Congestion routière Transport public: Le seuil de l'intolérable


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Voyager en autobus, de surcroît en période de pointe vers la capitale, n'est plus une sinécure. Des trajets qui, jadis, se faisaient entre 30 ou 45 minutes, malgré des perturbations routières, se font entre 18 et 40 minutes de plus depuis le début de l'année. Le trajet de Vacoas à Port-Louis coûte au passager une heure et 40 minutes et celui de Trèfles vers la capitale peut aller jusqu'à 2h25. Les résultats de notre enquête sur le problème de congestion routière démontrent que ces autobus se dirigeant vers la capitale entre 7h et 9h, roulent à une vitesse moyenne de 10 à 15 km/heure, dépendant des trajets. De plus, le transport collectif n'a plus la cote. L'allongement de la durée des distances parcourues et la qualité médiocre du service font que le taux de passagers a accusé une baisse de 4% au cours de ces trois dernières années. Parallèlement, le gouvernement semble encourager de plus en plus des modes de transports alternatifs à la voiture particulière pour contrer le problème de congestion. L'augmentation des tarifs de parking, l'introduction du péage, le lancement d'un Car Restriction Scheme sont les nouvelles mesures proposées. D'autre part, les dernières statistiques démontrent que la flotte du transport public est de plus en plus vieillissante. 47% de la flotte d'autobus sur nos routes sont âgés de plus de dix ans - limite d'âge autorisée, selon les lois. La raison ? L'industrie du transport est peu rentable. La situation a atteint le seuil de l'intolérable.

Le problème de congestion routière reste au centre de l'actualité. "Sortir du cauchemar", avons-nous titré en Une dans notre édition de la semaine dernière. Les nombreux acteurs dans l'industrie du transport et en particulier les usagers de la route ont été nombreux à réagir dans le courant de la semaine. Hormis les 67 000 véhicules qui entrent dans la capitale chaque jour, les statistiques indiquent que plus de 200 000 personnes se rendent à Port-Louis quotidiennement, et ce pour diverses raisons. En période de pointe, c'est-à-dire entre 7h et 9h, près de 100 000 personnes se dirigent vers Port-Louis. La majorité utilise le transport public.

Notre enquête cette semaine s'est orientée vers le transport en commun, qui, selon les données disponibles, est profondément miné par la dégradation du trafic routier en période de pointe depuis le début de l'année. Les principales compagnies desservant les lignes vers la capitale - la Corporation Nationale de Transport (CNT), Rose-Hill Transport (RHT), United Bus Service Ltd (UBS) et Triolet Bus Service (TBS) - sont unanimes à le reconnaître : "La situation est catastrophique. Le seuil de l'intolérable a été atteint. Hormis les ressources financières limitées et la concurrence déloyale qui continue à faire rage, un des problèmes majeurs de l'industrie du transport reste la congestion routière. Au cours des années précédentes, la situation était encore contrôlable, mais l'on ne peut plus dire que c'est le cas actuellement. Elle a empiré au point où son impact est aujourd'hui insoutenable", déclare le directeur de Rose-Hill Transport.

Depuis le début de l'année, les compagnies d'autobus ont été contraintes d'augmenter le nombre de véhicules sur les lignes desservant Port-Louis. Au niveau de la CNT, l'on indique que 23 autobus additionnels ont été mis sur les différentes lignes pour contrer le décalage d'horaire provoqué par les bouchons kilométriques en heures de pointe. La CNT déploie 323 unités sur ses différentes lignes en période de pointe. La UBS est passée de 120 à 140 autobus sur ses lignes, alors que TBS en a ajouté cinq ces trois derniers mois. L'allongement de la durée des distances parcourues et l'incapacité de faire le trajet en deux fois en période de pointe en sont les principales raisons.

Les différentes données recueillies auprès des différentes compagnies nous ont permis de constater l'ampleur des dégâts. La durée des trajets s'est étirée au point où des passagers, dans certains cas, doivent subir plus de deux heures de voyage avant d'atteindre la capitale. La ligne Trèfles-Port-Louis, desservie par la RHT, est celle qui est la plus longue en terme de durée. Deux heures et vingt-cinq minutes : c'est ce que met le passager ayant embarqué à Trèfles ou dans les régions avoisinantes entre 7h et 7h30. "C'est inouï", affirme Sanjiv Gobardhun. La durée des trajets à partir des agglomérations de Rose-Hill à Port-Louis s'est nettement détériorée. Dans n'importe quel cas de figure, la durée des trajets en période de pointe n'est pas inférieure à une heure, selon la moyenne enregistrée depuis le début de l'année. À titre d'exemple, la ligne "express" Rose-Hill (Place Margéot)-Port-Louis, qui se faisait auparavant entre 48 minutes, prend aujourd'hui 63 minutes.

