Occupation du littoral :la nouvelle réalité


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Les plages publiques passent de 28 km en 1998 à 39 km mais…

Il y a trois ans, nous dressions dans ces colonnes une carte de l'occupation du littoral mauricien. Où l'on voyait que les plages publiques étaient en régression, la superficie occupée par les hôtels en nette expansion, et l'espace occupé par les campements beaucoup plus important qu'on le croit habituellement. Depuis, beaucoup de nouvelles donnes ont émergé. Création programmée de nouveaux integrated resorts aux Salines, à Bel Ombre et à St Félix; mise en place d'une Beach Authority pour gérer les plages publiques; annonce d'une nouvelle taxe sur les campement sites; expansion du "squatting religieux". Aujourd'hui, de nouvelles questions se posent. Y a-t-il plus ou moins d'espace public ? Comment va se concrétiser le développement du parc hôtelier ? Que représentent les campement sites et que rapportent-ils ? En bref, comment allons-nous concilier les diverses aspirations et pressions pour l'occupation, très convoitée, de nos 322,5 kilomètres de linéaire côtier. Nous avons enquêté.

Comment allons-nous utiliser notre territoire dans les années à venir ? C'est la question qui se pose actuellement dans le cadre de l'élaboration du nouveau National Physical Development Plan (NPDP), dont les premières consultations publiques ont débuté lors d'un séminaire la semaine dernière à l'hôtel Maritim, Balaclava. Organisées par le ministère des Terres et du Logement, ces consultations sont animées par les responsables de la société britannique Halcrow, chargée d'élaborer le nouveau NPDP.

Formulé pour la première fois en 1990, celui-ci doit être aujourd'hui complètement revu. L'objectif: penser et planifier le développement du territoire mauricien de façon rationnelle et judicieuse, "dégager un consensus et développer de nouvelles stratégies pour les 20 années à venir", selon les propos de M. John Smith de Halcrow. C'est dire si sont attendus les résultats de ces travaux.

Outre le NPDP, l'Environmental Investment Programme servira à financer l'élaboration d'un Integrated Coastal Zone Management Plan pour promouvoir le développement durable de la zone côtière en particulier. Car c'est sans doute à ce niveau que se situent les enjeux les plus cruciaux et les emplacements les plus convoités. Comme le montrent plusieurs faits de l'actualité récente. Toute la question de l'accès à la mer.

Où en est-on aujourd'hui ? En attendant le rapport Halcrow, nous avons voulu tenter de dégager une vue d'ensemble. À ce jour, les seuls chiffres officiels disponibles remontent à 1998. Ces données, que nous avions publiées dans une enquête au début de 1999, montrent que les campements étaient les plus importants occupants du linéaire côtier, avec 51,7 km (soit 16%), les hôtels en nette expansion avec 44,5 km (soit 13,8%), alors que les plages publiques étaient en nette régression, passant de 40 à 28 km (soit 8,7%) de linéaire côtier en quatre ans, au profit des hôtels.

Les dernières données que nous avons pu obtenir montrent que si les campement sites sont restés pratiquement inchangés, par contre le linéaire côtier des plages publiques a augmenté pour passer de 28 à 39 km. Contrairement à l'impression générale, l'espace public ne serait donc pas en train de se rétrécir. Mais est-ce réellement le cas dans les faits ?

Il ressort en effet que si de nouvelles plages ont été officiellement déclarées publiques, bon nombre d'entre elles étaient déjà couramment utilisées par le public. De plus, un certain nombre de plages (Le Souffleur, Gris Gris, Pomponette) ne répondent pas aux critères habituellement prisés par le public, n'offrant pas de possibilité de baignade.

Par ailleurs, une classification récente établie au niveau du ministère des Terres sur les 88 plages publiques dont nous disposons actuellement, se révèle particulièrement intéressante. Ce document identifie six "Big and popular beaches" (Mon Choisy, deux portions à Belle Mare, Palmar, Le Morne et Flic en Flac/Wolmar) qui totalisent 8,6 km de front de mer. Viennent ensuite 28 "Small and popular beaches", qui couvrent 7,6 km. Enfin apparaissent 54 "Other beaches", couvrant 22,6 des 39 km. En d'autres mots, les plages réellement fréquentées par le public représentent en fait 41,5% du total.

Autre fait intéressant à relever : pour donner un ordre de grandeur, la plage de La Cuvette est un exemple intéressant montrant une petite plage très fréquentée. Cette plage présente un sea frontage de 310 mètres. 50 de nos 88 plages publiques présentent un sea frontage inférieur à celui de La Cuvette… C'est dire l'exiguïté, et donc le sentiment d'entassement de plus en plus ressenti par les Mauriciens sur les plages.

