VOTER : FAIRE UN CHOIX ECLAIRE, COMPRENDRE LES VERITABLES ENJEUX ET VOIR LES PERSPECTIVES GLOBALES DANS UNE ECONOMIE MONDIALISEE


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Y-a-t-il quelque chose que la joute électorale de dimanche prochain, 3 juillet, puisse réellement changer dans les réalités du pays et celles du monde ? Pour tenter d’y répondre, essayons d’abord de nous poser les vraies questions de fond, dans toute leur pertinence et, à partir de là, amorçons avec rigueur une analyse réflexive, lucide, sans complaisance aucune.

D’abord, à quoi, a été consacré le temps de la campagne électorale ? Des meetings publics dans un concert de bruits cacophoniques pour montrer que les partis existent, la diabolisation de l’adversaire pour le terrasser et des conférences de presse-bilan et d’explication en vue de faire passer le "feel good factor". L’électorat a-t-il pu exprimer ses attentes ? A-t-il essayé de reprendre la parole entre deux mandatures ? Pratiquement non, sauf quelques trop rares initiatives de plate-forme de citoyens ou de mouvements ouvriers. Alors, dans ces rares cas, l’électorat a-t-il été entendu? Le dernier exercice en date pour réinvestir le débat politique, celui de Curepipe mardi dernier, vient démontrer qu’il est très difficile, dans ce cadre, d’établir un échange vrai et que le dialogue se résume finalement au monologue, soit l’expression à sens unique quand ce n’est la légèreté des propos de certains candidats.

Pourquoi la plupart des politiciens, qui occupent les devants de la scene, ne veulent-ils pas aborder les questions cruciales plus qu’urgentes ? Ignorent-ils que ce faisant, ils entretiennent l’illusion des lendemains forcement meilleurs ? Ou bien craignent-ils le spectre d’un éventuel ‘suicide politique’ ? Est-il plus confortable de gagner les élections en poussant l’électeur à enfouir sa tête dans le sable et jouer à l’autruche plutôt que de regarder en face les menaces inéluctables et d’en débattre de manière responsable ? N’est-ce pas plutôt une conception infantilisante d’un électorat qui ne serait pas capable, de leur point de vue, d’accepter le fait indéniable que le monde est arrivé à un point critique qui requiert des décisions critiques ? Pire, sont-ils eux-mêmes FONCIEREMENT convaincus que "le marché nous sauvera" ?

Plusieurs faits, dans la conjoncture internationale, attirent notre attention et auraient du nous interpeller, depuis bon nombre d’années sur les gros défis du 21ème siècle et l’imminence de sérieuses crises qui menacent le monde.

Lequel, parmi les responsables politiques, a pris en compte cette nouvelle donne dans son argumentaire politique électoral considérant, surtout, l’intérêt général et a abordé la problématique de la hausse du prix des énergies fossiles et son impact sur la macro-économie ? Faut-il penser qu’ils nous intiment de déduire que notre pays Maurice sera miraculeusement protégé des répercussions de ce phénomène parce que ses politiciens ont choisi de faire croire à la population qu’elle est hermétiquement blindée DANS SA BULLE, donc invincible par rapport à tout choc extérieur ! Une telle inconscience alors que toute notre économie est totalement imbriquée dans l’économie mondiale relève de l’irresponsabilité. Quand réaliseront-ils que cette dérobade ACCENTUE LE DESINTERET GENERAL sur les questions vitales fondamentales, représente un obstacle a une prise en compte des enjeux vitaux et escamote la possibilité d’une nécessaire analyse réflexive lucide ?

Le devoir d’un politicien-serviteur du peuple n'est-il pas, en premier lieu, de guider la réflexion de ses futurs mandants ?

Pourtant, James Wolfenson, qui a quitté son poste de Président de la BM le 1er juin dernier, avait affirmé le premier jour de sa prise de fonction, en 1995, que "la réduction de la pauvreté était le plus important problème à résoudre". Qu’en est-il advenu durant ces derniers 10 ans ? La réponse réside sûrement dans la remarque de François Houtard à Michel Camdessus ancien Directeur du FMI : " Vous parlez de la lutte contre la pauvreté et de la dette des pays pauvres mais vous semblez oublier qu’elle est la conséquence directe de ce même système d’économie libérale qui est prônée".

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Quelle est, chez nous, l’etat de situation du sol, des cours d’eau et de la qualite de l’air eu egard au volume, en tonnes, de produits chimiques divers ( insecticides, fongicides, fertilisants, murisseurs…) utilises comme intrants dans l’industrie agricole ainsi que leur impact sanitaire?

Concernant les défis du contexte local, force est de reconnaître qu’ils n’ont pas été suffisamment explorés même après la conférence des petits états insulaires (PEID) de janvier dernier : qu’en est-il de notre pays de petite surface et de ses zones à risques, des constructions sauvages, des dangers en l’absence du tri des dechetss des 85% d’eau douce qui vont à la mer, des changements climatiques et de l’urgente nécessité de ‘go back to basics ?

· 7eme exemple : pourquoi la non-signature du Protocole de Kyoto par les Etats Unis depuis …1992 ? Ce pays qui, a cause entre autres des emissions de gaz a effets de serre, est le plus grand pollueur de la planete, continue à accentuer le réchauffement de la Planète par son refus persistant. Ceci, parce qu’il ne veut pas accepter de baisser son niveau de vie ! Posons-nous alors la question, pourquoi les petits pays, pauvres de surcroît pour la plupart, doivent-ils payer les pots cassés ?

