Environnement - Mission de consultants à Rodrigues: Un "waterfront" envisagé à Baie-aux-Huîtres


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Rodrigues envisage de se doter d'une waterfront, à Baie-aux-Huîtres plus précisément. C'est ce qu'a annoncé le Chief Commissioner de Rodrigues, Serge Clair, lors d'une visite de consultants de Mega Design et de Reef Watch Consultancy Ltd dans l'île cette semaine. Cette visite a montré que plusieurs zones côtières, dont Pointe-Coton et trois sites identifiés pour des projets d'hôtels, à savoir Fumier, Anse-Ally, St-François, situées dans le sud-ouest de l'île, sont touchées par l'érosion. Par ailleurs, des sites potentiels pour des projets de marinas ont été identifiés à Baie-du-Nord et Anse-Mourouk, entre autres.

" Nous voulons une esplanade pour les habitants, les touristes et les commerçants. Pour ce qui est des pêcheurs, nous préconisons deux types de marinas, l'une pour des pirogues et petites embarcations et l'autre pour de gros bateaux ", a déclaré Serge Clair à l'équipe de consultants responsable de la région de Baie-aux-Huîtres, lors d'une visite sur le terrain, hier. Le but fixé, dit-il, est de faire de Baie-aux-Huîtres le port de Rodrigues. M. Clair souligne qu'en marge de ce projet d'esplanade, les sites alloués à des industriels sur cette partie du littoral - qui est une " reclaimed land " créée lors du dragade du port de Rodrigues dans les années 90 - seront transférés ailleurs. " L'allocation d'une centaine de sites aux industriels a été faite sans les points de vue de notre Planner ", déplore le Chief Commissioner.

Ce projet de front de mer constituerait un projet majeur, d'autant plus que Baie-aux-Huîtres est considéré comme étant le plus grand village de pêcheurs, une cinquantaine selon l'Island Chief Executive, Claude Wong So.

Requêtes des pêcheurs

L'équipe de consultants de Mega Design, sous la férule de Nand Sooredoo, a eu une réunion avec les pêcheurs de Baie-aux-Huîtres, mercredi dernier. Les principales requêtes de ces derniers portent sur des difficultés éprouvées pour hisser à sec leurs pirogues en cas de mauvais temps et en période cyclonique ; l'absence d'un chenal dans le lagon pour sortir en haute mer. Ils suggèrent l'aménagement d'un abri, d'un slip-way et d'un chenal et disent espérer qu'avec la réalisation du projet de marina, leurs problèmes seraient résolus.

Serge Clair a eu deux sessions de travail avec l'équipe de consultants et le conseiller à l'Environnement, Ananda Rajoo, en vue d'élaborer un plan d'action sur leur visite.Dans la matinée de mercredi dernier, le Chief Commissioner, a effectué une visite à Baie-du-Nord en compagnie de l'équipe de consultants et de ses proches collaborateurs. Outre l'aménagement d'une esplanade, M. Clair propose la réhabilitation d'une jetée dans le lagon. " Cette jetée est historique. Dans le passé, c'était le point de départ et d'arrivée des excursionnistes qui allaient visiter l'île-aux-Cocos. Il faut la réaménager et la doter d'un abri. S'agissant de l'esplanade, nous voulons avoir un projet conçu différemment de celui de Baie-aux-Huîtres. Il faut que les pêcheurs aient un abri et un slip-way en temps cyclonique, ainsi qu'un endroit où ils peuvent effectuer des réparations à leurs embarcations, comme c'est le cas à St-Gilles et St-Pierre, à La Réunion ", propose Serge Clair.

Par ailleurs, le Chef Commissaire de Rodrigues propose le réaménagement de Pointe-Diable, site qui se trouve à l'extrémité droite de Baie-du-Nord, en venant de Port-Mathurin. Il estime que les visiteurs se rendant à l'île-aux-Cocos pourraient s'embarquer, soit à la jetée de Baie-du-Nord, soit à Pointe-Diable. Soulignant qu'une maison a été construite illégalement sur ce terrain de l'État à Pointe-Diable, M. Clair affirme que l'Assemblée régionale de Rodrigues a la ferme intention de reprendre ce site en vue de l'aménagement d'un restaurant à l'intention des visiteurs et autres excursionnistes.

Pour ce qui est du port d'attache de Pointe-Monnier, Serge Clair propose le réaménagement du site pour accueillir une marina. " On va draguer davantage le site afin d'aménager un endroit approprié pour des bateaux en temps cyclonique ", déclare M. Clair.

Plages érodées

Auparavant les consultants de Mega Design et de Reef Watch Consultancy avaient eu l'occasion de visiter plusieurs plages, affectées par l'érosion, dont Pointe-Coton et les trois sites identifiés pour des projets d'hôtels, notamment Fumier, Anse-Ally et St-François.

À Pointe-Coton, les consultants ont constaté des brèches à deux endroits dans les falaises coralliennes, causées par la violence des vagues. Des mesures correctives prises par le FED pour combler ces brèches avec des rochers, lesquels agissent désormais comme " wave breakers. " Selon les consultants, les falaises coralliennes qui se trouvent aux extrémités de la plage de Pointe-Coton constituent des " natural groins " protégeant la plage située en face de l'hôtel Coton-Bay. " Le FED a pris les mesures qui s'imposent. Si on avait laissé les trous dans ces falaises, toute cette plage aurait disparu ", affirme un des consultants.

