Grâce aux efforts de botanistes mauriciens et britanniques Le "café marron" ne disparaîtra pas


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Onze plantules du " café marron ", de son nom scientifique Ramosmania heterophylla, - plante unique au monde qui croît sur l'île Rodrigues et qui était menacée de disparition - ont été ramenées, hier, par avion de la Grande-Bretagne. Belinda Parry, Acting Unit Manager auprès du célèbre Royal Botanical Gardens de Kew, a accompagné ces plantules qui se trouvent actuellement au Native Propagation Centre, à Curepipe.

Vishnuduth Bachraz, Research and Development Officer au ministère de l'Agriculture et de la Technologie alimentaire, indique qu'au moins 21 plantules ont été propagées à partir d'une bouture ramenée en Grande-Bretagne en 1986 par la botaniste Wendy Strahm, du World Wildlife Fund.

" Je me suis rendu à Kew Gardens au mois d'août dernier et j'ai pu négocier le retour de 11 de ces plantules à Maurice. Nous allons transférer une plantule au jardin botanique Sir Seewoosagur Ramgoolam, à Pamplemousses, deux resteront ici au Centre de Curepipe et les huit autres plantules iront à Rodrigues pour être plantées dans la nature ", souligne-t-il. Selon Mlle Parry, les plantules resteront au moins six mois à Curepipe avant d'être transférées ailleurs.

L'histoire de cette plante fascine les botanistes, tant locaux qu'étrangers, depuis 1980. En effet, cette année-là, à Rodrigues, un enseignant en botanique envoie ses élèves explorer monts et vallées de l'île afin d'y trouver des plantes rares. L'un d'eux déniche un arbuste minable, à moitié rongé par les chèvres. Les aînés le reconnaissent tout de suite: il s'agit du fameux " café marron ", une espèce qu'ils croyaient disparue depuis quarante ans. Ces gens racontent que cette petite cousine du caféier, haut d'une trentaine de centimètres, poussait partout comme de la mauvaise herbe à l'île Rodrigues. Elle avait été baptisée " café marron ", non à cause de sa couleur mais en référence aux esclaves dits " marrons ", ces fugitifs qui disparaissaient dans la nature.

Alertés, les scientifiques de l'époque placent des rangées de fils métalliques autour de la plante pour la protéger de mains indélicates. Mais, cinq ans plus tard, l'arbuste est victime d'une maladie provoquée par une araignée non identifiée. Aucun botaniste n'ose préconiser un insecticide de peur de tuer la plante.

L'histoire veut qu'un expert suggère, en dernier recours, d'utiliser du liquide-vaisselle. Et miracle… l'arbuste reprend vie. Des boutures sont ensuite prélevées et expédiées à Kew Gardens, en Grande-Bretagne, pour une tentative de propagation. Ce qui s'avèrera une réussite, des années plus tard.

Le " café marron ", selon un botaniste mauricien, D. Tirvengadum, appartient au genre Randia, classé disparu de la flore endémique rodriguaise, jusqu'à sa découverte en 1980. De la famille des rubiacées comme le café, la plante commence alors une deuxième vie sous un nouveau nom, Ramosmania heterophylla, en l'honneur de l'ancien Premier ministre Sir Seewoosagur Ramgoolam et du premier gouverneur-général mauricien, Sir Abdool Raman Osman.

Le Mauricien 7 Novembre 2001