Devant ces quelques faits evoques et ce tableau peu rejouissant,qui est loin d’etre un etat des lieux exhaustif, qu’en penser ?

Quelle est la théorie politique à privilégier ?

L’économie mondiale existant sous sa forme marchande autorégulatrice, régie donc par les règles de l’OMC Organisation Mondiale du Commerce], est une inversion de l’économie sur le social. Des pays du Nord aux pays du Sud, d’Est en Ouest, on parle de disparition de l’idéologie qui est remplacée par la gestion et la gouvernance. Une autre idéologie, en fait : celle qui accepte l’hégémonie de l’économie marchande. Une nouvelle idéologie qui impose la compétition et la concurrence forcenée comme règles du jeu et qui, sous couvert de rentabilité, détruit l’humain. Peut-on parler de bonne gouvernance quand on apprend qu’un patronat européen d’entreprises, parlant de délocalisation, propose à ses salariés - pour ne pas être purement et simplement licenciés sans indemnités - d’aller travailler à Maurice ou en Roumanie, avec à la clé…une réduction conséquente de leurs salaires réduit à 117 euros seulement ! Ainsi, les investisseurs potentiels, s’approvisionnant dans la puissance financière des fonds privés de pension, se sentent le droit moral d’instaurer la loi de la jungle et de faire du chantage éhonté à ses employés, faisant fi des droits sociaux acquis ! A l’évidence, ces derniers n’ont aucune intention de relever le moindre défi social qui soit pour endiguer le délitement social ! Les spécialistes de la philosophie économique affirment avec raison que ‘la primauté économique sur le social est un avatar historique qui n’a aucun mal à se maintenir et à se présenter comme éternel et naturel puisqu’il repose aussi sur les dispositions mentales dont ont hérité ceux qui le contestaient naguère’.

Dans notre contexte mondial actuel, ou regne la ‘pensee unique et le marche unique’, quelle est la différence entre le capitalisme et le neo-libéralisme ?

Le capitalisme est un mode de production dans laquelle la marchandise a une importance. Dans le neo-libéralisme, il existe une tangente financière spéculative dans laquelle le capitalisme, dans sa nouvelle étape, vise seulement le profit au lieu de viser la production.

Maurice, enfermée dans sa bulle, est coupée des courants dynamiques de réflexion qui agitent l’intelligentsia du monde ces temps-ci. Aucun debat de fond sur ces themes specifiques ou transversaux, si ce n’est la fin des régimes préférentiels, notamment celui du sucre et de l’Accord multifibre ! Est-ce parce que ces secteurs economiques et les interets immediats du capital sont en jeu ?

Que devons-nous faire ?

Sommes-nous conscients combien l’heure est grave et QU’UN CHANGEMENT D’ATTITUDE EST OBLIGATOIRE ? Voulons-nous changer de regard et de comportement pour faire la politique autrement et consommer autrement ceci afin d’envisager les solutions pour notre proche avenir et pour préparer la survie de la prochaine génération ?

Et que nous serons tous foutus, dans le cas contraire, s’il n’y a pas :

- la prise de conscience qu’on a déjà perdu trop de temps et que nous serons trois fois coupables

i) parce que nous avons contribué à la dégradation de la planète,

ii) que nous savions l’impact des dégâts causés par le développement à l’environnement,

iii) et que NOUS POUVONS CHOISIR DE FAIRE QUELQUECHOSE MAIS nous ne le faisons pas

- donc, en conséquence, une forte mobilisation publique basée sur nos pulsions de vie

- l’exigence d’un calendrier climatique en sus du calendrier politique.

Que faire ? Faut-il croire au chant des sirènes de ceux parmi les scientifiques, les industriels, les médias… qui, face aux problèmes posés par le développement, postulent l’idéologie du progrès et rêvent aux technologies potentielles du futur et à la perspective des ‘utopies technologiques’ ? Ces espoirs-là sont exagérés parce que la science, à elle seule, ne suffira pas à sauver la Planète sans de profonds et fondamentaux changements de notre mode de vie.

Comment construire une autre solution ? Sommes-nous prêts à nous engager sur un chemin nouveau de consommation et sur un nouveau mode de vie et de production ?

Sommes-nous disposés à servir les forces de vie pour toute l’humanité parce que, dans le village global, nous sommes tous tributaires de la même Histoire, celle de la race humaine ?

Ce diagnostic étant non-exhaustif, il est clair que les problématiques posées demandent à être pris à bras le corps et qu’une sacrée dose de chance est requise afin de trouver les ingrédients pour realiser une alchimie de rechange plus que nécessaire en vue de pallier au plus immédiat et au vraiment vital. Le concept de ‘DECROISSANCE’ est-il d’une pertinence certaine a vos yeux ?

Ceci étant dit et tout ce qui en decoule…, quels sont les partis et candidats qui paraissent les plus aptes, les mieux indiqués voire les plus à même de catalyser la population et de générer une synergie nouvelle permettant d’initier ce nécessaire remplacement de paradigme ? Pas si facile a y repondre. Chacun ne peut que se laisser guider par sa conscience pour faire le choix éclairé.

C’est la grâce que je vous souhaite pour dimanche prochain, si le cœur vous en dit

Joceline MINERVE

Pour Nouvo Lizour Beau-Bassin, ce 30 juin 2005