Réforme du régime sucre, Pravind Jugnauth : " Les options de réforme de l'UE pas favorables "


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Pour le vice-Premier ministre et ministre des Finances et de l'Agriculture, Pravind Jugnauth, les trois options de réforme du régime sucre proposées par l'Union européenne ne sont pas favorables aux producteurs de sucre des ACP. C'est ce qu'il a affirmé à Bruxelles, hier, lors d'une séance de travail des ministres ACP du Sugar group. En compagnie de ses collègues, le porte-parole du groupe sucre des ACP a passé en revue les derniers développements dans ce secteur et a également pris note de la décision de retenir les services des conseils légaux de Gide Loyrette & Partners pour assurer les intérêts des ACP lors des délibérations du panel de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) portant sur la contestation des dispositions du Protocole sucre par l'Australie, le Brésil et la Thaïlande. La principale conclusion est que les pays ACP doivent poursuivre la campagne de lobbying en vue d'assurer leurs acquis et le prochain sommet du Commonwealth est considéré comme un forum approprié à cet effet.

" Comme vous le savez, la Commission européenne a présenté, il y a quelques semaines, trois options de réforme du régime sucre de l'Union européenne. Ces options font l'objet en ce moment d'un débat parmi les principales parties intéressées, soit les États membres de l'UE, les raffineurs, les betteraviers, les utilisateurs industriels et les consommateurs en général. Aucune de ces options ne nous sont favorables ", a fait comprendre le vice-Premier ministre après la réunion ministérielle d'hier.

Pravind Jugnauth devait laisser voir son pessimisme au cas où l'une de ces trois options devait être entérinée par l'Union européenne. " En réalité, certaines de ces options, si elles étaient adoptées, se traduiraient par des baisses substantielles de prix, avec de graves conséquences économiques, sociales et politiques pour nombre de signataires du Protocole sucre ", dit-il. " Nous avons expliqué à la Commission européenne que seul un marché géré sur la base de contingents pour tous les opérateurs permettrait d'assurer la stabilité du marché et garantirait des recettes stables et prévisibles pour nos économies. Cet avis est partagé par les betteraviers et les sucriers européens ".

M. Jugnauth regrette que l'option relative à un retour aux quotas fixes préconisée par les ACP n'ait pas été retenue par la Commission européenne. " Nous avons noté un développement conséquent avec la décision des Pays moins avancés (PMA) soutenant que l'EBA Initiative n'aurait d'intérêt pour eux que si leurs exportations devaient bénéficier d'un prix rémunérateur et que seul un marché bien géré permettrait cette condition. En dépit de cette convergence, la Commission européenne n'a pas retenu l'option de retour aux quotas fixes défendue par les ACP ".

" Survie économique "

Les pays producteurs de sucre des ACP comptent maintenir leur campagne de lobbying en vue de faire prévaloir leurs points de vue envers les décideurs politiques européens. Les pays candidats à l'accession à l'UE à partir d'avril prochain ne seront pas pour autant oubliés. " Nous redoublerons nos efforts dans cette direction. Ce travail de lobbying devrait également se faire au plus haut niveau, notamment auprès des chefs d'État. Le prochain sommet du Commonwealth sera une occasion pour bien expliquer notre point de vue à la communauté internationale ".

Les ministres de l'Agriculture des ACP rappellent également que " l'Accord de Cotonou contient des dispositions spécifiques quant à la nécessité de maintenir les bénéfices que nous confère le Protocole sucre. Il incombe à la Commission européennes et aux États membres de l'UE de respecter cet engagement légal et moral. Mes collègues et moi avons décidé de commanditer une étude afin d'évaluer la situation et d'étoffer notre argumentaire sur ce dossier ".

Au chapitre des négociations agricoles à l'OMC, le VPM et ministre de l'Agriculture est revenu sur le texte ministériel émis par le sommet de Cancún. " Nous avons convenu que le texte ministériel de Cancún contenait des dispositions favorables sur lesquelles nous devons asseoir notre stratégie. Je pense particulièrement au paragraphe 2.11, qui fait référence à l'importance des accords préférentiels. Nous continuerons à exercer la plus grande vigilance au sujet de ces négociations à l'OMC car il y va de notre survie économique et de la défense de nos intérêts vitaux ".

Dans un autre ordre d'idée, Pravind Jugnauth a fait état de la décision du groupe ACP de retenir les services d'un important cabinet juridique, Gide Loyrette & Partners, pour assurer ses intérêts lors du panel sur la contestation du régime sucre à l'OMC. " Nous avons pris la décision de nous tenir prêts à peser de tout notre poids politique sur les travaux du panel, dès que celui-ci sera constitué, suite à la plainte déposée par le Brésil, la Thaïlande et l'Australie contre certains aspects du régime sucre de l'UE. Nous devons tout entreprendre pour éviter que ces trois pays ne viennent détruire le fondement du régime sucre, dont fait partie le Protocole ", devait-il conclure.

Le Mauricien 28 novembre 2003