Environnement La montagne des Signaux transformée

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Entre la zone industrielle de Pailles et le centre ultra-bétonné de Port-Louis climatisé, qui contribue à la chaleur humide de la capitale, se trouve une immense zone de verdure. Un lieu idéal pour respirer l'air frais, denrée de plus en plus rare en cette période de canicule, et admirer le vol des oiseaux et des papillons. Ce lieu est la montagne des Signaux, avancée de la chaîne de Moka qui domine la capitale et toute une partie de l'île. Désormais, les Portlouisiens désireux de se dégourdir les jambes, de tester leurs aptitudes sportives ou tout simplement de faire une promenade en respirant un grand bol d'air frais, ont la possibilité de le faire. Grâce à un intéressant projet de réhabilitation, le ministère de l'Environnement a transformé la route de la montagne des Signaux en promenade de santé piétonnière.

À l'origine, les flancs de la montagne des Signaux étaient recouverts du même type de végétation que celui du Corps de Garde. Mais, au fur et à mesure, la capitale s'est rapprochée des pentes de la montagne en remplaçant la végétation par de l'asphalte et du béton. Le développement de la capitale dans la cuvette qu'est Port-Louis a fait disparaître de manière drastique les espaces verts, et modifié le climat de la capitale. Selon certaines études, la température a augmenté de 2 au cours de ces dernières années.

Pour tenter de remédier tant soit peu à cette situation, le ministère de l'Environnement s'est lancé, depuis quelques années, dans une série de projets. Ils ont pour objectifs de nettoyer les flancs des montagnes, transformés en dépotoirs à ciel ouvert, avant de les transformer en promenades de santé dans le cadre d'une vaste opération de reboisement.

Le succès indéniable du projet Le Dauguet - un sentier de plusieurs kilomètres au cur d'un véritable jardin tropical luxuriant à quelques minutes du centre ville - a poussé le ministère à se pencher sur la montagne des Signaux. Son plan, dont le financement est estimé à Rs 40 millions, a été approuvé par le conseil des ministres en mai dernier, pour débuter quelques mois plus tard.

Depuis novembre de l'année dernière, la route de 3,3 kilomètres - qui mène au sommet où sont installées les stations de relais de la télévision, des radios, des services téléphoniques et de la police - a été réhabilitée. La réhabilitation de la route a été accompagnée par la création d'un drain pour permettre aux eaux de pluie de descendre de la montagne sans provoquer l'érosion du sol, un des principaux problèmes de la montagne des Signaux. Ce circuit de drains pourrait être pourvu de petits réservoirs souterrains qui capteraient l'eau de pluie et serviraient à l'irrigation des zones plantées.

En dehors du plan de reboisement traditionnel du ministère de l'Agriculture, qui donne de bons résultats sur le versant de la montagne donnant sur Pailles, l'Environnement a lancé un programme de recherches. Il a pour finalité d'identifier les meilleures espèces de plantes pouvant contribuer au reboisement. Un espace d'un hectare protégé par un cordon a été transformé en jardin expérimental. Il est encerclé par un espace non planté pour le protéger d'un des autres grands maux de la montagne: le feu, qui brûle à intervalles réguliers le peu de végétation qui arrive à pousser sur la montagne.

En attendant que les flancs de la montagne, surtout son versant faisant face à la Citadelle, soient à nouveau recouverts de végétation, la route menant au sommet est ouverte uniquement aux piétons. Sportifs ou simples promeneurs peuvent désormais profiter d'un des points de vue les plus spectaculaires sur la capitale et une bonne partie de l'île, sur le site d'un excellent projet alliant détente et protection de l'environnement.


Espèces Allogènes Envahissantes

Attention, les Alien attaquent !

