Une étude scientifique tire la sonnette d'alarme : Pollution bactérienne d'origine fécale dans les zones de baignades


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Dans une étude publiée dans le dernier numéro de la revue scientifique Elsevier Environment International, cette année, Deolall Daby, maître de conférence à la Faculté de Sciences de l'Université de Maurice, tire la sonnette d'alarme sur la présence de colliforms d'origine fécale dans l'eau du lagon. Il met en lumière, plus particulièrement, la pollution bactérienne d'origine fécale qui existe à Mon Choisy et Trou-aux-Biches. Deolall Daby indique avoir trouvé des traces de contamination sur la plupart des plages de Maurice, avec le plus fort taux à Pointe-aux-Sables où la plage mériterait, selon lui, d'être fermée au public.

«Il y a un besoin urgent de régler le problème de déversement d'eaux usées afin de préserver l'environnement côtier, la santé publique et l'image touristique", insiste Deolall Daby, dans son étude publiée récemment. La contamination bactérienne des eaux de baignade a été étudiée, par M. Daby, sur différents sites entre 1997 et 1998, suivant une technique élaborée par la American Public Health Association, service de santé publique des Etats-Unis. L'étude concernait, en fait, seize sites, répartis sur les côtes mauriciennes, entre autres. Les plages concernées sont: Bain-des-Dames, Pointe-aux-Sables, Albion, Flic-en-Flac, La Preneuse, Le Morne, Riambel, Blue-Bay, Trou d'Eau Douce, Palmar, Belle-Mare, Poste Lafayette, Péreybère, Grand-Baie, Mon-Choisy et Pointe-aux-Piments.

Ainsi, selon les résultats de l'étude, le nombre de coliforms d'origine fécale et de streptocoques, varie de façon significative et dépasse, par endroits, les limites autorisées par des organismes européens et américains qui déterminent la fermeture des plages publiques, en cas de risques de contamination pour les baigneurs. La contamination fécale, selon l'étude, est d'origine humaine. Par ailleurs, la pollution de l'eau du lagon mauricien est exacerbée par la nature volcanique de l'île, selon Deolall Daby.

A Mon-Choisy et à Trou-aux-Biches, M. Daby s'est concentré, notamment, sur 5 km du littoral, situé entre Pointe-aux-Canonniers et Pointe-des-Grenadiers, en passant par la plage de Mon-Choisy, les hôtels et la plage publique de Trou-aux-Biches. Selon les observations de M. Daby, il n'y a, dans cette région, aucun cours d'eau mais des écoulements souterrains d'une zone fortement urbanisée (hôtels, campements, village).

«Les eaux usées sont déversées à travers des tuyaux sous-marins et depuis les hôtels, directement dans le lagon", indique le chercheur, dans son étude. Selon l'étude, la contamination bactérienne, sur cette portion du littoral dépasse, par endroits, le taux permissible, aux normes internationales. «Les colliforms d'origine fécale dépassent le nombre permissible de 100 dans 75% des échantillons prélevés", indique le chercheur, dans son étude, sur cette région précise. Il explique que, si l'on tient compte de ce cas de figure, le même type de pollution peut se répéter sur d'autres plages du littoral mauricien. Ainsi, Deolall Daby indique qu'à Pointe-aux-Sables il y a une telle contamination que la plage mériterait, selon lui, d'être fermée au public et la baignade interdite.

Par ailleurs, la concentration de nitrates et de phosphates, présents d'ordinaire dans les fertilisants et retrouvés dans les échantillons prélevés dans la nappe d'eau, est élevée et est même alarmante, selon l'étude du Dr Daby. La corrélation entre la densité microbienne et la présence de fertilisants, selon cette étude, confirme le caractère «eutrophisant" de ce type de pollution qui provoque la désoxygénation du lagon.

Gastro-entérite, typhoïde,dysenterie…

Il y a un «risque potentiel" pour les baigneurs de contracter des maladies ou des infections telles que la gastro-entérite, la typhoïde, la dysenterie, l'hépatite … M. Daby fait ressortir que Maurice accueille plus de 600 000 touristes par an et qu'il y a un nombre important de baigneurs sur les côtes mauriciennes. «Mais dans le cas de la pollution de Mon-Choisy et Trou-aux-Biches, la contamination n'atteint pas un taux qui pourrait provoquer la fermeture des plages au public", estime Deolall Daby. Cependant, il ajoute que les limites peuvent être atteintes «si les conditions s'aggravent" et devenir «dangereuses pour la santé publique".

Deolall Daby conclut, dans son étude, que l'environnement à Maurice est beaucoup plus vulnérable qu'on veut bien le croire. Une vulnérabilité encore plus exacerbée par la petitesse de l'île et son origine géologique particulière. M. Daby effectue depuis plusieurs années des recherches sur la qualité de l'eau sur les zones côtières de Maurice. Il a publié, en 2001, une étude sur la présence de métaux lourds dans l'eau du lagon. Il est spécialisé en sciences de l'environnement marin. Dans son étude la plus récente sur la qualité de l'eau du lagon, il a obtenu la collaboration de deux chercheurs britanniques.

Le Mauricien 31 juillet 2002