Les zones humides : un univers à protéger


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Le vendredi 2 février on fêtera le 30e anniversaire de la Convention Ramsar sur les zones humides. Méconnues à Maurice, ces zones, plus communément appelées marécages, continuent d'être comblées ou dégradées sous la poussée démographique, comme à Grand-Baie, Péreybère ou Flic-en-Flac. Pourtant, agissant comme des filtres naturels, elles jouent un rôle de première importance dans la préservation de la qualité de nos plages et de celle de l'eau de nos lagons.

Le gouvernement souhaite faire inscrire sur la Liste Ramsar l'estuaire de Terre-Rouge, une étendue d'eau saumâtre qu'affectionnent particulièrement les oiseaux migrateurs

"Les zones humides sont parmi les milieux naturels les plus productifs du monde." Selon Santaram Mooloo, Divisional Environment Officer au ministère de l'Environnement, les zones humides, communément appelées marécages à Maurice, peuvent être considérées comme le berceau de la diversité biologique : elles renferment en effet une concentration élevée d'oiseaux, de mammifères, de reptiles, d'amphibiens, de poissons et d'invertébrés.

Plus de 40 % des 20 000 espèces de poissons du monde vivent dans les eaux douces. Les zones humides sont également des entrepôts importants de matériel phytogénétique.

Le riz, plante commune des zones humides, est l'aliment de base de plus de la moitié de l'humanité. A Maurice toutefois, ces zones humides ou marécages ne sont pas si riches, avance Santaram Mooloo. Elles constituent ici un des enjeux environnementaux les moins connus. Au point que nombre de ces marécages ont, durant les trois dernières décennies, été comblés sous la poussée du développement urbain. Ce phénomène peut être observé notamment à Grand-Baie et à Flic-en-Flac.

"De larges espaces du village de Grand-Baie d'aujoud'hui, étaient dans le passé des marécages qu'on a comblés et sur lesquels on a ensuite construit", avance Mala Chetty, présidente de Grand-Baie Watch, une organisation non gouvernementale qui s'occupe de la défense de l'environnement de l'endroit. De même à Flic-en-Flac, nombre de marécages sont aujourd'hui des zones habitées. Ce n'est qu'avec la promulgation de l'Environnement Protection Act en 1991 qu'un permis EIA (Environment Impact Assessment) est devenu obligatoire avant tout développement sur un marécage. Encore que la majorité de ces marécages sont des propriétés privées.

Renouvellement des nappes phréatiques

Selon la Convention de Ramsar (voir hors-texte) les zones humides sont "des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d'eaux naturelles ou d'artificielles, permanentes ou temporaires". Ce sont des lieux "où l'eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée". La définition englobe aussi "des étendues d'eau marine dont la profondeur à marée basse n'excède pas six mètre."

Cette large définition, permet à la Convention de l'appliquer à des types d'habitats très variés : rivières et lacs , lagunes côtières, mangroves, tourbières et même des récifs coralliens. Il existe aussi des zones humides artificielles telles que les bassins de pisciculture ou d'élevage de crevettes, les étangs agricoles, les terres agricoles irriguées, les étendues de terre salée, les réservoirs, les gravières, les terrains d'épandage, les canaux et des plaines d'inondation.

L'interaction entre les éléments physiques, biologiques et chimiques tels que les sols, l'eau, les plantes et les animaux, permet aux zones humides de remplir de nombreuses fonctions vitales : "Les plantes et les sols des zones humides jouent un rôle crucial en épurant l'eau", soutient Santaram Mooloo. Selon lui, c'est la fonction la plus importantes de ces regions.

"Ce n'est pas un hasard si nos plus belles plages à Maurice se situent là où il y a le plus de marécages", explique-t-il. Il cite à cet effet Flic-en-Flac, les régions littorales du Nord - Grand-Baie ou Péreybère - Belle-Mare à l'est et Blue Bay, dans le sud-est. De grandes quantités de matières nutritives, telles que le phosphore et l'azote qui proviennent généralement du ruissellement agricole, sont efficacement éliminées par les zones humides. De plus, beaucoup de plantes de ces régions ont la capacité d'éliminer les substances toxiques provenant des champs.

"C'est ainsi que ces marécages empêchent l'eutrophisation en aval, un processus qui favorise la croissance rapide de plantes et des algues dans le lagon et entraîne un appauvrissement du taux d'oxygène qui affecte à son tour d'autres espèces", explique encore Santaram Mooloo. "C'est ce rôle de filtre des marécages qui empêche nos lagons de se dégrader davantage", avance pour sa part Mala Chetty. En outre, les zones humides retiennent les fortes pluies, empêchant ainsi des inondations possibles en aval.

La végétation des zones humides peut ralentir le débit des eaux en crue vers l'aval. "C'est ainsi que l'on aura noté ces dernières années, des poches d'inondation suite au comblement de certains plaines d'inondations dans la région", explique encore Mala Chetty. Dans bien des cas, ajoute Santaram Mooloo, ces zones humides favorisent aussi le renouvellement des nappes phréatiques, en permettant à l'eau qu'elles retiennent d'aller vers ces nappes souterraines. En outre, les marais salants, les mangroves et autres zones humides boisées constituent des lignes de défense contre les cyclones.

Ils contribuent à en atténuer les effets en réduisant l'action du vent, des vagues et des courants, tandis que les racines des plantes maintiennent les sédiments en place. La nécessité de préserver ces zones humides se fait également sentir, surtout dans la perspective des changements climatiques.