Depuis l'an dernier, Maurice compte un National Invasive Alien Species Committee. Rassurez-vous, il ne s'agit pas de contrer une éventuelle attaque de petits hommes verts venus de Mars ! Mais il est malgré tout question d'une lutte cruciale à mener contre des envahisseurs venus de notre propre planète, les Espèces Allogènes Envahissantes (EAE). Un terme qui couvre aussi bien les mauvaises herbes, les "courpas", les mouches de fruits, les rats, les bactéries ou virus qui nous rendent malades; bref, toutes ces espèces venues d'ailleurs et qui, faute de contrôle, risquent de constituer une grave menace pour la nature, notre santé et notre économie. D'où le lancement d'une conscientisation nationale.

À la base, allogène signifie "d'origine différente de celle de son milieu". Les Espèces Allogènes Envahissantes (EAE), ce sont donc des espèces qui ne sont pas indigènes à Maurice, Rodrigues ou toute autre île de la République de Maurice, mais qui ont été introduites chez nous de l'extérieur, soit par accident ou délibérément. Ces EAE nous arrivent sous toutes sortes de formes et peuvent aussi bien être des plantes ou des animaux, que des bactéries ou des virus. Le "courpa" qui dévore nos plantes, le corbeau qui envahit nos villes, les nombreuses espèces de mouches des fruits, les rats, les mauvaises herbes de nos jardins, champs et forêts et presque toutes les maladies qui affectent notre santé, sont des exemples d'espèces étrangères envahissantes.

Parmi les récentes introductions d'EAE, nous pouvons compter la mouche blanche à spirale, qui a déjà infesté nombre de plantes d'intérêt, tant sur le plan économique que sur celui de la conservation.

D'anciennes introductions d'espèces étrangères continuent par ailleurs à causer des dommages économiques. Ainsi, en ce qui concerne les singes, qui ont été importés il y a si longtemps que beaucoup de personnes croient qu'ils sont indigènes, il est estimé qu'ils entraînent des dommages agricoles de l'ordre de Rs 1 à Rs 2 millions par an, sans compter de très gros dégâts dans notre forêt indigène dont les coûts ne peuvent pas être estimés.

Des espèces menaçantes

Il ressort ainsi que l'île Maurice est la proie d'un nombre d'EAE et que la situation pourrait empirer. Toutefois, un grand nombre d'espèces connues pour être catastrophiques pour l'environnement n'ont heureusement pas encore atteint nos côtes, à l'instar du ver blanc qui a été tenu à l'écart de nos frontières grâce à une campagne efficace de plusieurs agences tant à Maurice qu'à la Réunion où ce ver est une nuisance reconnue. Également absent de Maurice, le Miconia, aussi connu comme "cancer vert", la plante qui détruit les forêts indigènes de Tahiti. De même, plusieurs algues envahissantes qui étouffent les récifs coralliens et les plages de Hawaï n'ont pas encore colonisé nos lagons, et le serpent brun, qui a pratiquement anéanti la population aviaire de Guam, n'est pas arrivé jusqu'à nous. Quand au paludisme, autrefois plaie de Maurice, il est pour le moment considéré comme éradiqué.

Les autorités mauriciennes ont donc déjà fait de grands pas, par exemple dans la lutte contre l'introduction du ver blanc ou l'éradication du paludisme. Cependant, de nouvelles espèces continuent à nous arriver, probablement à un rythme accéléré. Des études effectuées par le MSIRI démontrent ainsi que l'introduction d'insectes s'est intensifiée de façon marquée à la fin du 20e siècle avec le développement du trafic international. Il ressort que quatre espèces d'insectes nuisibles ont fait leur apparition à Maurice entre 1900 et 1950, quatre autres espèces entre 1950 et 1975 et quatorze autres entre 1975 et 2000. Des tendances qui se retrouvent à travers le monde et qui sont fort inquiétantes.

C'est en réponse à cette menace qu'a été lancé, en 1997, le "Programme Mondial sur les Espèces Allogènes Envahissantes", aussi connu en anglais sous l'appellation de "The Global Invasive Species Programme". Ce afin d'aider les gouvernements, les ONG et d'autres autorités intéressées dans leurs efforts de conservation de biodiversité et de soutien aux populations, en réduisant l'impact et l'invasion d'espèces étrangères.

