Sacs en plastique biodégradables mais plus chers


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Entre l'interdiction des sacs de 50 sous et d'une roupie et les répercussions socioéconomiques d'une telle décision - pertes d'emploi ou fermeture d'usines -, le gouvernement a fini par faire un choix : aller vers les sacs en plastique biodégradables de 20 micromètres. Ce nouveau type de sacs, légèrement plus épais que ceux connus comme les "sacs 50 sous" fera son apparition sur le marché à partir de janvier 2004. Une hausse des prix n'est cependant pas à écarter. Le gouvernement, dans sa lutte contre les déchets "non degradable", espère enregistrer une baisse dans la consommation des sacs en plastique, chiffrée à 300 millions annuellement.

L'ère des sacs en plastique est loin d'être révolue. Il sera difficile de s'en séparer. À Maurice comme dans d'autres pays. Soucieux de préserver notre environnement de ces 300 millions de sacs distribués ou vendus chaque année, dont des milliers souillent les rues, les jardins, les forêts, les rivières, les plages ou flottent et gisent dans les fonds marins, le gouvernement n'a pas baissé les bras dans sa lutte contre ce type de déchets, répertoriés comme les "non dégradable". En décidant de mettre en application de nouvelles mesures à partir du 1er octobre de cette année, avec notamment l'interdiction de produire et de vendre des sacs en plastique de moins de 80 micromètres - ceux de 50 sous et d'une roupie -, l'État s'est finalement retrouvé face à de fortes pressions socioéconomiques, venant principalement des fabricants qui défendent farouchement leurs produits et brandissent la menace de fermeture et de licenciements.

L'étude de l'Export Processing Zone Development Authority (EPZDA) a souligné les possibilités que les producteurs n'arrivent pas à soutenir ce changement en matière d'équipements et les risques de pertes d'emploi. Les mesures du 1er octobre ne seront ainsi pas mises en application. En contrepartie, et ce après plusieurs séances de travail avec les responsables de l'Environnement, de l'Industrie, les représentants des fabricants et ceux du Mauritius Standard Bureau (MSB), une décision commune a été arrêtée lundi. Le gouvernement autorisera la fabrication des sacs en plastique, à condition qu'ils soient biodégradables et qu'ils soient de moins de 20 microns. "Only degradable plastic carry bags of wall thickness of 20 microns or more will be manufactured", fait-on ressortir du côté du ministère de l'Environnement.

Consensus

Ce nouveau type de produit sera ainsi mis sur le marché à partir du 1er janvier de l'année prochaine. Les producteurs devront pour leur part commencer à en produire à partir du 1er décembre de cette année. Selon l'accord arrêté entre les différentes parties concernées, une période moratoire de trois mois sera accordée aux fabricants, distributeurs et revendeurs pour écouler le stock déjà existant. Un Steering Committee, composé des représentants gouvernementaux, du MSB et de l'Association des fabricants, sera également mis sur pied pour assurer la mise en application de ces nouvelles mesures.

Pour le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, cette décision a été prise dans le consensus afin que toutes les parties concernées sortent gagnantes. "Notre décision au départ était d'aller vers des sacs plus épais. Il fallait que les Mauriciens prennent conscience de la situation et que nous arrivions à une solution durable. Le ministère de l'Environnement continue à assumer sa responsabilité dans cette affaire. Il fallait faire quelque chose. Aujourd'hui, nous sommes arrivés à un consensus sur le type de sacs. C'est une nouvelle avancée dans notre stratégie de développement durable. Car qu'on le veuille ou non, chaque sac qui est enfoui à Mare Chicose représente une dette sur la tête de nos enfants. Les fabricants devront maintenant participer aux campagnes visant à sensibiliser la population", déclare le ministre.

Selon les statistiques, le plastique représente actuellement 8% du volume de déchets produits annuellement à Maurice. L'utilisation des sacs en plastique est aujourd'hui ancrée dans les habitudes des Mauriciens. Ces sacs sont partout. Dans les supermarchés, à la boulangerie, au marché ou encore chez les marchands de "dholl puri". Dans les différents milieux concernés, tous semblent reconnaître le bien fondé d'une telle initiative. Mais un changement au niveau des habitudes des consommateurs et les répercussions de ces nouvelles mesures sont accueillis avec une certaine appréhension chez les fabricants. Dans ces mêmes milieux, l'on avance qu'en passant au "dégradable", une hausse des prix sera inévitable.

Victoire

Le vice-président de l'Association des fabricants de sacs en plastique et également président de l'usine Plaspack, M. Mareachallee, estime que le passage au "dégradable" n'aura pas une incidence directe sur la capacité productive des usines. "Dans l'immédiat, le problème ne se pose pas. Les machines sont standards. Mais il faudra voir si des investissements additionnels sont nécessaires dans les équipements. Les sacs devraient coûter plus chers à mon avis. Peut-être entre 15 et 20%. Mais tout va dépendre des autres producteurs", explique-t-il.

