Irresponsabilité Principale Cause des Recentes Inondations

 

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La saison des pluies ne fait que commencer et voilà déjà les premiers débordements. Comme chaque année, les Mauriciens sont grandement responsables de ce qui leur arrive.

Le Mauricien a développé un mauvais réflexe : il se débarrasse dans la nature de tout ce qui le gêne; terrains vagues, canaux deviennent ainsi de véritables dépotoirs.

Un réfrigérateur et un ameublement en rotin. Ce sont pas les cadeaux offerts à madame mais les causes de l'inondation de la Saint Sylvestre à Trèfles. Le canal La Ferme était obstrué par des ordures en tous genres jetées par des irresponsables.

Le résultat de ce manque de civisme : une cinquantaine de familles obligés de passer le Nouvel An les pieds dans l'eau et des dégâts estimés à Rs 10 millions à l'usine Soniawear. Le premier reflexe des Mauriciens est de blâmer les autorités.

Les habitants de la région ont eu des mots durs envers le gouvernement et la municipalité de Beau-Bassin-Rose-Hill. Ces autorités rejettent catégoriquement les accusations et lancent la pierre aux citoyens : si Maurice est sale, ses habitants y sont pour quelque chose. Et c'est logique que les cours d'eau débordent à la moindre averse puisqu'ils sont obstrués d'immondices.

"Le canal a été nettoyé il y a une dizaine de jours. Et lorsque les membres de la Special Mobile Force sont descendus dans le canal pour le déboucher, ils y ont trouvé toutes sortes d'ordures. Ils ont même remonté un réfrigérateur jeté là parce que devenu inutile", s'indigne Rajesh Bhagwan, ministre de l'Environnement.

L'inconscience des citoyens peut parfois se retourner contre eux, et Trèfles en est un bon exemple. On ne compte plus le nombre de canaux, de rivières ou de terrains vagues qui sont systèmatiquement transformés en dépotoirs.

Mauvais réflexe à éradiquer

Le Mauricien se soucie peu de son environnement. La création de la Police de l'Environnement et l'augmentation des amendes (Ou zetté Ou payé) ne semblent pas avoir porté des fruits. Aujourd'hui, les autorités sont contraints à songer à la manière forte. Certains veulent même évoquer des peines de prison pour une catégorie de pollueurs.

"Après ce qui s'est passé à Trèfles, il faudra que tous ceux concernés réfléchissent ensemble afin de trouver une solution au problème. Il est clair qu'on ne peut plus tolérer une telle situation" estime Naushad Nubee, maire de Beau-Bassin-Rose-Hill.

La municipalité compte installer des panneaux pour demander aux gens de ne plus jeter des immondices dans le canal La Ferme. Mais la solution est loin d'être aussi simple. Il faut éradiquer une certaine culture malheureusement trop bien ancrée.

Le Mauricien aime bien se débarrasser dans la nature de ce qui l'encombre. A travers le pays, les mêmes scènes se répètent. Certains individus et entreprises ont développé le mauvais réflexe : jeter les ordures dans les rivières et autres cours d'eau. Et cela fait des années que ça dure.

"Rien n'y fait, le Mauricien demeure les bras croisés. Nous dépensons près d'un milliard de roupies pour la collecte d'ordures. Les Mauriciens, eux, conservent leur attitude criminelle envers l'environnement", souligne Rajesh Bhagwan.

Aujourd'hui, afin de garder les canaux propres et éviter qu'ils ne se bouchent, les autorités n'ont d'autre solution que de prendre des mesures drastiques telles que celle de couvrir ces cours d'eau. Ce qui coûtera une centaine de millions de roupies.

Toute la partie urbaine du canal La Ferme, soit quatre kilomètres, sera ainsi réhabilitée et recouverte de béton. Le canal Terre- Rouge, également candidat aux débordements, subira le même traitement sur une longueur de deux kilomètres. Les travaux débuteront le 10 janvier prochain et dureront sept mois. Afin de réaliser ces projets, il faudra débloquer Rs 50 millions.

A Port Louis, le canal Anglais sera également réhabilité au coût de Rs 25 millions. Tout comme le ruisseau du Pouce qui sera entièrement nettoyé et remis à neuf. Là, les autorités auront à débourser
Rs 10 millions. "Cela fait de la peine d'avoir à imposer de telles mesures à cause de l'irresponsabilité des gens. Il est dommage d'arriver à ce point", estime Alan Ganoo, ministre des Infrastructures publiques.

La Water Resources Unit, responsable des drains et des canaux, est débordée et passe son temps à ramasser des immondices en tous genres.

Si les citoyens sont à blâmer parce qu'ils jettent des ordures dans la nature, de nombreuses usines ne sont pas en reste. Leurs déchets industriels contribuent activement à la dégradation des cours d'eau. Y remédier nécessite des investissements qui ne rapportent rien. Il est alors plus facile de continuer à infester les canaux d'ordures sans se soucier du lendemain.

"Que les canaux passent dans des régions pauvres, riches ou industriels, le reflexe reste le même", déclare l'écologiste Yves Pitchen d'Art Jonction, une ONG environnementale.

Selon lui, les seules façons de remédier à cette situation sont soit de mettre définitivement à sec ces canaux afin que "les ordures demeurent devant la porte de ces pollueurs", soit de les couvrir.

Yves Pitchen rejoint le ministre de l'Environnement sur au moins un point. Que ce ministère ne devrait pas servir de "camion-balai" qui n'a d'autre vocation que de passer derrière les pollueurs.

"Je mets également en cause la mauvaise volonté de certains ministères. Ce n'est pas parce qu'il y a un ministre de l'Environnement que ses collègues ne doivent pas mettre la main à la pâte dans l'éducation des citoyens et dans la préservation de la nature", ajoute Yves Pitchen.

Déterminer un plan d'action

L'irresponsabilité des citoyens et l'insouciance de certaines autorités constituent un cocktail explosif en temps de pluie. Dans certaines localités, il n'existe aucun réseau de canalisation. Dans d'autres endroits, les canaux sont systématiquement bouchés par de nouvelles constructions.

Les citoyens ne sont pas seuls responsables des inondations car les autorités font aussi preuve de laxisme. A Canal Dayot par exemple, les cours d'eau ont été envahis par la végétation. Personne ne pense à l'enlever. Il ne suffirait que de quelques averses pour que les riverains aient à évacuer les lieux. "Le problème est tellement évident. Les autorités savent qu'il y a là un risque d'inondation, mais personne ne semble s'en soucier" affirme un habitant de Canal Dayot.

En attendant, le gouvernement planche sur un Land Drainage Scheme, dont un des points-clés est l'identification des endroits propices aux inondations. Mais des centaines de Mauriciens souffriront quand arriveront les grandes averses et les cyclones de 2002...

Patrick HILBERT
Ryan COOPAMAH

L'Express

3 Janvier 2002