Les documents du 18e siècle en danger


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Les documents du 18e siècle qui se trouvent aux archives nationales partent en poussière, un peu plus chaque année. C'est en tout cas le constat effectué par le parti Lalit et par des spécialistes de la recherche, dont l'historien Jocelyn Chan Low. Dans une lettre adressée au ministère des Arts et de la Culture, le 3 janvier dernier, Lalit proteste contre " l'absence d'action urgente pour sauver les archives du 18e siècle qui sont en train de se désintégrer ".

" Le travail qui avait commencé avec le précédent ministre et avec l'aide du gouvernement chinois a visiblement ralenti ou a même été stoppé ", note Lalit dans sa correspondance à Motee Ramdass, le ministre des Arts et de la Culture. Lalit fustige ce ministère et n'hésite pas à le rendre responsable de " retarder la préservation de documents concernant ceux qui ont travaillé au temps de l'esclavage ". Selon Lalit, certains documents, uniques au monde, risquent d'être réduits en poussière. Ce parti réagit, dit-il, suite aux témoignages de chercheurs tant mauriciens qu'étrangers qui se sont rendus aux archives.

De son côté, l'historien Jocelyn Chan Low abonde dans le même sens. Il précise que des documents précieux sont menacés. " Les archives Decaen qui datent du début du 19e siècle sont dans un état déplorable et c'est scandaleux ", précise M. Chan Low. Ces documents datant de l'époque où le général Decaen gouvernait Maurice et donnant des indications sur la politique coloniale française sont, selon l'historien mauricien, importants pour le patrimoine mondial.

Mais Jocelyn Chan Low précise cependant qu'il y a eu des " initiatives ". M. Chan Low cite notamment l'introduction d'une loi cadre et le projet de construire un nouveau bâtiment pour abriter les archives. Il y a eu également la formation d'archivistes par des coopérants chinois et l'état de conservation " assez satisfaisant " des documents du 19e siècle et des journaux conservés à la National Library.

Mais, entre-temps, on attend toujours la nomination du nouveau chief-archivist et la construction du nouveau bâtiment des archives n'a pas encore démarré. " Le travail de conservation se poursuit ", proteste cependant Gianduth Suneechur, qui assure l'intérim aux archives nationales, " mais parfois contre l'usure du temps nous ne pouvons rien, surtout pour des documents de 1715, à monter ". En revanche, M. Suneechur précise que certains documents sont déjà sur microfilms.

D'autre part, dans sa lettre à Motee Ramdass, Lalit déplore également le fait que les documents officiels concernant le 20e siècle sont, quant à eux, " inaccessibles ". Lalit cite, notamment, les documents retraçant l'avènement du syndicalisme, le combat pour le droit de vote, les mouvements des années 1930 et 1940, la lutte pour l'indépendance, ou d'autres mouvements en 1975, 1979, 1980, etc. " Faute de place, nous ne pouvons pas les mettre à la disposition des chercheurs mais ils seront transférés à Port-Louis ", précise, de son côté, Gianduth Suneechur.

Mais pour Lalit, le ministère des Arts et de la Culture jouit du " monopole " de la " transmission de la culture ". Lalit estime que ce ministère utilise ses ressources pour instituer des " dangerously fragmented little cultural centers " au lieu de préserver l'héritage commun du peuple mauricien.

 

Le Mauricien 8 Janvier 2002