Du côté des hôtels, il ressort que 5 nouveaux établissements ont été construits depuis 1998, portant le total à 95 hôtels totalisant 9 024 chambres. À l'Assemblée nationale, lors des débats sur la Beach Authority en avril dernier, le ministre du Tourisme, Nando Bodha, avait indiqué qu'il ne reste, à ce jour, qu'une dizaine de sites le long du littoral susceptibles d'être mis à la disposition des promoteurs hôteliers : 4 ou 5 à Bel Ombre, 2 ou 3 à Les Salines, 1 à St Félix et 1 à Albion.

Bel Ombre, Les Salines et St Félix sont les trois zones identifiées par le gouvernement pour faire l'objet d'un nouveau type de développement, qualifié de integrated resorts : la construction de villas de luxe à l'intention des étrangers, avec la création et l'aménagement parallèle d'espaces accessibles au grand public. Ce afin de réduire les risques de frustration chez ceux qui pensent que le tourisme réduit ou les prive de leur droit d'accès à la plage. "Le droit des Mauriciens d'avoir accès à la plage et aux pas géométriques est sacré", devait déclarer le ministre Bodha. Une réalité enfin prise en compte.

Reste la question de la qualité de ce littoral. Qui est de plus en plus rogné par un gros problème d'érosion. Le ministère de l'Environnement compte d'ailleurs réaliser une étude sur l'érosion de la zone côtière sur 13 sites critiques de Maurice où la situation nécessite des mesures d'urgence.

L'espace nous est déjà tellement compté…


Audit du "squatting religieux" sur le littoral-Le ministre Choonee prend le bateau

Le ministre du Logement et des Terres, Mukeshwar Choonnee, semble déterminé à lancer lui-même l'audit du "squatting religieux" sur le littoral qu'il a annoncé la semaine dernière. Il ressort en effet que suite à l'affaire de construction illégale de l'Ananta Mandir sur la plage à Grand Baie, et les remous subséquents créés par cette affaire, le ministre Choonee a annoncé son intention de procéder à un audit complet de tous les cas de structures religieuses érigées illégalement sur les Pas géométriques. Qui sont de plus en plus nombreuses, dans le nord mais également à l'est.

Le ministre des Terres compte donc, apprenons-nous, lancer lui-même cet audit cette semaine, en couvrant toute la côte nord, allant de Baie du Tombeau à Roches Noires. Pour cela, il aura recours aux bateaux et effectifs de la National Coast Guard.

Il apparaît que cette décision ministérielle de prendre personnellement les choses en main serait motivée par le fait qu'il aurait, au sujet du mandir de Grand Baie, obtenu des rapports conflictuels. D'où son choix, serait-on tenté de dire, de prendre lui-même le bateau pour ne pas risquer d'être mené en bateau, afin de constater de visu la réalité du terrain.

Cet audit devrait se poursuivre par la suite pour le reste de l'île. C'est à la lumière de ses conclusions, est-il dit, qu'une décision globale sera prise quant à la ligne gouvernementale à être adoptée par rapport à ces cas de squatting religieux.

Rappelons que le ministère des Terres avait émis un ordre de démolition à l'encontre de l'Ananta Mandir il y a environ un mois, ordre qui ne fut finalement pas exécuté, suite notamment à l'intervention du député de la région et ministre, Pradeep Jeeha.


À Flic en Flac et au Morne-Deux plages "deproclaimed"

Le gouvernement vient de "deproclaim", soit retirer le statut public, à deux morceaux de plages publiques très populaires et fréquentées. Une government notice publiée il y a deux semaines fait en effet ressortir que 1 arpent 60 perches de plage publique a été deproclaimed à Flic en Flac et 1 arpent 50 perches au Morne.

Il ressort, dans le cas de Flic en Flac, que le morceau de plage concerné se situe juste avant l'hôtel Pearle Beach, en allant vers La Pirogue. Un arpent sera conféré au Centre Nautique que compte mettre en place le ministère du Tourisme et des Loisirs; 40 perches ont été rajoutées au bail initial de l'hôtel Pearle Beach pour, est-il dit, "le compenser des dégâts causés par l'érosion de la plage". Quant aux 20 perches restantes, il aurait été question de les louer à bail à un particulier ayant l'intention d'y implanter un restaurant. Toutefois, le Centre Nautique a lui aussi demandé à obtenir ces 20 perches supplémentaires.

Au Morne, sur le 1 arpent 50 perches qui ont été deproclaimed et qui se situent juste avant l'hôtel Les Pavillons, en allant vers le Berjaya, 1 arpent reviendra à l'autre Centre Nautique que veut implanter le ministère. Aucune indication claire n'est toutefois disponible sur l'utilisation qui sera faite des 50 perches restantes, qui seront toujours vested au ministère des Terres.

En 1998, nous faisions état du fait qu'un décret de "déproclamation" serait en préparation au Morne où l'hôtel Les Pavillons voudrait obtenir deux portions de plage publique d'un arpent chacune jouxtant son établissement pour pouvoir agrandir celui-ci. Il proposait en échange de développer 5 arpents de plage publique jouxtant le Berjaya.