En effet, il faut tenir compte des perturbations du climat côtier, de la structure changeante des précipitations et de l'élévation du niveau de la mer, dans les 50 à 100 prochaines années. A ce titre, les zones humides jouent un rôle vital d'une part dans la gestion des gaz à effet de serre, en particulier du dioxyde de carbonne et d'autre part, en atténuant concrètement ces changements climatiques

Réchauffement du climat mondial

Les zones humides sont d'importantes zones de stockage de carbone. "La destruction de ces zones libère le dioxyde de carbone, tandis que leur restauration ou la création d'une zone humide augmente la caparité de piégeage du carbone", argue Santaram Mooloo.

Cependant bien que les zones humides jouent un rôle important dans le cycle du carbone, on ne comprend pas toujours leur portée réelle. Ce qui est certain, c'est le drainage, la transformation pour l'agriculture et la dégradation des zones humides libèrent d'énormes quantités de dioxyde de carbone ainsi que d'autres gaz à effet de serre. Ce qui contribue au réchauffement du climat mondial.

En vue de ces changements climatiques, il semble raisonable d'une part d'empêcher toute nouvelle destruction ou transformation des zones humides et d'autre part d'envisager leur restauration et leur remise en état comme moyen de renforcer le stockage du carbone. Les zones humides peuvent également contribuer au développement des loisirs, du tourisme ou de la culture.

Par leur beauté naturelle ainsi que par la diversité de la vie animale et végétale que l'on y trouve, ces zones sont des destinations touristiques idéales. De nombreuses activités récréatives y sont associées, de la navigation et d'autres sports aquatiques, en passant par la chasse, l'observation de la faune sauvage voire même l'art et la littérature.

La pêche récréative en eau douce dépend entièrement des ces zones. Selon les informations disponibles, le gouvernement se propose de faire inscrire très prochainement le Bird Sanctuary de l'estuaire de Terre-Rouge sur la Liste de Ramsar (voir hors-texte). A Maurice la seule étude sérieuse entreprise jusqu'ici sur les zones humides et celle faite en 1997 par une équipe du National Environmental Laboratory du ministère de l'Environnement.

Encore que cette étude n'a touché qu'à une analyse de la qualité de l'eau d'un certain nombre de marécages. Toutefois les auteurs de cette étude ont recommandé, entre autres, de convertir progressivement certains marécages en parcs touristiques. Ils ont cité dans ce cadre La Prairie Wetland, Mare-Millet à Pointe D'Esny et Mare-du-Puits à Belle-Mare, à cause de leur accessibilité.

Bien qu'elle soit signataire de la Convention de Ramsar depuis 1997, Maurice ne dispose jusqu'ici pas d'une politique globale concernant les zones humides. Celle-ci est en préparation au National Parks and Conservation Service du ministère de l'Agriculture dans le cadre de l'élaboration d'un National Biodiversity Strategy and Action Plan.

 

JOURNEE MONDIALE DES ZONES HUMIDES 2001

Propositions pour sensibiliser les Mauriciens

Comment amener les Mauriciens à prendre conscience de l'importance des zones humides de l'île ? Nous vous proposons ici une liste non exhaustive de mesures qui pourraient inspirer les autorités et les aider à marquer la journée internationale des zones humides, le vendredi 2 février.

Au niveau national 1. Lancer une politique nationale ou une initiative nationale sur les zones humides.
2. Désigner un nouveau site Ramsar.
3. Annoncer l'attribution de ressources financières à la recherche sur les zones humides, notammnet à "l'utilisation rationnelle" et à la restauration…
4. Imaginer des programmes de formation à l'intention des administrateurs des zones humides.
5. Annoncer l'attribution de Prix nationaux pour les zones humides pour récompenser des personnes ou des groupes ayant pris les meilleures initiatives de promotion des zones humides ou rendu des services exceptionnels.

Au niveau régional

1. Célébrer la Journée mondiale des zones humides dans un site Ramsar.
2. Proposer, dans la mesure du possible, des visites guidées dans des zones humides.
3. Adopter une zones humide de la localité et imaginer une campagne de conscientisation quant à son importance pour l'endroit.
4. Promouvoir des ouvrages, des exposition ou des causeries sur les zones humides de la région.
5. Organiser une "chasse collective" aux déchets sur une des zones humides de la localité.

COOPÉRATION

La convention de Ramsar


La Convention sur les zones humides est un traité intergouvernemental adopté le 2 février 1971 dans la ville iranienne de Ramsar, sur les bords de la mer Caspienne. Cette convention, entrée en vigueur en 1975, a pour mission "de favoriser la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides par des mesures prises au plan national et par la coopération internationale, comme moyens de parvenir au développement durable dans le monde." A ce jour la Convention compte 123 Parties contractantes - dont Maurice, qui y a adhéré le 23 avril 1997 - et a établi une liste des zones humides de par le monde. Cette "Liste Ramsar" recense 1 040 zones humides d'importance internationale qui, ensemble, couvrent 800 000 kilomètres carrés. Si l'Unesco est le dépositaire de la Conventaion, l'administration de celle-ci est entièrement assumée par un secrétariat appelé "Bureau Ramsar", qui se trouve dans les locaux du siège de l'Union mondiale pour la nature, en Suisse. Ce bureau travaille sous l'autorité de la Conférence des Parties contractantes (principale organe décisionnel de la Convention composé de délégués de tous les Etats membres) et du Comité permanent de la Convention. En vertu de la Convention, la première obligation consiste à inscrire au moins une zone humide sur la Liste Ramsar et à promouvoir sa conservation et, le cas échéant, son "utilisation rationnelle".

 

L'Express du 27 Janvier 2001