Dans les milieux gouvernementaux, l'on estime qu'une hausse des prix pourrait entraîner une basse dans la consommation des sacs en plastique. Pour Ananda Rajoo, conseiller au ministère de l'Environnement, une première victoire a déjà été gagnée en faveur de l'environnement avec l'introduction prochaine des sacs en plastique biodégradables. "En introduisant de nouvelles mesures l'année dernière, nous voulions réduire la consommation des sacs en plastique, favoriser une réutilisation du produit, encourager des options viables, comme les sacs en tissu ou en papier, et protéger l'environnement contre l'insalubrité causée par ces produits. Le fait d'introduire les sacs biodégradables nous permet de régler un gros problème environnemental et, en même temps, de permettre à l'industrie d'opérer normalement sans aucun impact sur l'emploi. Une hausse des prix pourrait en même temps aider les gens à prôner une utilisation plus rationnelle des sacs en plastique. C'est-à-dire encourager une réutilisation du produit", soutient-il.

Le ministre Bhagwan pense pour sa part qu'une étape de la stratégie de développement durable adoptée a été franchie. Il s'agit maintenant de voir comment mettre en application ces nouvelles mesures et un système de contrôle aussitôt qu'elles entreront en vigueur : "Je fais un appel aux fabricants et aux consommateurs de se montrer responsables pour nous aider dans notre combat en faveur de notre environnement et pour les générations futures."


Sacs biodégradables en trois mois-M. Mareacheallee: "Techniquement c'est possible"
Le vice-président de l'Association des fabricants des sacs en plastique (AFSP), M. Mareacheallee, explique que tous les fabricants sont prêts à collaborer avec le gouvernement pour introduire des sacs en plastique biodégradables. Même s'il estime que le coût de production devrait connaître une hausse, il soutient que "produire des sacs en plastique biodégradables en trois mois, techniquement c'est tout à fait possible", affirme-t-il.
Selon M. Mareacheallee, l'interdiction des sacs de 50 sous et d'une roupie sur le marché aurait causé la perte de cette industrie. "Ces produits représentent la base même de cette industrie. Ils représentent 40% de notre volume de production. Certaines usines ne produisent que ce type de sacs". Il ajoute que l'utilisation de sacs en plastique fait partie du mode de consommation de notre société : "C'est une pratique, une habitude que l'on ne pourra pas changer du jour au lendemain. C'est une des raisons pour lesquelles les investisseurs ont investi heavily dans ce secteur. D'ailleurs, toutes les usines ont des unités de recyclage opérant à partir des collected waste. Maintenant que nous avons arrêté une décision en commun, nous allons collaborer pleinement avec le gouvernement. Nous attendons les guidelines du gouvernement pour nous préparer à passer aux sacs biodégradables l'année prochaine."


À savoir
Un sac de 20 microns équivaut à l'épaisseur des sacs de Rs 1 qui sont actuellement vendus ou distribués. C'est l'épaisseur observée par les grandes surfaces.
Le sac en plastique biodégradable est produit des mêmes matières que celles actuellement utilisées. Ce sont les additifs qui permettront aux sacs d'être biodégradables.
300 millions de sacs en plastique sont vendus ou distribués chaque année à Maurice. Ce nombre de sacs représente 1 000 tonnes de plastique. Selon les statistiques, chaque foyer utilise en moyenne trois sacs en plastique par jour.
Le temps de biodégradabilité d'un sac ou d'une bouteille plastique peut varier entre 100 ans et 1000 ans, selon les études réalisées.
Les déchets en plastique représentent 8% du volume de déchets produits à Maurice annuellement. La collecte de ces déchets coûte entre Rs 700 et Rs 800 millions à l'État.
28 producteurs ont été recensés à Maurice. La majorité des usines sont des petites et moyennes entreprises. Près de 2 000 personnes sont employées dans ce secteur.
Le gouvernement de Taïwan a interdit la distribution gratuite de sacs en plastique. Les clients ne peuvent plus emporter leurs achats dans des sachets en plastique délivrés sur place. Des sacs à provisions réutilisables sont désormais mis à leur disposition.
Les Irlandais ont réduit de 90% leur utilisation de sacs en plastique depuis la mise en place d'un impôt vert il y a un an. Un prélèvement de 15 centimes d'euros par sac encourage les consommateurs à réutiliser plusieurs fois leurs sacs en plastique. 1,2 milliard de sacs avaient été distribués en 2001.

Le Week End 28 septembre 2003