6,2 km/heure entre Trèfles et Port-Louis

Le même phénomène est enregistré au niveau des autres lignes démarrant des hautes Plaines Wilhems. La situation est tout aussi difficile dans les agglomérations de Vacoas, dont les principales lignes sont desservies par la CNT. Selon Raj Dhalia, directeur de cette compagnie, il est quasiment impossible de rentabiliser un autobus avec la situation prévalant actuellement en heure de pointe. Le trajet La Marie-Port-Louis, qui se faisait auparavant en 1h23, prend aujourd'hui 1h52. De Vacoas, le passager passe en moyenne une heure et demie - parfois 1h40 en cas de perturbation routière - avant d'atteindre la capitale. De Curepipe, la ligne "express", qui était jadis un des moyens les plus rapides pour se rendre dans la capitale, peut coûter jusqu'à deux heures au passager.

En revanche, la situation est un peu moins difficile pour ceux venant du nord de l'île et qui se dirigent vers la capitale. Selon les données fournies par la TBS, la durée des trajets a connu une hausse moyenne de 15 minutes, quel que soit le point de départ. À titre d'exemple, le trajet Cap Malheureux-Port-Louis, en ligne "express", se fait en 1h10 au lieu d'une heure. Le changement le plus notable enregistré reste sans aucun doute la ligne Pointe aux Sables-Port-Louis, surtout si l'on compte de la distance parcourue. Ce parcours long de huit kilomètres coûte à un passager pas moins de 45 minutes.

Les analyses des données sont d'autant plus révélatrices lorsqu'on constate à quelle vitesse les autobus évoluent en période de pointe. Compte tenu de la durée des trajets, les autobus en général circulent à une vitesse moyenne de 10 à 15 km/heure pendant les périodes de pointe le matin - si l'on occulte les temps d'arrêt dans les bouchons et sur les arrêts d'autobus. Le trajet Curepipe-Port-Louis est parcouru à une vitesse de 15 km/heure en moyenne. Entre Trèfles et Port-Louis, la moyenne enregistrée est de 6,2 km/heure (voir tableau).

Selon les opérateurs de l'industrie du transport, une des conséquences majeures de la congestion routière reste le coût des opérations et les frais d'entretien. Le directeur de RHT ne cache pas ses inquiétudes par rapport aux ennuis mécaniques qui se font de plus en plus fréquents. "Depuis quelque temps, les autobus tombent en panne plus fréquemment. Les frais d'entretien ont nettement augmenté, de même que la consommation de carburant. Il faut comprendre que nous sommes dépendants de la fluidité de la route", déclare-t-il.

Les différents scénarios dressés par les opérateurs frôlent tous la catastrophe. Le directeur de UBS, Swaley Ramjane, estime que la situation est "très grave". "Il y a une demande additionnelle sur la capacité de notre flotte avec la dégradation du trafic routier. La situation est grave. Nous risquons ne nous retrouver dans la même situation que celle vécue dans les années 70 si le gouvernement ne vient pas avec les mesures appropriées", soutient-il, alors que Sanjiv Gobardhun souligne qu'un "investissement massif" pourrait permettre à cette industrie de sortir de l'ornière. "Pour l'instant, nous avons fait des représentations au gouvernement. Nous avons exposé les problèmes majeurs auxquels nous faisons face et nous espérons que les autorités ont compris l'urgence de la situation", ajoute pour sa part le directeur de TBS.

47% des autobus overaged

Selon les chiffres évoqués, la congestion routière coûterait aux opérateurs de ce secteur près de Rs 200 millions annuellement. Le manque à gagner pourrait passer la barre des Rs 200 millions si le trafic routier continue à se dégrader. L'industrie du transport, disent-ils, est peu rentable dans la conjoncture. Les principaux porte-parole des compagnies concernées ne cachent pas leur incapacité de renouveler leur flotte d'autobus de façon régulière. En fait, le renouvellement de la flotte d'autobus se fait à compte-gouttes. Hormis la CNT, qui compte faire l'acquisition de 100 nouvelles unités cette année, les autres sociétés ne mettront pour leur part qu'une dizaine de véhicules additionnels sur nos routes cette année.