Terres de l'État : seulement 20%

Les Terres de l'État ne représentent, à ce jour, que 20% de notre patrimoine foncier. En d'autres mots, seuls 20%, soit 96 000 arpents de l'île Maurice, appartiennent à l'État.

Selon les derniers chiffres compilés en 2001, ces 96 000 arpents sont répartis comme suit :

Pas géométriques: 7,9%

Forêts: 73%

Baux: 16%

Îlots: 2,6%

Campement Tax : quels revenus ?

La nouvelle Campement Tax instituée par le Finance Bill 2002 voté la semaine dernière, prévoit un taux fixé à 0,5% de la valeur marchande d'un campement. Elle s'appliquera aux résidences situées en partie ou en totalité sur les Pas géométriques, soit dans un périmètre de 81,21 m à partir du niveau de la marée haute, et qui possèdent un accès à la mer.

Elle vient remplacer la Campement Site Tax qui existait depuis 1983, et qui était calculée en fonction de la superficie et de la situation géographique. À cet effet, cinq zones avaient été délimitées, avec des tarifs variant entre Rs 2 et Rs 6 le mètre carré. Ainsi, Grand Baie, classée dans la catégorie A, coûtait plus cher.

Cette taxe aurait rapporté entre Rs 30 et 40 millions à l'État au cours de ces dernières années. Dans une réponse à l'Assemblée nationale en avril de cette année, le ministre des Terres avait révélé que 22 campement site leases étaient en retard de paiement, ce qui représentait une somme de Rs 1,1 million. Des rappels avaient été envoyés à 16 retardataires. Cinq d'entre eux ont été référés au State Law Office pour des actions légales.

À ce stade toutefois, il n'est pas clair combien la nouvelle taxe devrait rapporter à l'État. Selon certaines interprétations, elle s'appliquerait aux propriétés valant plus de Rs 5 millions, et rapporterait donc un minimum de Rs 25 000 par campement par an.

District Number of Campement Site Leases

Black River 308

Port-Louis 2

Pamplemousses 203

Riv. du Rempart 330

Flacq 186

Grand Port 142

Savanne 97

Total 1 268

Beach Authority : démocratisation ou privatisation ?

Instituée suite à un vote à l'Assemblée nationale en avril dernier, la Beach Authority est l'aboutissement d'une idée lancée il y a quatre ans par l'Association des Hôteliers et Restaurateurs de l'Ile Maurice. Le but: gérer les plages publiques pour en faire un lieu adéquat et privilégié de loisirs à l'intention du grand public. "Nous nous réjouissons de cette mise en place qui a été rapide et qui devrait permettre de gérer les plages de façon professionnelle", nous déclare le directeur de l'AHRIM, Sen Ramsamy.

Offrir des toilettes et des douches, pourvoir les plages de jardins d'enfants, de sites de camping avec toutes les infrastructures nécessaires, dont un centre de premiers secours, un espace barbecue, des aires de jeux, assurer l'aménagement de centres récréatifs: ce sont là quelques-uns des projets que compte mettre en œuvre cette structure tombant sous le ministère des Administrations régionales.

"Il n'est pas question de privatiser les plages mais au contraire de démocratiser l'accès à la plage", assurait au Parlement le ministre de tutelle, Joe Lesjongard.

Certains s'inquiètent toutefois de l'article 6 (2) de la loi, qui prévoit que la Beach Authority peut déléguer la gestion des plages publiques à une organisation ou à une autre personne, "on such terms and conditions as may be prescribed". Ce qui a amené l'Opposition à estimer qu'il s'agit d'un prétexte pour "faciliter le transfert du patrimoine que constituent les plages publiques à des proches du régime et l'accaparement des richesses nationales par le secteur privé".

Les intentions, affirmées ou imputées, restent à être vérifiées dans les faits.


La Cuvette : relative satisfaction

Inaugurée le 14 mars dernier à l'issue d'un an de travaux, la nouvelle plage de La Cuvette à Grand Baie témoigne d'un nouveau type de deal: celui fait par un établissement hôtelier, ici le Royal Palm, d'aménager une plage dite "cinq étoiles" à l'intention du public afin de "décongestionner" la plage se trouvant devant ses locaux.

Le groupe Beachcomber a ainsi investi 15 millions et offert son expertise technique pour l'aménagement de la plage de la Cuvette, dont la gestion a été confiée à la State Property Development Company (SPDC).

"Nous sommes relativement satisfaits de la nouvelle situation", nous déclare Malenn Oodiah de Beachcomber. "Les gens viennent moins s'installer sur la plage devant le Royal Palm. Dans une large mesure, cet aménagement a permis au Royal Palm d'avoir une plage plus conforme aux standards d'un hôtel cinq étoiles. Cela dit, la plage de la Cuvette reste petite et attire beaucoup de monde. La pression devrait diminuer lorsque le front de mer de Grand Baie sera lui aussi aménagé".

Le Week End 28 juillet 2002