Conjugaison de toutes les forces

Dans le cadre de ce programme, une réunion a eu lieu à Lusaka, Zambie, en 2002, pour examiner la prévention et le contrôle des EAE dans la région Afrique Sud. Maurice y fut représentée par le Service des Quarantaines, le National Parks and Conservation Service et la Mauritian Wildlife Foundation. Une des recommandations formulées au cours de cette réunion avait trait à la formation de groupes de travail dans chacun des pays représentés, avec pour but de faire des recommandations sur le contrôle des EAE. C'est donc suite à cela qu'a été mis sur pied, l'an dernier à Maurice, un groupe de travail baptisé "National Invasive Alien Species Committee". Ce groupe présente une force particulière: celle de réunir les compétences de différents secteurs d'activité, tels que l'agriculture, la conservation, la santé et le tourisme, secteurs qui sont tous concernés d'une manière ou d'une autre par le danger des EAE.

Une nouvelle approche globale, dont les protagonistes espèrent qu'elle aidera à développer des stratégies moins sectorielles, pour cibler de préférence les mécanismes par lesquels les EAE deviennent menaçants. Ce qui permettra à terme de protéger notre environnement, notre économie, notre santé et notre société de ces espèces étrangères qui sont peu connues mais qui présentent un réel danger.

Ce groupe, apprenons-nous, définit en ce moment ses priorités, mais il est clair que celles-ci couvriront certains de ces items:

- le recensement des plantes envahissantes étrangères déjà présentes à Maurice et la formulation de programmes pour les contrôler et, si possible, les éradiquer;

- une étude visant à comprendre comment ces espèces envahissantes s'établissent à Maurice afin de s'y attaquer;

- la sensibilisation des preneurs de décisions concernés par l'impact des espèces envahissantes, dans le but d'obtenir plus de soutien de ceux-ci;

- l'amélioration des circuits de communication entre différents secteurs afin qu'ils travaillent ensemble sur ces problèmes communs.

Car c'est aussi par le grand public que passera cette lutte.


John Mauremootoo du MWF: "Pour une plus grande sensibilisation locale"
Président sortant du Mauritius National Invasive Alien Species Committee, John Mauremootoo a aussi passé cinq ans à la tête du Mauritian Wildlife Fund (MWF). Après huit années à Maurice, il quitte prochainement notre pays pour prendre un nouveau poste au Centre for Applied Bioscience International Africa Regional Centre (CABI-ARC) in Nairobi. Sa tâche sera de coordonner les Invasive Alien Species Programmes du CABI pour l'Afrique.
Au terme de son mandat à Maurice, il jette un regard extrêmement positif sur tout ce qui a été accompli par le Mauritian Wildlife Fund. Mais émet toutefois un bémol par rapport à la sensibilisation locale. "Dans un sens, on peut dire que nous avons passé énormément de temps dans les bois, sur le terrain, parce que c'est là que l'urgence se situe. Mais nous avons peut-être un peu pêché par rapport aux liens à établir avec la population mauricienne et en termes de sensibilisation. La majorité de notre personnel restant étranger, les gens ne s'identifient peut-être assez avec les questions de wildlife comme les concernant directement. Il reste difficile de recruter du personnel mauricien, vu qu'il s'agit en général de travail sans horaires fixes et avec une grande part de bénévolat. Mais il faut réfléchir aux efforts à faire, notamment vers les écoles et au niveau communautaire, pour que les Mauriciens se sentent davantage concernés et impliqués dans ce domaine qui touche directement à leur vie et à celle de leur pays", commente John Mauremootoo.
Pour être un EAE Buster !
Tous ceux qui voudraient avoir plus de renseignements sur les espèces allogènes envahissantes et ce qui peut être fait contre cette menace, peuvent contacter par e-mail le président du Mauritius National Invasive Alien Species Committee, Vincent Florens, à l'adresse suivante: v.florens@uom.ac.mu

Le Week End 7 mars 2004