui demander d'accorder une compensation aux pêcheurs qui, de longue date, ont toujours travaillé dans cette partie du lagon. La réponse du gouvernement est globalement positive, mais, traduite dans les faits, elle donnera lieu à un sentiment d'amertume et, aussi, de déconvenue…

"Action innovatrice"

" D'abord, nous félicitons le gouvernement pour cette action innovatrice qui a déjà vu le jour et qui, dorénavant, créera des conditions favorables pour le repeuplement de notre lagon surtout en cet espace particulièrement prolifique en espèces coralliennes d'un genre rarissime. Ensuite, nous remercions le gouvernement pour la compensation substantielle de Rs 200 000 qui a été remise à chacun des pêcheurs qui, depuis longtemps, pose ses casiers en ce lieu spécifique de la mer de Blue-Bay. Néanmoins, la question qui nous trotte dans la tête est la suivante : comment se fait-il que, depuis le début de février 2003 un total de 37 pêcheurs ont déjà reçu leur compensation tandis que 9 autres pêcheurs qui sont dans le même cas n'ont rien reçu jusqu'à présent ? Pourtant, ce sont des personnes honnêtes et de bonne foi et, d'autant plus, ils possèdent des documents officiels qui prouvent, qu'effectivement, ils ont eux aussi droit à cette compensation. Peut-être, ont-ils été oubliés ?.. " Les dirigeants de l'association ajoutent : " Notre vœu le plus cher est que ces neuf pêcheurs puissent eux être compensés car ils le méritent amplement. " Écoutons le témoignage de Marcy Magon, le vieux pêcheur dont nous avons parlé plus haut : " Dépi ki mo fine rentre dans la vieillesse, pou banne raisons évidentes, mo fine besoin travaille lor bateau ène pêcheur qui appelle Elie Telva et mo capave certifier, lor mo l'honneur, qui ça dimoune-là fine travaille dans ça coin la mer-là dépi so l'enfance et li parmi banne dimounes qui pas fine gagne compensation. Ki faire ? Mo pas conné… "

Si, d'un côté, ils sont reconnaissants envers le gouvernement pour les quelques mesures encourageantes prises en faveur des pêcheurs ces derniers temps, ils expriment des inquiétudes au sujet de leur avenir, vu la nature aléatoire de leur gagne-pain.

Solidarité réclamée

" La mer s'appauvrit de plus en plus chaque jour ", constatent-ils avec une grande amertume. En effet, dans les eaux peu profondes, on ne trouve plus en abondance, à présent, les appâts traditionnels tels que les vers de sable, les algues marines, les oursins, etc. En pleine mer, les poissons et autres fruits de mer se font de plus en plus rares, ce qui oblige les pêcheurs artisanaux à poser leurs casiers dans des eaux encore plus profondes et, souvent, bien au-delà des récifs ; ce faisant, ils ne peuvent que mettre en péril leur propre existence au milieu de l'océan.

Outre le danger de se retrouver quotidiennement dans des eaux profondes, il y a la cherté des équipements de pêche comme par exemple, les moteurs hors-bord, le carburant pour faire tourner ces moteurs, les cordages, les hameçons, etc. De nos jours, un demi-kilo de fil métallique pour la fabrication de casiers de pêche coûte Rs 15, sans compter d'autres matières nécessaires, ce qui revient à dire qu'un seul casier destiné à attraper le poisson communément appelé la 'Licorne'ou 'Poisson corne'coûte, au bas mot, la somme mirobolante de Rs 5 000.00. En hiver, la 'Licorne'est très prolifique dans les eaux mauriciennes et une campagne de pêche axée sur ce type de poisson requiert, ainsi, un très lourd investissement.

Après une journée passée en mer, le pêcheur rentre chez lui fourbu et, ignorant sa fatigue, il doit se mettre à confectionner des casiers. Chaque type de poisson requiert un type de casier différent. Ainsi, un casier pour attraper la 'Carangue'peut coûter environ Rs 2 000.

Occasionnellement, il y a une petite action du gouvernement en faveur du repeuplement du lagon par le lâchage, en pleine mer, d'alevins, mais, nous disent nos interlocuteurs avec insistance, ces poissons sont souvent pris dans les filets des pêcheurs à la senne avant qu'ils n'atteignent le stade de reproduction.

Heureusement, disent-ils, que le gouvernement a enfin réussi à mettre fin au commerce d'extraction de sable dans le lagon de Mahébourg : " L'opportunité de cette belle action visant au repeuplement de notre lagon se fera certainement sentir dans les années à venir… "

Et ils n'ont que des applaudissements pour le gouvernement au sujet de l'inclusion des pêcheurs, selon leur âge, dans le Plan National de Pension.

Pour conclure, l'APPM exprime le souhait que le public sympathise davantage avec la communauté de pêcheurs ; également, qu'à l'avenir il y ait une plus grande ouverture d'esprit entre le ministère de la Pêche et les associations de pêcheurs, et en particulier leur association.

Le Mauricien 27 mai 2003