Les fouilles archéologiques de l'île de la Passe

 

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Geoffrey et Françoise Summers continuent leurs travaux d'archéologie sur l'île de la Passe, commencés il y a deux ans. Ils viennent de passer trois semaines d'études sur l'île avec des volontaires de Earthwatch. Avant de commencer leurs travaux d'archéologie, les scientifiques ont dû, comme d'habitude, passer plusieurs jours à faire le ménage sur l'île, recouverte d'ordures laissées par des campeurs et autre pique-niqueurs.

Cela fait deux ans que Geoffrey, archéologue britannique, et son épouse mauricienne Françoise Summers, née Rogers, architecte, travaillant tous deux à l'université d'Ankara, ont commencé des fouilles archéologiques sur l'île de la Passe. Patronnés par le National Heritage Trust Fund, ces travaux, soutenus par Earthwatch Institute au niveau international et sponsorisés au niveau local par Phoenix Camp Minerals, General Construction, Harel Mallac Electronics et Gaz Carbonique, sont étalés sur trois ans. Le but de ce projet de recherches: établir un état des lieux scientifique de ce qui existe sur l'île de la Passe afin de pouvoir se livrer à une analyse archéologique et historique de cet îlot qui a occupé une place de première importance dans l'histoire de Maurice, des origines jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Une fois par an, les Summers viennent passer trois semaines à Maurice pour continuer leurs travaux. Ils sont aidés par des volontaires de Earthwatch Institute, organisation internationale qui envoie ses membres participer aux travaux des projets scientifiques qu'elle patronne à travers le monde. Sous la direction de Geoffrey et de Françoise Summers, les volontaires - dont faisait partie cette année Vikram Mugan, Assistant Researcher à l'Aapravasi Ghat Trust Fund - mesurent les fortifications, les dessinent, les photographient, répertorient les pierres dont ils sont faits et font des fouilles à la recherche de ruines de structures. Au fur et à mesure que se déroulent ces travaux, il est démontré que l'île au Phare était non seulement un élément clé de la défense de l'île Maurice et du trafic maritime dans l'océan Indien, mais également un fort doté des canons les plus modernes et sophistiqués de la fin 18e et début du 19e siècle.

Si les fortifications de l'île de la Passe ont pu résister plus ou moins bien aux ravages du temps pendant plus de 200 ans, elles doivent faire face, depuis quelque temps, à un ennemi beaucoup plus redoutable: les campeurs et pique-niqueurs. La majeure partie d'entre eux utilise l'île de la Passe et sa voisine, l'île au Phare, comme lieu de pique-nique ou de camping et surtout… de dépôt de leurs ordures. Depuis deux ans, l'équipe des Summers doit passer au moins deux jours de ses trois semaines de recherches pour faire le ménage sur l'île de la Passe. Plus d'une centaine de sacs d'ordures, laissés par les pique-niqueurs, ont été ramassés sur l'île cette année et ramenés sur la terre ferme par la National Coast Guard.

Pire: non satisfaits de transformer l'île en poubelle, ces promeneurs endommagent les ruines, en transformant, par exemple, le fourneau qui servait à fabriquer les boulets à canon en foyer pour barbecue. Le feu des barbecues est en train de désceller les pierres qui, si aucune mesure de protection n'est prise, vont finir par s'écrouler. D'autres n'hésitent pas à graver leurs prénoms sur les pierres et autres briques en chaux. Une manière de laisser une trace sur des monuments historiques ?

La solution pour éviter la dégradation des ruines de l'île serait que cette dernière soit protégée par un gardien qui veillerait que les promeneurs ne jouent pas aux pollueurs et ramènent avec eux leurs ordures. C'est une solution envisagée par le NHTF, mais elle nécessite des ressources financières et des autorisations administratives qui n'ont pas encore été obtenues. Il faudrait que les autorités gouvernementales, qui ont exprimé haut et fort leur intention de protéger les petites îles qui entourent le pays, s'occupent sérieusement - et surtout rapidement - du dossier de l'île de la Passe. Il faudrait que les décisions soient prises et mises en application avant que les pique-niqueurs d'aujourd'hui, qui se comportent souvent en vandales, n'aient endommagé de façon irrémédiable ce qui reste de ces fortifications qui font partie du patrimoine national.

Il faudrait aussi que l'université et les institutions secondaires du pays intéressent leurs élèves aux travaux de recherches de Geoffrey et Françoise Summers. Si des Américains, des Canadiens ou des Britanniques, membres de Earthwatch Institute, sont capables de traverser le monde pour venir travailler sur le site de l'île de la Passe, pourquoi des jeunes Mauriciens ne pourraient-ils pas en faire autant, une fois par an ? Il suffirait pour cela que les enseignants regroupent quelques-uns de leurs élèves disposés à aller à la découverte et à la préservation d'un des coins les plus chargés d'histoire de leur pays sur le terrain. Avis aux enseignants et aux élèves intéressés.

En attendant, voici quelques images des derniers travaux archéologiques sur l'île de la Passe.

Le Week End 29 fevrier 2004