A quelques mètres plus loin, Fumier, où un nouveau projet d'hôtel quatre-étoiles de vingt villas a été approuvé par l'ARR à sa réunion du 14 mai dernier. La plage de Fumier est sévèrement touchée par l'érosion. Selon les consultants, quelque 50 tonnes de sable ont été reprises par la mer. Nand Sooredoo, de Mega Design, et Rajiv Bheeroo, de Reef Watch Consultancy Ltd, sont unanimes : il ne faut pas planter de filao à même le sable. " Les vagues qui viennent s'abattre sur les plages contiennent des énergies. Il faut que le flux et le reflux puissent circuler librement sans toucher quoi que ce soit. Lorsque les vagues heurtent des plantes ou des constructions, voire des murs de soutènement, elles accumulent encore plus d'énergie. Ainsi, avec le reflux, elles emportent le sable qui s'y trouve ", argumentent-ils.

La plage d'Anse-Ally est en revanche très peu touchée par l'érosion. Selon les consultants, la marée ici a plus d'énergie qu'à Fumier. À Anse-Ally, un drain naturel coupe la plage pour laisser les eaux se jeter dans la mer durant de cyclones ou des pluies diluviennes, affirment-ils. En temps normal, lorsque la mer forme des dunes sur la plage avec le mouvement des vagues, l'embouchure est refermée, notent-ils. Outre Anse-Ally, ce phénomène est visible dans diverses régions, notamment à Pointe-Coton, Anse-aux-Anglais.

Falaises protectrices

À St-François, les dunes sont encore vierges. " Il n'y a rien d'alarmant", constate Rajiv Bheeroo. Et aux consultants de noter un fait saillant, propre à Rodrigues : là où il existe une plage, il y a aux deux extrémités des falaises protectrices, lesquelles pendant des années ont aidé à prévenir l'érosion de la zone côtière, cela tant à St-François, Fumier, Anse-Ally et Pointe-Coton.

De l'autre côté de l'île, à Port Sud-Est, où la passe fait un zigzag, on fait remarquer que le littoral n'a pas le temps de se "nourrir" de dunes sablonneuses, cela d'autant plus qu'il y a là l'embouchure d'une rivière. Sur toute la zone se trouvant en face de la passe, il y a des " mud flats ", indique-t-on. Les " mud flats " sont importants pour les oiseaux de mer.

Toujours à Port Sud-Est, la base de filaos se trouvant sur le littoral est minée par l'érosion. C'est un site potentiel pour une esplanade et une marina, selon les consultants. À Anse-Mourouk, là où la plage était "comblée" par 75 cm de sable, on souligne qu'elle s'est nourrie de davantage de dunes suite au passage du cyclone Kalunde.

Plus loin à Songes et Parc-aux-Tortues, caractérisés par un " low energy shore line ", les consultants évoquent la possibilité d'une marina pour abriter les embarcations d'une cinquantaine de pêcheurs. Des travaux de dragage de 18 000 (15 000m3 X 1.2) dans le lagon s'avéreraient alors nécessaires. " On pourrait draguer ici pour envoyer à Port Sud-Est ", suggère Rajiv Bheeroo. Cette partie de la mer, selon les consultants, offre des perspectives pour la pêche au gros, d'autant plus qu'une marine reserve, s'étend de l'île Hermitage jusqu'à l'île Umrani.

Alors que l'érosion gagne certaines zones côtières, l'envasement d'autres parties du littoral est constaté, surtout celles se trouvant aux embouchures de rivières et en face des passes dans la mer. Ainsi, dans les milieux de l'Environnement, on soutient que l'île Rodrigues serait en train de s'agrandir naturellement. " L'envasement est un natural land reclaimation à travers l'érosion. Est-ce un danger ou un

avantage ? " : à l'Environnement, c'est la question que l'on se pose.


Ile-aux-Sables : gabions de fortune à démolir
L'Ile-aux-Sables, est située à proximité de l'Ile-aux-Cocos, souffre d'érosion, surtout sur la partie sud et sud-est. Pour les consultants, il faut enlever des pneus usagés et autres sacs de sable installés sur la plage et dans l'eau par le ministère de l'Environnement afin de prévenir l'érosion. Selon eux, l'érosion ici serait naturelle. Les vagues en se retirant emportent les dunes des côtes sud et sud-est qui s'en vont se poser au nord de l'île.
" L'île là pé allé flèche ! ", affirme un pêcheur. La partie sud et sud-est de l'île aux Sables est sérieusement touchée par l'érosion et les consultants estiment que la situation empirerait davantage avec les pneus usagés et les sacs de sables qui y ont été installés. Compte tenu du fait que les vents cycloniques soufflent dans cette direction, ces structures doivent impérativement être enlevées : " Ces pneus usagés empêchent le sable de s'y poser. L'érosion sur cette partie de l'île aux Sables est un processus naturel. Les dunes vont dans le nord pour agrandir l'île ", déclare Rajiv Bheeroo. Il faut dire que le nord de l'île n'est guère affecté par l'érosion.
Par ailleurs, l'Ile-aux-Sables est affectée par d'autres types de pollution. Tous les déchets [bouteilles de plastique, contenants vides…] venant du main land Rodrigues sont charriés par la mer vers cette île.

Le Mauricien 30 mai 2003