L'île de la Passe se refait une beauté


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Le National Heritage Trust vient de recevoir une donation de l'ambassade américaine pour sauver l'Ile de la Passe et ses fortifications côtières de la ruine.

Les militaires de la Special Mobile Force ont transporté les mortiers datant de 1765 sur leur lieu d'origine.

Vingt minutes en bateau de la côte de Mahébourg et l'Ile de la Passe se dévoile au visiteur. Le site - classé monument historique - est pittoresque et attire pas mal de pique-niqueurs, surtout le week-end. Mais à voir les détritus qui jonchent le sol après le passage des visiteurs, il semble que peu d'entre eux soient conscients de sa valeur historique. Cet îlot de cinq hectares a été la clé de la possession de l'Ile Maurice dès la première colonisation. À l'avenir, il pourrait bien faire partie du patrimoine mondial.

"Les fortifications côtières les plus anciennes de Maurice, les plus variées et les mieux conservées de l'océan Indien se trouvent sur l'île de la Passe", explique Philippe La Hausse de Lalouvière, président du National Heritage Trust. "Ces structures ont été les témoins des batailles de pouvoirs dans la colonisation des Iles des Mascareignes, dont la plupart étaient à l'origine, inhabitées. Elles sont le reflet même de tout un peuplement de l'océan Indien."

Huit sentinelles, identiques à celle-ci ont été construites sur l'île pour surveiller l'arrivée des forces ennemies.

Parmi les bâtiments jadis construits à la sueur des esclaves, des artisans et des militaires français, plusieurs d'entre eux ont vaincu le passage du temps : une batterie de canons pour défendre la grande passe de Mahébourg, un réservoir pouvant contenir jusqu'à 11 000 gallons d'eau de pluie, un entrepôt, un fourneau, une poudrière, une tour d'observation et plusieurs murs de défense. Hélas, ils sont laissés à l'abandon.

Le 20 juillet dernier, le National Heritage Trust obtient enfin l'aval du gouvernement pour gérer l'Ile de la Passe. Trois semaines plus tard, à travers l'Ambassador's Cultural Preservation Fund - créé par le congrès des Nations unies en 2001 - l'ambassade américaine fait don
de Rs 540 000. Pour Philippe La Hausse de Lalouvière, il s'agit désormais de réhabiliter au plus vite ce patrimoine national trop longtemps négligé.

Des panneaux interdisant le dépôt d'ordures et les feux de camps ont été déjà installés dans l'île. Des hommes de la Special Mobile Force, supervisés par Raj Jaddoo, Assistant Superintendent of Police (ASP), ont déplacé les deux mortiers pesant chacun 2,5 tonnes, afin de les remettre là où ils étaient à l'origine, c'est-à-dire, au centre de l'île et sur l'un des bâtiments.

Un plan de gestion de l'île a aussi été mis en place par le National Heritage Trust. Celui-ci préconise le contrôle de l'accès dans l'île. Une demande en ce sens a été adressée à la Task Force mise en place par le ministère de l'Environnement pour la gestion des îlots. "Nous voulons empêcher certains fauteurs de troubles de s'adonner à des actes de vandalisme sur les ruines des bâtiments, effaçant ainsi les précieuses données qui y sont gravées", explique Philippe la Hausse de Lalouvière. L'étude historique et l'arpentage topographique de l'île sont aussi à l'agenda.

Dimanche dernier, l'architecte mauricienne Françoise Summers et son mari Geoffrey, archéologue à la Middle East Technical University d'Ankara, en Turquie, ont visité l'île dans l'éventualité d'y faire plus tard des travaux de recherches. "Une étude archéologique, associée à des recherches historiques, permettrait de reconstituer les plans de construction des défenses françaises et anglaises et donc de mieux les restaurer", explique Françoise Summers. D'autres fouilles permettraient même, selon elle, de déceler des traces datant de la période hollandaise.

Cette poudrière a été construite alors que l'île était sous l'occupation française. Elle fait partie des fortifications les plus anciennes de Maurice.

La préservation de ce site passe aussi par la restauration de sa végétation endémique. Ébéniers, veloutiers, bois de chandelle, vars, ayant été complètement décimés par l'homme depuis la colonisation française, le National Heritage Trust a sollicité l'aide de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) pour restaurer peu à peu la flore de l'île. À quelques mètres de là, sur l'île-aux-Aigrettes, la MWF a mené un formidable travail de conservation. Un projet d'éco-tourisme y a vu le jour depuis 1998.

Autant d'efforts pour que l'île soit en 2010 - l'année du bicentenaire de la bataille du Vieux-Grand-Port - complètement restaurée, pour qu'elle devienne une attraction touristique majeure et soit digne de faire partie du patrimoine mondial.

Saphira KALLEE

Les batailles d'août 1810

Il y a 209 ans, les navires britanniques et français s'affrontent vers l'Ile de la Passe pendant la bataille du Vieux-Grand-Port. À l'époque, elle joue un rôle essentiel dans la défense de l'Ile de France. Elle est au centre d'une longue bataille navale entre les Anglais et les Français pour le contrôle de notre île. C'est le capitaine Samuel Pym qui prend possession de l'Ile de la Passe le 13 août 1810. Le 20 août, les soldats britanniques sur l'îlot bombardent quatre vaisseaux français en franchissant la passe. Un incendie sur l'îlot tue seize soldats anglais et la bataille de Grand-Port se termine six jours plus tard par une victoire française : 422 hommes sont morts ou blessés, mais les Britanniques conservent l'îlot. Le 28 août, le capitaine Hemlin accepte la capitulation des troupes britanniques.

L'Express 2 septembre 2001