Le Morne Trust Fund Bill

Bérenger : " Le projet d'IRS au Morne est chose du passé "

 

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Le Premier ministre, Paul Bérenger, a déclaré, hier, à l'Assemblée nationale, que le projet d'Integrated Resort Scheme dans la région du Morne est chose du passé. Il intervenait dans le cadre d'un discours " très émotionnel " prononcé dans le cadre des débats sur Le Morne Trust Fund Bill, qui a été adopté en l'absence de l'opposition. Paul Bérenger a fait mention, par la même occasion, de la proposition des consultants de l'UNESCO, à l'effet que la montagne du Morne, l'Ilot Bénitier et les gorges de la Rivière-Noire fassent partie d'un cluster proposé à l'UNESCO pour figurer sur la liste des patrimoines universels.

Le Premier ministre a reconnu, hier, que la création du projet Integrated Resort Scheme au Morne aurait constitué " un viol de notre histoire " et s'est réjoui d'avoir été parmi ceux qui ont empêché son aboutissement. Paul Bérenger a expliqué que le projet proposé était très beau et les promoteurs avaient même prévu de lui donner une dimension historique et culturelle avec la création d'un view point, d'un musée culturel, etc. Cependant, pour être rentable financièrement, il était indispensable que des villas de luxe soient construites sur le flan de la montagne du Morne.

Dans un souci de bien présenter le projet, les promoteurs avaient fait venir un des plus grands photographes américains, qui a fait des photos fantastiques. C'est en regardant ces illustrations montrant dans les détails l'espace naturel autour de la montagne qu'il a été convaincu, " si besoin était ", de la nécessité de préserver la beauté de cette région et de ne pas autoriser la réalisation du projet IRS. " Ces photos m'ont ouvert les yeux, si c'était nécessaire ", a dit le PM. Il a observé que les consultants de l'UNESCO avaient déjà fait remarquer que les constructions s'étaient déjà approchées trop près de la montagne. La réalisation de ce projet risquait de mettre en péril la demande mauricienne d'inclure Le Morne sur la liste des patrimoines universels. M. Bérenger a fait mention de la proposition des consultants de l'UNESCO, à l'effet que la montagne du Morne, l'Ilot Bénitier et les gorges de la Rivière-Noire fassent partie d'un "cluster" dans le cadre de la proposition visant à l'inclure dans la liste du patrimoine universel.

Histoire

Dans son discours prononcé, hier, le Premier ministre s'est longuement appesanti sur l'histoire de l'esclavage et des travailleurs engagés à Maurice. Au cœur de l'identité mauricienne, a-t-il soutenu, se trouve le fait que la petite Ile Maurice se trouve sur la route des quatre diasporas mondiales : africaine, européenne, indienne et chinoise. De plus, Maurice est un des rares pays qui se trouvent aussi bien sur la route des esclaves que sur celle des coolies engagés. Paul Bérenger a aussi déclaré qu'il faut tenir en ligne de compte le fait que " nous sommes tous venus d'ailleurs et qu'il n'y avait pas d'indigènes dans le pays ". " Ce sont ces éléments historiques qui constituent l'identité unique de Maurice ", a-t-il ajouté.

Le PM a souligné que l'histoire de n'importe quel pays est faite de mythes et de faits historiques. " On retrouve ces mythes en la montagne du Morne, fantastique lieu de mémoire, une cathédrale où nous allons prier et remplir notre devoir de mémoire, un symbole puissant du marronnage ". M. Bérenger a également évoqué la résistance à l'esclavage et a observé que les historiens ont contribué à rétablir la vérité historique. " Il n'est pas vrai de dire que l'esclave était comme un mouton consentant ", a-t-il poursuivi. Il a expliqué que dès l'arrivée de la première "cargaison" d'esclaves, il s'est trouvé des résistants parmi eux. Cela est aussi vrai pour les coolies, a-t-il souligné. Paul Bérenger a annoncé qu'après avoir eu l'occasion de visiter l'île de Gorée, au Sénégal, et l'île Ste-Marie, à Madagascar, il aura l'occasion de visiter l'île Mozambique, lors de sa prochaine visite au Mozambique. " C'est dans cette île qu'ont transité les esclaves mozambicains destinés à Maurice ".

Émotion

Auparavant, le vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth, a lui aussi parlé, avec beaucoup d'émotion, de la montagne du Morne, qui est étroitement associée, comme il l'a souligné, à l'histoire du marronnage à Maurice. Il a rappelé comment les esclaves, pour échapper à la persécution de leurs maîtres, se sont réfugiés dans la région du Morne Brabant. M. Jugnauth a indiqué comment en tant que ministre de l'Agriculture, il a été associé à la revalorisation de cette région. C'est ainsi que lorsque le projet de construction de téléphérique avait été proposé, il a été amené à visiter la montagne, où il a eu l'occasion de voir les plantes endémiques et les abris où se cachaient les esclaves. Il avait demandé à des spécialistes d'étudier en profondeur le site du Morne. Ce qui a amené à la découverte de deux nouvelles caches utilisées par les esclaves. Cette découverte a été, a dit le VPM, une véritable percée qui l'a convaincu de la nécessité de préserver cette région et de refuser le projet de téléphérique. M. Jugnauth a lui aussi insisté sur l'importance du Morne comme lieu de mémoire et a souligné la nécessité de connaître l'histoire du pays.

