DÉVELOPPEMENT D’autres sources d’énergie pour contrer la hausse du pétrole


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La flambée de prix du pétrole entraîne celle de nombreux produits et autres services. De ce fait, l’utilisation d’alternatives devient plus qu’une nécessité.

On en parle. On en parlait. C’est un peu comme pour le mode alternatif de transport public. A la seule différence que pour les sources d’énergies alternatives, les options sont bien réelles et des opérateurs proposent des produits et des services qui répondent aux besoins des consommateurs. Entre la tendance inflationniste du prix du pétrole et le besoin croissant en produits énergétiques, il existe malgré tout des lueurs d’espoir.

La hausse du prix du pétrole entraîne celle de nombreux produits et services. Opérateurs dans les secteurs du transport et de la boulangerie, entre autres, réclament ainsi régulièrement des ajustements de prix. Ce sont aussi les déboires du Central Electricity Board (CEB) qui vont servir d’électrochoc. Après des années de gel du coût de la fourniture électrique, le tarif pratiqué par le CEB a connu des hausses considérables. Ces quatre dernières années, une augmentation de 37 % a été enregistrée et des hausses additionnelles sont prévues dans les mois et les années à venir.

Au niveau des consommateurs inévitablement, d’autres habitudes se développent. Les sources d’énergies alternatives sont de plus en plus prisées. C’est ainsi que le gaz et l’énergie solaire sont devenus des choix logiques pour bon nombre de ménages. Le gaz fait désormais figure de principale source d’énergie pour la consommation domestique. En effet, selon une étude du Bureau central des statistiques (BCS), 91 % des familles mauriciennes préfèrent utiliser le gaz contre seulement 2.2 % pour l’électricité. Les chauffe-eau à gaz ont également la cote auprès des particuliers. Plus de 50 % des ménages mauriciens en utilisent. Par contre et probablement en raison de son coût, le chauffe-eau solaire n’est utilisé que par quelque 5 %.

C’est ce qui amène Devraj Tanakadoo, manager de la Water Division de Rey & Lenferna Ltd, à plaider pour des politiques incitatives afin de rendre accessible l’énergie solaire. "Il faut qu’on augmente notre intérêt pour l’énergie solaire car on n’est pas en train d’optimiser cette source d’énergie à Maurice. Le coût des équipements, fabriqués localement et importés, sont assez chers. Pour les produits importés, comme dans notre cas, on paie de surcroît un duty de 15 %."

Mesures incitatives

Il faut aussi savoir que les chauffe-eau solaires fabriqués à Maurice coûtent dans les Rs 25 000 à Rs 30 000 alors que le prix à l’importation tournent autour de Rs 55 000 pour une famille de quatre à cinq personnes. Certes, la Banque de développement propose des prêts à hauteur de 80 % de la valeur maximale de l’équipement. Ce financement peut être obtenu sur une durée de sept ans avec un taux d’intérêt annuel de 6 %. Mais, même dans ce cas, l’investissement reste élevé pour un grand nombre de Mauriciens.

Dans un tel contexte, le gaz demeure l’énergie la plus populaire auprès des familles mauriciennes. "A travers le monde, explique Albert Koenig, Marketing, Technical and Safety Coordinator à Shell Gas Ltd, il y a un marché considérable pour le gaz autant pour les applications domestiques, industrielles et autres. C’est une énergie qui défie la concurrence mais qui demande aussi le respect des règles et des normes." Si le gaz est aussi apprécié, c’est qu’il ramène les coûts à 50 % moins chers que l’électricité. "Il faut aussi savoir que la Green Globe Policy donne priorité au gaz et que des industries et l’hôtellerie, par exemple, utilisent le gaz car celui-ci garantit la protection de l’environnement."

Il explique que le marché mondial du gaz sera doublé graduellement. Le nombre de véhicules, qui passe du système à essence à celui de gaz, s’étale entre cinq à dix véhicules quotidiennement, ajoute-t-il. "Il y a plus de 2 500 types d’application de gaz dans le monde. A Maurice, on enregistre de plus en plus de demandes pour le chauffage à gaz. C’est ainsi que nous envisageons la commercialisation des équipements en ce sens l’année prochaine. Il faut aussi préciser que le gaz n’est pas aussi dangereux comme on pourrait être tenté de le prétendre. En fait, le gaz est nettement moins dangereux que l’électricité. Les procès qu’on fait au gaz sont malheureux et faux. En fait, il faut simplement éviter les négligences et respecter les consignes d’utilisation des équipements comme pour tout autre équipement."