Les statistiques démontrent d'ailleurs que la flotte d'autobus en général n'a pas connu une grande évolution au cours de ces dix dernières années. De 1993 à 2003, le nombre d'autobus sur nos routes est passé de 2 217 à 2 460. Soit 243 autobus de plus en dix ans. Ce qui représente une moyenne de deux bus chaque année. C'est ce qui explique par ailleurs le vieillissement de la flotte, car les données disponibles indiquent que 47% des autobus sont trop vieux. Selon les lois en vigueur, la limite d'âge d'un véhicule du transport collectif sur nos routes ne doit pas dépasser dix ans. Or, nos routes comptent 803 véhicules âgés de plus de dix ans, dont 223 âgés entre 15 et 18 ans.

La CNT possède la flotte la plus importante, avec un total de 523 autobus. Les autres compagnies ont également augmenté sensiblement leur flotte. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, le nombre de passagers a accusé une baisse de 4% au cours de ces trois dernières années. Ce qui représente près de 35 000 personnes quotidiennement. Ce phénomène est attribué à une tendance à la hausse du chiffre de ceux qui ont recours à la voiture. Une tendance que les autorités se sont fixée comme mission de combattre compte tenu des mesures proposées pour décongestionner la capitale. La hausse des tarifs de parking, l'introduction du "péage" ou encore la mise en application d'un Car Restriction Scheme sont les principales mesures que les autorités comptent mettre en application pour décourager l'usage de la voiture particulière, principalement dans les régions urbaines, dont la capitale. Les autorités n'ont d'ailleurs pas caché leurs intentions de pousser les automobilistes à se tourner vers d'autres modes alternatifs de transport.

En attendant le métro léger, il n'existe en fait que deux possibilités. Le transport public ou celui proposé par les opérateurs illégaux. Il reste à savoir comment les autorités feront pour placer le transport en commun en concurrence plus favorable par rapport à la voiture individuelle, lorsqu'on sait que les attentes du public sont foncièrement qualitatives…


Mesures de décongestion-Park and Ride : la solution par excellence !
Le concept de Park and Ride fait son chemin. Si cette mesure de décongestion est encore au stade de proposition au niveau du gouvernement, en revanche la Corporation Nationale de Transport (CNT) s'est déjà lancée dans cette nouvelle expérience. Après le Blue Line Service, elle a lancé ce nouveau concept sur les parkings de deux hypermarchés, ceux de Shoprite à Trianon et de Jumbo à Phoenix. "Le Blue Line est un succès total. Depuis son lancement il y a un peu plus d'un an, Il commence à intéresser les gens. Le tarif est de Rs 3 plus cher. Compte tenu de la forte demande enregistrée dans ce sens, nous comptons mettre dix nouvelles unités sur nos lignes habituelles cette année. Le projet de Park and Ride commence également à intéresser les gens, car ils ont la possibilité de laisser leurs véhicules dans le parking des hypermarchés et de prendre le bus pour se rendre à Port-Louis. Pour l'instant, nous avons un service le matin et deux l'après-midi. Mais à l'avenir, avec la volonté du gouvernement de développer cette nouvelle culture, nous sommes convaincus que c'est une solution viable", soutient le directeur de la CNT, Raj Dhalia.
Du côté des autorités, le concept de Park and Ride reste une possibilité à ne pas écarter dans le plan de décongestion de la capitale. Plusieurs propositions ont été émises pour développer ce nouveau concept, dont la création des aires de stationnement dans des points stratégiques, telles les gares routières. Ce concept existe déjà dans de nombreux pays, particulièrement autour des principales stations des lignes ferroviaires. À Maurice, le gouvernement a tenté une première expérience en aménageant le parking Les Salines en 2002. Mais les résultats ont été peu probants. Le taux de remplissage, après quinze mois d'opération, est en dessous de la moyenne, malgré les 400 places disponibles.