Résumant les débats, le ministre de la Culture, Motee Ramdass, a remercié tous les orateurs, en particulier le Premier ministre, pour leurs interventions. Il a souligné que l'histoire du Morne, tout comme celle des autres sites historiques mauriciens, appartient à la République de Maurice.


Motee ramdass: " Le site patrimonial du Morne n'aura rien de commercial "
Le ministre des Arts et de la Culture, Motee Ramdass, a affirmé, hier au Parlement, qu'en instituant le Morne Heritage Trust Fund, " le gouvernement a fait le choix entre en faire un site patrimonial mondial et un espace essentiellement commercial ". Auteur du projet voté en l'absence de l'Opposition Ptr-MMSM-PMXD , le ministre a assuré que son élaboration avait fait " l'objet de discussions avec diverses parties locales et internationales ", non citées. Il a fait savoir que le financement par l'Unesco de l'exploitation du site et des activités du fonds " est acquis ".
Le ministre a énuméré les objectifs du fonds : faire du Morne un lieu de mémoire national, régional, international ; préserver et promouvoir ses aspects historiques, culturels, environnementaux, écologiques ; créer un musée et susciter l'intérêt du public pour l'histoire du site ; encourager la recherche, et soutenir les projets et publications relatifs à l'esclavage, le marronnage et des sujets annexes ; assurer la collecte, la publication, la diffusion de l'information sur l'histoire des domaines susmentionnés ; établir des liens avec des organisations internationales appropriées dans la ligne de la législation ; identifier, acquérir des sites, bâtiments et structures liés à l'esclavage et le marronnage.
M. Ramdass a indiqué que le fonds agira " en étroite collaboration " avec le Centre Nelson Mandela pour la Culture africaine, le National Heritage Trust Fund, le Mauritian Cultural Centre, le Mahatma Gandhi Institute, et d'autres structures.


Jean-Claude Armance: Morne: "Réparation culturelle et écologique"
L'accueil positif des Verts-Fraternels au projet de loi créant le Morne Heritage Trust Fund a été signifié en chantant par son député Jean-Claude Armance, hier au Parlement. C'est, en effet, par la reprise de " Vas plus loin, vas plus loin ", le refrain d'un cantique, que le député de Grande-Rivière-Nord-Ouest/Port-Louis Nord a achevé son discours.
Bien que ce soit là une allusion claire aux attentes de ce parti de voir le gouvernement se décider sur une compensation financière aux descendants d'esclaves, M. Armance n'a pas mentionné cette exigence des Verts. Le député a dit que le gouvernement allait en ce sens avec ce projet de législation " historique ". Il a déclaré précisément qu'" il est le point de départ d'une forme de compensation culturelle et écologique ". D'où l'appel à l'alliance gouvernementale d'aller au-delà et d'exploiter les recherches de l'Université de Maurice sur le Morne et sa proximité ainsi qu'un rapport de consultant de l'Unesco sur le site.
Jean Claude Armance a qualifié le Morne de " sacré " et de " lieu de mémoire ", appelant à tout mettre œuvre, avec la prochaine loi, en vue son exploitation dans le respect de son passé chargé d'histoire. Il y aussi, pour lui, " le devoir moral ", et de la nécessité de faire ancrer le fait de l'esclavage " dans la conscience des hommes ".


Rajesh Bhowon: "Ouvrez une Route de l'esclave à l'Ouest"
Rajesh Bhowon a suggéré que l'on ouvre une Route de l'esclave à l'Ouest, sur un tracé allant de La Preneuse au-delà de Vieux-Grand-Port. Il a déclaré appuyer cette localisation sur un document d'archives relatant la pendaison, en ce dernier lieu, d'esclaves en fuite.
Le député MSM a commenté le projet de loi devant donner le Morne Heritage Trust Fund en ayant recours à des citations anciennes et récentes. Parmi ces dernières, il y a celle qu'il a prise d'un discours de Jacques Chirac.
Le président de la République française a qualifié les souffrances dues à l'esclavage de matériellement irréparables, appelant au respect de l'autre aujourd'hui sur de nouvelles bases. Rajesh Bhowon a trouvé que " c'est ce qui est fait avec la création du Trust Fund ".
Il aura, auparavant, affirmé que l'harmonie à laquelle le président français fait référence exista sous l'esclavage, en dépit de sa brutalité, entre des individus. Il en a voulu pour témoignage une description d'habitat d'esclave dans un texte en créole de François Chrestien. Il a donné lecture de cet extrait avant d'en déposer copie à l'Assemblée.

Le Mauricien 5 mai 2004