Pour sa part, Devraj Tanakadoo regrette l’absence d’une politique de vulgarisation de l’énergie solaire à Maurice. "Certes, il y a eu un Master Plan sur les énergies renouvelables mais il n’y a pas eu de programmes concrets à cet effet. Pourtant s’il y avait des mesures incitatives pour les équipements d’énergie solaire, le CEB aurait pu faire des économies et réorienter ses services et offres. D’énormes économies auraient pu être réa-lisées si, par exemple, les appartements faisant partie du projet de logements sociaux de la NHDC pouvaient être pourvus en système de chauffe-eau solaires." Il fait aussi ressortir que d’autres sources, comme l’énergie éolienne, sont mal exploitées à Maurice. "Il faut faire plus d’effort car nous sommes très en retard sur la question énergétique."

Du côté des chercheurs, on multiplie les initiatives en vue de l’introduction et de l’utilisation de sources d’énergies alternatives. L’investissement dans les énergies renouvelables est considéré comme un moyen efficace pour réduire la dépendance vis-à-vis du pétrole.


Coup de foudre pour le gaz

Les énergies solaire et éolienne sont ainsi devenues des sources propres et moins coûteuses sur lesquelles la communauté scientifique mondiale conduit d’innombrables recherches. A Maurice également, la source éolienne et solaire, voire nucléaire retient l’attention des décideurs car l’énergie tirée de combustibles fossiles, soit le pétrole, le gaz naturel et le charbon, est, d’une part, onéreuse, et, d’autre part, peu respectueuse de l’environnement.

Kunal est chauffeur de taxi.Il y a six ans, il faisait convertir le système à essence de son véhicule en système à gaz. Aujourd’hui, Kunal ne jure plus que par le gaz. Il a ainsi fait acquisition d’un deuxième véhicule dont le système a été également converti. Pour ne pas être en reste, il a fait enlever le système à essence de ses deux véhicules.

"Le gaz est meilleur marché aussi bien que l’entretien d’un véhicule qui roule à gaz. Celui-ci n’émet pas de fumées polluantes. Je fais la vidange chaque 30 000 km et j’économise en moyenne Rs 100 par jour. Le plus important, c’est de suivre les instructions de celui qui installe le système. Et je peux dire que ce n’est pas dangereux comme certains pourraient le croire", confie ce chauffeur de taxi, âgé de 31 ans, qui exerce à Port-Louis.

Sam, 25 ans et aussi chauffeur de taxi à Rose-Belle, abonde dans le même sens. "La voiture utilise Rs 2.50 d’essence par kilomètre contre Rs 1 pour le gaz. Depuis que j’ai installé le système à gaz, je n’utilise plus l’essence et je préfère me déranger jusqu’à Floréal pour alimenter ma voiture en gaz."

Naushad, employé de bureau, qui a fait installer un chauffe-eau solaire chez lui, précise d’emblée que son choix provient d’une question de sécurité. "Je ne fais pas trop confiance aux chauffe-eau à gaz ou électriques. C’est pourquoi j’ai fais ce choix même s’il y a un coût au départ." Depuis un an qu’il est sous le régime solaire, Naushad se dit satisfait. Il assure toutefois qu’il faut bien évaluer la consommation en eau chaude par jour pour déterminer la capacité de l’équipement qu’on fait installer chez soi afin d’éviter toute désagréable surprise. "En une année, on s’est retrouvé juste en eau chaude uniquement en de rares occasions où il a plu pendant plusieurs jours. C’est là que l’estimation de départ est importante car elle doit inclure une part de réserve." Alain Lam, qui possède aussi un chauffe-eau solaire, en confirme les avantages. "En cinq ans, nous n’avons jamais eu de problème et puis ça coûte moins cher sur le long terme."

L'Express 31 aout 2004