Mesure de décongestion-Parking payant : hausse de 100%
Le parking payant plus cher. La hausse des tarifs de parking dans les agglomérations urbaines est en effet d'actualité. La congestion routière, particulièrement à l'intérieur de la capitale, est la principale raison qui amènera, bientôt, à officialiser une hausse de 100% des tarifs actuellement en vigueur. Le tarif pour une heure passera ainsi de Rs 10 à Rs 20, alors qu'une demi-heure de stationnement coûtera à l'automobiliste Rs 10 au lieu de Rs 5. Dans ce même contexte, le National Transport Autority (NTA) compte renforcer son effectif de Trafic Wardens et les législations relativement au stationnement sur les lieux publics. Les 28 postes actuellement vacants seront remplis dans un premier temps. Alors que la State Law Office (SLO) se penche sur la nouvelle Road Traffic Parking Offenses Regulations, qui préconise un plus grand nombre de délits relativement aux règles de stationnement et également une augmentation des amendes. De janvier 2003 à février de cette année, 11 740 automobilistes ont été sanctionnés pour stationnement illégal.
La hausse des tarifs du parking payant en novembre 2002, passant de Rs 2 à Rs 10 l'heure et de de Rs 1 à Rs 5 la demi-heure était intervenue dans le cadre de la mise en application d'un nouveau plan de décongestion dans la capitale. Cette nouvelle mesure avait été prise en même temps que le lancement du Parking de Les Salines, aire de stationnement pouvant accueillir jusqu'à 400 véhicules. Compte tenu de la dégradation de la circulation depuis ces derniers temps, les autorités concernées ont proposé au gouvernement six mesures, dont une révision à la hausse des tarifs actuels.
Selon les premières indications, la Traffic Management Road and Safety Unit (TMRSU), en consultations avec les autorités routières, est revenue avec les mêmes propositions que celles formulées au gouvernement en 2002 : Rs 20 pour une heure de stationnement et Rs 5 pour une demi-heure. "Cette même proposition avait été rejetée en 2002. En poussant le tarif pour une heure à Rs 20, nous voulions en fait décourager les automobilistes de circuler dans la capitale, tout en proposant une option, celle de laisser leurs véhicules sur les parkings en dehors de la capitale, dont le parking Les Salines", explique-t-on, au niveau de la TMRSU.
La hausse des tarifs de parking n'a finalement pas eu les résultats escomptés. Les automobilistes boudant les parkings s'étaient dirigés vers des ruelles et autres zones où le stationnement n'était pas interdit. Parallèlement, le parking Les Salines, au bout d'une année, affichait la même mine : un taux de remplissage de moins de 30%. Alors que les "Traffic Wardens" arrivaient difficilement à assurer faire respecter les nouveaux règlements en vigueur. "L'augmentation des parkings privés dans la capitale est le principal obstacle à notre plan de dissuasion. A ce jour, il y pas moins de 4 000 parkings privés. Les véhicules continuent à entrer de plus belle à l'intérieur de Port-Louis. De l'autre côté, il n'a jamais existé une collaboration entre la police et le NTA. Avec une quarantaine de Trafic Wardens, il n'est définitivement pas possible d'assurer une surveillance en permanence", laisse-t-on comprendre dans les milieux concernés.
Amendes : possibilités de réduction…
Les dernières réunions sur la congestion routière, présidées par le Premier ministre, Paul Bérenger, ont permis, selon les sources à la NTA, de "décanter en partie la situation". Un des problèmes majeurs cités à la NTA demeure en effet le manque d'effectif sur le terrain et le nombre de postes qui sont restés vacants depuis ces dernières années. Les procédures sont actuellement en cours pour remplir les 28 postes vacants. "Dans un premier temps, les 28 postes seront remplis et par la suite, il faudra recruter d'autres Traffic Wardens pour veiller à ce que les automobilistes respectent les lois. Malgré le manque de ressources humaines, la NTA a sanctionné en moyenne une trentaine de personnes par jour pour parking illégal", fait-on ressortir à la NTA.
Le gouvernement ne veut pas lâcher prise malgré l'échec de son plan de décongestion en 2002. Hormis la hausse des tarifs de parking, il envisage également de réglementer les parkings privés en concertation avec les collectivités locales. Cette nouvelle mesure, selon les avis sollicités, devrait permettre de contourner un des principaux obstacles de leur plan initial de décongestion. Dans cette même lignée, les autorités ont proposé au gouvernement de durcir les lois contre les contrevenants. Selon les statistiques, 10 234 contraventions ont été émises en 2003, contre 16 831 en 2002. Durant les deux premiers mois de l'année, 1 506 personnes ont été sanctionnées. De nouveaux règlements sous le Road Traffic Parking Offenses ont été soumis au Sate Law Office. Le nouveau texte de loi préconise un plus grand nombre d'offenses relativement au stationnement dans des lieux publics et un accroissement des pouvoirs des Trafic Wardens les permettant de verbaliser une personne sur place sous forme Fixed Penalty. Les amendes passeront ainsi à Rs 1 000. L'automobiliste aura toutefois la possibilité de voir son amende passer à Rs 600 si le paiement est effectué dans un délai de sept jours suivant le délit

Le Week End 28 mars 2004